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Full text of "Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale"

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BULLETIN GÉNÉRAL 


DE 

THÉRAPEUTIQUE 


MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 




BULLETIN GÉNÉRAL 


DE 

THÉRAPEUTIQUE 

MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 


tUoifil pratique 


PAR J.-E.-M. MIQUEL, 2). M., 

CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR , ANCIEN CHEF DE CLINIQUE 
MEDECINE DE PARIS, A i/lIOPlTAL DE LA CHARITÉ. MÉDECIN D 
MEMBRE DE LA COMMISSION DE SALUBRITÉ; RÉDACTEUR 


TOME PREMIER. 



PARIS, 


CHEZ M. I.E RÉDACTEUR EN jCllEF, ÉDITEUR 

RTE SAIETE-ANHE, N° 9!>. 

ms. 4 £ ^ 




PARIS. — Imprimerie (I'Adulphe EVERAT ei C', 
rue du CadraD, 16. 



BULLETIN général 

THÉRAPEUTIQUE 

MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


CONSIDÉRATIONS SUR l'IMPORTANCE ET I.’ÉTAT ACTUEL DE 
LA THÉRAPEUTIQUE. 

Quel esl l’objet de notre art? Guérir ou soulager. Quels sont nos 
moyens pour atteindre ce noble but? Tous ceux que nous offre la 
thérapeutique dans la plus générale acception de ce mot. Mais guéris- 
sons-nous souvent? Il y a plus ; quand la maladie a une issue favorable, 
un médecin, la main sur sa conscience, peut-il dire dans le plus grand 
nombre de cas : La fin a justifié les moyens, la guérison est le résultat 
nécessaire, assuré, de la médication que j’ai employée? Une pareille 
présomption ne peut se supposer. Avons-nous enfin un critérium cer¬ 
tain ou à peu près, un régulateur positif pour l’application et l’emploi 
des moyens curatifs ? C’est ce que personne n’oserait affirmer. D’où il 
résulte que la thérapeutique est la partie la plus importante, et, par une 
inconcevable fatalité, la partie la plus faible de la science. « Quand je 
suis sorti de l’université, disait le docteur Grégory, je connaissais vingt 
remèdes au moins pour chaque maladie ; maintenant que j’ai vécu, il 
y a plus de vingt maladies pour lesquelles je ne connais pas un re¬ 
mède. » Ce que disait cet illustre médecin, il y a plus de soixante ans, 
peut encore être regardé aujourd’hui comme une vérité, vérité cruelle, 
amère, décevante, mais qui n’en conserve pas moins son caractère. Il est 
surtout beaucoup de jeunes médecins qui s’abusent à cet égard; ils con¬ 
servent une foi naïve dans tous les remèdes dont on leur a cathédrati- 
quement expliqué la puissance. Bien des mécomptes les attendent : ils 
apprendront plus tard qu’en thérapeutique, le démontré vrai est ce 
qu’il y a de plus rare, que les rapports de la cause aux effets n’v sont 





( 6 ) 

qii'imparfaitement déterminés, qu’apprécier avec justesse dans une ma? 
ladie les droits de la nature et les opérations de l’art est un problème 
dont les données sont à peine connues ; i's apprendront encore qu’on peut 
sortir docteur de l’École de Mc'decine, mais qu’on n’en sort pas médecin ; 
ils sauront enfin que ce n’est guère qu’aprèsplusieurs années de pratique 
que l’on conçoit bien cette force de vérité' cachée dans l’aphorisme d’Hip¬ 
pocrate : Ars longa, vita b revis , experienlia fdllaac , et surtout, 
judicium difficile. 

J’ai souvent réfléchi à l’épigraphe désespérante que Corvisart a placée 
à la tête de son excellent ouvrage des maladies de cœur : Hceret lateri 
lethalis arundo. On peut assurer malheureusement que cette épigraphe 
serait applicable à un très-grand nombre de nos maladies, surtout quand 
elles sont chroniques. Pourquoi cela ? C’est que dans ces maladies il y 
a presque toujours lésion de tissu; or, quand cette lésion a lieu, nos 
ressources sont à peu près nulles, notre art est impuissant; nous ne pou¬ 
vons plus qu’adoucir les maux du malade , autrement dit prolonger son 
agonie. Ces réflexions ne doivent en rien jeter de la déconsidération sur 
la science; elles ont pour objet de faire voir d’une part que la méde¬ 
cine n’est pas aussi avancée en thérapeutique qu’on le croit en général, 
sur la foi de gros volumes qu’on imprime, et sur la fastueuse appa¬ 
rence de nos pharmacies ; de l’autre, que c’est sur ce point capital qu’il 
convient de diriger nos efforts, nos travaux, nos recherches. Guérir 
est le mot qui renferme toute la médecine, il en forme le sublime corol¬ 
laire; et si, d’après Hippocrate, le médecin se rapproche de la divinité > 
c’est parce qu’il se propose de guérir, ou du moins de soulager. U est 
à regretter que nos sociétés savantes semblent peidre de vue le plus ri¬ 
che domaine de la science. Voyez leurs sujets de prix : combien peu 
tendeut à éclaircir, à approfondir des points de thérapeutique directe et 
positive ! Ce sont, il est vrai, de magnifiques questions d’anatomie pa¬ 
thologique , de physiologie ou de pathologie transcendante, questions la 
plupart insolubles , et qui finissent par une mention honorable ou une 
chétive médaille ; mais l’art de guérir, la véritable science n’en reste 
pas moins dans l’ornière du statu quo. 

Eh bien, voici un problème scientifique que je soumets en toute hu¬ 
milité à nos académies les plus savantes ou les plus illustres si l’on veut. 

« Un cor au pied étant donné, indiquer les moyens de le guérir 
promptement, doucement et radicalement. » 

Ceci n’est ni une dérision, ni la preuve d’un scepticisme railleur; 
c’est très-sérieusement que je parle, que je jette cette espèce de défi à 
nos académies. Celte question complètement résolue, on pourra se 
vanter d’avoir rendu un service réel à la science et à l'humanité. L’homme 



(V ) 

de mérité qui aura remporté le prix doit être mis au-dessus de ces col¬ 
lecteurs d’observations insignifiantes qui fourmillent dans nos journaux, 
de ces disséqueurs qui, après la mort, fouillent dans les organes et n’y 
trouvent jamais que les preuves de leurs rêveries, et de ces disserta- 
teurs en grec, en latin, en allemand, qui sont couverts de science de la 
tête aux pieds sans avoir meilleure miue. 

On peut définir la thérapeutique, cette partie de la médecine qui 
établit un rapport nécessaire entre les vues théoriques et la pratique, 
entre la connaissance des maladies et celle des moyens de les détruire, 
entre la science proprement dite et les procédés de l’art. Plut à Dieu 
que les moyens d’exécution pussent correspondre aux vues du praticien ! 
mais trop souvent il n’en est rien. Bien plus, si l’on suit alternativement 
les mouvements de la science dans une période donnée , on s’aperçoit 
bientôt que la médecine est comme les autres branches des connaissances 
humaines. Voulant éviter un excès, on tombe dans un autre. On s’est 
beaucoup moqué de nos devanciers, avec leurs formules si longues , si 
compliquées, si bien ajustées, leurs énormes pharmacopées, leurs in¬ 
faillibles recettes pour chaque maladie. On a tant réclamé que nous 
sommes tombés dans le défaut contraire. Les batteries polypharmaques 
sont éteintes ; mais qu’avons-nous mis à la place ? Quelles sont nos ri¬ 
chesses en matière médicale, nos ressources auprès des malades, à pré¬ 
sent que le vœu de Sydenham est à peu près rempli, mettre toute sa 
pharmacie dans la pomme de sa canne (1 ) ? Il faut le dire, rien ou à peu 
près. Nous tournons sans cesse dans un petit cercle de moyens thérapeu¬ 
tiques, appuyés sur trois ou quatre principes généraux. Telle est du 
moins la médication gommo-hirudinaire si répandue encore, bien que 
son insuffisance soit pleinement démontrée aujourd’hui. Je ne me range 
pas parmi les champions des vieilles sottises médicales ; mais prétendre 
que depuis qu’on a ouvert force cadavres pour y voir tout ce qu’on veut 
y voir, depuis qu’on a multiplié les expériences sur les animaux, que 
l’anatomie pathologique est en pleine faveur , qu’il n’est question que 
de cris des organes, que les raplus ont remplacé les altritus d’autrefois; 
prétendre, dis-je, que la thérapeutique,a largement étendu ses limites, 
ce serait par trop s’abuser. Toutes ces recherches sont, dit-on, impor¬ 
tantes , utiles, progressives : je le crois ; mais encore une fois il faut 
guérir, et pour guérir que produisent-elles souvent?.... Le croup est 
pour nous à peu ptès incurable, bien que nous connaissions l’organe 
lésé, et si nous avons quelques triomphes, c’est précisément dans 1rs 


(t) De l'opium , de l'émétique et une lancette. De nos jours on a clé plus loin, 




(»*' 

fièvres intermittentes , dont nous ignorons absolument la nature et le 
siège. 

Tout en rendant justice à qui de droit, je ne sais par quel cliquetis 
et quel clinquant de mots on parle sans cesse des immenses progrès de 
l’art. Entendons-nous : si l’on parle de bruit, d’agitation , de préten¬ 
tions , de polémique, il est certain que depuis quelque temps la science 
s’est mise en travail. Mais n’a-t-on pas pris l’appaieil pour la réalité, 
le mouvement sur place pour la progression? Pour moi, je le crois. En 
veut-on une preuve ? Il n’y a qu’à considérer l’indécision , la perplexité 
où se trouvent tous les jours les médecins dans les cas graves. Après 
bien des difficultés pour saisir une indication précise, on est tout à coup 
arrêté par le choix des moyens propres à la remplir, sauf les cas d’aveu¬ 
gle présomption ou d’outrecuidance systématique. S’il nous reste encore 
quelques ressources, à qui les devons-nous? A nos devanciers qu’on 
calomnie sans les étudier; ils ont trouvé le quinquina, l’opium, l’émé¬ 
tique, les purgatifs, les vésicatoires, etc., nos véritables richesses en 
matière médicale. 

On serait pourtant dans l’erreur si l’on concluait de cet examen cri¬ 
tique que la thérapeutique n’existe pas et que la médecine est illusoire. 
Depuis trois mille ans Hippocrate a répondu à cette objection. 11 y a, 
dit-il, pour le corps humain, des choses utiles et des choses nuisibles : 
donc il y a une médecine, donc il y a une thérapeutique. Cet argu¬ 
ment est sans réplique ; et quiconque a de la portée dans l’esprit en 
sentira la force : ayons donc foi à la dignité et à la vérité de notre pro¬ 
fession. Il ne s’agit plus que de connaître cette véritable médecine, de 
la chercher, de la signaler, d’en saisir les caractères, d’en reculer les 
limites s’il est possible. 

Ces réflexions tendent à faire voir les besoins de la science et à dis¬ 
siper quelques illu-ions. Jusqu’à présent nous n’avons jeté qu’un coup 
d’œil très-général ; maintenant nous rétrécirons le cadre, et nous ver¬ 
rons plus en particulier les causes qui se sont opposées jusqu’à ce jour 
aux progrès réels de la thérapeutique 


DES AGEMS THÉRAPEUTIQUES EM GÉNÉRAL. 

Guérir est le but définitif de la médecine; elle n’a pas toujours le 
bonheur de l’atteindre, mais soulager les maux qu’on ne peut dissiper 
complètement, c’est encore rendre service à l’humanité. La thérapeu¬ 
tique est l’art qui mène à ces résultats ; c’est à elle que doivent aboutir 
tous les travaux et toutes les études du médecin. 



La connaissance exacte des lois qui régissent l’économie, celle des 
cliangemens que les médicamens peuvent opérer sur nos organes, nous 
permettent d’apprécier, d’une part, les de'rangemens de nos fonctions , 
de l’autre, la manière dont elles peuvent revenir à l’état normal, soit 
spontanément, soit sous l’influence des agens thérapeutiques divers dont, 
dans la plupart des cas, le hasard seul a révélé la salutaire efficacité. 

L’application des diverses substances à nos organes pour en modifier 
l’état anatomique ou fonctionnel constitue la médication ; la combi¬ 
naison simultanée ou successive de diverses médications forme ce qu’on 
nomme un traitement. Mais ce ne sont pas seulement les substances 
nommées médicamens qui sont susceptibles d’être employé, s dans le 
traitement : les agents hygiéniques , tels que l’air, la nourriture, les 
vêtemens , peuvent rendre de grands services à la thérapeutique , ils 
suffisent même, dans certaines circonstances, pour ramener à la santé, 
et sont dans tous les cas d’utiles auxiliaires aux moyens d’une autre es¬ 
pece. 

Les agens thérapeutiques sont innombrables ; toute substance des 
irois règnes de la nature qui jouit d’une puissance assez active pour mo¬ 
difier l’état actuel des organes et changer leur mode de vitalité devient, 
entre les mains de l’homme de l’art, un agent de guérison, quand il sait 
s’en servir pour opérer dans le corps malade des changemens favorables 
au retour de la santé. 

Bien que ces moyens soient d’une variété prodigieuse en apparence, 
l’expérience et l’observation ont démontré qu’ils pouvaient se rassembler 
en un certain nombre de groupes principaux qu’on pourrait appeler, en 
quelque sorte , élémentaires. Ce sont ces groupes que nous nous propo¬ 
sons d’examiner successivement. Nous commencerons par traiter des 
émétiques, des purgatifs, des rubéfians, des caustiques, etc. Nous les 
choisissons les premiers parce que , sans nier que les médicamens ont 
une action générale sur l’organisme, et en reconnaissant la vertu spé¬ 
ciale de quelques-uns pour agir sur la cause de certaines maladies, nous 
pensons que l’action que le médecin peut exercer sur l’économie com¬ 
mence presque toujours par être locale. Quel est en effet le but des mé¬ 
dications journellement employées? Exciter tel ou tel tissu, accroître 
telle ou telle sécrétion ou modifier son produit : pour arriver à ce ré¬ 
sultat , on emploie un médicament choisi dans une des classes que nous 
avons énumérées. Chaque classe contient des médicamens dont l’action 
est analogue, mais jamais identique; il faut donc bien savoir apprécier 
leur valeur individuelle, afin qu’au moment du besoin on puisse choisir 
celui qui doit atteindre le but précis que l’on désire. 

Mais avant d’employer un médicament, il est un fait fondamental 



( 10 ) 

que ne doit jamais perdre de vue un médecin éclairé et jaloux d’être 
utile : c’est que, dans la grande majorité des cas, les maladies tendent 
à une guérison spontanée. C’est pourquoi il faut d’abord bien connaître 
quelle est la terminaison naturelle des maladies, lorsqu’elles sont véri¬ 
tablement abandonnées à elles-mêmes ; quelles sont les conditions qui 
paraissent en favoriser ou en retarder l’issue favorable, afin d’imiler ou 
d’e’viter ce que l’expérience aura démontré être utile ou nuisible. Si la 
maladie est du nombre de celles qui guérissent d’ellcs-mêmes, on se 
tiendra dans une sage expectation ; si au contraire les phénomènes ré¬ 
clament , par leur gravité , l’emploi des médicamens, on se hâtera de 
rechercher alors celui qui peut rétablir l’harmonie troublée de l’orga¬ 
nisme. 

Aujourd’hui tous les préjugés sont dissipes ; les agens thérapeutiques 
n’ont de valeur que celle qu’une expérience sévère leur assigne; on ne 
croit plus que leur puissance réelle est proportionnée à la difficulté avec 
laquelle on se les procure, ou à la complication plus ou moins bizarre 
des formules dans lesquelles ils entrent : c’est au lit du malade que l’on 
place chacun au rang qui lui est dû. Ce n’est pas rétrécir la thérapeu¬ 
tique, c’est au contraire la rendre plus féconde et la tirer du chaos où 
des esprits peu sévères et peu attentifs l’ont fait tomber, que de se ren¬ 
dre ainsi un compte minutieux et exact de ce qu’on peut attendre des 
médicamens. C’est la ligne de laquelle nous ne nous écarterons jamais. 

Rappeler la thérapeutique à toute son importance, mais aussi à toute 
sa simplicité, procéder dans l’expérimentation avec la connaissance 
consciencieuse et approfondie des faits élémentaires, profiter des décou¬ 
vertes anciennes et récentes à mesure qu’elles sont bien constatées : tel 
est le moyen d’assurer à cette branche de l’art de guérir le degré de 
certitude qu’elle doit avoir, et la faire marcher de front avec les autres 
sciences qui maintenant se tournent toutes vers l’applieation pratique et 
usuelle, après avoir été trop long-temps peut-être purement spéculatives. 

F. R. 

NOUVEAU TRAITEMENT DU CHOLÉRA-MORDUS. 

Il ne doit point y avoir de secret parmi le-> médecins ; ils sont rede¬ 
vables à leurs confrères des résultats heureux de leur expérience. Il 
est peu digne de notre profession celui qui, pour l’appât d’un vain 
lucre, ne se hâte pas de publier une découverte qui peut être utile à 
l'humanité. Pour nous , qui désirons ardemment les progrès de la théra¬ 
peutique et qui sommes persuadés qu'elle ne peut fleurir que par la 
prompte participation de chacun aux travaux et aux lumières de tons, 



( H ) 

nous engageons nos abonnés à nous transmettre les faits thérapeutiques 
qu'ils croiront servir la science ; nous nous empresserons de leur donner 
la publicité dont ils seront dignes. Il ne doit pas aujourd'hui exister 
de remède secret, il faut rayer ce nom de nos livres, et faire des vœux 
pour que l’Academie de Médecine détruise dans son sein cette commission 
permanente des remèdes secrets, qui devient, quoique malgré ses in¬ 
tentions , le soutien de tant de charlatans qui spéculent sur le fonds in¬ 
épuisable de la crédulité publique. Quand un praticien est arrivé à la 
découverte d’un traitement que des succès soutenus recommandent à 
l’attention générale, il doit suivre l’exemple que vient de donner 
M. Ranque, en le soumettant à la critique impartiale de ses confrères , 
ot à l’expérimentation dans les cas analogues à ceux auxquels il l’a ap¬ 
pliqué. C’est le seul moyen honorable d’être utile. 

M. Ranque, médecin en chef de l’Hôtel-Dicu d’Orléans , a traité avec 
bonheur presque tous les cas de choléra-morbus qui, depuis dix ans, 
se sont présentés à sa pratique. Au moment où l'inquiétude est générale 
sur la marche de la terrible épidémie qui ravage la Russie et la Polo¬ 
gne , et menace peut-être nos contrées , il a cru utile avec juste raison 
de publier les observations qu’il a faites, et de donner aux médecins 
que le gouvernement vient d’envoyer sur les lieux la connaissance des 
moyens qui, entre ses mains, ont dans la presque totalité des cas ar¬ 
rêté le développement de la maladie. Depuis 1822, il a eu à traiter, 
soit à l’hôpital d’Orléans, soit dans sa pratique civile, quatre-vingts 
malades atteints du choléra. Sur ce nombre, soixante l'ont présenté 
d’une manière bénigne , mais les vingt autres ont offert les symptômes 
les plus graves et en tout semblables à ceux que l’on observe dans le 
choléra-morbus épidémique de l’Inde, qui est celui qui règne aujour¬ 
d’hui en Russie-et en Pologne. Observant une analogie frappante entre 
les phénomènes du choléra et ceux qui caractérisent la plupart des cm- 
poisonnemens par le plomb ; les considérant les uns et les autres comme 
naissant de l’appareil nerveux gastro-ganglionnaire auxquels viennent 
se joindre bientôt les troubles du système nerveux cérébro-spinal, il a 
appliqué au choléra-morbus, avec seulement quelques modifications, le 
traitement anti-névropathique qui lui réussit depuis plusieurs années 
dans la colique de plomb. Ses essais lui ont complètement réussi ; ce 
qui prouve que pour introduire des méthodes thérapeutiques nouvelles > 
on modifier celles qui sont défectueuses , il est bon quelquefois de né¬ 
gliger l’appréciation des causes , pour ne consulter que l’analogie qui 
existe entre deux maladies. 

Le choléra-morbus s’est présenté à M. Ranque sous trois caractères 
principaux : le névralgique, le névro-adynumique, le névro-phlegma- 



( 12 ) 

sique. Ces caractères existent, que l’affection soit épide'mique ou spo¬ 
radique, et il est de la plus haute impoitance de les bien reconnaître, 
si l’on veut appliquer le traitement avec le succès qu’on a droit d’en 
attendre. 

Le groupe névralgique se caractérise par les symptômes suivans : 
invasion subite par une douleur tiès-vive à l’épigastre et à l’ombilic, 
suivie de vomissemens, d’évacuations alvines involontaires, grisâtres, 
non félidés ou peu fétides; point de lièvre, pouls petit, irrégulier; 
point de sensibilité du ventre au toucher, chaleur de la peau souvent au- 
dessus de l’état normal ; soif vive et langue humide ; grippement des 
traits, souvent convulsion tétanique des mollets et des doigts des mains ; 
intervalles constans, mais plus ou moins rapprochés entre les douleurs 
abdominales; adynamie intense au début, augmentant rapidement, 
mais alternant avec une agitation convulsive. 

Chez douze malades présentant ces symptômes, et dont M. Ranque 
rapporte 1’observation, le traitement suivant a eu les effets les plus 
merveilleux : 

Prenez emplâtre de ciguë, une once et demie. 

Diachylum gommé, id. 

Faites ramollir dans l’eau cette masse, ajoutez-y les poudres sui¬ 
vantes : poudre de thériaque (c’est-à-dire les substances pulvérulentes 
qui entrent dans sa composition, les autres étant inutiles ), I once ; 

Camphre en poudre. . un gros et demi 
Soufre en poudre. ... un demi gros. 

Faites du tout une masse bien mélangée; couvrez-cn une p au ou 
une toile assez grande pour couvrir la totalité du ventre, depuis l’épi¬ 
gastre inclusivement jusqu’au pubis; saupoudrez ensuite avec le mé¬ 
lange suivant : 

Tartre stibié.un gros et demi. 

Camphre en poudre.un gros. 

Fleur de soufre.un demi gros. 

Appliquez cet épithème sur le ventre, et retenez le au milieu d’un 
bandage de corps. 

En même temps faites sur l’intérieur des cuisses, des jambes et sur 
la partie lombaire du rachis, des friclions que vous renouvellerez six ou 
huit fuis dans le jour, avec une cuillerée du Uniment suivant : 


Prenez : eau de laurier-cerise.deux onces. 

Éther sulfurique.une once. 

Extrait de belladone.deux scrupules. 









Ce traitement a opéré en peu de temps une amélioration notable ; les 
vomissemens et les déjections alvincs ont été calmés, dans la plupart 
des cas, au bout de si* à huit heures. 

S’il était impossible de se procurer la masse emplastiquc, on pour¬ 
rait se servir de la poix étendue sur une toile, ou bien d’un cataplasme 
de farine de graine de lin, saupoudrés de tartre stibié, de camphre et 
de fleur de soufre. M. Ranque s’en est aussi servi avec avantage. 

Dans le choléra névralgique, devenu adynamique , et qui est ca¬ 
ractérisé par un abattement extrême, sans mouvement tétanique, par 
des gémissemens , des déjections involontaires et fétides , le raidissement 
général du corps , l’enfoncement des yeux, dont l’aspect est pulvéru¬ 
lent , des syncopes fréquentes, il faut recouvrir tout le ventre avec l’é- 
pithème fortement saupoudré, mais au lieu du liniment sédatif, il faut 
employer pour les frictions le liniment suivant, qui est stimulant et to¬ 
nique : 

Prenez. : Huile de camomille.2 parties. 

Teinture éthéréc de kina jaune. ... 1 partie. 

Il faut de plus donner par cuillerée d’heure en heure un mélange de 
deux tiers de vin d’Alicante et d’un tiers d’eau d'orge. 

Si la maladie prend un caractère rémittent ou intermittent, l’on 
ajoutera un demi-gros de sulfate de quinine par deux onces de liniment, 
et l’on en fera des frictions de demi-heure en demi-heure , sur la région 
du cœur, l’intérieur des cuisses et des jambes, et sur la colonne épinière. 

Dans le groupe névro-phlegmasique les vomissemens et les selles sont 
très-nombreux ; mais le ventre est sensible au toucher, la peau chaude, 
le pouls fréquent, la langue sèche; il y a de la soif et des coliques . 
dans ce cas, il faut s’abstenir des épithèmes, des linimens sédatifs ou 
toniques , des boissons aromatisées et vineuses; il faut commencer par 
les demi-bains, les sangsues sur l’abdomen, les lavemens adoucissans, 
les topiques mucilagineux , et si les phénomènes cholériques persistent 
après la cessation des symptômes inflammatoires, on pourra en venir 
alors à l’épithèmc non saupoudré d’abord, puis saupoudré si le premier 
a été inefficace , et employer enfin le liniment sédatif. 

Il est inutile de parler aux praticiens des nombreuses pustules qui 
naissent sur le ventre par l’application del’épithème, à cause du tartre 
stibié qui entre dans sa composition : ces pustules sont très-doulou¬ 
reuses d’abord, mais elles guérissent avec facilité vers le dixième ou 
quinzième jour par les lotions mucilagineuses et le pansement avec 
l’onguent rosat. 

M. Ranque appelle l’expérimentation de ses confrères pour cette nou- 




( H ) 

veilc méthode île trailcmcnt. Nous nous hâtons de la faiie connaître , 
afin que si quelqu’un de nos abonnés trouve dans le courant de l’été 
l’occasion de l'employer, il nous instruise des résultats qu’il obtiendra. 
« Dans les questionsde thérapeutique, comme le dit très -bien M. Ranquc, 
les considérations théoriques ne sont, ne 'doivent être que secondaires ; 
car elles sont quelquefois superflues et quelquefois même dangereuses. 
Les faits seuls ont le droit.de se faire entendre : ce sont eux seuls qu’il 
faut invoquer. » Miquel. 


MOYEN DE RENDUE LA CINCHONINE FÉBRIFUGE. 

Nous arrivons à une époque de l’année où un grand nombre de pays 
sont en proie aux fièvres intermittentes. Ces maladies sévissent sur toute 
la population , sans distinction d’âge ni de sexe. Avec le traitement or¬ 
dinaire et des soins hygiéniques plus ou moins prolongés , on les guérit 
assez facilement, lorsqu’elles attaquent des hommes adultes; mais le 
traitement destiné aux enfans et aux femmes délicates.échoue dans le 
plus grand nombre des cas, à cause de l’impossibilité où l’on est de les 
décider à prendre tout médicament amer, d’une odeur désagréable , et 
qui laisse long-temps dans la bouche le souvenir de son passage. 

En général, les malades dont nous parlons ont une répugnance in¬ 
surmontable pour les pilules. Comment donc arriver à masquer pour 
eux la saveur du remède? Les tromper, le leur donner par surprise? 
on le peut une fois, mais ensuite ?... 11 n’est malheureusement que trop 
vrai qu’ils préféreront dès lors voir leur état empirer que de surmonter 
leur dégoût. Que d’enfans surtout on voit tomber dans le marasme et la 
cachexie, à la suite des fièvres intermittentes , que l’on n’a pu guérir 
faute de pouvoir obtenir d’eux l’ingestion du médicament! Il est donc, 
très-utile aux praticiens de savoir que la cinclionine, qui est presque 
entièrement sans goût, peut se combiner dans l’estomac sans aucun in¬ 
convénient , avec de l’acide sulfurique suffisamment étendu d’eau pour 
ne former qu’une limonade faible et agréable, et y former du sulfate de 
cinclionine qui, obtenu de cette manière, jouit à un haut degré des 
vertus fébrifuges. 

M. Callond , chimiste distingué, qui s’est beaucoup occupé de la 
fabrication du sulfate de quinine , ayant mis sur la langue quelques 
parcelles de cinchonine , qu’il savait être insipide , conçut l’idée de la 
saturer sur place avec un peu d’eau acidulée avec l’acide sulfurique . 
la combinaison de ces deux substances produisit instantanément un sen¬ 
timent d’amertume aussi prononcé que si l’on eût placé sur la langue 
une forte dissolution de sulfate de quinine. Il croit pouvoir tirer de ce 



( 15 ) 

fait l'induction que la combinaison entre la cinchoninc pure et l’acide 
sulfurique étendu d’eau pouvait se former aussi vite dans l’estomac 
que sur la langue. Il se demanda si l’on ne pourrait point profiter de cet 
avantage pour donner aux enfans et aux personnes délicates un remède 
fébrifuge qui, étant sans goût, fût exempt des inconvéniens que nous 
avons signalés , et si cette saturation serait suffisante pour remplacer le 
sulfate de quinine , et produire le même résultat. M. le docteur Carron 
de Yillards a essayé d’appliquer à la pratique les idées de M. Callond , 
et l’expérience est venue confirmer la théorie. Ce nouveau fébrifuge a 
été expérimenté en plusieurs circonstances et en divers pays , en Bresse 
surtout, où les fièvres intermittentes sont endémiques : il a, dans la 
presque totalité des cas, montré les mêmes propriétés fébrifuges que le 
■sulfate de quinine. Nous allons citer quelques-uns des faits nombreux 
que nous possédons, pour établir son efficacité. 

Cbatel ( Jean ), âgé de six ans , habitant un pays marécageux , était 
c n proie , depuis plus de six semaines , à une fièvre intermittente tierce, 
contre laquelle on avait inutilement employé le sulfate de quinine en 
laveraens, car le petit malade se refusait opiniâtrement à le prendre 
autrement. On administra la cinchonine ; après en avoir mis 4 grains 
dans une cuillerée de sirop d’orgeat, que le malade aimait beaucoup , 
et les lui avoir fait avaler sans qu’il s’en doutât, on fit rincer la bouche 
de l’enfant, afin qu’il ne restât aucune parcelle du médicament ; cette 
précaution prise, on lui donna à boire un demi-verre d’eau sucrée 
suffisamment acidulée avec l’eau de Rabel. Cette médication fut réitérée 
trois fois dans l’intervalle de vingt heures ; cela suffit pour diminuer 
tellement l’accès suivant, qu’on eut la conviction intime qu’une nouvelle 
prescription semblable suffirait pour terminer entièrement le cours de 
la maladie. Tout arriva ainsi qu’on l’avait prévu ; on eut néanmoins la 
précaution de faire prendre au petit malade, pendant quelques jours , 
des doses très-légères du fébrifuge, afin de consolider la guérison. 

Henriette Messonnier, âgée de quatre ans, de Polliat (Bresse), pays 
couvert d’étangs et de marais, avait, depuis plusieurs semaines, des 
accès de fièvre intermittente dont elle avait eu déjà beaucoup de peine 
à être débarrassée l’année précédente, à cause des difficultés qu’elle 
faisait pour prendre le médicament ; on eut alors recours à la cinchonine 
unie au miel, à la même dose de 4 grains. La bouche étant nettoyée, 
la malade hut un verre d’eau acidulée avec quelques gouttes d’eau de 
Rabel, et tout se passa comme dans l’observation précédente; le fébri¬ 
fuge fut continué quelques jours après la cessation des accès , pour en 
prévenir le retour. 

François Jacmet, âgé de quatre ans et demi, demeurant à Vaca- 



gnolles ( Bresse ), n’avait encore eu que cinq accès de fièvre intermit- 
tcn’e tierce, lorsqu’on le mit à l’usage de la cinchonine, donnée à la 
meme dose et avec les mêmes précautions que dans les observations 
précédentes : elle eut un égal succès. La fièvre étant récente , on ne crut 
point devoir continuer le médicament après sa disparition : il n’y eut 
pas de rechute. 

Nous pourrions au besoin citer une foule de faits analogues ; mais il 
est inutile d’insister sur des phénomènes que chacun peut essayer de 
produire. Ce moyen ne tardera point, nous l’espérons, à être sanctionné 
par l’expérience des autres , comme il l’a été par la nôtre. Nous appren¬ 
drons avec plaisir que ce mode de traitement a obtenu de nouveaux et 
heureux résultats. G. 


DU TAUTRE STIB1É A HAUTE DOSE DANS LES CAS DE RÉSORPTION 

PURULENTE , A LA SUITE DES GRANDES OPÉRATIONS CHIRUR¬ 
GICALES. 

Depuis que Laënnec et l’école Rasorienne ont fait ressortir l’effica¬ 
cité de l’émétique à haute dose, d’abord contre l'inflammation des 
poumons, puis dans le rhumatisme articulaire, cette médication éner¬ 
gique est devenue l’objet de tentatives nombreuses, suivies de résultats 
variables , dans certaines affections envisagées comme rebelles à toutes 
les ressources de l’art. Parmi ces affections meurtrières, il faut placer 
au premier rang la phlébite utérique, dont l’émétique a paru triompher 
dans certains cas, rares il est vrai, mais dignes cependant de fixer l'at¬ 
tention , eu égard au caractère inexorable de ce fléau des nouvelles ac¬ 
couchées. 

De l’emploi de l’émétique dans ce cas à son application aux sym¬ 
ptômes graves qui suivent les grandes lésions traumatiques, il n’y avait, 
pour ainsi dire, qu’un pas, si l’on envisage l’analogie qui les unit, soit 
qu’on veuille considérer ces lésions comme un résultat de la phlébite, 
soit qu’on adopte la théorie régénérée de la résorption purulente. 

Les premiers essais de ce genre paraissent appartenir à M. Sanson 
chirurgien à l’Hôtel-Dieu de Paris. 

Il arrive trop souvent à la suite des grandes opérations, sans qu’on 
puisse en accuser soit un écart de régime, soit toute autre cause pal¬ 
pable , que la plaie prend tout à coup une marche défavorable ; sa sur¬ 
face offre un aspect blafard, la suppuration devient sanicuse, diminue 
ou se tarit complètement ; tandis que le malade présente des symptômes 
adynamiques et ataxiques, tels que frissons irréguliers, fréquence 
du pouls, sécheresse de la langue, délire nocturne, aspect jaunâtre 



( 17 } 

ou terreux de la peau : phénomènes précurseurs d’une mort presque 
inévitable. À l’autopsie, certains parenchymes, tels que les poumons , 
le foie, la rate et la substance même du cœur présentent, surtout à la 
périphérie, de petites collections purulentes, de consistance variable, 
ordinairement granuleuses, qu’on a longtemps confondues avec les tu¬ 
bercules. 

Vainement on oppose à cette complication funeste l’arsenal de la thé¬ 
rapeutique la plus énergique et la plus variée : les antiphlogistiques, 
les cxcitans, les chlorures, les mercuriaux , les sudorifiques récemment 
préconisés ; tous ces moyens échouent le plus souvent, et parfois agra- 
vent l’état du malade. L’émétique à haute dose paraît néanmoins avoir 
opéré, dans certains cas désespérés, des effets qui ont dépassé toute espé¬ 
rance : tels sont ceux dont nous allons offrir l’esquisse. 

Un peintre en bâtiment eut, pendant les journées de juillet, le genou 
fracassé par une balle : pendant huit jours il refusa de se soumettre à 
l’amputation, qui fut enfin pratiquée le 3 août. La réunion immédiate 
paraissait devoir être suivie du succès, lorsque, le 19, se manifestèrent 
les accidens de résoiption puridente que nous avons mentionnés. Après 
huit jours du traitement antiphlogistique, la mort paraissant immi¬ 
nente , M. Sausôn crut pouvoir hasarder la potion suivante : 


Pr. : Émétique. douze grains. 

Infusion dé feuilles d’oranger. . . huit onces. 
Sirop diacode. une once. 


Le malade en prit une cuillerée toutes les deux heures. Trois doses 
déterminèrent des selles copieuses et quelques nausées : les frissons 
disparurent ; la face se colora, mais des hoquets très-forts étant sur¬ 
venus , on fut obligé vers le soir de suspendre la potion : on la reprit 
le lendemain, et elle fut continuée jusqu’au soir, où les nausées obli¬ 
gèrent à la suspendre. Cependant l’amélioration était manifeste, et l’on 
pouvait espérer une terminaison favorable de la maladie , lorsque de 
nouveaux frissons obligèrent à reprendre la potion, qui fut encore celte 
fois administrée avec un avantage notable ; néanmoins la médication 
avait été trop tardive : elle ne put vaincre entièrement l’atteinte profonde 
apportée à l’économie, et le sujet succomba le 10 septembre. On espéra 
des lors un succès plus complet en administrant le remède dès Vappa¬ 
rition des premiers accidens : c’est ce qui fut fait dans les observations 
suivantes. 

Un calculeux est soumis à quelques tentatives de lithotritie, suivies 
du développement d’une cystite, que l’on combat au moyen déplus de 
deux cents sangsues. Aux accidens locaux succèdent des frissons irré- 





( «8 ) 

guliers, et tous les symptômes «l’un commencement de résorption puru¬ 
lente : potion de six grains de tartre stibié dans trois onces de véhi¬ 
cule , dont il ne prend que le tiers ; le lendemain la potion entière est. 
tolérée, le septième jour la dose est portée à douze grains, qui déter¬ 
minent des coliques et de la diarrhée; tous les accidcns, depuis ce jour, 
disparurent successivement, et le malade sortit guéri. 

Un amputé de l’avant-bras est pris, le second jour, de frissons irré¬ 
guliers : potion èmélisée portée à douze grains : le troisième jour dis¬ 
parition des accidcns ; à la levée du premier appareil, la réunion immé¬ 
diate était presque entièrement effectuée. 

Dans un cas de phlébite, suite d’une saignée du bras, une potion de 
huit grains , administrée pendant deux jours, a dissipé les accidcns lo¬ 
caux et généraux. 

Dans la majorité des cas, la tolérance s’établit d'emblée. 

De tels succès obtenus sous nos yeux, dans une assez courte période 
de temps, méritent de fixer l’attention des praticiens ; mais tout en nous 
félicitant de pareils résultats, n’oublions pas que l’efficacité du médica¬ 
ment dépend, dans la plupart des cas, de la prudence et de l’habileté 
qui président à son administration. Ft. 

THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 

UN MOT SUR LE PLAN QUI SEIIA SUIVI DANS LES ARTICLES DE 
CHIRURGIE. 

La partie de ce journal qui portera ce titre se composera de deux 
sortes d’articles. Les uns traiteront des généralités relatives à la théra¬ 
peutique des maladies chirurgicales, les autres auront pour objet l’ex¬ 
posé des faits particuliers de chirurgie clinique, avec tous les dévelop 
pemens propres à en faire apprécier l’utilité pratique. Avant d’entrer 
en matière, nous désirons entretenir un instant nos lecteurs de l’esprit 
dans lequel nous nous proposons de traiter ce sujet, tout disposés à ac¬ 
cueillir , avec empressement et reconnaissance , leurs conseils, s’ils ju¬ 
gent que notre feuille ne saurait répondre ainsi, d’une manière satis¬ 
faisante, aux exigences de la pratique. 

Un tableau journalier du mouvement de la science, offert dans un 
cadre étroit, mais qui permettrait de considérer les points les plus sail- 
lans des objets, ne peut que présenter un très-grand intérêt à la plura¬ 
lité des praticiens : aussi avons-nous l’intention de passer successivement 
en revue les différens sujets de thérapeutique chirurgicale que nous 



:< i9 ) 

croirons le plus dignes de fixer leur attention, dans le double but de 
constater les progrès de l’art de guérir et de rendre son exercice plus 
utile à l’humanité, en répandant parmi les médecins des localités les 
plus reculées la connaissance des améliorations apportées dans le trai¬ 
tement des maladies. 

Nous n’oublierons jamais que nous n’écrivons pas pour les hommes 
qui s’occupent spécialement de cette haute ou ambitieuse chirurgie qui 
lie les iliaques primitives eu l’aorte, qui extirpe les parotides , enlève 
la mâchoire inférieure ou excise l’utérus et les ovaires ; mais que nous 
nous adressons à la classe plus nombreuse et non moins utile de ceux 
qui exercent la petite chirurgie, trop dédaignée des médecins qui ne 
savent pas la faire, et cette chirurgie courante ( qu’on nous passe l’ex¬ 
pression ) qui, pour n’être pas pratiquée sur un grand théâtre, n’en est 
pas moins appelée à réduire les luxations, maintenir les fractures , ar¬ 
rêter les hémorrhagies, réunir les plaies, etc., et conduire au milieu 
de nos parties l’instrument tranchant, pour en séparer tout ce qui pour¬ 
rait nuire à leur harmonie et compromettre la santé ou l’existence. 

Nous ne craindrons donc pas d’aborder et de traiter avec détails les 
sujets qui paraissent futiles au premier coup d’œil, mais dont l’impor¬ 
tance est bien sentie par le médecin dont le zèle s’étend à tout ce qui 
peut intéresser ses malades, 'et surtout par ces derniers qui souvent 
paient de leur sauté ou de leur bien-être l’inobservation de certaines 
précautions que beaucoup de praticiens ignorent ou dédaignent. Croit- 
on , par exemple, qu’il serait inutile de rappeler de temps en temps 
à ceux-ci qu’une application de sangsues peut être suivie, chez l’adulte 
comme chez l’enfant, d’une hémorrhagie mortelle en peu d'heures; 
qu’ils doivent connaître , non-seulement quelques-uns des moyens gé¬ 
néralement employés pour arrêter l’écoulement du sang, mais tous sans 
exception, depuis la poudre hémostatique de M. Bonnafous, jusqu’à 
la cautérisation avec le fer incandescent ; soit paroc qu’il n’aura pas les 
uns à sa disposition, soit parce que les autres auront été inefficaces ? Et 
ce que nous disons ici des sangsues peut s’appliquer, en partie, à une 
foule de moyens secondaires vulgairement mis en usage. Mais si nous 
nous étendons sur ce point de la thérapeutique chirurgicale, nous n’en 
négligerons pas pour cela les parties plus importantes ; cependant nous 
élaguerons toutes les questions qui ne se rattacheront pas essentiellement 
à la pratique. 

Ayant pour but unique d’éclairer des confrères et non de critiquer 
des rivaux, nous nous en tiendrons, autant que possible, au positif de 
l’art; nos colonnes ne seront point, comme celles d’autres journaux, 
une arène où viennent s’engager des polémiques scandaleuses nées de la 

2 . 



( 20 ) 

jalousie du métier et que l’orgueil blessé entretient et envenime. L'in¬ 
térêt de la science et non l'intérêt des personnes , voilà notre mobile. 

Tavernieb. 


TORSION DES ARTÈRES DANS LES HÉMORRHAGIES. 

Nous sommes étonnés que nos grands chirurgiens ne se soient pas 
prononcés d’une manière définitive sur la torsion des artères. Cependant 
cette méthode, qui n’est pas sans quelque importance, est généralement 
employée dans plusieurs hôpitaux d’Allemagne. Ponrquoi donc n’avons- 
nous pas encore sur ce sujet l’opinion de MM. Dupuytren, Roux et 
Delpech? Pourquoi ces habiles opérateurs ne nous apprennent-ils pas, 
apres l’avoir expérimenté d’une manière convenable, si ce moyen hé¬ 
mostatique est préférable à la ligature, dans quel cas il faudrait lui 
donner la préférence, et si ccs avantages sont assez grands pour qu’il 
entre désormais dans le domaine de la médecine opératoire ? 

Quel est l’inventeur de ce moyen nouveau, dont la thérapeutique 
chirurgicale s’est enrichie? Noüs ne saurions le dire ; malgré la récom¬ 
pense que l’Académie des Sciences vient de décerner à M. Amussat, pour 
scs travaux sur la torsion, la question de priorité se débat toujours entre 
lui et MM. Velpeau et Thierry; peut-être même celui de ces chirur¬ 
giens qui en a eu la première idée T a-t-il prise dans Gallien ( de Loc. 
aff., lib. 1 , cap. 1. ), ou bien dans l’Histoire de la Chirurgie de 
Peyrilhe, tom. II, pag. 658 : nous y renvoyons nos lecteurs. Quoi 
qu’il en soit, disons en quoi consiste la torsion, comment elle s’opère, et 
quels sont ses avantages. 

La torsion a été inventée pour remplacer la ligature. Dans les cas 
d’amputation, dans les ablations du sein, dans les extirpations de tu¬ 
meur , au lieu de saisir les vaisseaux qui donnent du sang et d’en serrer 
l'extrémité avec un fil, de les lier, en un mot, on a imaginé de tordre 
les e xtrémités béantes des artères ou des veines, et d’en déterminer ainsi 
l’oblitération. Voici quel est le procédé le plus simple qu’on emploie 
pour y parvenir. 

Avec une pince qu’un coulant vient fixer, l'on saisit de la main droite 
l’extrémité du vaisseau que l’on tire à soi légèrement ; après l’avoir 
’solé des tissus environnans , on le prend en travers, auj niveau de la 
plaie, avec des pinces à branches arrondies; et pendant qu’on le fixe de 
cette manière avec la main gauche, l’on tord le vaisseau dans le sens de 
sonaxe, avec la droite, trois, six ou huit fois, suivant son calibre. 
Par ce mécanisme, les membranes interne et moyenne sont rompues et 



( 21 ) 

se roulent en m ontant dans le vaisseau, en formant une espèce de culot 
<jui s’oppose au cours du sang, ta résistance est aussi augmentée par 
le tortillon que forme extérieurement la membrane celluleuse ; lorsque 
la torsion est portée jusqu’à la rupture du vaisseau, cette membrane 
présente une spirale très-serrée de plusieurs lignes de longueur. Nous 
avons suivi, il y a deux ans, les expériences faites sur les chiens et les 
chevaux ; nous avons toujours vu l’oblitération la plus complète du vais¬ 
seau suivre immédiatement-l’opération. Plusieurs fois nous avons tenté 
de rompre la résistance en poussant de l’eau avec une forte seringue sur 
l’extre'mité de l’artère ou de la veine tortillée, et sans y réussir. 

La torsion a subi quelques modifications : les principales sont celles 
que conseillent MM. Schrader et Thierry. 

M. Schrader croit avoir constaté qu’il n’est point nécessaire de presser 
horizontalement le vaisseau au niveau de la plaie, pour que les effets de 
la torsion s’arrêtent là; suivant lui, cette précaution est inutile, ils ne 
s’étendent jamais plus haut que la surface de la plaie. M. Thierry donne 
un procède' ingénieux, de faire la torsion dans les cas d’anévrisme, lors¬ 
qu’il faut oblitérer l’artère loin du lieu de la lésion, comme ce serait 
si, pour guérir un anévrisme de la poplitée, l’on avait à agir sur l’ar¬ 
tère fémorale. Il consiste, après avoir découvert et isolé le vaisseau, à 
passer au-dessous de lui un crochet ou une aiguille à ligature, et à le 
tordre en faisant agir l’instrument à la manière du bâtonnet d’un garrot. 
Dans ce genre de torsion, il faut éviter la rupture de toutes les mem¬ 
branes. 

La torsion vaut-elle mieux que la ligature dans quelques cas, et 
quels sont ceux où elle doit lui être préférée ? Les faits ne sont pas assez 
nombreux pour qu’on puisse répondre encore à cette question. Assu¬ 
rément la torsion aurait de grands avantages sur la ligature si, comme 
on le dit, elle rend la réunion immédiate plus prompte et plus sûre ; 
mais ce n’est pas encore complètement prouve. M. Schrader, dans une 
dissertation inaugurale soutenue, à Berlin, sur la torsion des artères, 
rapporte sept cas d’amputations avec torsions, recueillis à l’hôpital de 
Hambourg, où ce mode opératoire est universellement suivi, et un seul 
des amputés a joui d’une manière positive des bénéfices delà réunion 
par première intention. Dans la 1 re observation, hémorrhagie; dans la2 e , 
nécrose du tibia ; dans la 5 e , hémorrhagie, gangrène, mort ; dans la 4 e , 
mort; dans la 5 e , nécrose du tibia; dans la 6 e , cicatrisation à la troi¬ 
sième semaine; dans la 7 e , mort. Nous ne voulons pas par là faire le 
procès de la torsion ; nous savons que la réunion parfaitement immé¬ 
diate est presque impossible dans les amputations, que les fils des 
ligatures soient ou non dans la plaie. Nous citons ces faits parce que 



( 22 ) 

nous devons apprécier la torsion avec conscience; si plus tard des suc¬ 
cès plus marquans venaient à avoir lieu , nous les ferons connaître à nos 
lecteurs. 

Tout nous fait présumer que les seuls cas où la torsion sera préférée 
à la ligature seront ceux où on ne peut point laisser de corps étranger 
dans la plaie sans augmenter de beaucoup le danger de l’opération, 
comme, par exemple, le cas de hernie; après avoir excisé l’e'piploon, la 
torsion des artères permettrait de l’abandonner dans l’abdomen, sans 
ligature, ce qui, dans ce cas, serait un véritable bonheur. N’aurait- 
elle que ce seul avantage, la torsion serait encore une acquisition pré¬ 
cieuse de la thérapeutique chirurgicale. M. 


SANGSUES APPLIQUÉES SUR LA CONJONCTIVE PALPÉBRALE, DANS 
LES CAS d’oPIITHALMIE AIGUE ET CHRONIQUE. 1 

Lorsque, dans l’ophthalmie aiguë, les symptômes inflammatoires affec- 
tcnûune certaine intensité, il est généralement obligatoire de recourir 
à l’application des sangsues au tempes, aux apophyses mastoïdes , sur le 
trajet des jugulaires, et plus directement encore autour de la paupière 
inférieure. Il arrive cependant assez souvent qu’au lieu d’obtenir l’effet 
désiré, l’on détermine un surcroît de fluxion sanguine. 

M. Sanson , chirurgien à l’Hôtel-Dieu, paraît avoir heureusement 
modifié ce moyen thérapeutique en appliquant les sangsues immédiate¬ 
ment sur la conjonctive qui tapisse intérieurement la paupière inférieure. 
Il semblerait, au premier aspect, que les piqûres de ces animaux sur 
une surface sensible ctphlogosée devraient entraîner de graves inconvé- 
niens, tels que la douleur, le gonflement, et, par suite, la gêne dans 
les mouvemens du voile mobile ; mais l’expérience a démontré l’exagé¬ 
ration d’une telle appréhension. Il suffit d’un peu de patience et d’habi¬ 
tude pour pratiquer convenablement cette opération. 

Après avoir fait choix de sangsues peu volumineuses, disposées à bien 
prendre et mollement roulées dans un linge sec, on ahstergela surface 
de l’œil et les paupières au moyen d’une douce ablution. L’index et le 
médius de la main gauche, appliques au-dessous des deux angles de la 
paupière inférieure, exercent une pression suffisante pour en opérer le 
renversement et découvrir une étendue de conjonctive susceptible de 
donner place à six ou huit de ces animaux , dont quatre ou cinq pro¬ 
curent ordinairement une déplétion suffisante. Il est inutile de dire 
qu’elles doivent être placées l’une après l’autre, mais il n’est pas indif¬ 
férent de faire observer la nécessité d’éviter le voisinage du bord libre 



{ 23 ) 

de la paupière et des points lacrymaux. Quelquefois les sangsues ont de 
la peine à mordre, et se portent sur le globe oculaire , après s’être fixées 
un instant sur la muqueuse palpébrale; il convient alors de les changer, 
pour y revenir, s’il en est besoin. 

Une fois prises, elles exercent une succion active, mais elles restent 
peu de temps adhérentes, et tombent spontanément au bout de huit ou 
dix minutes. Après leur chute, il suffit d’étuver quelques instans les 
petites plaies qui toujours saignent abondamment. Cet écoulement pro¬ 
cure un dégorgement très-marqué. 

Quelquefois les piqûres sont légèrement douloureuses dans le cours de 
la journée , et peuvent devenir le siège d’une certaine tuméfaction : ces 
accidens sont de peu de durée et ne sont pas suivis de cette inflamma¬ 
tion prurigineuse si fréquente à la peau , et qui, sur la conjonctive, en¬ 
traînerait de fâcheux inconvéniens. Au bout de deux jours, il ne reste- 
plus qu’un petit caillot noirâtre occupant la plaie, et dont la chute ne 
laisse aucune trace de ces cicatrices triangulaires, blanches, qui stigma¬ 
tisent la peau d’une manière presque indélébile. 

Sur la quantité d’observations favorables à cette méthode, nous ne 
mentionnerons aujourd’hui que deux faits qui constatent son efficacité. 

Un homme affecté d’ophthalmic double , avec ulcérations des cornées, 
entra, en mars dernier, dans le service de M. Sanson. Les conjonctives 
présentaient une rougeur intense et un boursouflement considérable. 
Plusieurs saignées générales n'ayant produit aucune amélioration sensi¬ 
ble, huit sangsues furent appliquées à la face interne des deux paupières 
inférieures ; et, dès le lendemain, la rougeur, le gonflement et la dou¬ 
leur avaient notablement diminué d’intensité ; l’amélioration continua 
les jours suivans ; mais les ulcérations de la cornée ne disparurent un 
peu plus lard que pour reparaître ensuite avec un nouveau boursoufle¬ 
ment des conjonctives. L’application du même moyen procura les mêmes 
résultats favorables, et le malade, au commencement de juin , était en 
voie de guérison parfaite. 

Un jeune homme affecté d’iritis, avec rougeur intense delà conjonc¬ 
tive de l’œil droit, accompagnée d’une vive douleur, se présenta vers la 
même époque. Une saignée générale et des pédiluves dépuratifs n'empê¬ 
chèrent pas qu’un abcès se formât à la surface de l’iris, en même temps 
que le boursouflement de la conjonctive devint plus considérable. Deux 
applications de sangsues à la face interne des paupières inférieures pro¬ 
curèrent un prompt dégorgement ; à la fin de mai le malade sortit par¬ 
faitement guéri. 



( 24 ) 

VACCINE. 


QUALITÉS d’uH BON VACCIN (1). 

Si on pique un bouton de vaccine déjà formé, sans être trop avancé, 
c’est-à-dire entre le sixième et le neuvième jour, on voit paraître un 


(t ) Nous avons considéré la vaccine comme appartenant à la thérapeutique, 
et nous avons désiré que les principales questions qui s’y rattachent fussent trai¬ 
tées à fond dans ce journal, par quelqu’un aux paroles duquel on pût avoir une 
entière confiance. M. Bousquet, secrétaire du conseil de l’Académie de médecine, 
a bien voulu se charger de ce travail. L’ordre qu’il suivra dans scs articles est 
indiqué dans la lettre suivante : 

« Monsieur et très-cher confrère, 

» En m’adressant le prospectus de votre Bulletin de thérapeutique, vous me 
faites l'honneur de me demander quelques articles sur la vaccine. Vous avez la 
bonté de croise que, chargé depuis plus de sic ans de vaccinations gratuites à 
l’Académie royale de médecine, j’ai dû recueillir sur cc sujet des observations 
dignes de figurer dans votre journal. 

» II est vrai que, depuis quelque temps surtout, mes idées ont changé de di¬ 
rection : j’ai fait par devoir ce que certainement je n’aurais pas fait par goût. 
C'est l'histoire de la plupart des hommes; on n’est pas toujours le maitre de 
eh lisir l’objet de ses études, on le reçoit des circonstances. Mais, monsieur, ne 
craignez-vous pas que la vaccine ne soit déjà considérée comme une vieillerie 
médicale? C'est un sujet bien rebattu, bien usé; et quoique, en y regardant 
attentivement, j’aie quelquefois été surpris de l’étendue qu'il prend à la réflexion, 
je ne sais s’il intéressera bien vivement vos abonnés. 

» Il est du moins dans l’esprit de votre journal. Tout en effet dans la vaccine 
appartient à la thérapeutique. C’est un moyen comme un autre, dont l’art s’est 
emparé, et qui serait aussi bien placé dans nos matières médicales que dans le9 
traités de pathologie. 

» Au reste, monsieur, j’ai plus de confiance dans votre jugement que dans le 
mien. Je ne vous aurais jamais offert cc que vous me demandez, mais je ne sais 
pas vous refuser. 

» Je vous offre aujourd'hui un article sur les qualités d'un bon vaccin. J’exa¬ 
minerai plus tard, si vous le permettez, ce qu’ii faut penser de la varioloïde ; si 
le virus vaccin a dégénéré ; s'il est nécessaire de vacciner plusieurs fois la 
même personne; si la vaccine, qui marelle à côté de la variole, a quelque 
influence sur elle; s'il est bon de conserver l’intégrité des boutons pour assurer 
la vertu préservative de la vaccine; s’il y a quelque rapport entre fêtai des 
boutons et l’effet préservatif, etc., etc. 

Voilà, cc me semble, des questions qui ne sont pas dénuées d’intérêt; il en 
est d’autres que j’omets; je les réserve pour un autre temps, si celles que je vous 
propose sont traitées de manière à obtenir le suffrage de vos lecteurs et le vètre. 

» J’ai l'honneur d’étre, etc. BorfQfET. 



( 25 ) 

liquide clair, limpide , diaphane, qui s’amasse peu à peu à sa surface 
en gouttelettes arrondies et brillantes comme une espèce de rosée : c’est 
le fluide ou le virus vaccin. Quelquefois cependant il m’a paru légère¬ 
ment coloré en jaune, et je puis affirmer que cette teinte, que j’ai ren¬ 
contrée surtout chez les enfans qui viennent de naître, ne lui ôte rien 
de ses propriétés. 

Je note , sans m’y arrêter, la lenteur avec laquelle le vaccin sort de 
ses alvéoles : cela tient à sa consistance et surtout à la disposition inté¬ 
rieure des boutons , qui, divisés en plusieurs loges, ne lui permet pas 
de se faire jour tout à coup. 

Le vaccin le plus clair, le plus limpide, est toujours un peu vis¬ 
queux comme une goutte d’un sirop léger : il file entre les doigts, se 
mêle difficilement au sang, adhère à la lancette, s’épaissit et se dessè¬ 
che promptement à l’air sous la .forme d’un enduit gommeux ; étendu 
sur un linge ou sur un fil, il le raidit à peu près comme ferait un li¬ 
quide légèrement chargé d’empois , et s’en détache ensuite en écailles 
d'un aspect vitré ; enfin il n’a point d’odeur , mais au goût il est âcre 
et salé. 

La chimie ne nous a donné que des notions très-peu satisfaisantes 
sur sa composition ; elle n’y a trouvé que de l’eau et de l’albu¬ 
mine : il est certain pourtant qu’il y a quelque chose de plus subtil qui 
lui échappe, et il faut bien croire que ce qu’elle ne peut sadsirest au¬ 
trement important que ce qu’elle a découvert, puisque là réside le se¬ 
cret de toutes ses propriétés. C’est un des nombreux exemples en mé¬ 
decine où l’esprit l’emporte et doit l’emporter sur les sens , malgré les 
prétentions de cette triste et stérile philosophie qui ne veut croire que 
ce qu’elle voit. 

Telles sont les qualités physiques d’un bon vaccin, et tel est ordi¬ 
nairement le vaccin, depuis l’apparition du bouton jusqu’au huitième 
ou neuvième jour , à compter de la date de l’insertion. C’est aussi dans 
cet intervalle qu’il possède toute la plénitude de ses propriétés. Mais 
chaque virus a son degré d’énergie, et quelque grande que soit celle de 
la vaccine, elle est bien loin de celle de la variole. 

Du moins le conlagium vaccinal n’empoisonne pas l’air, il ne se ré¬ 
pand pas dans l’atmosphère; il ne menace, il n’atteint que ceux qui le 
veulent bien, et, pour le vouloir , il faut souffrir qu’on le dépose sous 
l'épiderme à la faveur d’une petite opération dont nous parlerons en 
son lieu. 

Le virus vaccin, disons-nous, jouit de toute son énergie dès qu’il 
existe, et il la conserve jusqu’au huitième ou neuvième jour, après 
quoi elle décroît sensiblement. Au premier al>ord, il semblera peut-être 



( 26 -) 

extraordinaire qu’il n'y ait pas une progression ascendante comine il y 
a une progression descendante , et que le vaccin parvienne de suite à 
l’époque de sa maturité ; cependant rien n'est plus vrai. 

Dans la vue de savoir jusqu’à quel point il était possible de provenir 
l’infection vaccinale, comme on dit qu’on prévient l'infection vénérienne 
en cautérisant un chancre , j’ai détruit avec la lancette et la pierre in¬ 
fernale les boutons dès qu’ils commençaient à poindre ; mais avant d'o¬ 
pérer celte destruction je piquais d’autres enfans avec cette même lan¬ 
cette pour utiliser doublement mon expérience. Le résultat n’a jamais 
été douteux ; j’ai toujours développe la vaccine avec un vaccin de qua¬ 
tre à cinq jours. 

Depuis lors, je m’inquiète assez peu de l’âge du vaccin, pourvu qu'il 
soit jeune. Autrefois je n’aurais pas voulu qu’il eût moins de sept jours; 
à présent il m’est indifférent qu’il en ait quatre , cinq, six ou sept. Je 
vaccine très régulièrement deux fois par semaine, le mardi et le sa¬ 
medi. Les enfans sont tenus de revenir la semaine suivante à pareil 
jour : s’ils y manquent, ce qui n’est que trop commun ; si, par exem¬ 
ple , les vaccinés du mardi ne se représentent pas le mardi suivant, je 
prends sms hésiter mon vaccin sur les vaccinés du samedi précédent, 
et pour si peu que les boutons soient appareils , l’opération ne man¬ 
que pas. 

Il n’y a à cela qu’un inconvénient, c’est que les boutons naissans ren¬ 
ferment naturellement très-peu de vaccin : cet inconvénient est le'gcr 
quand on a peu de vaccinations à pratiquer ; il est plus sensible quand 
on en a beaucoup. Je suis de ces derniers. Il est si difficile d’obtenir 
des pareils qu’ils ramènent leurs enfans, que j’aurais plus d’une fois 
manqué de vaccin si je ne me fusse avisé d’un expédient aussi simple 
qu’il est efficace. Il consiste à allonger le vaccin avec de l’eau. J’ouvre 
les boutons dont je puis disposer, et quand ils paraissent épuisés, ou 
meme avant d’attendre jusque là, je plonge la pointe de la lancette dans 
un verre d’eau fraîche , et puis je la reporte ainsi mouillée sur les bou¬ 
tons ; l’eau se mêle à ce qui reste de virus, et j’inocule ce mélange avec 
la même sécurité que le vaccin le plus pur. 

En revanche, quand le vaccin est jeune, je le crois très-actif, et plus 
actif que s’il était plus avance; car, l ien qu’il réussisse très-généralement 
tant qu’il n’a pas dépassé une certaine époque, il n’est pas probable 
cependant qu’il conserve toute son énergie jusqu’au dernier moment : 
par la seule raison que cette énergie s'éteint vers le neuvième jour, il 
est à croire qu’elle s’affaiblit avant de se perdre. 

Au reste il est fort superflu de raisonner pour appuyer des faits con¬ 
sacrés par l'expérience. Tous les vaccinateurs savent que le vaccin me- 



( 27 ) 

rite d'autant plus de confiance qu’il est plus jeune ; seulement il est 
bon detre prévenu qu’on lie peut pas toujours juger de son âge d’après 
la date de l’opération ; il est plus sûr, pour des yeux exercés , de con¬ 
sulter le développement du bouton , puisqu'il peut se faire que , par 
l’effet de la température ou d’autres causes, tel bouton soit plus avancé 
au septième ou huitième jour que tel autre au neuvième ou dixième ; 
toutefois ce sont là des exceptions , et des exceptions heureusement fort 

D’autre part, il est d’observation que moins il y a de vaccin dans 
un bouton, plus ce vaccin est sûr. Et comme en général les boutons les 
plus lents à se développer sont ceux qui donnent le moins de vaccin , il 
s’ensuit que les deux conditions d’un bon vaccin, d’être jeune et rare, 
rentrent en grande partie l’une dans l’autre , et vont presque toujours 
ensemble. 

Je crois avoir observé aussi quel’àge du sujet n’est pas sans influence 
sur les propriétés du vaccin. Par exemple, il m’a semblé que le vaccin 
fourni par les enfans les plus jeunes, les enfans de quelques jours , 
comme ceux qui nous .viennent de l'hospice de la Maternité, est aussi 
d’un effet plus certain. A la vérité, les boutons marchent un peu plus 
lentement à cet âge qu’à un autre ; en sorte qu’il est très-possible que 
cet excès d'énergie ne tienne lui-même qu'à la lenteur des pustules ; 
c’est-à-dire à la jeunesse, c’est-à-dire à la rareté du vaccin. 

Vous voyez la conclusion pratique. Si la vaccine la plus jeune, si le 
vaccin le moins abondant, et finalement si le vaccin des enfans qui vien¬ 
nent de naître, est celui qui présente le plus de chances de succès, c’cst 
celui-là qu’il faudra choisir pour vacciner les sujets que leur âge rend 
naturellement plus rebelles à la contagion, et surtout ceux qu’on a déjà 
vaccinés inutilement une ou plusieurs fois. 

Jenner a dit que le virus vaccin conservait sa limpidité jusqu’au der¬ 
nier moment, à la différence du virus varioleux , qui devenait bientôt 
purulent ; c’cst là une grave erreur. A mesure que le bouton vaccin se 
flétrit, le fluide qu’il contient se détériore, s’altère, se corrompt ; 
dair et limpide jusqu’au huitième ou neuvième jour, il se trouble et 
s’épaissit en vieillissant ; il devient jaune, purulent, et, soit que celte 
couleur lui vienne des changemens qui se passent dans sa composition , 
soit plutôt qu’il la reçoive du pus qui se mêle à lui par les progrès na¬ 
turels de l’inflammation, il est certain qu’elle est le signal le plus sûr 
de sa dégénérescence et du déclin de ses propriétés. 


Bousquet. 



( 28 ) 

ACCOUCHEMENT. 

IL FAUT PERCER LE PLACENTA QUAND IL EST IMPLANTÉ SUR 
LE COL. 

L’époque où nous vivons n’est plus celle de Deventer, où l’on élait 
taxé de paradoxe en professant que le placenta peut s’implanter sur 
l’orifice de la matrice : on sait maintenant que cet organe , s’accolant en 
tout point de la circonférence interne de l'utérus,. peut également adhé¬ 
rer sur l'orifice de cet organe. Les anciens n’ignoraient cependant pas 
cette circonstance ; mais ils pensaient que toutes les fois qu’elle a lieu 
elle reconnaissait pour cause la séparation du placenta, qui, par son 
propre poids, étant tombé à la partie la plus déclive de l’organe, allait 
contracter de nouvelles adhérences sur l’orifice interne de son col. Le- 
vret fut le premier qui signala les difficultés attachées à cet accident ; 
Osiander l’observa dix fois, Gardien deux fois, et M. le professeur 
Maygrier dix fois. Les signes au moyen desquels on le reconnaît se 
tirent du toucher et des circonstances antérieures à l’accouchement. Les 
femmes, dans ce cas, sont affectées d’hémorrhagies fréquentes à dater de 
la fin du sixième mois, phénomènes dont on se rend parfaitement compte 
en se rappelant que ce n’est que depuis la fin du sixième mois que le 
col commence à changer de forme et de diamètre ; il en résulte que le 
placenta cesse de correspondre à la matrice dans les points de son éten¬ 
due qui étaient en rapport avec la circonférence de l’orifice, et dq là 
hémorrhagie. 

Indépendamment des hémorrhagies qui résultent de cet accident 
dans les derniers mois de la grossesse, et qui peuvent être cause de 
l'avortcmcnt, quand la femme parvient au terme de la gestation , l’ac¬ 
couchement est rendu laborieux et par les hémorrhagies qui surviennent 
à chaque instant ou l’orifice se dilate sous l’influence des contractions 
utérines, et par l’obstacle que présente le placenta à la sortie du fœtus. 
Deux indications sont donc à remplir : 1 “ terminer l’accouchement le 
plus tôt possible pour tarir la source des hémorrhagies qui peuvent de¬ 
venir mortelles pour la mi re et l'enfant j 2° rompre l’obstacle qui s’op¬ 
pose à ce qu’on puisse directement aller chercher les pieds. 

Les auteurs different d’opinion sur les moyens à employer pour rem¬ 
plir ces deux indications. M. Gardien conseille de temporiser, ainsi 
que M. Capuron; M. Baudelocque, au contraire, prescrit de ne per¬ 
dre aucun instant et de décoller une portion du placenta pour arriver 
directement sur les membranes, les percer, et saisir les pieds. M. le 



( 29 ) 

professeur Maygrier est convaincu que si le col est suffisamment dilaté, 
on doit se liâtcr de terminer l’accouchement, et que pour cela il convient, 
suivant cet habile praticien ,'dé percer directement la masse placentaire 
pour arriver sur les pieds et les amener à l’orifice. MM. Gardien, Du¬ 
bois et Yclpcau regardent cette manœuvre comme impossible et suscep¬ 
tible de faire courir des risques à la mère et à l’enfant. Nous n’avons pas 
la même opinion. 

Il y a peu de temps, je fus appelé par un médecin, en l’absence de 
M. le professeur Maygrier, pour un cas de cette espèce : lorsque j’ar¬ 
rivai , je vis une femme de quarante à quarante-cinq ans, presque sans 
vie, d’une constitution faible et détériorée, gisant sur le lit de misère. 
On me rapporta que depuis trois jours les douleurs avaient commencé, 
qu’elles avaient été accompagnées de fréquentes hémorrhagies ; on me 
dit de plus que ces hémorrhagies existaient depuis les deux derniers 
mois de gestation. Je pratiquai le toucher, et je reconnus une implan¬ 
tation sur le col : je proposai d’exécuter la manœuvre nécessaire, mais 
ne répondant ni de la mère, qui était trop faible, ni de l’enfant, que 
celle-ci ne sentait plus remuer depuis quarante-huit heures. Ayant ob¬ 
tenu l’assentiment de la famille, à laquelle je fis part de mon pronostic 
fâcheux, je procédai à l’opération. 

J’introduisis la main droite ; je perçai directement le placenta, en le 
déchirant avec les ongles ; j’éprouvai même quelques petites difficultés 
à transpercer les membranes revêtant la surface fœtale du placenta; 
mais je réussis bientôt, et j’anivai sur la tête, dont l’occiput était dirigé 
vers la fosse iliaque droite; j’atteignis les pieds, en réduisant en pre¬ 
mière position de ces extrémités. Je dégageai le tronc, les bras; et 
comme la tête présentait quelque résistance, j’appliquai le forceps, l’oc¬ 
ciput répondant à la symphyse pubienne. 

L’enfant paraissait mort exsangue ; je lui fis prodiguer les soins né¬ 
cessaires, mais ils furent infructueux. Je procédai immédiatement à la 
délivrance, qui n’offrit aucune difficulté. Le placenta était percé à un 
pouce de l’insertion du cordon, et de cet endroit il s’était déchiré en 
deux, d’un côté de la circonférence, déchirure qui était évidemment 
opérée parle passage du corps du fœtus. La mère succomba six jours 
après, à la suite d’un affaiblissement dont rien ne put la tirer. De cette 
observation on peut conclure : 

1° Que toutes les fois qu’il y a implantation sur le col, et que celui- 
ci est suffisamment dilaté, on doit procéder de suite à la terminaison de 
l’accouchement; car, agissant autrement, comme cette observation le 
prouve , l’hémorrhagie est mortelle et pour la mère et pour l’enfant. 

2° Pour opérer plus promptement, il convient de percer directe- 



( 30 ) 

meut le placenta. Mais, disent quelques auteurs , en agissant ainsi, on 
rompt le tissu placentaire , et on s’oppose à la circulation de la mère à 
l’enfant ; mais ne s’y oppose-t-on pas également en décollant cet organe, 
manœuvre qui est plus longue et très-difficile? Ces mêmes auteurs avan¬ 
cent encore que pendant l’extraction du fœtus , qui passe à travers l’ou¬ 
verture pratiquée au placenta, le fœtus entraîne avec lui cet organe ; 
mais quand le placenta est seulement décollé, ne peut-il pas arriver qu’il 
soit entraîné par les tractions qu’on opère sur le produit de la conception ? 

5" Si j’avais été appelé plus tôt, il est probable que l’enfant ne serait 
pas mort, et je pense que la mère aurait aussi survécu ; j’en ai la con¬ 
viction d’après plusieurs observations faites conjointement avec M. le 
professeur Maygrier. Comment la malade qui fait le sujet de cet article 
n'anrait-clle pas succombé aux suites d’hémorrbagies aussi considéra¬ 
bles , lorsqu’on n’a rien lait pour les arrêter, et qu’on est resté quatre 
jours entiers sans chercher à réprimer les accidens graves qu’elle pré¬ 
sentait. Halma-Gkand. 


MALADIES DE LA PEAU. 


QUELQUES MOTS SUR LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES 
DE LA PEAU. 


S’il est une branche de la pathologie qui puisse favoriser les progrès 
de la thérapeutique , qui soit accessible aux essais , aux expérimenta¬ 
tions , et dans laquelle les résultats des efforts du praticien ne doivent 
jamais lui échapper, c'est, sans contredit, celle des maladies de la 
peau. Ici tout est à découvert ; point de tâtonneinens ; l’œil du médecin 
suit pas à pas les effets de la médication qu’il a mise en usage, averti 
qu'il est toujours par le mal lui-même, dont il peut constamment ob¬ 
server ou les progrès ou la marche décroissante. On croirait qu’avec des 
conditions si favorables la thérapeutique des maladies de la peau est 
depuis long-temps des plus avancées et des plus généralement connues. 
Cependant il n’en est rien. Ce n'est guère que depuis quelques années , 
depuis qu un pathologiste célèbre, M. le docteur Biett, se livraut à cet 
enseignement clinique à l’hôpital Saint-Louis, est venu débrouiller le 
chaos des maladies de la peau , que l’on possède en France des connais¬ 
sances positives sur plusieurs méthodes de traitemens, qu’il a toutes 
expérimentées et sanctionnées par l’expérience. 




( 51 ) 

Confondues sous une seule et même dénomination générale, qui en¬ 
traîne arec elle l’idée d’une nature identique pour toutes les formes, 
les maladies de la peau désignées sous le nom générique de dartres , 
étaient considérées oomrne une maladie une, dont il importait peu de 
connaître les variétés si nombreuses, et qui devait céder à un seul et 
meme traitement. Aussi les <i7rem, les bains sulfureux et le cérat 
soufre’ ont-ils été long-temps, et sont-ils très-souvent encore regardés 
comme les seuls moyens capables d’être opposes aussi bien à Yeczema 
( dartre squameuse liumide, de M. Alibert ) qu’au psoriasis ( dartre 
sqnam. lichnoïdc, de M. Alibert), etc. Les maladies de la peau sont- 
elles donc si peu importantes qu’il ne faille pas se donner la peine d’exa¬ 
miner à part telle ou telle forme? Y a-t-il donc la moindre analogie de 
diagnostic, de pronostic ou de traitement entre le lepra vulgaris ( d. fur- 
furacée arrondie, de M. Alibert ) et Yerytliema papulatum ou autre 
( d. érytbmoïde )? Non, sans doute. Ce qui importe surtout au praticien, 
c’est de savoir distinguer telle forme , telle variété qui ne doit avoir que 
quelques jours de durée , et céder à un traitement simple, à de légers 
laxatifs, à quelques bains tièdes , etc., de telle autre qui peut résister 
pendant plusieurs mois, et contre laquelle il faut diriger une médication 
énergique ; c’est de connaître quels sont les nombreux moyens qu’on 
peut opposer aux maladies de la peau, dans quels cas ils sont applica¬ 
bles, etc., etc. 

Si nous en exceptons, avant tout, certaines affections dans lesquelles 
l'inflammation de la peau est loin de constituer toute la maladie, affections 
à part, et auxquelles tout ce que nous avons à dire sur la pathologie cu¬ 
tanée n’est nullement applicable, je veux parler de la rougeole, de la 
variole , de la scarlatine , etc., il reste encore une foule d’éruptions 
différentes par leur nature, parleur forme, parleur siège, et aussi le 
plus souvent par les moyens de traitement qu’il convient de leur opposer. 

Les maladies de la peau peuvent être combattues de deux manières, 
localement ou par des médicamens administrés à l’intérieur. Quelques 
auteurs ont pensé que le traitement local pouvait suffire , et que seul il 
devait être employé dans la plupart des cas, s’exagérant à eux-mêmes 
les inconvénicns de certaines méthodes auxquelles on est souvent oblige" 
d’avoir recours, et qui sont sans danger. C’est une erreur qu’il importe 
de détruire. Seul, le traitement local est le plus souvent inefficace, et 
même il peut être dangereux. S’il est des cas où l’éruption constitue 
toute la maladie, où il n’y a rien au-delà de la vésicule ou de la pustule, 
où la surface cutanée qui en est le siège est la seule partie affectée, en 
un mot, où le mal est tout-à-fait local, il en est d’autres où l’altération 
de la peau tient évidemment à une cause inconnue , à un principe que 



( 32 ) 

je ne saurais expliquer, mais qui existe dans l’économie , et qui est at¬ 
testé hautement par une foule de faits, ne fut-ce que par l’hérédité. Eh 
bien ! alors les moyens locaux , seuls, sont inefficaces ; et si par hasard 
ils avaient assez d’action pour faire disparaître l'éruption, cette dispari¬ 
tion ne serait pas toujours sans danger. 

Il n’en est pas de même du traitement local uni aux moyens généraux : 
alors au contraire il est d’une utilité très-grande ; mais s’il fallait adopter 
exclusivement l’un ou l’autre, le traitement général serait évidemment, 
dans la plupart des cas, elle plus prompt et le plus sûr. 

Le traitement général des maladies de la peau n’est pas le même, 
comme je l’ai dit, pour toutes les espèces; et, bien plus, tel médica¬ 
ment qui réussit chez tel malade, pour combattre telle variété, échoue 
souvent chez les autres pour combattre la même forme. Toutefois l’ex¬ 
périence a appris que certaines médications étaient plus spécialement 
applicables à certains genres de maladies de la peau. Ainsi, pour parler 
d’une manière générale, les alcalins conviennent aux formes prurigi¬ 
neuses, les acides aux formes eczématiques , les purgatifs légers, les 
laxatifs aux formes impétigineuses , les préparations arsenicales aux 
formes sèches, etc., etc. Cependant on ne saurait tracer aucune règle 
précise à cet egard; et l’ancienneté de l’éruption, son état aigu ou 
chronique, l’âge du malade, sa force, sa constitution, etc., sont au¬ 
tant de conditions qui doivent influer et sur le choix et sur la dose des 
médicamcns. 

Parmi les moyens qui composent le traitement général, les uns, les 
antiphlogistiques, applicables à tous les cas, sont destinés à combattre 
l’inflammation , que peut accompagner une éruption aigue ( l’ecsema , 
le lichen agrius , Y impétigo, etc.), ou bien à préparer convenable¬ 
ment un malade à un traitement énergique en diminuant la pléthore 
sanguine. Les autres, les laxatifs , les purgatifs légers , administrés à 
la méthode de Hamilton , pendant long-temps et à petites doses, 
amènent souvent, par une dérivation lente et graduée, une modifica¬ 
tion notable dans des éruptions qui se présentaient avec quelque appa¬ 
rence de gravité. D’autres, dans l’emploi desquels on n’est véritable¬ 
ment guidé que par l’expérience, semblent avoir une action spéciale, 
dont le plus souvent on ne saurait se rendre compte •. ceux-ci sont très- 
nombreux ; ils ont souvent une action positive et très-marquée : aussi, 
par la même raison qu’on ne les emploie dans telle ou telle circon¬ 
stance que parce que l’on sait que dans des cas analogues ils ont par¬ 
faitement réussi, il importe d’être bien fixé sur leurs effets, sur leur 
mode d’administration, et de savoir, s’ils échouent, les abandonner au 
bout de quelque temps, pour en choLir un autre, qui quelquefois est 



( 55 ) 

promptement suivi d’un résultat heureux. Ici viennent se ranger les sul¬ 
fureux, les préparations antimoniales , quelques acides, les sudo¬ 
rifiques , etc., et une foule de médicamens qui comptent tous quelques 
succès. 

Enfin il en est quelques-uns qui paraissent avoir une action spéciale 
et directe sur le système dermoide même; ce sont l 'iode, la teinture de 
cantharides et les préparations arsenicales, etc. Ces dernières sur¬ 
tout sont les armes les plus puissantes que possède la thérapeutique pour 
combattre les maladies de la peau; et, il faut le dire, elle en a souvent 
besoin quand elle se trouve en présence de ces cas graves , hideux et 
rebelles, qui ont résisté pendant plusieurs années à toute espèce de mé¬ 
dication. On a dit qu’elles étaient trop dangereuses pour devoir jamais 
être employées par des mains prudentes. Nous avons déjà contesté cette 
assertion, et il est inutile d’y revenir aujourd’hui, que le temps et l’ex¬ 
périence ont prouvé qu’elles n’étaient, comme tant d’autres, dange¬ 
reuses que dans des mains inhabiles. Elles sont si faciles à manier, d’une 
part, et si efficaces, de l’autre, que même on aurait tort de penser que 
leur emploi dût être exclusivement réservé à des cas graves. 

Quant aux moyens qui constituent le traitement local, les uns sont 
destinés à combattre l’inflammation des parties qui sont le siège de l’é¬ 
ruption : ce sont les cataplasmes, les applications émollientes de toute 
espèce; les autres ont pour but de déterminer une excitation plus vive 
de la partie affectée, et de hâter la résolution. Ici la thérapeutique pos¬ 
sède une foule de lotions et de pommades, parmi lesquelles nous ci¬ 
terons, comme réussissant le mieux, celles qui résultent de l’union de 
Y iode au mercure. 

Il est un autre ordre de moyens destinés à changer la vitalité des par¬ 
ties malades, et même, au besoin, à désorganiser entièrement les sur¬ 
faces affectées, ou à borner les ravages d’un mal qui tend toujours à 
détruire, en envahissant de nouveaux points : ce sont les vésicatoires 
appliqués sur la surface altérée, et les caustiques, parmi lesquels nous 
citerons la pâte arsénicale du frère Côme, et le nitrate acide de 
mercure. 

Enfin, dans le traitement local, les bains doivent occuper la pre¬ 
mière place : leur secours est des plus puissans et des plus efficaces ; 
mais il n’est pas indifférent de prescrire indistinctement pour telle ou 
telle affection un bain sulfureux, un bain alcalin, un bain de vapeur 
ou une fumigation. Eux aussi demandent à être administrés avec dis¬ 
cernement; et leur choix est soumis , non-seulement à la forme de la 
maladie, mais encore à ses périodes, à la constitution de l’individu. 

Beaucoup de personnes, décidées à l’avance à résoudre la question 



( 34 ) 

par la négative, sc sont demandé souvent si on guérissait les maladies 
de la peau. —Oui, on les guérit comme la plupart des maladies; mais 
aussi, comme la plupart des maladies , elles sont sujettes à des récidi¬ 
ves , dont on conçoit d’ailleurs très-bien la facilité, quand on réfléchit 
à l’organe qui en est le siège et à sa fréquente exposition, à une foule de 
causes, souvent même à celles qui auront produit la maladie dont il est 
à peine guéri. Cependant il est vrai de dire qu’il y a quelques éruptions 
très-rebelles; mais alors les efforts des médecins ne restent pas inutiles, 
car c’est déjà rendre au malade un très-grand service que d’apporter, 
dans ce cas, une modification, quelque légère qu’elle soit. 

Je me propose d’examiner successivement, dans ce journal, les di¬ 
verses méthodes qui composent la thérapeutique des maladies de la 
peau , et dont j’ai pu observer l’action à l’hôpital Saint-Louis. Nous 
nous occuperons aussi en détail des médicamcns qui les combattent avec 
le plus d’avantage , en ayant soin d’insister principalement sur leurs 
divers modes d’administration, leurs effets et les cas auxquels ils sont 
surtout applicables. 

Ai.enÉE Cazenavk. 


TOXICOLOGIE. 


UES CONTRE-POISONS EH GÉNÉRAL. 

La thérapeutique emprunte aux trois règnes de la nature toutes les 
substances actives qu’ils contiennent, pour en faire des médicamcns ; ce 
sont elles qui deviennent entre des mains habiles d'héroïques moyens 
de guérison. Mais l'énergie même de leur action dit assez que ces mê¬ 
mes produits peuvent être des moyens dangereux entre les mains du 
crime ou de l’inexpérience, lorsque, donnés à des doses trop élevées, 
ils n’ont plus sur nos organes des effets modérés et passagers comme les 
médicamens , mais bien une action destructive et mortelle comme les 
jioisons. Ainsi, la même substance est à la fois médicament et poison. 
Ici, administré convenablement, il suscite dans l’économie un ébranle¬ 
ment salutaire, un changement utile ; là, si la quantité en est trop 
forte, il dénature le tissu de nos appareils organiques, et anéantit leur 
vitalité. 

Ce n’est donc point assez de montrer dans ce journal les effets salu¬ 
taires des agens thérapeutiques, il faut les suivre encore jusque dans 
les effets nuisibles dont s’occupe la toxicologie. Cette substance, qui 



( 35 ) 

naguère était un instrument de guérison, est maintenant un instrument 
de mort ; elle va développer un appareil de symptômes qui n’ont aucun 
rapport avec les phénomènes qu’elle suscitait dans le corps malade qu’il 
fallait guérir ; c’est une maladie nouvelle, c’est un empoisonnement au¬ 
quel le médecin a à remédier ; il faut donc qu’il invoque de nouveaux 
remèdes pour neutraliser l’action délétère du poison ingéré. 

Nous publierons dans celte feuille une série d’articles sur les meil¬ 
leurs moyens à mettre en usage pour modérer l’action des substances 
actives qui auraient été administrées à de trop hautes doses, et qui de¬ 
viendraient des agens de perturbation. Là toxicologie est du domaine 
delà thérapeutique; en traitant des contre-poisons, ne fait-on pas la 
thérapeutique des empoisonnemens ? 

Il est très-difficile d’adopter un ordre parfait dans nos articles; notre 
but n’est pas de faire un traité de toxicologie : aussi nous n’en suivrons 
aucun. Notre intention étant d’éclairer les praticiens de campagne, qui 
se trouvent si souvent embarrassés pour donner des secours prompts et 
efficaces à des empoisonnemens pour lesquels ils sont appelés, nous 
nous efforcerons de leur indiquer le moyen de remédier aux accidens les 
plus fréquens ; nous les instruirons aussi des réactifs qui pourront leur 
faire reconnaître la substance qui a été l’instrument du crime. Nous 
commencerons par examiner les empoisonnemens par l’arsenic, les sels 
de cuivre, de mercure, d’antimoine, de plomb, nous examinerons en¬ 
suite les empoisonnemens parles acides concentrés, les narcotiques , les 
narcolico-âcrcs, etc., etc., en nous tenant toujours dans la spécialité de 
ce journal, l’utilité pratique. 

A. Chev.ali.ier. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 


PRÉPARATION L'E l’iOUURE DE PLOMB. 

Après avoir fait deux dissolutions aqueuses, l’une de 75 parties d’a¬ 
cétate de plomb neutre, l’antre de cent parties d’iodure de potassium , 
et les avoir mêlées ensemble, on obtient un beau précipité jaune. Ce 
précipité, étant traité plusieurs fois par l’eau bouillante, se dissout en 
grande partie si on le laisse refroidir ; alors il se précipite des paillettes 
micacées, brillantes et d’un jaune doré magnifique; c’est là l’iodure de 
plomb, qui est sans contredit un des plus beaux produits pbarmaceuto- 
chimiques. 



( 30 ) 

A peine ce médicament nouveau a-t-il été connu qu’on a espéré en 
retirer de grands avantages ; il a été expérimenté aussitôt par plusieurs 
médecins et chirurgiens d’hôpitaux, entre autres par M. Bailly, à 
l’Hôtcl-Dieu; M. Fouquier, à la Charité, M. Velpeau, à la Pitié. Lui 
croyant une action très-énergique, on a commencé par des doses très- 
fractionnées : un 1 G' ou un 8° de grain ; mais il a été porté rapidement 
à des doses très-élevées ; nous avons vu M. Bailly en prescrire 12 grains 
d’emlilée, et en porter l'administration jusqu’à 24 et 30 grains. Nous 
reviendrons sur ce médicament, qui est spécialement employé chez les 
scrophuleux. L’iodure de plomb est aussi employé en frictions sur les 
tumeurs scrophuleuses, au moyen de la pommade suivante : 

Axonge.une once. 

Iodure de plomb. un gros. 

Cette pommade est d’un jaune magnifique. 

FORMULES NOUVELLES. 

M. le docteur Pierquin a adressé à l’Académie des Scienees un mémoire 
destiné à concourir au prix Monthyon, pour l’année 1832. Ce mémoire 
çontient les formules suivantes, qu’il a employées dans le traitement de 
l’aménorrhée et des flueurs blanches : ces formules ont pour base l’by- 
driodate de fer. 

Pastilles avec V hydriodate de fer. 

Hydiodate de fer. 4 grammes ( 1 gros ). 

Safran pulvérisé.. 16grammes (4 gros). 

Sucre. 25 grammes ( 8 onces ). 

Faites une masse que vous diviserez en 240 pastilles ; on en prendra 
de huit à dix par jour. L’on augmente la dose d’une tous les trois ou 
quatre jours. 

Pommade d’hydriodate de fer. 

Hydriodate de fer. ... 6 grammes ( 1 gros et demi ). 

Axonge.52 grammes ( 1 once ). 

On l’emploie matin et soir ; on en prend gros comme une noisette 
pour se frictionner à la partie supérieure de chaque cuisse. 

Teinture d’hydriodate de fer. 

Hydriodate de fer. 8 grammes ( 2 gros ). 

Alcool.64 grammes ( 2 onces ). 












( 57 ) 

Vin d’hydriodate de fer. 

Vin de Bordeaux. 500 grammes ( 1- livre ). 

Hydriodate de fer. 16 grammes ( 4- gros ). 

La dose est d’une cuillerée à bouche, soir et matin, pour les adultes; 
on le met en usage contre les flueurs blanches, le vice scrophuleux, l’a¬ 
ménorrhée. 

Eau hydriodatée. 

Hydriodate de fer. 46 grammes ( 4 gros). 

Eau.. 1,000 grammes ( 2 livres ). 

En lavemens, lotions, injections, plusieurs fois par jour. 

Chocolat avec Vhydriodate. 

Hydriodate de fer, 6 grammes 35 centigrammes (115 grains). 
Chocolat.. . . 500 grammes (1 livre). 

On prend d’abord demi-tasse de ce chocolat, puis une tasse entière. 

Bains avec Vhydriodate de fer. 


Hydriodate de fer. 64 grammes ( 2 onces ) 

Eau. quantité suffisante. 


On augmente successivement la dose de 16 grammes ( 4 gros ) pour 
les adultes. 

Déjà l’un des rédacteurs de ce journal, M. Chevallier, avait appelé 
l’attention des praticiens sur les préparations de fer et d’iode, dans les 
cas d’atonie. 

— Mannite et acide gallique. — Une lettre de M. Avequin, écrite 
du Port-au-Prince, île Saint-Domingue, à M. Chevallier, lui annonce, 
1° que la graine de l’avocatier, le laurus persea , contient une assez 
grande quantité de mannite ; 2° que la graine de mango contient unq 
très-grande quantité d’acide gaUique qui peut être obtenu avec la plus 
grande facilité. 

M. Avequin a adressé avec la lettre les deux produits qu’il a signalés 
dans ces végétaux. 

— Sinapismes. — Il résulte d’un travail récent de M. Fauré aîné, 
pharmacien à Bordeaux, que les acides diminuent plutôt qu’ils n’aug¬ 
mentent l’action irritante de la moutarde, en s’opposant à la formation 
de son huile volatile qui constitue toute sa vertu. Cette huile volatile ne 
préexiste pas dans la farine de moutarde; l’eàu est un élément indis¬ 
pensable à sa formation. Il ne faut donc plus, préparer les sinapismes 
avec le vinaigre, mais avec de l’eau si on veut les rendre très-actifs. Il 








( 5 « ) 

y a deux aus que M. Trousseau a constaté ce l'ait par un grand nombre 
d’expériences ; mais il n’avait pu se rendre compte de la cause de cette 
différence. 

— Salicine. — M. Gay-Lussac a présenté à l’Institut de la salicine 
obtenue sans alcool ; ce qui permet de la livrer au commerce à un prix 
très-modique. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


Rage. — Une maladie effrayante et heureusement fort rare s’est 
montrée il y a peu de jours à l’Hôtel-Dieu ; les personnes qui l’ont ob¬ 
servée n’en oublieront pas de long-temps l’horrible et déchirant tableau. 
Le 20 juin, un enfant de treize ans, mordu il y a trois mois à Grenoble, 
par un chien, est entré à quatre heures de l’après-midi avec tous les 
symptômes de la rage, qui s’étaient manifestés seulement depuis la veille, 
et est mort dans les fureurs et les convulsions à dix heures du soir. 
(Nous y reviendrons au numéro prochain. ) 

— Chlore. —Les fumigations de chlore ne sont plus guère employées 
dans le traitement de la phthisie pulmonaire. L’irritation souvent grave 
qu’elles ont déterminée dans les bronches, des hémoptysies, et la con¬ 
somption plus rapide des malades, ont fait abandonner ce moyen, au¬ 
quel cependant quelques médecins ont encore confiance. M. Amiral a 
voulu voir si, pris à l’intérieur, le chlore liquide aurait les mêmes in- 
convéniens que quand il pénètre gazeux dans les bronches : il l’a admi¬ 
nistré à la dose de 10 gouttes dans une potion gommeuse de 4 onces ; il 
vient d’être obligé d’en cesser l’emploi à cause de la toux et de l’irrita¬ 
tion gastrique qu’il déterminait. 

— M. Magendie a commencé, il y a peu de jours, à l’Hôtel-Dieu, 
l’usage du bromure de fer dans les scrophules. Ce médicament paraît 
avoir une action très-énergique. 

— Acide hydrocyanique. — M. Andral a commencé aujourd’hui, 
à la Pitié, l’usage de l’acide hydrocyanique chez les malades atteints 
d’affections chroniques de la poitrine. Ce médicament dangereux n’a 
pas encore, en thérapeutique, de rang bien déterminé. Selon quelques 
observateurs, il a pour effet de diminuer, dans un temps donné, le 
nombre des inspirations : c’est pourquoi M. Andral veut en essayer les 
effets dans les maladies de poitrine. 



( 59 ) 

— Sirop de pointes d J asperges. — Le sirop de pointes d’asperges est 
aussi employé, comme essai,' par le même médecin, dans les affections 
du cœur. On croit qu’il contribue à ralentir la circulation, comme la 
digitale, mais à un moindre degré. H a de plus que ce dernier me'dica- 
ment l’avantage d’activer la sécrétion urinaire. 

— Bismuth. — Un cuisinier est entré ces jours derniers à l’Hôtel- 
Dieu , salle Sainte-Martine, avec des vomissexnens presque continuels 
qui durent depuis plusieurs mois ; ils sont accompagnés de douleurs ner¬ 
veuses très-vives. Il n’y a aucun symptôme qui puisse faire croire à 
une dégénérescence cancéreuse du pylore ou à une inflammation gastri ■ 
que. M. Bailly a commencé l’usage de sous-nitrate de bismuth, à la dose 
de 8 grains, à prendre par 2 grains de quatre en quatre heures. 


VARIÉTÉS. 


Commissions médicales de Russie et de Pologne. — Sur la de¬ 
mande de M. le Ministre de l’Intérieur, l’Académie de Médecine a eu 
à nommer neuf médecins et chirurgiens pour aller étudier la marche 
du choléra-morbus aux lieux où il exerce scs ravages. Trente-trois mé¬ 
decins avaient brigué les suffrages de l’Académie ; ceux qui sont partis 
pour remplir cette mission honorable sont : MM. Girardin, Gaymard 
ctllippolytc Cloquet, pour la Russie; MM. Londc, Alibert, Boudard, 
Dalmas, Duhled et Sandras, pour la Pologne. Celui qui après eux a 
obtenu le plus de suffrages est M. Miquel. 

— Magnétisme. —M. Husson a terminé, à l’Académie, la lecture 
du rapport de la commission nommée, il y a cinq ans , sur la demande 
de M. Foissac,pour examiner les effets du magnétisme : cette lecture a 
duré deux séances, et a été écoutée avec beaucoup d’intérêt par quelques- 
uns, et avec des marques non équivoques d’incrédulité et d’impatience 
de la part de quelques-autres. Nous reviendrons sur la question du ma¬ 
gnétisme. Il est probable que le rapport de M. Husson va donner beu, 
comme en 1825, à de chaleureux débats. Voici une des conclusions du 
rapporteur : « L’on peut considérer le magnétisme comme un nouvel 
agent thérapeutique dont l’expérience peut constater l’utilité, mais dont, 
dans aucun cas, on ne doit séparer les autres moyens curatifs ; les méde¬ 
cins devraient seuls en diriger l’emploi. » 

— Opération de Véléplianliasis. — M. le professeur Delpech a écrit 
tout récemment au célèbre Astley Cooper, à Londres, pour lui marquer 



( 40 ) 

son étonnement que sous ses yeux un chirurgien habile , M. Key, chi¬ 
rurgien à l’hôpital de Guy, ait pratiqué l’opération de l’éléphanliasis 
scrotal sans respecter la verge et les testicules. La conservation des par¬ 
ties sexuelles est d’une assez grande importance pour que l’on tentât dans 
cette circonstance de répéter ce que fit M. le professeur Delpech le 
1 1 septembre 1820. Un boulanger âgé de trente-quatre ans, Baptiste 
Ortier, de Perpignan, fut opéré par cet habile chirurgien d’une tumeur 
scrotale du poids de soixante-deux livres et demie. L’opération dura une 
heure moins quatre minutes, comme le portent mes notes de cette épo¬ 
que. Le temps ne fut aussi long que parce que M. Delpech voulut lui 
conserver les testicules ct la verge, perdus dans cette masse de chair qui, 
l’opération terminée, pesa cinquante-une livres. Le succès couronna 
cette hardie et ingénieuse tentative. La guérison fut des plus rapides, et 
le malade conserva son caractère viril, que bien gratuitement peut-être 
l’on a fait perdre à l’opéré de l’hôpital de Guy, et au sujet qui a subi, 
il y a peu de temps, la même opération aux Etats-Unis. 

— Croup. — Un assez grand nombre de croups ont été observés à 
Toulouse, de mai \ 830 à mai 1851. Un praticien de cette ville, que 
M. le docteur Bessière ne nomme pas dans la Constitution médicale de 
Vannée qu’il a lue à la Société royale de médecine de Toulouse, a eu le 
bonheur de faire rendre la membrane croupale à trois enfans, au moyen 
de la potion suivante : tartre stibié, 2 grains ; eau distillée, 4 onces, 
sirop d’ipécacuanha et oxymel scillitique, de chaque, demi-once. 

— Bruits sur l'abolition des concours. — Si l’on en croit quelques 
bruits qui chaque jour prennent plus.de consistance, le concours serait 
aboli dans les Facultés de Médecine ; il serait remplacé par le choix fait 
sur une quadruple présentation : celle de l’Institut, de l’Académie de 
Médecine, de la Faculté des Sciences et de la Faculté de Médecine. 

Un événement, jusqu’à présent sans exemple, vient augmenter nos 
craintes sur le sort des concours , que tant de personnes se plaisent à at¬ 
taquer. M. Bérard aîné a été dernièrement nommé professeur de phy¬ 
siologie; sur onze juges, six lui avaient donné leurs voix, ct cinq 
avaient voté pour M. Bouillaud : c’était ainsi que le résultat du scrutin 
avait été proclamé par le president du concours ; mais voilà que 
M. Bouillaud est maintenant possesseur des certificats de six professeurs 
qui déclarent avoir voté pour lui. Comment cela se fait-il? Tout le monde 
se le demande, et personne ne peut l’expliquer. C’est probablement 

un défaut de mémoire de la part d’un des professeurs. Ce fâcheux 

événement est le sujet des causeries de la Faculté' et de tout le monde 
médical. 





( 4 > ) 

THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


CONSIDÉRATIONS SUR l’iMPORTANCE ET l’ÉTAT ACTUEL DE 
LA THÉRAPEUTIQUE. 

2* ARTICLE. 

Nous avons exposé dans une rapide esquisse combien la thérapeu¬ 
tique, à proprement parler l’art de guérir, est peu avancée jusqu’à 
présent; nous avons fait sentir l’impuissance de cet art dans un grand 
nombre de maladies graves soit aiguës, soit chroniques; nous avons dit 
la vérité et nous l’avons dite nettement et franchement, parce qu’en 
médecine il est dangereux de conserver des illusions. Les hommes les 
plus raisonnables, les plus instruits, les plus modestes, doivent désirer 
voir la science telle qu’elle est, avec ses pauvretés et ses richesses : c’est 
de cet inventaire que peut naître seulement le progrès. 

Maintenant si l’on recherche les causes qui ont entrave’ jusqu’à ce 
.jour la marche de la thérapeutique, on reste frappé de leur multipli¬ 
cité, de leur activité, de leur influence. En sorte qu’après y avoir mû¬ 
rement réfléchi, on est même étonné que nous possédions un nombre si 
petit qu’il soit de moyens de guérison consacrés par l’expérience et sur 
l’action desquels on est à peu près d’accord. Suivez en effet la science 
dans scs époques palingénésiques, observez les variations, les trans¬ 
formations que lui ont imprimées les âges, les climats, les religions, les 
habitudes des peuples, les inventions des arts, les systèmes dominans 
en médecine, vous serez confondu de ce que devient la thérapeutique 
dans ce grand mouvement. Les préjugés de secte et de religion, les 
travaux et les vues exclusives des systématiques; l’ignorance, la cré¬ 
dulité , le charlatanisme, l’amour du merveilleux, la routine, le ha¬ 
sard surtout, telles sont les sources primitives de la matière médicale, 
l’origine de notre arsenal thérapeutique. Quelque peu d’or et beaucoup 
de scories, voilà ce qui nous est resté de cette fermentation qui, à diffé¬ 
rentes époques, eut pour but de changer et de bouleverser la médecine. 
Un tableau philosophique bien fait des révolutions de la science, 
considérées sous le rapport thérapeutique, serait un ouvrage précieux. 
Les systématiques y tiendraient le premier rang comme on doit s’y at¬ 
tendre. Le caméléonisme de leurs doctrines est en médecine la preuve 
la plus .directe de la faiblesse de leurs moyens et des prétentions de 
leur orgueil. 

Quant à nous, resserrés par l’espace et le temps, nous ne pouvons 



( 4 * ) 

qu'indiquer rapidement les canses qui ont nui aux progrès de la thé¬ 
rapeutique , et qui nous ont obligés à cheminer lentement et péni¬ 
blement. 

Remontant à l’origine des choses, l’on trouve quatre causes princi¬ 
pales du statu quo thérapeutique auquel nous avons été long-temps 
condamnés. 

i° Une connaissance très-imparfaite de l’économie et des lois qui la 
régissent ; 

2 ° L’ignorance de l’action des médicamens sur les tissus, soit dans 
l’état sain, soit dans l’état morbide ; 

3° L’impulsion violente et dans une direction exclusive des divers 
systèmes qui ont régné en médecine; 

4° L’incertitude sur les effets réels des médicamens les plus oppo¬ 
sés , ayant dans des cas donnés des revers et des succès. 

Parcourons rapidement ces objets dignes de fixer l’attention d’un vrai 
praticien pour indiquer ensuite quel est, à notre avis, la méthode la plus 
sûre d’arriver à des résultats utiles en thérapeutique. 

Voltaire disait, en parlant des médecins : « Ils mettent des drogues 
qu’ils ne connaissent pas dans un corps qu’ils connaissent encore 
moins. » Ce trait acéré contre notre profession était-il, il y a soixante- 
dix ans, décoché avec autant de justesse que de malignité ? Je ne sais ; 
mais en y réfléchissant on trouve qu’il n’y a pas même aujourd’hui au¬ 
tant d’exagération qu’on le croirait d’abord; car peut-on dire que le 
corps humain est pour nous une région complètement connue ? sauf 
les circonstances de forme, de structure extérieure et de quelques rap¬ 
ports organiques, circonstances de peu d’importance pour la médication, 
n’y a-t-il pas raille choses que nous ignorons? Que savons-nous, par 
exemple, sur l’action moléculaire des tissus, sur l’influence des corps 
impondérables? Que savons-nous sur le système nerveux et même 
sur les fluides? Ces derniers ont même été regardés comme inertes par 
certains médecins outrés solidistes ; et pourtant ces fluides forment peut- 
être les sept huitièmes de l’économie (i), ils contiennent tous les maté¬ 
riaux de notre organisation, et ils ont un degré de vitalité tel, que le 
lait, selon la remarque de Bordèu, est empreint même des passions et 
des maladies de l’individu d’oùil sort, pour les porter dans celui qu’il va 
nourrir. Ainsi la machine sur laquelle nous devons agir nous est précisé¬ 
ment presque inconnue dans sa nature, dans son action, dans ses ressorts 

(t) Le très-minutieux et exact Sanciorius dit que le nombre des humeurs du 
corps humain, tant naturelles qu’artificielles , peut s’élever à qua(rc-vin;;t 
mille. 




( 43 ) 

les plus profonds, les plus actifs; cela n’empêche pas néanmoins d’agir 
sur cette économie et de la modifier, circonstance qui constitue la 
thérapeutique, mais empirique. Je sais tout ce qu’on peut répondre à 
cet examen critique ; je n’ignore pas qu’on va m’accabler de cette masse 
de faits, de dissections, de vivisections, d’observations, d’expérimen¬ 
tations, de recherches sur les cadavres, dont on fait tant de bruit, et 
qui doivent, dit-on, donner à la médecine une précision mathéma¬ 
tique. Mais guérir! voilà le point où je les attends, le but qu’il s’agit 
d’atteindre, le voile sacré qu’il faut soulever. C’est pour y arriver, 
me crie-t-on de toutes parts : cela est possible, répliquerai-je ; mais dans 
quel siècle, je vous prie ? car jusqu’à présent la fin a bien peu justifié 
les moyens. Citez-moi un fait thérapeutique de quelque importance, 
une méthode curative heureuse due à des investigations cadavériques, 
à des recherches d’anatomie pathologique. En vérité, pour peu 
qu’on me presse, j’avouerai, comme on l’a dit, que la découverte de la 
circulation du sang n’a guère plus servi à la. médecine que la décou¬ 
verte d’une étoile dans le ciel. Hippocrate, qui savait si peu d’ana¬ 
tomie qu’on se moquerait de lui dans nos facultés s’il aspirait à un 
diplôme d’officier de santé, a été et sera pourtant l’éternel modèle des 
médecins observateurs. Est-ce à dire pour cela que nous blâmons l’étude 
approfondie du corps humain ? non sans doute, nous voulons seulement 
prouver que jusqu’à présent ces recherches ont été peu fructueuses à la 
thérapeutique ou à l’art de guérir; que l’anatomie pathologique, cette 
lumière posthume, ne nous a conduits à aucun moyen de guérison, et 
qu’elle a même détourné les praticiens du vrai sentier, l’expérience 
clinique , l’observation pure et simple des médicamens. Ne soyons donc 
pas étonnés si, malgré cette multitude d’observations toujours termi¬ 
nées par l’autopsie, on n’ouvre pas toujours le livre de la nature en ou¬ 
vrant le cadavre; si l’on compte bien peu de vérités philosophico-médi- 
cales, si tout retentit encore de vaines disputes et de controverses, si 
en un mot, les opinions sont opposées aux opinions, les doctrines aux 
doctrines , les écoles aux écoles. 

La seconde cause qui s’est opposée aux progrès de la thérapeutique 
est que nous avons négligé l’étude attentive, suivie, exacte, de l’ac¬ 
tion des médicamens sur l’économie. Quelques hypothèses et rien de 
plus, voilà ce que nous avons possédé long-temps sur cet important 
objet. Aussi le sarcasme voltairien était-il ici dans toute sa force et sa 
verdeur. 

Pour faire un emploi méthodique et raisonné des médicamens, 
il faut remplir trois conditions : i° connaître intimement les éle'mcns 
constitutifs d’une substance médicamenteuse; 2 ° apprécier avec jtis- 

4 - 



( 44 ) 

tesse leur action sur les tissus vivans ; 3° déterminer les conditions pré¬ 
cises de leur application. La science est tellement arriérée sur cet objet, 
que nous sommes tombés dans un scepticisme déplorable sur l’emploi de 
beaucoup de médicamens précieux; on y a recours seulement parce qu’ une 
expérience vague nous sert de guide. Quand nos devanciers assuraient 
que le mercure était un fondant vrai , au moins avaient-ils un but 
quelconque, et ils s’appuyaient sur des faits pratiques; mais à notre 
époque, quelle idée a-t-on, par exemple, de l’action du mercure? Il 
serait curieux d’entendre un savant disserter sur cet objet, et cependant 
nous l’employons tous les jours et à chaque instant. Je le répète, en 
médecine, l’expérience seule, mais sagement raisonnée, doit nous 
éclairer ; c’est elle seule qu’il faut invoquer. 

Il est si vrai qu’en négligeant d’étudier les médicamens comme ils 
doivent l’être, on a retarde' les progrès de la thérapeutique, que tou¬ 
tes les fois que les chimistes et les médecins ont adopté une marche 
sévère, ils ont obtenu d’importans résultats. Nous devons à des recher¬ 
ches faites dans cet esprit la belle découverte du sulfate de quinine , 
des sels de morphine et autres alcalis végétaux. Mais séparer, classer 
les médicamens comme on le fait dans la plupart des matières médi¬ 
cales, avance peu la science, au moins dans ce sens, qu’on attribue 
souvent aux substances médicamenteuses des propriétés qu’elles démen¬ 
tent dans la pratique. Dissertons peu, expérimentons beaucoup; sinous 
voulons marcher dans une voie progressive, ne perdons pas de vuecettc 
réflexion de Condillac, que « la source de nos erreurs est dans l’habi¬ 
tude où nous sommes de raisonner sur les choses dont nous n’avons pas 
d’idées, ou dont nous n’avons que des idées mal déterminées. » Mal¬ 
heureusement, c’est ce qui nous arrive quand il s’agit de médicamens 
et de thérapeutique. Toutefois entendons-nous quand il s’agit d’expéri¬ 
menter : nous ne voulons parler ici que de l’expérience clinique, c’est 
la seule qui ait du poids et de la valeur aux yeux d’un médecin prati¬ 
cien. Tous les essais tentés sur les animaux ou sur l’homme sain ne 
sont ni positifs ni concluans. Certainement les expériences faites par le 
professeur Jœrg et ses coassociés, sur un grand nombre de médicamens, 
sont dignes d’éloges ; mais, en définitive , elles ont peu contribué aux 
progrès de la thérapeutique. Antre chose est l’action d’un médicament 
sur l’état normal des organes, autre chose est leur effet dans l’état pa¬ 
thologique. Le quinquina, le mercure, le camphre, l’opium, impriment 
à l’économie des modifications tout à-fait différentes en raison des dif¬ 
férons états où elle se trouve. L’oubli de cette vérité, aussi simple que 
lumineuse, a conduit des médecins du plus grand mérite à avancer de 
grossières et de matérielles erreurs. 



( 45 ) 

C’est bien pis quand on est dirige' par l’esprit de système : alors on 
est entraîne', fascine'; alors on ne voit que ce qu’on de'sire voir, et le 
champ de la thérapeutique se rétrécit tout à coup; cette partie de la 
seience se transforme , se modifie, s’altère, se plie selon les vues du 
systématique. Or rien n’a plus contribué dans ces derniers temps à 
comprimer les progrès de la science, au moins de celle qui guérit : 
nous tâcherons de pénétrer dans ce labyrinthe en nous aidant toujours 
du fil de l’expérience et de la logique. A. 


FEUII.L15S DE HOUX DANS LE TRAITEMENT DES FIÈVRES 
INTERMITTENTES. 

Déjà, en 1776 et en 179a, deux médecins, Durande et Reil, avaient 
préconisé les feuilles de houx comme ayant guéri des fièvres intermit¬ 
tentes rebelles au quinquina.; mais ce moyen était tombé dans l’oubli. 
M. le docteur Rousseau, chef des travaux anatomiques au Jardin des 
plantes, vient de réveiller l’attention des praticiens sur cet agent théra¬ 
peutique , en faisant part à l’Académie des Sciences des.succès qu’il en 
a obtenus, ainsi que plusieurs autres médecins de Paris et de Rochefort. 
M. le professeur Magendie ayant consenti à répéter à l’Hôtel-Dieu leurs 
expériences, nous allons examiner quels en ont été les résultats. 

Depuis le i4 mai, treize malades atteints de fièvres intermittentes de 
différens types ont été traités par le houx ; onze sont sortis guéris , les 
deux autres sont encore dans les salles. Voici le résumé de quelques- 
unes de ces observations. 

Obs. I. Une couturière, âgée de dix-neuf ans , n’ayant jamais eu de 
fièvre intermittente, entre le 14 mai à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Mo¬ 
nique, n° 10, au quatrième accès d’une fièvre tierce survenue sans 
cause connue. Après avoir constaté, pendant neuf accès successifs qui 
augmentaient toujours d’intensité, que la maladie livrée à elle-même 
ne pouvait que s’aggraver, M. Magendie commence le 24 mai le trai¬ 
tement de la manière suivante : 

if. Feuilles de houx, 2 gros. 

Eau, 6 onces, faites bouillir jusqu’à réduction d’un sixième. 

Sirop de sucre, 1 once. 

Faites une potion à prendre en deux fois dans la journée. 

Deux accès ayant continué avec la même intensité, on ajouta au trai¬ 
tement le lavement suivant : 

if. Feuilles de houx fraîches ou sèches , '/» once. 

Faites bouillir 10 minutes dans 12 onces d’eau. 



( 46 ) 


La fièvre revint encore r mais avec un peu moins de force. L’accès 
suivant s’éloigna de quelques heures ; il en fut de même des deux qui 
vinrent ensuite et qui furent les derniers. La malade resta encore huit 
jours à l’hôpital sans rechute. Depuis le quatrième jour, la potion avait 
e'te' composée avec 'J t once de feuilles de houx. 

Obs. II. Une domestique, âgée de vingt-trois ans, entre, le i8mai r 
au cinquième accès d’une fièvre tierce bien caracte'rise'e. On observe 
trois autres accès consecutifs avant de commencer le traitement ; mais 
au huitième il devint urgent d’agir sur la fièvre, car sa violence fut 
extrême et sa duree de iq heures. En conséquence, M. Magendie 
prescrivit la potion et le lavement dont nous avons donne les formules; 
ils eurent un effet peu notable sur la marche de la fièvre. Malgré l’aug¬ 
mentation de la dose de houx, qui fut portée à ■/, once daus la potion, 
la continuation des lavemens et une décoction de ■/, once de houx en 
tisane, les accès persistèrent, seulement avec une diminution dans la 
longueur et l’intensité des frissons. Le 8 juin, l’on ajouta an traitement 
Finfusion vineuse suivante : 

if. Poudre de feuilles de houx, i gros '/*• 

Vin blanc ordinaire, 4 onces. 

Laissez infuser à froid pendant i a heures, et prenez-en trois fois en 
avalant la poudre. 

L’accès qui suivit cette nouvelle médication fut plus faible que les 
precédens , et les suivans manquèrent complètement. La malade a resté 
cinq jours encore à l’hôpital après la guérison de la fièvre. 

Obs. III. Une ouvrière âgée de vingt-sept ans, entrée le 20 mai, 
avait été guérie en six jours d’une fièvre tierce qui durait depuis trois 
semaines, au moyen de la potion et du lavement de houx. Après avoir 
été neuf jours sans fièvre, elle était sur le point de sortir de l’Hôtel- 
Dieu, lorsqu’un frisson suivi de chaleur et de sueur annonça une re¬ 
chute que l’on attribua à la position du lit de la malade entre une fe¬ 
nêtre toujours ouverte sur la Seine et une baignoire d’où s’échappait, 
toute la matinée, de la vapeur d’eau. La fièvre continua cinq jours sous 
le type quotidien, pendant lesquels on ne lui donna que de la tisane de 
chicorée, espérant que la guérison s’opérerait d’elle-même; mais voyant 
la maladie continuer, on prescrivit l’infusion vineuse de houx, que la 
malade prit le 8 juin pour la première fois. Elle eut encore un léger 
accès le soir ; mais celui du lendemain et des jours suivans manquèrent 
complètement, et elle sortit guérie le 19, après dix jours de convales¬ 
cence. 



Obs. IF. Une autre femme, entrée le 18 mai, salle Sainte-Monique, 
n" 4a, a présenté une fièvre intermittente quotidienne qui a été 
long-temps rebelle au médicament. Entrée au quatrième accès, on 
n’a commence' le traitement qu’au douzième, afin d’être assure' que la 
lièvre ne guérirait pas d’elle-même. L’infusion aqueuse et le lavement 
avaient eu peu d’effet sur la maladie; les accès continuaient en variant 
d’heure et d’intensité, lorsque le 8 juin on en vint à l’infusion vineuse, 
d’après la formule que nous avons donnée. L’accès suivant ne vint pas, 
et dès ce jour la malade fut guérie. Elle ne sortit de l’hôpital que le 

Sans tirer aucune conclusion définitive avant d’avoir observé un plus 
grand nombre de faits, nous ne pouvons néanmoins nous empêcher de 
reconnaître que la poudre de houx a eu dans ces cas une action fébri¬ 
fuge très-marquée. Le premier malade avait eu treize accès des plus 
forts avant le commencement du traitement : quatre accès faibles ont 
terminé la maladie, après l’administration du remède. Chez les trois 
autres malades, la fièvre a résisté à l’infusion aqueuse et au lavement, 
et a été coupée en peu de temps par l’infusion vineuse. Cela nous fait 
penser, jusqu’à présent, que c’est le mode d’administration le plus 
sûr et le plus efficace. Pour préparer cette infusion, il faut faire sécher 
les feuilles au four ou au soleil, et après les avoir pulvérisées dans un 
mortier et passées au tamis de soie, on en laisse macérer à froid, pen¬ 
dant douze heures, de un à deux gros et même trois gros, dans un 
verre de vin blanc ordinaire, que le malade prend en avalant la pou¬ 
dre , deux ou trois heures avant l’accès. Ce moyen a constamment 
réussi à M. Rousseau : depuis plusieurs années, il distribue aux habi- 
tans du quartier du Jardin des Plantes la poudre de houx, avec les 
mêmes avantages. M. le docteur Constantin, médecin à l’hôtel de la 
marine de Rochefort, où l’on sait que les fièvres intermittentes sont en¬ 
démiques, s’applaudit aussi des essais qu’il a faits l’année dernière 
avec la poudre de houx. Il ajoute à l’infusion vineuse, dans les jours 
d’apyrc’xie, quatre gros de feuilles de houx en décoction, dans quatre 
verres d’eau réduits à trois. Après avoir passé à travers un linge, il fait 
prendre les trois verres à quatre heures de distance chaque. 

Nous voyons avec plaisir tous les efforts qui tendent à agrandir le do¬ 
maine de la thérapeutique. Il serait certainement plus avantageux pour 
nous de découvrir des moyens de guérison pour des maladies auxquelles 
aucune médication sûre ne peut être encore appliquée, que d’acquérir 
un nouveau succédané du quinquina ; mais il est néanmoins précieux de 
connaître quelles substances indigènes jouissent, au plus haut degré, 
après ce spécifique, de la vertu fébrifuge, afin que, si une guerre ma- 



( 48 ) 

time ou une cause quelconque venait à nous empêcher de recevoir la pré¬ 
cieuse c'corcc du Pérou, nous puissions trouver auprès de nous, et sur 
notre sol, un produit qui nous rendît une partie de ses bienfaits. 
M. Leroux, pharmacien à Yitry-le-Français, a déjà doté la thérapeu¬ 
tique de la salicine, principe extrait de l’écorce du saule ; si les espé¬ 
rances de M. Rousseau ne sont pas trompées, le principe actif des 
feuilles de houx, qu’il appelle ilicine, et qui en a été extrait par un 
jeune chimiste, M. Dcleschamps, jouira des mêmes propriétés fébrifu¬ 
ges. Cette substance n’a pas encore été employée. 


DE l’emploi DH TABTBE STIBIÉ A HAUTE DOSE DANS LE TBAI- 
TEMF.NT DE LA PNEUMONIE , ET DE SON MODE d’aCTION. 

La plus grande dissidence règne aujourd’hui parmi les médecins sur 
les effets du tartre stibié à haute dose; les uns lui attribuent les succès 
les plus heureux, les autres ne lui reconnaissent aucune efficacité et le 
rejettent comme dangereux. 

A quoi tient cette différence? C’est que l’on est loin de s’entendre 
sur le mode d’action de cet agent thérapeutique, et sur les cas où il est 
le plus avantageux d’y avoir recours. 0n s’imagine que toute pneu¬ 
monie peut être indifféremment traitée par le tartre stibié ; c’est une 
erreur, et une erreur grave, car toutes les pneumonies ne sont pas de 
la même nature. On me dira que ce sont des inflammations; oui, sans 
doute, mais des inflammations qui, dans plusieurs cas , ne se ressem¬ 
blent en aucune manière , et demandent des médications quelquefois op¬ 
posées. C’est ce qui sera démontré quand nous parlerons des indications 
curatives. Nous allons aujourd’hui rechercher quel est le mode d’action 
du tartre stibié à haute dose, et quelles sont les circonstances les plus 
favorables pour son administration. Pour arriver à ce double but, ban¬ 
nissons toute préoccupation sur l’influence de cette méthode thérapeu¬ 
tique, et essayons d’en apprécier la valeur d’après les données des nom¬ 
breuses observations que nous avons été en position de faire dans les 
hôpitaux et dans notre pratique. 

Il est rare que les premières doses de tartre stibié ne provoquent pas 
des vomissemens et des selles. Les médecins qui tiennent le plus à lui 
reconnaître une action spécifique n’ont pas cherché à se le dissimuler. 
Cependant Laënnec se plaisait à répéter que, dans le plus grand nombre 
des cas qu’il avait observés, il n’avait été accompagné d’aucune action 
évacuante (i); l’on peut dire néanmoins que les faits où l’on ne lui a 


(i) M. Ilaime, 


aire-général de la Société médicale de Tours, a publié 



( 49 ) 

pas vu produire des évacuations sont rares et peuvent-passer pour des 
exceptions : à part ces cas peu ordinaires, on doit admettre que le pre¬ 
mier effet de l’administration de l’émétique à haute dose est de déter¬ 
miner des vomissemens et des déjections alvines plus ou moins abon- 
daus. A ces phénomènes se joignent encore assez souvent d’abondantes 
sueurs et un flux d’urines plus ou moins copieux. Jusque-là tout sc 
passe comme à la suite de l’ingestion du tartre stibié à dose vomitive. 
Mais un résultat caractéristique de l’emploi de ce médicament à haute 
dose, qui ne manque jamais et est toujours en rapport direct .avec le 
degré de son action médiatrice , c’est la dépression générale des forces 
caractérisée par la mollesse et la moiteur de la peau, l’affaiblisse¬ 
ment du pouls, l’humeclation de la langue et tous les autres signes d’un 
relâchement général. Sous son influence baissent et tombent par degrés 
les symptômes inflammatoires. Nous ne parlons ici que des cas où l’em¬ 
ploi de ce procédé est couronné de succès. 

Si l’on se bornait aux premières doses de tailre émétique, l’inflam¬ 
mation ne tarderait pas à se raviver; mais en les continuant, suivant 
l’usage, à des doses sagement progressives pour empêcher la force de 
l’habitude de contrarier sa puissance, son action dépressive se soutient 
et s’augmente ainsi que le prouvent à cette époque de la maladie et le 
ralentissement de la circulation, et l’abaissement de la température , et 
le sentiment général de lassitude et d’accablement; en même temps 
les symptômes de la pneumonie s’effacent de plus en plus et achèvent 
de s’évanouir. Nous avons vu, presque toujours, les convalescences être 
solides et surtout rapides. C’est donc par une action déprimante opposée 
à propos aux phénomènes pathologiqucsde l’inflammation que le tartre 
stibié à haute dose paraît agir avantageusement dans la pneumonie. Ce¬ 
pendant il s’en faut bien que toutes les inflammations ou plutôt les 
maladies confondues dans cette classe cèdent à cette méthode. Celle-ci 
a été tentée vainement sur un grand nombre, et sans parler de son in¬ 
suffisance ou de son danger dans la plupart de ces essais, on se rappelle 
que Laënnec y a renoncé dans le traitement des phlegmasies des mem- 


toul récemment dans le précis de la constitution médicale du département d’In- 
drc-ct-Loire un mémoire pour prouver qnc le tartre stibié n’agissait pas comme 
révulsif, et il a cité pour exemples les cas où il n’y a aucune action évacuante. Ce 
médecin croit que ces cas sont les plus nombreux. Nous ne partageons pas son 
opinion. Quoi qu’il en soit, comme l’a très-bien dilM. Bouillaud ces jours der¬ 
niers dans le concours de clinique, les bons effets de ce médicament sont indé- 
pendans de la manière dont il est toléré par l’estomac, et si l’on veut soutenir 
qu’il agit comme révulsif, il faudra du moins convenir que tous les révulsifs no 
sont pas capables de guérir comme lui la pneumonie. ( Note du Rédacteur. ) 






( 5o ) 

branes séreuses. Cette épreuve devrait suffire pour montrer qu’il y a 
dans celles-ci autre chose qu’une vraie inflammation. Si nous analysons 
sans partialité les cas de pneumonie où elle réussit le mieux, nous trou¬ 
vons que ce sont ceux qui offrent de la manière la moins équivoque les 
attributs des inflammations: telles sont celles de ces affections qu’accom¬ 
pagnent un pouls fort, dur et fréquent, une face rouge et vultueuse , 
une chaleur très-vive : celles en un mot dont l’inflammation est la plus 
franche, et exempte de toute complication. Car dans les cas où des 
symptômes bilieux, une susceptibilité nerveuse prononcée, une faiblesse 
native ou accidentelle, viennent en altérer l’expression, son action cura¬ 
tive perd de son efficacité à proportion, au point que dans les affections 
de ce genre , dans lesquels les anciens médecins tels que Baillou, Syden¬ 
ham , de Haën, Stoll, Huxham et beaucoup d’autres recommandaient 
les antibilieux, l’opium ou le quinquina, au lieu de conserver scs 
avantages, elle est impuissante ou plutôt très-nuisible. C’est donc 
contre les affections vraiment phlogistiques, et dans celles du poumon, 
qui en offrent souvent le type, qu’elle se montre surtout utile , et cette 
utilité diminue dans le même rapport que la pureté de leur caractère 
inflammatoire. 

Une action déprimante directement contraire à l’appareil bien des¬ 
siné des inflammations du poumon, voilà le résultat constant des faits 
de pneumonie, traités avec un succès complet par le tartre stibié à 
haute dose. Il est vrai que les saignées sont également pourvues d’une 
vertu déprimante; aussi sont-elles bien placées dans les mêmes cas , et 
peut-on les associer avec avantage à ce traitement, surtout dans le 
début; cependant les émissions sanguines ne jouissent de cette propriété 
qu’en soustrayant à l’organisme les matériaux de sa nutrition ; de là 
une double action par leur usage : la débilitation d’abord, et la dé¬ 
pression qui en est la suite. Ce n’est pas ainsi qu’agit le tartre stibié. 
Ici point d’affaiblissement radical; les forces se maintiennent dans leur 
intégrité ; seulement elles sont effacées et comprimées comme il convient 
pour enrayer les mouvemens pathologiques qui constituent l’inflam¬ 
mation. Celle-ci une fois dissipée, et le tartre stibié suspendu , l’orga¬ 
nisme se relève aisément, et la convalescence n’est nullement entravée. 
Quand on emploie la saignée, on court toujours le risque de jeter le 
malade dans une prostration incompatible avec une heureuse résolution. 
Ajoutons que ce moyen n’attaque l’inflammation qu’indirectement en 
enlevant avec le sang les élémens de la nutrition du corps, et que, 
dans tous les cas, la faiblesse dont il est suivi gêne les efforts mé¬ 
dicateurs spontanés, facilite les récidives et éloigne le retour de 
la santé. Nous ne disons pas qu’il faille s’interdire la saignée ; 



( 5 . ) 

nous lui reconnaissons, au contraire, une utilité très-grande au com¬ 
mencement de ces maladies, mais dans la suite de leur cours , il est 
heureux de trouver un moyen qui puisse agir directement sur le concours 
des phénomènes inflammatoires, sans compromettre les forces , et tel 
paraît être le tartre stibié à haute dose : c’est pourquoi nous n’hési- 
tons pas à le pre'fe'rer aux saignées toutes les fois que les conditions de 
son admission sont rc'unies, c’est-à-dire toutes les fois que nous avons à 
traiter une pneumonie hautement exprimée et dépourvue de compli- 

Cette manière de voir les effets du tartre stibié à haute dose permet 
de concilier les contradictions apparentes qu’on rencontre à cet égard 
dans les écrits des médecins. Les uns en effet exaltent sa vertu avec en¬ 
thousiasme , un plus grand nombre en réprouve l’usage, et aujour¬ 
d’hui les praticiens les mieux disposés en sa faveur bornent son utilité 
à quelques cas exceptionnels, dans lesquels les saignées n’ont pas 
réussi, ou dans ceux où Von ne peut absolument pas en espérer 
du succès. 

S’il n’est pas douteux que cette méthode doive être réservée pour les 
pneumonies décidément et purement inflammatoires, l’extension abusive 
qu’en ont faite les Italiens, et, à leur exemple, plusieurs médecins 
français et étrangers, explique les revers qu’on lui a reprochés : car, il 
faut le dire, quoique les pneumonies soient les maladicslesplussuscep- 
tibles des conditions d’opportunité inséparables de ses bons effets, la plu¬ 
part ne jouissent qu’imparfaitement de cet avantage, et plusieurs y sont 
diamétralement opposées.Rappelons ce que nonsavons dit plushautdes 
pneumonies qui réclament un traitement par l’opium, par le vomitif ou 
par le quinquina, et nous jugerons que celles-là du moins néparaissent 
nullement en mesure de céder à la méthode dont nous parlons. A l’é¬ 
gard des autres, réfléchissons à la rareté du concours de circonstances 
qui favorisent les inflammations franches, particulièrement dans les ci¬ 
tés populeuses et dans la classe des hommes traités dans les hôpitaux, 
et nous renfermerons dans des limites assez étroites la fréquence de l’u¬ 
tilité de cette méthode. La plupart de ces remarques s’appliquent avec 
la même raison à l’usage exclusifdes émissions sanguines dans les pneu¬ 
monies : plus tard nous reviendrons sur cet objet, et nous aurons oc¬ 
casion de montrer ce que la pratique aurait à gagner à se relâcher de 
la rigueur de la méthode dite antiphlogistique, pour la combiner avec 
d’autres moyens thérapeutiques aujourd’hui méconnus , mais qui n’en 
ont pas moins été pendant des siècles généralement accrédités et justi¬ 
fies par d’éclatantes guérisons. 

L’indication du tartre stibié à haute dose est bien vague, si on la fait 



( 5 * ) 

reposer, ainsi que le veulent plusieurs, sur les cas où les saignées ont 
échoué, au lieu qu’elle est claire et précise lorsqu’on la déduit de l’ac¬ 
tion même de cette substance. Sous ce rapport, il est évident qu’au mi¬ 
lieu de l’hiver, dans un temps froid et sec, sur les lieux élevés, si un 
sujet jeune, vigoureux, se présentait à nous affecté de pneumonie, nous 
n’hésiterions pas à avoir recours au tartre stibié avec une confiance ex¬ 
trême dans la guérison. Si, au contraire, l’affection se présentait en 
été, dans un pays chaud, au milieu de circonstances propres à altérer 
la pureté de l’inflammation , nous ne considérerions pas le tartre stibié 
comme devant jouir des mêmes avantages. 

Les doses auxquelles l’on doit donner le tartre stibié n’ont rien de 
fixe et d’absolu : on commence ordinairement par quatre ou six grains 
administrés par cuillerée d’heure en heure, dans une potion de quatre 
onces d’infusion de feuilles d’oranger, suffisamment édulcorée avec un 
sirop quelconque, ou bien dans six demi-verres de la même infusion , 
que l’on fait prendre au malade , à deux heures d’intervalle chaque, 
comme le faisait Laënnec. Si la marche de la maladie l’exige, on peut 
élever graduellement la dose du tartre stibié jusqu’à douze et dix-huit 
grains et davantage ; mais il n’est pas prudent de la porter trop loin , 
quoique nous en ayons vu prendre jusqu’à quarante grains dans vingt- 
quatre heures, sans accident, et que Rasori en ait donné jusqu’à quatre- 
vingt-seize grains. Aussitôt que son action médicatrice est complète , il 
faut en diminuer la quantité suivant une progression décroissante, jus¬ 
qu’à ce que toute crainte de récidive soit dissipée. 

Dans le cours de l’administration de ce remède, si les déjections al- 
vines et les vomissemens sont trop fréquens et affaiblissent trop le ma¬ 
lade , il faut en modérer l’action, en joignant à la potion ou à l’infu¬ 
sion de feuilles d’oranger de un à deux grains d’extrait gommeux 
d’opium , ou d’une once à une once et demie de sirop diacode. En 
agissant ainsi, on assure au tartre stibié toute sa puissance antiphlo¬ 
gistique (t). 


(t) Un des rédacteurs des Archives de Médecine a inséré dans un des der¬ 
niers numéros de ce journal une analyse des travaux faits jusqu’à ce jour sur 
l’emploi du tartre stibié, à haute dose , dans le traitement de la pneumonie : il 
examine l’un apres l’autre, dans un long mémoire, tous les faits publiés par 
Rasori, Laënnec, Peschier, Gendrin, Viau de Lagarde, Mériadcc-Laënnec, etc.; 
et de cette analyse critique est résultée pour lui la conviction que la plupart de 
ces travaux manquent do la certitude nécessaire pour inspirer une entière con¬ 
fiance. Cependant, au milieu de ces motifs d’incertitude , il trouve un fait domi¬ 
nant : c’est qu’en admettant tontes les causes possibles d’erreurs, tant de 
témoignages et d’observations, dont quelques-unes présentent réellement le ca- 



( 53 ) 


DÉCOUVERTE DE L’iODE DANS LES SOURCES d’uR'E VALLÉE DU 
PIÉMONT. 

Au moment où l’Académie des sciences vient de récompenser l’au¬ 
teur de la découverte de l’iode et les médecins qui l’ont les premiers 
employé comme remède, l’on apprendra avec plaisir que de nouveaux 
faits viennent appuyer les succès déjà proclamés. 

Il existe une vallée du Piémont (la vallée de Gormayeur), où depuis 
un temps immémorial l’on se rendait en foule pour obtenir la guérison 
du goitre et des engorgemens scropbuleux. Celte antique réputation 
ne s’était point affaiblie, et l’on vantait encore aujourd’hui avec raison 
la spécificité de ces sources ; cependant l’analyse chimique ne nous avait 
point encore révélé le principe actif auquel elles devaient leur vertu. Les 
travaux chimiques et thérapeutiques sur l’iode, ayant réveillé l’attention 
d’un chimiste fort habile de Turin, M. Cantu, il s’est mis en devoir de 
rechercher la présence de ce corps dans ces eaux salutaires : le résultat 
n’a pas trompé son espérance, et un grand nombre d’expériences lui ont 
démontré la présence de l’iode dans toutes les sources que possédait 
la propriété dont nous avons parlé. 

Les eaux iodurées des vallées du Piémont n’occasioncntjamais d’ac- 
cidens, lors même qu’on en boit une grande quantité ; cependant leur 
action est assez énergique. Cette innocuité ne serait-elle point un avertis¬ 
sement pour les praticiens qui prescrivent l’iode et ses préparations à 
si hautes doses? De nombreux revers ont pour cela suivi la prescrip¬ 
tion de ce médicament, et quelques médecins ont frappé de réprobation 
un remède qui a déjà rendu des services, et qui dans des mains ha¬ 
biles et prudentes est destiné à en rendre de plus grands encore. 

Nous avons vu des goitres résister constamment à l’action des eaux 
de Cormayeur : ce sont principalement ceux à poche remplie de liquide, 
et dont Maunoir a si habilement tracé l’histoire sous le nom d’hydrocède 
du cou. Ces eaux sont employées avec succès soit à l’intérieur, soit à 


chfet de l’authenticité, ne permettent pas de révoquer en doute que cette médi¬ 
cation n’ait eu quelques avantages. Pour nous, notre conviction est fortement 
assise. Quoique nullement disposé à ingérer à tort et à travers dans l’estomac 
des gros entiers de cette substance, bien déterminé au contraire à n’y avoir 
recours que dans les cas très-graves, et dans les indications les plus évidentes, 
nous ne pouvons oublier les guérisons inespérées que nous avons vu obtenir par 
cette méthode, à notre maître, le professeur Laënnec, dans un grand nombre 
de pneumonies doubles très-intenses, chez des sujets jeunes et vigoureux, et cela 
sans l’aide d’aucune émission sanguine. ( Note du Rédacteur. ) 




( 54 ) 

l’extérieur, contre la plupart des engorgemens strumeux, ainsi que 
ceux connus sous le nom d’engorgemens blancs. L’iode est un excellent 
ine'dicament; il a remplace' arec avantage le muriatc de baryte, et son 
usage n’a pas les mêmes inconve'nicns ; comme ce dernier, il peut ce¬ 
pendant fatiguer l’estomac, l’enflammer, et les premiers essais tentes 
par les compatriotes du docteur Coindet ont e'te' signales par une foule 
d’accidens de ce genre. Heureusement l’expérience a apporté une grande 
modification aux formules de préparation et de prescription de l’iode : 
nous les ferons connaître, ainsi que les résultats heureux de son admi¬ 
nistration dans les hôpitaux de Paris. C. 


TBAITEMENT DE LA GONOnKHÉE PAB LES COUBANS d’eAU TIÈDE. 

M. Serre, médecin à Alais (Gard), a présenté à l’Acadc'raie des 
Sciences, pour le concours des prix Monthyon, un mémoire sur ce sujet 
intéressant de thérapeutique.La gravité de certaines urétrites, leur persi- 
siance quelquefois malgré tous les moyens mis en usage, les tisanes, les 
sangsues, les spécifiques, les e'molliens ou les astringens topiques, nous 
font vivement désirer que l’expérience d’autres médecins vienne confir¬ 
mer les résultats obtenus par M. Serre (i). Ce praticien dissipe par des 
courans continus d’eau tiède la gonorrhée la plus aiguë , la plus vio¬ 
lente , en quatre à six jours : ce moyen bien appliqué n’a jamais, dit- 
il, échoué; la plupart des malades qu’il a traités ont été guéris dans 
cet espace de temps, et les autres n’ont conservé qu’un suintement de 
très-faible importance qui n’a pas été au-delà de dix à quinze jours. 
Voici comment il procède. Après avoir fait placer le malade dans un 
bain à la température de 25 à 25 degrés, les jambes fléchies et légère¬ 
ment écartées, il introduit dans le canal de l’urètre une sonde de femme 
en argent ou bien une en gomme élastique de quatre à six pouces de 
longueur, d’un calibre assez petit pour qu’elle puisse avoir du jeu et 
permettre le retour de l’eau entre ses parois et celles du canal ; une pe¬ 
tite seringue à oreille étant chargée de l’eau du bain, il en introduit 
l’extrémité dans l’ouverture de la sonde, et pendant que la main gauche 
maintient celle-ci pour éviter les ébranlemens douloureux, il pousse dou¬ 
cement le piston du doigt indicateur de la main droite. L’eau pénètre 
alors dans le canal par plusieurs petites ouvertures préalablement pra¬ 
tiquées aux côtés de la sonde et revient au dehors, en passant entre la 


(t ) La Gazette Médicale contient aujourd’hui des réflexions critiques sur ce 
moyen thérapeutique, nous les ferons connaître dans notre prochain numéro. 



( 55 ) 

sonde et le canal, emportant arec elle le pus gonorrhoïque. Pendant une 
heure ou une heure et demie il faut répéter sans cesse ces injections. 
Pour éviter le dérangement qu’entraîne la séparation de la seringue de 
la sonde afin de la remplir de nouveau, on peut pratiquer un trou de 
deux à trois lignes de diamètre à l’extrémité de l’instrument, du côté 
du bec ; alors en retirant le piston, il se remplit de lui-même, etl’on n’a, 
pour repousser le liquide dans le canal, qu’à fermer le trou avec un 
doigt. De cette manière les injections sont plus continues. On peut rem¬ 
placer la seringue par un clysoir ; il a l’avantage de n’imprimer aucune 
secousse aux parties génitales , de donner un courant également continu 
et dont on peut encore modérer la force d’impulsion en variant la hau¬ 
teur du liquide. Le clysoir rend de plus le bain inutile, du moins pour 
effectuer l’injection ; car le bain a toujours de grands avantages : outre 
son effet général sur le corps, il rend l’introduction de la sonde plus 
facile et neutralise l’irritation de son contact. Pour obtenir une gué¬ 
rison radicale, il faut prendre un bain avec injection pendant quatre 
à six jours. L’opération n’est pas douloureuse. On n’éprouve qu’un pi¬ 
cotement désagréable à l’introduction delà sonde; mais il est de courte 
durée, et le sentiment du retour de l’eau à l’extérieur n’a rien d’in¬ 
commode. Si le malade avait besoin d’uriner pendant l’opération , il 
faudrait retirer la sonde. 

Déjà, au sortir du premier bain, l’amélioration se prononce; le pas¬ 
sage de l’urine est moins douloureux, l’écoulement moindre et le poids 
des testicules moins pénible : ce mieux-être se prolonge neuf ou dix 
heures. Après le second bain, la certitude de la guérison, promise au 
quatrième ou sixième jour n’est mise en doute par aucun malade. 
M. Serre publie quatre observations de gonorrhées aiguës ou chro¬ 
niques guéries en quatre, cinq, six et sept jours par ce moyen thé¬ 
rapeutique dont l’emploi, si l’efficacité en est bien constatée, éviterait 
des rétrécissemens, la fatigue de l’estomac par d’abondantes et fades 
tisanes, l’affaiblissement qu’amènent les sangsues et surtout les irrita¬ 
tions qui peuvent survenir par l’usage du copahu, du poivre de cubèbe, 
de l’iode et d’autres médicamens également actifs. 




( 56 ) 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


NOTE SUR LE TRAITEMENT DES BRULURES PAR LE TYPHA (l) 
ET LE COTON ÉCRU. 

Les douleurs résultant de l’action du calorique en excès sur nos 
parties sont tellement intolérables qu’il ne faut point s’étonner de la 
sollicitude qu’elles excitent chez les personnes qui ont été témoins des 
plaintes qu’elles arrachent ou qui en ont été elles-mêmes victimes. 
Ainsi s’explique l’innombrable série de remèdes imaginés pour guérir 
les brûlures. Ici, il faut l’avouer, l’empirisme, tout aveugle qu’il est, 
a plus fait que l’art, puisque c’est à lui que nous devons les procédés 
les plus efficaces pour remplir les premières indications. 

Que voit le vulgaire dans une brûlure ? Une douleur violente à apai¬ 
ser ; et, sans s’enquérir des phénomènes organiques qui accompagnent 
ou qui doivent suivre ce symptôme, il cherche à soulager, et à soulager 
immédiatement, le malheureux qui souffre. Aussi tout lui parait bon 
pour remplir ce but. Le froid est l’agent qui a dû le premier fixer son 
attention; c’est en effet celui dont l’emploi est le plus général et le 
plus anciennement connu : on y a recours sous toutes les formes. D’un 
autre côté, comme on s’est aperçu que le contact de l’air ou des corps 
extérieurs augmentait cette douleur qu’on tend sur toutes choses à 
détruire, on a été conduit à couvrir les parties brûlées de corps mous 
et imperméables; de là les applications d’huile, de lard, et de ces 
mille et un onguens pour la brûlure, de tous ces secrets enfin qui, pour 
n’avoir pas toutes les vertus qu’on leur accorde, remplissent assez bien 
ordinairement la double indication que présente la brûlure récente, de 
soustraire l’excès du calorique et de mettre le derme rubéfié ou dénudé 
à l’abri du contact des corps extérieurs. 


(t) Le typlia est une espèce de duvet prodoit parles (leurs femelles d’une 
plante aquatique très-commune, connue vulgairement sous le nom de massette 
ou masse d’eau ; elle offre en botanique deux especes, le lypha latifolia et le 
typha angustifolia. Elle croit sur le bord des étangs et des fossés. Le chaume 
de cette plante a jusqu’à quatre et six pieds de hauteur; au mois de mai, époque 
de la floraison, il est surmonté d’un chaton cylindrique brunâtre formé par l’en¬ 
semble des fleurs. Pour obtenir le duvet, il suffît de séparer le chaton de la tige 
et de l’approcher du feu, où plutôt de le placer sur un poêle ou une plaque de 
tôle chauffée, ou dans un four; le cylindre ne tarde pas à s’onvrir, quelquefois 
avec éclat, et laisse échapper une quantité considérable d'un produit cotonneux 
très-léger, grisâtre et excessivement doux an toucher. 




( 5 7 | 

Le médecin procède autrement dans la curation des brûlures ; il ex¬ 
plique les différons phénomènes qu’a fait naître la combustion, et en 
tire des indications. La douleur est une excitation anormale des houppes 
nerveuses du derme; la rougeur une augmentation d’action des capil¬ 
laires cutanés; en un mot une inflammation par cause externe. 

Or la science lui dit que les moyens les plus propres à combattre une 
inflammation aiguë extérieure sont les topiques émolliens , caïmans 
ou répercussifs, les boissons aqueuses, le régime débilitant, les éva¬ 
cuations sanguines; il doit donc couvrir la partie brûlée de cataplasmes 
mucilagineux ou de liqueurs plus ou moins astringentes ou sédatives; 
et pourtant l’expérience ne viendra pas alors confirmer l’infaillibilité 
de sa théorie; il se verra obligé, tout instruit qu’il est, à devenir peu¬ 
ple un instant pour être véritablement médecin, c’est-à-dire homme qui 
guérit.Si le traitement ordinaire del’inflaramation convenaitaux brûlures, 
les médecins eux-mêmes auraient-ils vanté successivement et ce Uni¬ 
ment si anciennement préconisé d’huile de lin et d’eau de chaux , et 
l’huile de térébenthine, et l’espril-de-vin , et le vinaigre, et le carbo¬ 
nate de chaux ou de plomb , et la solution de chlorure de sodium, etc.; 
tous moyens sans exception qui comptent des succès, mais dont l’action 
serait bien difficile à expliquer par notre théorie de l’inflammation. 

Toutefois, si l’empirisme semble avoir fait plus que l’art pour la cu¬ 
ration des premiers accidens de la brûlure, disons qu’il devient insuf¬ 
fisant , dangereux même plus tard, quand ces phénomènes locaux et 
primitifs ont disparu. C’est alors qu’il ne peut plus y avoir de remèdes 
pour les brûlures, mais bien un traitement plus ou moins compliqué qui 
variera suivant le degré, l’étendue de la lésion , suivant la nature des 
parties intéressées et les diverses complications. Nous nous proposons de 
développer bientôt ces idées, qui ne seront pas sans quelque intérêt pour 
les praticiens. Le fait suivant, qui vient leur prêter l’appui de l’expé¬ 
rience, va constater en outre l’utilité d’une substance dont l’emploi mérite 
d’être connu, tant pour ses effets vraiment remarquables qu’à cause de 
la facilité qu’on peut avoir à se la procurer. 

Un jeune homme de dix-neuf ans, employé dans une pharmacie de 
la rue des Lombards, était occupé , le 25 juin, à luter une cornue 
qu’il venait de remplir d’esprit-de vin, lorsqu’il se trouva tout à coup 
entouré de flammes provenant de la combustion d’une certaine quantité 
d’alcool laissé par mégarde dans un entonnoir près du feu. Pour fuir le 
danger qui le menace et qui l’atteint déjà, il veut franchir un large 
fourneau ; mais, dans son trouble, il se précipite la tête la première 
dans une chaudière qui contenait environ cinq cents livres d’onguent 
populeum bouillant. Ses efforts pour en sortir sont vains, ils sont même 
tome i. 2° liv. 5 




un nouveau supplice, car ses bras et ses mains, en contact immédiat avec 
les parois de la chaudière presque rouge, sont chaque fois brûlés plus 
profondément. Heureusement pour lui, le garçon de laboratoire, qui 
était présent, s’élance à son secours et parvient, non sans peine, à le 
rejeter hors de la chaudière sur le sol. « De l’eau, saignez-moi, » sont 
les seuls mots que le malheureux prononce à plusieurs reprises; on lui 
accorde ce qu’il demande, on lui enlève la chemise et le pantalon, seuls 
vêlemens qui le couvrent, et on l’enduit de ce'rat. C’est dans cet état, et 
souffrant des douleurs faciles à concevoir, qu’on le transporte à la mai¬ 
son de santé du Faubourg Saint-Denis. Ses brui lires étaient, comme on 
le pense bien, étendues et profondes ; elles envahissaient toute la moitié 
supérieure du tronc jusqu’à la ceinture, et n’avaient épargné que le cou, 
qui était entouré d’une épaisse cravate ; la face, chose remarquable, 
était moins intéressée que le reste de la tête , le dus et les avant-bras. 
Quant à ceux-ci, surtout le droit, ils l’étaient Irès-profondéinent et 
dans presque toute leur étendue. Aussitôt son arrivée à la maison de 
santé, on eut l’heureuse idée de couvrir toutes les parties brûlées , sans 
exception , de typha; et les jours suivans on se contenta d’appliquer de 
nouvelles couches de ce duvet pour absorber les liquides qui avaient 
traversé les premières. On continua ainsi jusqu’au 13 juillet, époque à 
laquelle le malade, par des motifs d’économie, se fit transporter à 
l’Hôtel-Dien, oit le meme traitement est continué. 

Dès le moment où le typha recouvrit les brûlures, la douleur cessa 
pour ne plus revenir. Aucun accident, aucune suppuration ne survint; 
les parties qui n’c'taient que rubéfiées ou à l’état de vésication furent 
bientôt parfaitement nettes; celles qui étaient plus profondément brû¬ 
lées demeurèrent couvertes d’une croûte sèche très-dure et très-adhé¬ 
rente , formée par les différentes couches de typha et le suintement 
séreux dont nous venons de parler. Ces croûtes sedétachèrent successive¬ 
ment, et leur chute laissa voir constamment une cicatrice achevée. 
Aujourd’hui, vingt-troisième jour, il ne reste plus d’un accident qui 
pouvait avoir des conséquences si funestes que des croûtes assez nom¬ 
breuses à l’avant-bras droit, quelques autres à la face antérieure de 
l’avant-bras gauche , au cuir chevelu et sur le dos. La figure ne con¬ 
servera aucune trace de brûlure : il est vrai qu’elle est une des parties 
qui ont été le moins endommagées. Cette heureuse circonstance s’ex¬ 
plique parle contact de cette partie avec l’eau de végétation occupant le 
fond de la chaudière, et qui par sa nature même devait être pénétrée 
d’une moindre quantité de calorique que la graisse en ébullition qui se 
trouvait au-dessus. 

On ne saurait exiger d’un agent thérapeutique plus d’avantages que 



( 5g ) 

li’en a offert le typha dans l’observation qui précède. Hâtons-nous d’a¬ 
jouter que ce n’est pas à une qualité propre à ce produit que cette gué¬ 
rison si prompte doit être attribuée, mais seulement à la propriété que 
possède tout corps absorbant inerte d’attirer et de retenir les fluides 
exhalés d’une partie dénudée, et de former, par la dessiccation, une 
croûte fortement adhérente et imperméable qui met la surface malade à 
l’abri du contact de l’air. Le typha agit sans doute à la manière du co¬ 
lon écru, dont l’usage, dans le traitement des brûlures, commence à se 
répandre, mais n’est pas encore assez généralement connu. Nous profi¬ 
terons donc de cette occasion pour dire deux mots de ce dernier moyen, 
dont nous avons pu apprécier la valeur par nous-même. 

Personne n’a revendiqué jusqu’à présent l’idée première de l’emploi 
du coton écru dans le traitement des brûlures ; c’est que probablement 
le hasard a la plus grande part, sinon tout le mérite, de cette décou¬ 
verte, comme dans celle de la plupart des médicamens dont la réputa¬ 
tion s’est soutenue. Le médecin qui a le plus contribué jusqu’à présent 
à la propagation de ce traitement, en publiant scs observations, est le 
docteur Anderson. D’après ce médecin, quels que soient l’étendue et le 
degré de la brûlure, le phénomène le plus remarquable que produit l’ap¬ 
plication du colon écru est la cessation prompte de la douleur locale et 
de l’irritation générale qui l’accompagne toujours; dans les cas graves, 
où le salut du malade est devenu impossible, l’emploi du ceton a en¬ 
core cet avantage immense, qu’un soulagement soudain,' ou même la 
disparition des souffrances rend plus supportables les quelques momens 
d’existence qui restent. Quand au contraire la brûlure est superficielle, 
le coton diminue l’inflammation, et paraît prévenir la formation des 
escarres ; il ne se forme alors, comme cela s’est montré dans l’observa¬ 
tion que nous avons donnée plus haut, qu’une pellicule ou plutôt une 
croûte plus ou moins épaisse, qui semble favoriser la cicatrisation et la 
reproduction de l’épiderme. 

Un des faits les plus convaincans est Celui-ci : une jeune fille offrait 
aux deux jambes des brûlures profondes et d’égale étendue; le docteur 
Anderson couvrit l’une de coton écru, et pansa l’autre avec du cérat 
simple. La première ne conserva que très-peu de douleur, et offrait, 
dès la troisième semaine, une cicatrice parfaite, tandis que l’autre resta 
long-temps enflammée et douloureuse, et ne fut complètement guérie 
qu’au bout de trois mois. 

M. Larrey, qui semble avoir modifié ses idées relativement au trai¬ 
tement des brûlures, qu’il couvrait autrefois de linges enduits de cérat 
safrané dans les premiers momens, a fait part l’année dernière, à l’À- 



( 6o ) 

de ces lésions ; elle consiste à ouvrir les pldyctènes et à couvrir toute 
l’e'lendue de la brûlure de plusieurs couches de coton carde' qu’il main¬ 
tient avec une bande, sans y toucher jusqu’à guérison complète. Cette 
gue'rison a ordinairement lieu au bout d’une quinzaine de jours. ( On 
conçoit qu’il ne s’agit ici que des cas où la brûlure n’a intéresse' que les 
tègumens, et n’a pas pénètre' jusqu’aux muscles ni aux os. ) 

A. T. 


INJECTION d’eAU DANS LES VEINES DANS UN CAS d’iIYDROPHOBIE. 

Le jeune Ménard, dont nous avons annoncé la fin funeste dans notre 
premier numéro, fut amené à l’Hôtel-Dieu avec tous les signes de la rage 
confirmée. Voici quel était alors son état : son pouls était très-fréquent 
sans être fort, sa respiration peu pénible , ses yeux égarés , sa bouche 
écumeuse; sa physionomie exprimait une profonde anxiété, mêlée 
parfois de fureur. Il avait conservé l’intégrité de ses facultés intellec¬ 
tuelles ; aussi pendant l’intervalle de ses accès s’entretenait-il avec calme 
de son état; il y avait même dans sa parole et dans ses manières quel¬ 
que chose d’affectueux qui intéressait le cœur des assistans et rendait 
le spectacle de ses fureurs encore plus douloureux. Il ne fallait, pour le 
faire sortir de ce calme passager et le jeter dans un état difficile à 
peindre, que lui montrer de l’eau ou quelque chose de brillant : alors 
sa tête se renversait en arrière; des cris rauques et étouffés s’échap¬ 
paient de sa poitrine oppressée ; ses yeux étincelaient ; il saisissait avec 
fureur ses draps, ses couvertures, les portait à sa bouche écumante et 
avec ses dents les déchiraient en lambeaux. 

Des saignées abondantes , plusieurs fois répétées , ayant été faites 
sans succès, les médecins rassemblés autour de lui crurent devoir re¬ 
courir au moyen indiqué et déjà mis en usage à l’Hôtel-Dieu par 
M. Magendie, l’injection de l’eau dans les veines. Vers neuf heures, 
M. Sanson procéda ainsi à l’opération. 

La veine radiale gauche fut choisie comme étant la plus apparente ; 
on la fit gonfler en comprimant la partie moyenne du bras, et un aide 
la maintenant immobile entre deux doigts placés sur ses côtés, l’opéra¬ 
teur fit sur son trajet, et parallèlement à son axe, une incision à la 
peau d’un pouce et demi d’étendue. Ce vaisseau ainsi mis à nu, mais 
masqué pendant quelques instans par le sang provenant des capil¬ 
laires sous-cutanés, fut saisi avec une pince et ouvert longitudi¬ 
nalement dans l’étendue de deux lignes. Aussitôt un des doigts de 
l’aide qni servait à le fixer arrêta l’écoulement du sang, et l’opérateur 




( Gi ) 

soulevant le bout supérieur avec une pince à disséquer, y introduisit le 
siphon très-délié d’une seringue contenant huit onces à peu près d’eau 
distillée à la température de a5 à 28 degrés. L’injection commençait à 
s’opérer, mais avec quelques difficultés, lorsqu’on s’aperçut que l'avant- 
bras se tuméfiait. Force fut d’interrompre sur-le-champ l’opération et 
de retirer la canule, car ce gonflement était produit par l’infiltration 
de l’eau injectée dans les mailles du tissu cellulaire , soit que le siphon 
n’eût pas été introduit dans la veine ou en fût sorti, soit que les parois 
du vaisseau eussent été rompues. On remplit de nouveau la seringue, et 
l’ayant fait pénétrer avec plus de bonheur cette fois, on injecta d’un 
seul trait, fort lentement et sans secousse, quatre onces de liquide qui 
fut ainsi mêlé avec le sang. La seringue étant retirée, on rapprocha les 
bords de la plaie et l’on mit l’appareil ordinaire de la saignée. 

Pendant l’opération , pratiquée avec les plus grands ménagemens , 
l’enfant manifesta beaucoup d’agitation , mais d’une manière moins 
continue qu’auparavant; et, immédiatement après l’injection, soit à 
cause de la fatigue de ses mouvemens convulsifs désordonnés, soit par 
l’effet du remède, il survint un calme qui, jusqu’à la mort, ne fut in¬ 
terrompu que par quelques accès de convulsions beaucoup moins forts, 
que provoqua une saignée faite à dix heures. 

Depuis ce moment, le pouls devint faible , petit, tout en conservant 
de la fréquence ; la respiration devint de plus en plus difficile, et la 
bouche fut constamment couverte d'une écume plus abondante. On 
parvint avec quelque peine à faire mâcher et avaler au malade une 
tranche d’orange ; enfin, après un moment de calme de quelques mi¬ 
nutes, il expira. 

— Le malheureux enfant dont nous venons de raconter la fin déplo¬ 
rable avait, dans un de ses accès terribles, arraché un lambeau de ses 
draps, qui, placé au fond sa bouche, risquait de le suffoquer; ce ré¬ 
sultat était infaillible, si M. Caillard, médecin sédentaire de l’Hôtel- 
Dicu, n’avait eu le courage de l’en délivrer; mais ce médecin a été 
mordu fortement au pouce de la main droite ; les plaies saignantes ont 
été immédiatement cautérisées avec le fer rouge. 

M. Caillard ne croit pas que la rage puisse se communiquer d’homme 
à homme ; aussi est-il plein de confiance et prodigue-t-il aux mal¬ 
heureux hydrophobes, que tout le monde n’approche qu’avec frayeur, des 
soins affectueux qui l’honorent. On l’a vu, en i 8 i 4> garder à vue, seul 
dans une chambre, des hydrophobes furieux dont il finissait par se 
rendre maître. L’un d’eux une nuit s’était sauvé sur un toit de l’hôpi¬ 
tal , et avait fait en quelques heures un dégât considérable, personne 
ne voulut s’exposer à aller le chercher; M. Caillard l’osa, mais il fut 



( 6a ) 

egalement mordu au doigt médius de la main droite; il n’y eut aucun 
accident. Cette anne'e une circonstance épouvantable augmenta la pro¬ 
portion ordinaire des hydrophobes qui sont traites àl’Hôtel-Dieu. Un 
amateur d'expérience sur les animaux avait voulu juger les effets de 
l’inoculation du virus rabique sur dix chiens. Ce que l’on prévoit ar¬ 
riva , tous les dix devinrent enragés. Pour s’en défaire il les fait mettre 
dans un sac et charge un commissionnaire d’aller les noyer. Celui-ci , 
ignorant le danger du fardeau qui lui était confié, entre chez un mar¬ 
chand de vin et pose le sac à côté de lui ; mais le sac n’e'tait pas sans 
doute bien attaché, car les chiens s’élancent bientôt de toutes parts et 
mordent tous ceux qu’ils rencontrent. Soixante-quatorze personnes furent 
à cette époque cautérisées à l’Hôtel-Dieu. Sur ce nombre il en est dix 
qui ne purent être soustraites à l’action du venin : elles moururent toutes 
dix enragées à l’hôpital. 

On reçoit, année commune, deux ou trois personnes atteintes de la 
rage à l’Hôtel-Dieu. De mémoire de médecins, il n’y a aucun cas de 
guérison après l’apparition des premiers symptômes. La durée de la 
maladie est très-courte. Le malade périt le plus souvent au bout de 
vingt - quatre ou quarante - huit heures. Le meilleur moyen préventif 
qu’on puisse employer dans un cas de morsure suspecte estla cautérisation. 
Il y a dans ce moment à l’Hôtel-Dieu , salle Sainte-Jeanne, n° 3i, un 
cordonnier âgé de soixante-douze ans, qui a été cautérisé profondément 
le 22 juin, pour une morsure faite par un chien suspect. Le moral de 
ce malade est loin d’être tranquille à cause de la mort récente que nous 
avons rapportée. 


DU TRAITEMENT DES ULC&RES ET PLAIES ANCIENNES PAR LA 
COMPRESSION , AU MOYEN DES BANDELETTES AGGLUTINATIVES. 

Un chirurgien de la Pitié, M. Yelpeau, s’est assuré que le meilleur 
moyen de guérir un grand nombre d’ulcères et de plaies un peu ancien¬ 
nes est l’emploi des bandelettes de diachylum gommé. On taille des 
lanières de ce sparadrap larges d’un pouce ou d’un travers de doigt et 
suffisamment longues pour faire une fois et demie, au moins , le tour du 
membre malade; on applique le plein de chaque bandelette sur le côté 
opposé à la solution de continuité ; on enramèneles extrémités par-devant, 
de manière à la recouvrir en les croisant pour les rapporter en arrière. 
La première doit être placée à quelque distance au-dessous de la plaie, 
et la dernière à deux ou trois pouces au-dessus; il faut qu’elles s’imbri- 



( 03 ) 

■cjncnt les unes les autres de manière à former une espèce de guêtre ou 
de bottine. Ce pansement n’a besoin d’être renouvelé' que tous les trois, 
quatre, cinq ou six jours, plus ou moins, suivant l’abondance de la 
suppuration. 

D’abord répandue en Angleterre par Baynton, importée en France 
par M. Roux, en 1814, cette me'tbode paraît avoir des avantages nom¬ 
breux et qui n’ont pas e'te' assez appre'cie's parmi nous. La cicatrisation 
s’opère, sous cet appareil, avec une rapidité' vraiment étonnante : des 
surfaces ulce're'es de la largeur de2, 3, 4 et 5 pouces, se ferment quel¬ 
quefois dans l’espace de 12, i5, 20, 3o et 4o jours. Ce n’est pas par 
le rapprochement des bords de la plaie qu’il guérit, mais bien en fa¬ 
vorisant la formation d’une cicatrice de toutes pièces; de telle sorte 
qu’après la guérison, il semble qu’on ait appliqué sur l’ulcère un 
morceau de tégument. La cicatrisation se manifeste fréquemment sur 
plusieurs points de la blessure à la fois, et il n’est pas rare de la voir 
s’effectuer comme par une simple solidification, un endurcissement 
graduel de toute la surface suppurante. 

Les expériences de M. Velpeau tendent à prouver que ce genre de 
médication n’est pas moins efficace pour les plaies proprement dites, 
avec perte de substance ou non, pour toutes les blessures qui ne peu¬ 
vent pas se guérir par première intention, les ulcérations auxquelles 
donne lieu la brûlure du troisième degré , les abcès avec destruction 
de la peau, etc., que pour les ulcères calleux et variqueux des mem¬ 
bres inférieurs. Il est vraiment étonnant que, jusqu’ici, on n’ait pas 
plus généralisé l’usage d’une ressource aussi puissante. 

Nous citerons, entre autres faits puisés à l’hôpital de la Pitié, une 
fille qui portait, depuis huit ans, un grand nombre d’idcères à la jambe 
gauche ; plusieurs étaient cicatrisés ; mais il en était reste quatre qui 
avaient résisté à tous les moyens successivement employés. Eh bien ! il 
a suffi de quatre applications de bandelettes , c’est-à-dire de douze 
jours, pour les cicatriser entièrement. 

Une autre jeune fille , couchée salle Saint-Jean, n° 26, a été guérie 
«11 neuf jours, parce moyen, d’un ulcère taillé à pic et plus large que 
le pouce, qu’elle portait à la jambe gauche depuis deux mois. 

Un homme de soixante-cinq ans , qui est encore actuellement à l’hô¬ 
pital , portait à la jambe gauche trois ulcères dont l’un de la largeur 
d’une pièce de cinq francs , les deux autres de l’étendue d’une pièce 
d’un franc. Chez ce malade, quatre applications de bandelettes ont éga¬ 
lement suffi pour guérir ces trois ulcères à la fois. 

Un autre qui avait à la jambe plusieurs ulcères , un enti 






( 64 ) 

de forme irrégulière et plus large qu’une pièce de cinq francs, a été 
guéri en vingt jours. 

Chez un ex-garde royal dont toute la face extérieure, le bord cl 
même la plante du pied étaient couverts d’nne vingtaine d’ulcères sa- 
nieux séparés par des brides, des festons, etc., deux applications de 
bandelettes ont suffi. Un autre jeune homme, ayant, depuis six mois, 
cinq ulcères sordides à la jambe droite, fut également guéri en six jours. 

Dans les plaies qui ne tendent pas à se cicatriser, les bandelettes de 
diachylum ne présentent pas moins d’utilité que dans les ulcères. Il 
s’en est présenté à la Pitié de toutes les sortes qui ont été traitées par 
ce moyen avec un avantage incontestable. Nous citerons d’abord un cas 
de plaie contuse sur laquelle des cataplasmes ont été appliqués pendant 
huit jours pour favoriser l’exfoliation des couches mortifiées et le dé¬ 
veloppement des granulations : à partir du huitième jour, on a com¬ 
mencé l’emploi des bandelettes; la plaie avait alors trois travers de 
doigt au moins de dimension et plusieurs lignes de profondeur, et la 
cicatrisation a été opérée en quinze jours. 

Deux malades ont été soumis à la section de la saphène interne pour 
des varices ; la plaie a été pansée de manière à empêcher la réunion 
immédiate et prévenir le rétablissement du calibre de la veine divisée, 
comme le pratique ordinairement M. Velpeau : le douzième jour, le 
fond de cette plaie étant presque de niveau avec ses bords, mais sans 
disposition manifeste à se cicatriser, on a applique des bandelettes, et, 
à la levée du seco'nd appareil, les plaies de ces deux malades se sont 
trouvées cicatrisées, toujours par un tissu de nouvelle formation et 
non par le rapprochement des bords. 

En somme, ce moyen paraît avoir des avantages nombreux dans 
presque tous les genres d’ulcères, dans .toutes les solutions de conti¬ 
nuité suppurantes dont l’indication principale est la cicatrisation. 

La particularité la plus remarquable à noter dans les effets de ce 
moyen thérapeutique, c’est la formation de la cicatrice par un tissu 
nouveau qui, ne réagissant pas sur les bords de l’ancienne solution de 
continuité, doit se trouver moins disposé à se déchirer par la suite et 
donner lieu à une guérison beaucoup plus solide que toute autre. Ce 
mode de pansement est simple, peu dispendieux, facile à exécuter ; 
les malades eux-mêmes pourraient, à la rigueur, s’en charger; il a, 
sur la compression par les bandages, l’inappréciable avantage de ne 
point se déplacer, de se mouler exactement sur les parties, de modifier, 
par sa composition, les bords et la surface de toutes les solutions de 
continuité, de les humecter et de les ramollir bien mieux encore que 
les plaques de plomb, de n’avoir pas besoin d’être renouvelé chaque 



( 65 ) 

jour, et enfin, circonstance précieuse pour les hommes de la classe 
indigente et l’habitant de la campagne, de ne pas exiger impérieuse¬ 
ment le repos des membres. 11 est bon, du reste, d’appliquer un peu 
de charpie mollette par-dessus l’emplâtre, pour absorber les humidités 
purulentes qui pourraient s’en échapper, et de maintenir le tout avec 
un bandage roule', me'diocrement serré, depuis le pied jusqu’au genou ; 
les malades qui veulent marcher auront surtout besoin de cette pré¬ 
caution. 


NOUVEAU PROCÉDÉ POUR BRISER LES SÉQUESTRES OSSEUX DANS 
LA CAVITÉ QUI LES RENFERME, AU MOYEN d’une PINCE A 
DEUX BRANCHES, AVEC FORET EXFOLIATIF. 

Lorsqu’un os a été frappé de mort dans une partie de son étendue , 
si la partie mortifiée est située à l’extérieur, rien n’est plus facile que 
d’en pratiquer l’extraction, quand toutefois sa chute ne s’opère pas 
d’elle-même; mais il n’en est pas ainsi lorsque le séquestre est caché 
par l’os ancien ou environné par un os de nouvelle formation : l’ex¬ 
traction de la partie mortifiée devient alors une nécessité, et une néces¬ 
sité douloureuse pour le malade et souvent difficile pour l’opérateur. 
Il faut inciser les parties molles dans une grande étendue; faire éprou¬ 
ver à l’os nouveau une perte de substance, afin de ménager une issue 
au corps étranger. Outre la douleur, outre la difficulté, cette opération 
a le grave inconvénient d’affaiblir les parties osseuses nouvellement for¬ 
mées , et de retarder le moment où le malade pourra se servir de son 
membre. S’il était possible d’agir sur le séquestre à travers une des 
ouvertures dont son enveloppe osseuse est percée , si on pouvait le ré¬ 
duire en fragmens assez petits pour être retirés par ces ouvertures, on 
aurait singulièrement perfectionné le traitement de ces corps étrangers : 
c’est ce qui a été fait à l’Hôtel-Dieu, par M. Dupuytren, au moyen 
d’un instrument ingénieux inventé par M. Gharrière. 

Un jeune homme avait l’extrémité inférieure du corps du fémur né¬ 
crosée; une ouverture fistuleuse existait à la partie interne de la cuisse, 
elle fut dilatée : on retira d’abord un séquestre mince et aplati; mais 
il fut impossible de pratiquer l’extraction delà portion cylindrique, car 
elle était plus longue que l’espace compris entre l’ouverture et le fond 
de la cavité osseuse ; il fallait donc ou agrandir l’ouverture, ou dimi¬ 
nuer le diamètre du corps étranger : ce dernier parti fut adopté. t 
L’instrument avec lequel on agit sur le séquestre est construit sur le 
modèle du lithotriteur ordinaire; comme lui, il se compose d’une canule 



( <W ) 

extérieure, d’une pince et d’un foret. Voici les différences : l’instru¬ 
ment est plus fort et plus épais que celui qui sert à exe'cuter le broie¬ 
ment de la pierre ; la pince n’a pas trois branches, mais deux seule¬ 
ment; elles n’ont ni la te'nuitc' ni la courbure de celles de l’instrument 
lithotriteur. Supposez que la canule qui les porte a e'te' fendue à son 
extrémité', dans l’étendue de deux pouces, de manière à former deux 
gouttières qui se regardent par leur concavité : vous aurez une idée de 
la lormc de ces branches. Les bords de ces gouttières sont hérissés de 
dents assez aiguës pour pénétrer dans le corps étranger ; enfin ces bran¬ 
ches s’écartent légèrement l’une de l’autre par leurs extrémités. Le 
foret consiste en une plaque en forme de lozange, dont les deux bords 
opposés à la tige, réunis sous un angle obtus, sont coupés en biseau de 
gauche à droite, et ont une arête tranchante. 

L’instrument introduit, on chercha d’abord à engager le séquestre 
dans l’écartement des deux branches ; cela fait, les branches furent 
serrées avec la canule, et le corps étranger fut fixé. Enfin , l’instru¬ 
ment étant tenu immobile avec un étau , on fit agir le foret sur le sé¬ 
questre, au moyen d’un archet. Le cylindre osseux fut divisé en deux 
parties, dont la première , longue d’un pouce environ , sortit avec la 
pince; l’autre, plus étendue, fut facilement extraite. 

11 ne faut pas croire qu’on soit arrivée d’emblée à l’invention de cet 
instrument. Plusieurs tentatives d’extraction avaient déjà été faites par 
des moyens plus ou moins défectueux. Ainsi on essaya d’abord de 
briser l’os avec des tenailles incisives, dont une branche se cassa et 
resta dans la plaie; une autre fois, les branches d’un instrument sem¬ 
blable furent faussées ; dans un troisième cas, on mit en usage le foret 
de M. Charrière, avec une pince à deux branches courbes et ondulées à 
l’intérieur : on ne réussit pas mieux. Le foret seul, et dépouillé de ses 
branches, fut encore inutile; un trépan à couronne ne pénétra que jus¬ 
qu’à la base de la couronne ; enfin la pince à deux branches et à foret, 
telle que nous l’avons décrite, réussit à merveille. 

Ce cas n’est pas le seul dans lequel cet instrument sera utile : toutes 
les fois que des os longs, tels que le fémur, le tibia, l’humérus, les os 
de l’avant-bras , auront été frappés de nécrose, et que le séquestre mo¬ 
bile ne pourra sortir de la cavité du nouvel os qu’à la faveur d’une large 
ouverture, la pince à deux brandies et à foret le fixera, le réduira en 
pièces. Les plus petits fragmens s’échapperont; les autres, s’ils sont 
trop volumineux , pourront être saisis encore et divisés ; en un mot, 
on traitera un séquestre comme on traite un calcul renfermé dans la 
vessie. 



( 67 ) 

CHIMIE ET PHARMACIE. 


EXTRACTION DU PRINCIPE GÉLATINEUX DU LICHEN d’iSLANDE; 

FORMULES DE PLUSIEURS PRÉPARATIONS DONT IL FORME LA 

BASE MÉDICAMENTEUSE. 

M. Be'ral a inséré dans le dernier numéro du Journal de pharmacie 
une note intéressante sur ce sujet. Voici le procédé qu’il indique pour 
extraire le principe gélatineux du lichen, if Lichen d’Islande lavé à 
l’eau froide, 52 onces ; eau commune, 16 onces. Faites bouillir pen¬ 
dant une heure, en agitant le mélange avec une spatule; retirez la 
bassine du feu ; exprimez la masse sur un tamis de crin placé au-dessus 
d’une terrine qui recevra le liquide gélatineux ; reprenez le marc et 
faites-le bouillir une demi-heure dans 8 onces d’eau; passez comme la 
première fois. Faites ensuite liquéfier, en chauffant la masse gélatineuse 
obtenue, et faites-la passer ainsi à travers un blanchet de molleton croisé 
et épais. Alors if liquide gélatineux, ci-dessus, la totalité ; alcool rectifié, 
o livres; mêlez exactement et laissez refroidir.Versez alors le tout sur 
un tamis de crin, et remuez avec une spatule pour faire passer la par¬ 
tie liquide. Lavez la matière gélatineuse restée sur le tamis avec 4 livres 
d’alcool ; versez de nouveau sur le tamis, et broyez avec la main pour 
en séparer la majeure partie du liquide spiritueux, vous obtiendrez 
une masse élastique composée de gélatine et d’alcool pesant environ 
deux livres. — Ce procédé peut être exécuté dans tous les labora¬ 
toires , parce qu’il n’exige aucun appareil particulier. Les eaux alcoo¬ 
liques sont soumises à la distillation pour en séparer l’alcool, que l’on 
réserve pour d’autres opérations. Deux livres de lichen, traitées 
comme nous venons de le dire , fournissent 3a onces de gélatine alcoo¬ 
lisée, qui se réduisent à 16 onces par la simple expression dans un 
linge, et à 4 onces par la dessiccation à l’étuve. Dans ce dernier état, 
la gélatine de lichen est dure, cornée, difficilement soluble dans l’eau 
bouillante, et ne peut en conséquence être employée à la préparation 
de la gelée. Convenablement épuisé par l’eau, le lichen peut fournir 
4 onces de gélatine par livre. On peut obtenir la gélatine de lichen en 
feuilles, en desséchant à un feu vif sur les parois d’une bassine une dé¬ 
coction concentrée. 

— Saccharolê de gélatine de lichen. — if Gélatine alcoolique 
ci-dessus, i livres; sucre Raguenet, grossièrement pulvérisé, 4 livres. 
Mêlez ces deux substances en les triturant dans un mortier de marbre, 
et faites-les sécher à l’étuve ou à la chaleur du bain-marie, en agitant 



( 08 ) 

souvent la masse. — Le sucre ainsi chargé des principes gélatineux du 
lichen est privé d’amerLurae, et se dissout complètement et avec faci¬ 
lité dans l’eau bouillante. 

— Gelée de lichen. — if saccharolé de gélatine de lichen, 4 onces ; 
eau pure, 6 onces. Faites bouillir pour réduire le mélange à 8 onces; 
passez à travers une étamine, et coulez dans un pot. Aromatisez avec 
quelques gouttes d’alcoolat de citrons, si vous le jugez convenable. 
— Cette gelée peut être préparée en dix minutes, et elle se solidifie 
en moins d’une heure : elle est privée d’amertume, peu colorée, 
agréable au goût, et on retrouve en elle les qualités et les propriétés du 
lichen. De toutes les méthodes qui ont été proposées pour préparer la 
gelée de lichen, nous n’en connaissons aucune d’aussi commode, au¬ 
cune dont le produit soit préférable. 

— Tablettes de gélatine de lichen. — if saccharolé de lichen 
pulvérisé, 6 onces; sucre Raguenet en poudre, i4 onces; saccharure 
de vanille pulvérisée, a onces : total, 32 onces; ajoutez mucilage de 
gomme arabique à '/<, environ 32 gros. Faites une pâte, et divisez-la 
en tablettes de forme orbiculaire, et du poids de 18 grains chaque. — 
Une once de ces tablettes contient 18 grains de gélatine sèche, ce qui 
correspond à 2 gros de gélatine molle. 

— Liriodendrine. — On appelle ainsi le principe actif récemment 
extrait de l’écorce fraîche des racines de tulipier, grand et bel arbre 
des forêts de l’Amérique du Nord. M. Emmet, professeur à l’univer¬ 
sité de Virginie, l’a obtenue en cristaux parfaitement transparens et in¬ 
colores. A cet état de pureté, la liriodendrine doit être considérée comme 
un amer balsamique, qui possède plus d’énergie comme médicament 
que l’écorce qui la contient, mais qui, comme tonique, est très-infé¬ 
rieure à la salicine. Son odeur,son goût balsamique, la rapprochent du 
camphre, et en forment comme un intermédiaire entre les résines et les 
huiles volatiles. 

VARIÉTÉS. 

ÉLOGE DE VAUQUELINJ DÉCOUVERTE DE Là CINCHON1NE ET DU 
SULFATE DE QUININE. 

L’Académie de médecine a tenu le 12 juillet une séance solen¬ 
nelle au palais de l’Institut. M. Parisct a eu presque tous les honneurs 
de cette réunion. L’exposé remarquable des observations qu’il a faites 
en Égypte sur la peste avec la commission médicale, dont il était le 
président, et son éloge de Vauquclin, ont été plusieurs fois couverts 




( 6<) ) 

d’unanimes applaudisscmcns. Il y a long-temps que M. le secrétaire 
pcrpe'tuel sait quelle est sur scs auditeurs la puissance de la parole. 
Nous ne pouvons résister au désir de donner à nos lecteurs un exemple 
du charme du style de M. Pariset. Écoutons-le raconter dans l’dloge de 
Yauquelin la découverte de la cinchonine et du sulfate de quinine. 

« A l’exemple de Fourcroy, de Se'guin, de Deschamps , de Reuss, 
et de quelques autres chimistes distingues , Yauquelin s’est occupé des 
kinkinas. Il en a examiné toutes les espèces connues de son temps, afin 
d’en découvrir les différences, et de discerner, comme Séguin l’avait 
voulu faire, quelles sont celles de leurs parties constituantes où réside 
exclusivement la vertu fébrifuge. Qu’il me soit permis de rappeler 
brièvement cette suite de tentatives. On verra par cet épisode à quoi 
tiennent les plus belles découvertes, avec quelle peine s’élaborent les 
idées les plus simples , et combien il en coûte quelquefois aux meil¬ 
leurs esprits d’apercevoir une vérité toute prochaine et de saisir un 
fait qu’ils ont, pour ainsi dire, entre les doigts. 

» Je commence par Séguin, c’est-à-dire par la première erreur. 
Séguin analyse plus de 600 échantillons d’écorces, à la vérité mal ca¬ 
ractérisées ; il y croit reconnaître , entr’autres principes, de la gélatine 
végétale et du tannin. Or le tannin n’est pas fébrifuge ; il en conclut 
que la gélatine l’est, et veut que dans le traitement des fièvres on lui 
substitue la gélatine ordinaire: fausse vue que rejette bientôt l’expé¬ 
rience. 

» Desehamps, de Lyon, prépare en grand le sel essentiel de la Ga- 
raye, il en retire un sel cristallisé dont l’emploi guérit quelques fiè¬ 
vres. Grande rumeur ! Le spécifique est découvert. Mais un échantil¬ 
lon de ce sel est envoyé à Vauquelin. Vauquclin trouve que c’est une 
combinaison de chaux avec un nouvel acide , qu’il appelle acide kini- 
quc. Mais cet acide n’est pas fébrifuge; l’illusions’évanouit, et le pro¬ 
blème reste encore tout entier. 

» Après cette découverte , Vauquelin examine à son tour dix-sept 
échantillons de kinkinas , qui lui sont remis par deux illustres voya¬ 
geurs. Après avoir bien comparé ces échantillons , il finit par déclarer 
que les meilleurs kinkinas sont ceux qui précipitent à la fois et le plus 
abondamment par le tannin , la gélatine et l’émétique. Mais où est le 
principe fébrifuge? Il est caché dans le précipité que produit la noix de 
galle ; ce précipité, Vauquelin ne l’examine pas, et le principe lui 

» Cependant son travail est lu à Édimbourg par le docteur Duncan. 
Frappé de ces précipitations diverses, par les mêmes réactifs , et de 
celle que l’eau produit dans la teinture alcoolique du kinkina, le doc¬ 
teur Duncan soupçonne que ces précipiiés pourraient bien contenir un 



( 7 ° ) 

principe particulier commun à tous les kinkinas, et ce principe, qu’il 
ne voit pas, au lieu d’en constater la réalité par l’expérience, il la 
constate seulement par un nom. Il l’appelle cinchonin. 

» Cette idée voyage: elle va à Lisbonne. Là le docteur Gomez fait ce 
qu’avaient négligé de faire et Duncan et Vauquelin. Il obtient le pre¬ 
mier , à l’état cristallin, le principe du kinhina loxa, et lui conserve le 
nom qu’avait imaginé Duncan. 

» A la même époque, M. Laubert s’attachait, en France, à l’étude 
des kinkinas. Il a connaissance du travail de Gomez, le refait, décolore 
l’extrait de kinkina par des lotions d’eau de potasse, traite le résidu 
par l’alcool bouillant, laisse refroidir, évaporer et obtient ainsi le prin¬ 
cipe plus pur même que ne l’avait obtenu Gomez. Trésor, mais trésor 
stérile. On n’en lit rien. On ne songea ni à l’essayer sur l’organisation, 
ni à l’extraire en grand. Fait isolé, sans conséquence, et qu’on perdit 
de vue. Chose étrange! la même main qui tenait ce principe, laissait 
écrire dans le Dictionnaire des sciences médicales que probable¬ 
ment il ne serait jamais découvert et que la propriété fébrifuge du kin¬ 
kina tenait plutôt à la parfaite harmonie de ses élémens constitutifs 
qu’à la nature particulière de chacun d’eux. 

» Les choses en étaient à ce point en 1818, c’est-à-dire à l’époque où 
deux disciples de Yauquelin , MM. Pelletier et Caventou , achevaient 
de longs travaux sur plusieurs plantes énergiques, la noix vomique, le 
colchique, l’ellébore , et venaient de prouver par des expériences que 
les propriétés de ces plantes étaient dues à un principe unique. L’ana¬ 
logie les conduisit à soumettre les kinkinas à des recherches du même 
genre. Ils répètent les expériences de Gomez et de M. Lauheit, et ne 
tardent point à reconnaître dans le nouveau principe un alcali végétal, 
lequel était aux kinkinas ce que la morphine est à l’opium, la strych¬ 
nine aux différens strychnos , la vératrine aux colchicacées. Enfin , au 
lieu de rencontrer du cinchonin dans tous les kinkinas, ils y démêlent 
en proportions diverses un autre alcali, doué de propriétés différentes , 
incristallisables , soluble à l’alcool, mais insoluble à l’eau, si ce n’est 
à l’état salin. Ils en forme le sulfate de kinine, c’est-à-dire un des 
plus précieux remèdesque possède la médecine de nos jours. C’est ainsi 
qu’une découverte préparée à Paris, mûrie à Édimbourg et presque 
réalisée à Lisbonne, revient se confirmer à Paris, et produire une se¬ 
conde découverte entre les mains des deux élèves de Yauquelin. Elle 
avait presque fait le tour de l’Europe pour remonter à sa source. 
Heureux le maître qui se forma de tels successeurs ! Heureux les élè¬ 
ves qui, nouveaux Élise'es de ce nouvel Élie, savent continuer ainsi la 
gloire de leur maître ! » 

L’Académie dans cette séance a distribué le prix de vaccine. M. La- 



( 7*4 

besquc, docteur-médecin à Agen (Lot-et-Garonne), et M. Benoît, offi¬ 
cier de santé à Grenoble, ont partagé le prix de i,5oo fr. Des mé¬ 
dailles d’or ont été décernées à MM. Barré , docteur-médecin à 
Besançon , Bouclier à Versailles , et Naucbe à Paris. 

— Choléra-morbus. —- Est-il contagieux ? — Expériences pro¬ 
posées par M. Cliervin. — Quelques-uns des médecins français qui se 
trouvent à Varsovie ne pensent pas quele choléra-morbus soit contagieux.' 
Cependant on ne peut blâmer les dispositions sévères que le gouverne¬ 
ment prend dans les ports pour garantir la santé publique. MM. Brière 
de Boismont, Legallois et Foy, et tous nos autres confrères ont montré 
le plus grand courage dans les secours qu’ils ont prodigués aux cholé¬ 
riques des hôpitaux polonais ; ils ont porté le zèle jusqu’au plus haut 
degré; M. Foy s’est même inoculé le sang d’un individu infecté , et 
a goûté les matières vomies ; et cependant aucun d’eux n’a été atteint 
du choléra. C’est fort heureux; mais ces faits sont-ils suffisans pour 
asseoir une conviction et faire prononcer que la maladie n’est pas con¬ 
tagieuse? Non , certainement; car si ces médecins eussent été attaqués 
du choléra, on n’aurait pas manqué de discuter d’une manière intermi¬ 
nable, pour savoirsi c’étaitpar épidémie oubien par contagion qu’il leur 
était survenu, et la question fût certainement demeurée indécise. M. le 
docteur Chervin propose aujourd’hui au gouvernement de faire, sur 
l’extrémité du nord-ouest de la France (probablement le Finistère), des 
expériences pour arriver à la solution définitive de ce grand problème 
de la contagion ou de la non-contagion du choléra-morbus. Là, dit-il 
dans une lettre qu’il vient d’écrire à cet effet au ministre de l’intérieur, 
l’on serait éloigné de l’influence épidémique, et l’on arriverait à des 
résultats nets et certains qu’on ne saurait obtenir dans les lieux où règne 
la maladie. En prenant les précautions convenables (les cordons sani¬ 
taires et autres ), on pourrait se livrer à toutes ces expériences sans 
compromettre la santé publique; on y procéderait absolument comme 
dans un lazaret contenant la maladie la plus contagieuse qu’il existe. 

On se procurerait facilement sur les divers points du littoral de la 
Baltique, où règne le choléra-morbus, des effets tels que chemises, 
caleçons , draps de lits , etc., ayant servi aux individus atteints de cette 
fatale maladie. On recueillerait ces différens objets dans le plus grand 
état d’impureté où ils pourraient se trouver, on en ferait constater 
l’origine de la manière la plus authentique et la plus circonstanciée ; on 
les enfermerait ensuite hermétiquement, et ils seraient expédiés sans 
délai pour le lieu de l’expérimentation. Un bateau à vapeur chargé de 
ce service ferait ces transports avec toute la célérité possible ., et peu 
de jours après la mort des victimes du choléra-morbus, des hommes 



sains se seraient déjà vêtus de divers effets qui, durant leur maladie, 
auraient été en contact immédiat avec leur corps, et seraient imprégnés 
des matières de leurs différentes évacuations, matières qu’on obtien¬ 
drait d’ailleurs séparément pour les faire servir à des expériences va¬ 
riées. Enfin, malgré la rapidité que présente souvent la marche du cho- 
le'ra-morbus, on parviendrait sans doute à se procurer des malades qui 
fourniraient un nouveau moyen d’expérimentation , et partant d’arriver 
à la vérité. 

M. Cbervin demande à être soumis le premier à toutes les expé¬ 
riences qui seraient prescrites par nos corps savans ; et comme le cho- 
le'ra-morbus étend chaque jour de plus en plus ses ravages et menace 
des plus grands désastres tous les peuples occidentaux, il pense qu’il 
conviendrait de proposer aux gouvernemens les plus rapprochés de 
nous de vouloir bien envoyer des commissaires, qui assisteraient per¬ 
sonnellement à ces mêmes expériences, prendraient une connaissance 
exacte de tous leurs détails et seraient témoins oculaires de leurs résul¬ 
tats, qu’ils pourraient attester au besoin. 

— Oxide de bismuth dans le chole'ra-morbus. — M. le docteur- 
Léo, médecin de Varsovie, croit avoir trouvé, dans le bismuth, un 
excellent remède contre le choléra-morbus. Puissent de nouveaux faits 
confirmer cette nouvelle consolante ! Le sous-nitrate de bismuth (oxide 
blanc de bismuth, magistère de bismuth , blanc de fard ) jouit, il est 
vrai, à un haut degré d’une vertu calmante, spécialement dans les 
crampes d’estomac, les dyspepsies, et surtout dans les vomissemens tenant 
à une irritabilité nerveuse de l’estomac; mais nous n’osons ajouter foi 
à sa spécificité dans le cboléra-morbns. Ce médicament est depuis long¬ 
temps peu usité : quel immense bonheur si sa réintroduction dans la 
thérapeutique était signalée par scs avantages dans la terrible maladie 
qui ravage le nord de l’Europe! 

Voici comment M. Léo rend compte du traitement : « Je donne, 
tontes les deux ou trois heures, 3 grains de sous-nitrate de bismuth 
avec un peu de sucre ; en outre, je fais boire au malade une infusion de 
mélisse, et si la douleur est très-vive dans les mains et les pieds, je les 
fais frictionner avec une mixture chaude d’ammoniaque liquide | j et 
esprit d’angélique composé 5 iv. Ces moyens doivent être continués 
sans interruption pendant quarante-huit heures, jusqu’à ce qu’il sur¬ 
vienne une sécrétion d’urine, sécrétion presque suspendue dans le cours 
de cette maladie. Dans le cas où la langue est couverte d’un enduit 
jaunâtre, une addition de trois grains de r.xine de rhubarbe à chaque 
dose de bismuth est très-utile. Le malade ne doit pas perdre patience 
et persévérer d.-jns l’emploi unique du bismuth. Quand la sécrétion est 
rétablie, on peut continuer encore pendant quelques jours, soir et matin, 
l’usage de ce médicament. D’autres médecins ont déjà employé avec 
succès ma méthode de traitement. 



( ?3 ) 

THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


CONSIDÉRATIONS SUR L’iMPORTANCE ET L’ÉTAT ACTUEL DE 
LA THÉRAPEUTIQUE. 

3" ARTICLE. 

ï)e toutes les causes qui ont nui aux progrès de la thérapeutique, la 
plus puissante, la plus continue dans son action , est la direction exclu¬ 
sive que les systématiques ont imprimée à la science. Il semble que l’es¬ 
prit de l’homme ne saurait se contenir dans un juste milieu. Un point 
lui paraît lumineux : ce point l’éblouit, et il y rapporte tout; il trace 
un cercle et dit : En dedans se trouve la vérité, hors de cette ligne il 
n’y a qu’erreur; ici est la lumière, et là sont les ténèbres; le phare que 
j’ai allumé est le seul qui doive guider. Ce langage, soutenu d’une 
certaine verve de paradoxe, annonce l’esprit systématique, esprit exclu¬ 
sif, inflexible, appliquant à tous les faits sa règle et son compas. Et 
comme les idées systématiques sont impatientes et orgueilleuses de leur 
nature, elles tendent bientôt à dominer la science entière; mais vce cœ- 
cis éucentïbus, væ cœcis sequentlbusï qu’en résulte-t-il ? Le paradoxe 
devenant dogme , la probabilité certitude, les fauteurs , les affolés du 
système, qu’on me passe cette expression, écartent ou nient ce qui com¬ 
bat le principe posé et les conséquences qu’ils en tirent. Ainsi tout mé¬ 
dicament , toute thérapeutique contraire à ce même principe, est nulle ou 
pernicieuse; au contraire , toute médication qui s’y lie est l’unique voie 
de guérison. Or que devient la vraie, ïa bonne thérapeutique, quand 
on la place de cette manière dans un sillon étroit, profond et sans issue ? 
L’histoire de la médecine ne prouve que trop la vérité de ces assertions. 
Depuis les quaternités humorales de Galien, qui ont régné seize siè¬ 
cles dans la science, jusqu’à la doctrine de l’irritation, qui a fait sensa¬ 
tion pendant une dixaine d’années, les mêmes causes , les mêmes effets 
se font remarquer. Quand l’auteur de cette dernière se vante « de n’a¬ 
voir jamais fléchi le genou devant le Panthéon de l’ontologie, » n’est-ce 
pas dire, en d’autres termes : Ma doctrine est la seule vraie, et je 
voue au mépris tout ce que mes devanciers ont dit et enseigné? C’est 
ainsi que l’esprit de système devient la cause le plus directement nui¬ 
sible aux progrès de la thérapeutique. 

Il est une chose qui séduit, par-dessus tout, les inexpérimentés dans 
une théorie tissue avec art, c’est que le systématique se sert toujours des 
faits; il n’emploie que les faits , ne reconnaît que les faits ; mais remar_ 
tome i. 3* G 



74 ) 

quez ici «ne distinction des plus importantes : le vrai praticien remonte 
de ces faits à la règle, tandis que le systématique va de son principe 
générateur à ces mêmes faits. Le praticien déduit donc sa théorie de ce 
qu’il voit et observe ; le systématique, au contraire, explique les faits 
par son principe. C’est bien à lui que s’applique l’axiome de Platon et 
de Spinosa, que les faits reçoivent leur loi de la pensée humaine. La 
différence dont j’ai parlé est capitale, décisive , et rien n’influc davan¬ 
tage sur la médication. L’un observe , combine ; l’autre applique, exé¬ 
cute sur-le-champ j son idée est arrêtée d’avance; il n’y a que le plus 
ou le moins qui limite ses prescriptions. Ainsi, quand Chirac disait : 
« Petite-vérole, tu as beau faire, je t’accoutumerai à la saignée, » sa 
règle pratique était préconçue, et il saignait toujours. Sydenham van¬ 
tait aussi la saignée dans cette maladie; mais, remontant des faits aux 
principes, qui n’en sont que l’expression synthétique , il s’abstenait de 
saigner selon certaines conditions du malade et de la maladie. 

Il est des médecins qui pensent que la théorie influe peu sur la pra¬ 
tique , et qu’un instinct d’expérience détermine dans la plupart des cas. 
C’est une erreur chaque jour démentie. Suivez la clinique d’un méde¬ 
cin vitaliste ou d’un humoriste, d’un brownien ou d’un sectateur du 
pliysiologisme, d’un médecin qui compte sur les efforts de la nature, ou 
d’un inédicastre drogueur inconsidéré, vous verrez la différence. Si 
l’assertion que je combats était vraie, ce serait la satire de la médecine 
la plus violente qu’on ait jamais faite. 

Rien donc de mieux prouvé que la pratique est une conséquence de 
la théorie; que si cette dernière est systématique, exclusive , la théra¬ 
peutique le sera également; dès lors plus de progrès. Une seule indi¬ 
cation se présentant sans cesse, un seul ordre de médicamens sera tou¬ 
jours employé, préféré. C’est ce que nous avons vu dans ces dernières 
années. Nos écoles pourtant avaient échappé à cette espèce de fatalisme 
médical ; mais selon l’opportune et judicieuse remarque du docteur Bous¬ 
quet , « Par la plus inconcevable bizarrerie, on a confié la pathologie 
générale à un homme qui a mis toute la médecine dans un seul fait ; 
on a fait professeur de thérapeutique un homme qui a rayé la théra¬ 
peutique du nombre des sciences médicales. » 

11 n’entre pas dans mon but de parcourir les différens systèmes qui 
ont dominé la science, et de déterminer leur influence sur la thérapeu¬ 
tique. Ce cadre trop vaste appartient au tableau philosophique dont 
j’ai parlé. Contentons-nous d’esquisser rapidement l’action sur la thé¬ 
rapeutique des deux doctrines qui, à notre époque, ont le plus agité la 
science , le brovrniswc et le physiologismc. 

Certes la plus grande loi de physiologie appliquée à la pathologie a 



< 7 5 ) 

été decouverte par Brown, les rapports de l’excitement et de l’excitabi¬ 
lité'. Ce fut là une véritable loi de progrès. Mais loin d’en tirer des co¬ 
rollaires fondes sur l’expe'rience pratique, le me'decin écossais trouva 
plus simple de bâtir sur ce fondement ime doctrine qu’il appela vraie, 
immuable, eomme c’est l’ordinaire. Cette doctrine, fonde'e sur une 
dualité physiologiste, produisit bientôt la dualité pathologique, et 
bientôt une dualité thérapeutique : la conséquence était inévitable. II y 
a force ou faiblesse dans l’économie, faiblesse directe ou indirecte ; il y 
a sthénie ou asthénie : donc il n’y a que deux sortes de maladies, donc 
il n’y a que deux classes de remèdes, les débilitans et les toniques. Et 
comme Brown avait établi que les maladies sthéniques formaient les 
quatre cinquièmes du cadre nosologique, les médicamens toniques com¬ 
posèrent presque toute la matière médicale. On se figure difficilement 
aujourd’hui jusqu’à quel point on poussa l’abus de la médication sti¬ 
mulante. La saignée fut presque abandonnée, et le déliramentum hæ- 
mophobi était tel qu’à peine on saignait dans les péripneumonies les 
mieux caractérisées. Au contraire, les toniques les plus énergiques, 
fixes ou diffusibles, étaient prodigués à l’excès. Pour en donner une idée, 
je dirai que, lisant il y a quelques années l’extrait d’un journal de mé¬ 
decine anglais, je trouvai qu’une jeune dame de complexion très-délicate 
éprouva, après une opération grave, un grand état de faiblesse. On lui 
administra, dans l’espace de deux heures et demie, une once d’éther rec¬ 
tifié, une demi-once d’esprit (c’est ainsi qu’on s’exprime) d’ammoniaque, 
même dose d’esprit de nitre, et une livre d’eau-dc-vie. Voilà comment se 
faisait la médecine brownienne -, mais les praticiens n’ayant recueilli dé 
cette doctrine que de tristes moissons , on en revint à la médecine hip¬ 
pocratique tant préconisée par Pinel : ce fut pour peu de temps. 

M. Broussais parut : le brownisme fut retourné. Je n’entrerai dans 
aucun détail sur la doctrine de ce médecin : elle est assez connue. On 
sait que l’irritation, ses métamorphoses, son itinéraire, ses divisions, 
ses espèces, ses Sous-espèces, sorte de dynastie poétique, comme l’a 
dit un médecin homme d’esprit, en est le principe fondamental. On 
sait encore que l’inflammation formant les neuf dixièmes des affections 
pathologiques, la diète, les sangsues et l’eau de gomme , sont le tré¬ 
pied thérapeutique de cette doctrine. Ici se retrouve encore, mais dans 
un ordre inverse, la dualité dont nous avons parlé, affaiblir ou fortifier, 
des toniques ou des débilitans. Cette thérapeutique biforme, et par cela 
même informe, a été des plus désastreuses pour la science des médica¬ 
mens. Jamais peut-être la vraie thérapeutique ne fut plus restreinte, 
plus délaissée qu’à cette époque ; jamais la toniphobie né fut si exagé¬ 
rée j jamais les pharmaciens n’éurent tant de loisirs forcés ; plusieurs , 



C 7 6 ) 

dit-on, firent le projet de mettre nn crêpe à leur officine. Les praticiens, 
se'duits , subjugues, craignant toujours la gastro-entérique, cette Me'duse 
physiologique, épuisaient les malades par de continuelles et impitoya¬ 
bles sanguisugies. Le sang coulait sans cesse (i). Quant aux élèves de 
cette époque, se plongeant ou s’abreuvant jusqu’à l’ivresse dans la source 
de cette doctrine, la parole du maître était leur loi suprême; ils voyaient 
un traité complet de matière médicale dans ce mot sangsue, avec la 
devise nec plus ultra. Quel changement aujourd’hui ! la doctrine de 
l’irritation a baissé de trente coudées. Gela devait être; le temps, l’ex¬ 
périence et le bon sens ont fait leur office. Aussitôt que les praticiens, 
ces véritables juges de l'art, se sont aperçus que toutes les maladies ne 
consistaient pas dans une déviation quantitative de l’état physiologique; 
que cet état ne donnait point la clef de la pathologie ; que les sympa¬ 
thies morbides ne sont rien moins que l’extrcmc des sympathies phy¬ 
siologiques ; qu’unc seule cause ne peut produire des maladies entiè¬ 
rement différentes; qu’il y a souvent une disproportion énorme entre 
les symptômes fébriles et les lésions organiques, ce que les sectaires at¬ 
tribuent à 1 ’ignis fatuus inflammationis ; qu’on ne peut s’empê¬ 
cher d’admettre des inflammations spécifiques qui exigent un trai¬ 
tement spécial ; que, pratiquer des émissions sanguines et irrationnelles, 
c’est souvent s’associer à la maladie pour égorger le malade; qu’affaiblir 
celui-ci outre mesure, c’est s’opposer aux mouvemens critiques, mettre 
obstacle aux éruptions, rendre les convalescences interminables et 
les récidives fréquentes, etc. ; les praticiens , dis-je, ont abandonné en 
gçande partie la doctrine de l’irritation. D’ailleurs un éclectisme puis¬ 
sant et raisonné, ayant toujours le crible de l’expérience à la main, 
n’a pas tardé à réduire cçtte doctrine à sa juste et minime valeur. A la 
vérité, la révulsion est là pour répondre que la thérapeutique du phy- 
siologismc n’est pas aussi pauvre qu’on le dit; mais cet argument à 
raille fins n’a pas plus de fondement que le reste. Empêcher la terre 
de tourner et la vérité de paraître, c’est tout un. Or à qui persuadera- 
t-on que le quinquina guérit les fièvres intermittentes par révulsion ; 
qu’il en est de même du carbonate de fer dans les névralgies, des su¬ 
dorifiques qui ne font jamais suer, pour les maladies vénériennes an¬ 
ciennes ? etc. Au reste, 1’inventeur de ce bizarre système, maintenant 
suranné, a tellement modifié ses idées, que lui-même emploie le tartre 
stibié à haute dose dans les péripneumonies. Que penserait Laënnec 
d’un tel changement? 


Q) TJn médecin allemand a calculé que les sangsues dévoraient alors 
France, année commune, 247 mille livres de sang humain. 



( 77 ) 

Quoi qu’il en soit ; l’influence de la doctrine de l’irritation n’en a pas 
moins e'te'fatale à la thérapeutique; la science des medicamens a rétro¬ 
gradé'. Pendant une période de douze ans, ou a discute', disputé, récri¬ 
miné , pour s’apercevoir enfin que cette doctrine, au lieu de tourner sur 
l’axe de la vérité, comme on l’assurait, n’avait pour base qu’un prin¬ 
cipe hypothétique, inapplicable et indéfini. 

Passons maintenant à la quatrième et dernière cause qui nuit, selon 
nous, au progrès de la thérapeutique. Elle consiste dans la différence 
des effets produits par le même médicament, les cas étant identiques 
ou paraissant tels. Gette cause se lie essentiellement aux progrès de la 
science; mais elle est peut-être la plus embarrassante et la plus trom¬ 
peuse pour le praticien. A chaque instant il éprouve des mécomptes que 
lui-même ne peut s’expliquer. La maladie est caractérisée, l’indication 
formelle; le médicament est choisi, puis administré à doses ration¬ 
nelles : point du tout, les effets ne répondent nullement ou bien impar¬ 
faitement à ce qu’on attendait-. Y a-t-il des remèdes véritablement et con¬ 
stamment toniques, anti-spasmodiques, stimulans, sédatifs, allérans, etc.? 
Grande question, malheureusement insoluble dans l’état actuel de la 
science. Celte incertitude fait souvent hésiter le praticien et déconcerte 
même le génie. Faites que nous ayons des connaissances exactes sur les 
résultats de mc'dicamens, et la médecine acquiert sur-le-champ plus de 
précision dans ses applications, plus de sûreté dans son pronostic ; elle 
prend aussitôt le premier rang dans les sciences par ses bienfaits, 
comme elle l’a déjà par son but; mais nous n’en sommes pas là. L’o¬ 
pium est-il excitant? Quand Brown disait, en prison, à ses disciples : 
Méhercle opium, non sedat, inscription mise depuis au-dessous de son 
buste, était-il ou non dans l’erreur? Cette question est encore aujour¬ 
d’hui tout-à-fàit intacte. 

Tout récemment il s’est élevé, dans le sein de l’Académie royale de 
médecine, des discussions animées sur les effets du seigle ergoté. Les 
deux adversaires n’ont manqué ni d’autorités, ni de preuves, ni d’ob¬ 
servations, en faveur de leurs opinions , quoique- diamétralement oppo¬ 
sées; en sorte qu’on peut soutenir que ce médicament est des plus salu¬ 
taires, ou bien que le dicton américain est fondé, pulvis ad partum, 
pülvis ad mortem. Et combien de médicamens présentent encore pour 
le praticien ce déplorable doute! Le célèbre Linnée, dans sa Matière 
médicale , que maintenant on ne lit guère, a marqué tous les remèdes 
qu’il croit certains d’un point d’exclamation, tandis qu’il a soin de 
stygmatiser d’un point d’interrogation ceux dont l’action lui pa’ftnt in¬ 
efficace ou inconnue. Cette Matière médicale a été imprimée au milieu 
du siècle dernier; il serait curieux de savoir aujourd’hui les changcmcns 
de points à opérer. 




• 08 ) 

Que ne s'en rapporte-t-on aux faits? s’écrient les bornmes gravement 
superficiels; mais ce sont les faits précisément qui présentent des résul¬ 
tats contradictoires, au moins en apparence (i). Si vous me citez vingt 
cas où l’opium a été sédatif, je vous en rapporterai vingt autres où il 
a produit le plus fatiguant excitement. Les personnes qui se tiennent au 
courant de la science ont remarqué le long et beau travail de M. le 
docteur Dance sur le traitement des fièvres graves ( Archives géné¬ 
rales de Médecine). L’auteur a prouvé, par des faits multipliés re¬ 
cueillis dans les hôpitaux, que le traitement de ces fièvres par les anti¬ 
phlogistiques, par les saignées, par les toniques, par les c'vacuans, 
par les révulsifs, présentait, à peu de chose près, les mêmes résultats. 
Il finit par conclure que la médecine dite expectante est celle qui offre 
encore le plus de chances en sa faveur. 

Résulte-t-il de ces faits et de notre assertion qu’il n’y a ni thérapeutique 
ni médecine? Ce serait une conclusion fausse et téméraire. Admettons 
plutôt que la thérapeutique a besoin de nouvelles recherches, d’in- 

(l) Certainement, on observe parfois de grands mécomptes dans l'action des 
incdicamens, et tel remède administré pour produire un effet en donne souvent 
un tout contraire ; mais cela ne tient-il pas la plupart des temps aux idiosyncrasies 





( 79 ) 

vestigations faites avec soin; qu’il est nécessaire d’y recourir sans cesse, 
de. s’y attacher sans relâche. Si nous avons quelques probabilités sur 
l’emploi de beaucoup de médicamens, avouons aussi que ces probabi¬ 
lités ne suffisent nullement dans plusieurs cas. Défrichons donc de 
nouveau le champ de la thérapeutique, Mais, pour que ces trayaux ne 
soient pas défectueux, ils doivent être faits dans une direction conforme 
au but qu’on se propose. Il y a donc, pour l’atteindre, des conditions 
indispensables, conditions importantes à connaître. Hâtons-nous de 
nous en occuper. A. 


TRAITEMENT DU ÇHOLÉRA-MORBUS} RAPPORT DE l’aOADÉMIE 
DE MÉDECINE. 

Quand même il n’entrerait pas dans notre plan de rendre compte des 
séances de l’Académie royale de médecine en tout ce qui concerne l’ob¬ 
jet spécial de ce journal, nous ferions une exception pour parler du 
choléra-morbus , fléau terrible, enfant de l’Asie et l’effroi de l’Eu¬ 
rope. 

A son apparition en Russie, l’alarme se répandit avec la rapidité de 
l’e'clair parmi les populations du Nord, et le gouvernement français 
s’empressa de chercher des lumières an sein de l’Académie. Une com¬ 
mission fut nommée : elle se compose de MM. Ke'rai}dren, Cbomel, 
Boisseau, Desportes, Double, Marc, Dupuytren, Pelletier, Desge- 
nettes et Emery. Elle a choisi M. Double pour son rapporteur. 

Désignée le 8 mars, elle a employé cinq mois à préparer son tra¬ 
vail.G’est beaucoup quand on considère les progrès et le danger du mal; 
c’est peu quand on songe aux recherches qu’il a fallu faire pour suppléer 
par la lecture au défaut d’une expérience personnelle. 

Sous ce point de vue, la commission s'est trouvée dans la même po¬ 
sition qu’un historien qui entreprend de raconter un événement dont il 
n’a pas été témoin ; ou, pour prendre une comparaison dans nptre su¬ 
jet, elle est dans la même position qu’un médecin consulté sur- un cas 
qu’il n’a pas sous les yeux, avec cette différence qu’au lieu de recevoir 
ses renseignemens du médecin ordinaire, elle a dû les chercher elle- 
même dans les livres et dans sa correspondance. 

Le rapport de la commission nous a paru aussi complet qu’il puisse 
l’être ; ce n’est pas un rapport ordinaire, c’est une monographie dont 
la seule lecture a occupé deux séances et a duré quatre heures. On a 
suivi l’ordre adopté dans ces sortes de compositions ; mais on ne s’est 
pas borné à parcourir historiquement les causes, les symptômes et toutes 



( 8o ) 

les parties qui consistent l’histoire d’une épidémie : c’est la manière 
Vulgaire, c’est la me'thode des esprits sans portée. 

Sans doute il a fallu recueillir ce que l’observation a fait connaître des 
causes , des symptômes, de la marche, du pronostic, etc., du choiera : 
sans cela il n’y a rien en me'decine ; mais avec cela seulement la me'de- 
cine n’est, pour beaucoup de monde, qu’une pratique routinière indigne 
d’occuper les loisirs d’une tête pensante. 

C’est ainsi que l’a compris la commission. Il n’est pas dans notre 
dessein de la suivre dans toutes ses recherches; mais il est dans l’esprit 
de ce journal de tracer la marche qui l’a conduite à poser les bases des 
indications curatives, car sans indications point de thérapeutique. 

Ces indications se déduisent nécessairement de la nature du choléra. 
On entend ici par nature la réunion des dlémens morbides qui le con¬ 
stituent; mais cesélémcns eux-mêmes, d’où se déduisent-ils? 

Depuis que le goût des études anatomiques s’est répandu au point 
où nous le voyons, on a cru que la nature des maladies devait se re¬ 
trouver dans les traces qu’elles laissent après elles. Cette prétention a 
duré plus de vingt ans; enfin elle commence à s’affaiblir : à mesure que 
la déception se prolonge, on sent de plus en plus l’inconséquence de 
demander à la mort les secrets de la vie. 

ta commission n’a pas eu de peine à prouver qu’il n’est rien de fixe, 
rien de constant dans le cadavre des cholériques. Ici on trouve une in¬ 
flammation de l’encéphale, là de l’estomac, ou du foie, ou des reins, ou 
des intestins, ou des bronches, etc.; et, chose remarquable! souvent on 
ne trouve rien, et cela principalement lorsque la mort est très-prompte, 
c’est-à-dire lorsque la maladie est très-grave. 

Il est clair que ces données de l’observation clinique ne sauraient se 
concilier ni avec l’idée d’une maladie spécifique, comme le choléra, ni 
avec l’idée d’une épidémie. 

D’après cela, la commission a dû prendre ailleurs les bases d’un 
diagnostic plus certain ; elle a cru les trouver dans les symptômes aux¬ 
quels elle a rendu l’importance que l’anatomie pathologique avait usur¬ 
pée sur eux. 

« Puisque les lumières de l’anatomie pathologique nous laissent sans 
guide dans la recherche du siège et de la nature du choléra, voyons si 
la symptomatologie pourra nous être en meilleure aide. 

» Étudions d’abord cette impression si remarquable que produit sur 
l’organisation en général le mode épidémique. Partout cette influence a 
été observée, dans l’Inde aussi bien qu’en Russie et en Pologne ; les 
médecins de toutes les doctrines l’ont soigneusement notée. Peu d’indi¬ 
vidus échappent à son action, même ceux qui n’ont eu aucun des sym¬ 
ptômes du choléra réalisé. 



( 81 ) 

» La presque totalité des personnes vivant dans les pays atteints par 
le choléra épidémique se plaignent de lassitudes spontanées, de mal¬ 
aises généraux, de pesanteurs de tête, de vertiges fre'quens, et de dé¬ 
faillances poussées jusqu’à la syncope. Voilà déjà bien évidemment, 
sur tous les individus placés dans la sphère d’activité d’un foyer épidé¬ 
mique, les indices non équivoques d’une altération, d’un affaiblisse¬ 
ment de la grande fonction de l’innervation, c’est-à-dire de l’influence 
vivifiante du système nerveux sur les autres systèmes et sur tous les or¬ 
ganes de l’économie. Voilà l’effet primitif, capital, essentiel de l’agent 
épidémique, puisqu’il s’exerce sur tous les individus sains ou malades, 
forts ou faibles, et quoiqu’à des degrés différens. Ce fait, à là fois 
constant, positif, manifeste, domine tous les autres. 

» A cette première action de l’affaiblissement de l’innervation se joi¬ 
gnent presque simultanément la constipation ou un dévoiement léger, 
des anorexies, des inappétences, des nausées ou des vomissemens, une 
diarrhée légère, en un mot un trouble plus ou moins considérable des 
fonctions des membranes muqueuses gastro-intestinales. Ainsi, d’une 
part, affaiblissement de l’innervation ; de l’autre, effets prononcés de 
cette altération de l’innervation sur les membranes muqueuses qui n’en 
sont qu’imparfaitement soutenues, vivifiées, animées : voilà les deux 
faits primitifs produits par l’influence épidémique. Et remarquez bien 
que, dans ces deux ordres de phénomènes, l’innervation affaiblie et 
cette faiblesse de l’innervation portée spécialement sur le système mu¬ 
queux , nous avons en réalité les rudimens, le germe et comme l’abrégé 
de la maladie tout entière. 

» Ce n’est pas sans raison que nous voudrions insister davantage sur 
des considérations d’un ordre si relevé ; mais avançons. 

» Lorsque le choléra se réalise, et quand la brutalité de sa marche 
ne rompt pas d’un coup les liens de l’organisme vivant, les symptômes 
que nous avons signalés prennent plus d’intensité, et alors commence la 
période d’imminence de la maladie : période dont les phénomènes sub- 
se'quens sont l’oppression, la faiblesse du pouls, la décomposition de la 
face et l’anxiété épigastrique, tous accidens qui ne sauraient être si ra¬ 
pidement produits ni plus naturellement expliqués que par une sous¬ 
traction de l’innervation dont les effets frappent essentiellement l’appa¬ 
reil digestif et l’appareil circulatoire. 

» A l’instar de la nature dans le cours de cette maladie, rapprochons 
les désordres et pressons les conséquences. 

» Les contractures des membres, les spasmes des extrémités, les 
syncopes, les défaillances , la pâleur, le refroidissement et les rides de 
la peau, la couleur bleue des doigts et des ongles, la face hippocra- 



( 8a ) 

tique née en un instant et sans cause connue, la rapide disparition des 
forces vitales brisées, éteintes, anéanties, si on les considère en action 
puisque la vie est si près de cesser, et qui, considérées au contraire en 
puissance, sont palpitantes, intactes, vivantes, puisque souvent le 
malade passe de la mort apparente à la santé parfaite aussi rapidement 
qu’il avait éprouvé le changement inverse ; tous ces symptômes ne dé¬ 
voilent-ils pas bien manifestement l’idée véritable de la maladie ? 

» Où trouver, en effet, ailleurs que dans la soustraction de l’influx 
nerveux, la raison suffisante et une explication complète de ces dé¬ 
sordres ? 

» Résumons cette doctrine. 

» Le choléra , dans ses diverses périodes de durée, dans ses divers 
degrés d’intensité, est use maladie spéciale, complexe, formée par la 
réunion d’une altération profonde de l’innervation générale, unie à un 
mode particulier d’affection catarrhale de la muqueuse gastro -intestinale. 

» L’un et l’autre de ces deux élémens pathologiques sont suscep¬ 
tibles de dominer au point de réclamer plus particulièrement l’attention 
clinique, suivant les complexions individuelles, les époques différentes 
de la maladie, etc. » 

Après cette savante analyse la commission passe au traitement. 

Elle suit, dans cette seconde et intéressante partie, la même marche 
que dans la première, c’est-à-dire qu’elle raisonne, à l’égard des moyens 
curatifs, comme elle a fait à l’égard des symptômes. Elle expose d’a¬ 
bord et presque confusément tous les moyens dont l’expérience paraît 
avoir consacré l’efficacité, la saignée, le calomel, l’opium, l’oxidç de 
bismuth, les stimulans diffusibles, le camphre, le musc , l’éther , les 
bains chauds, les révulsifs, etc. ; après quoi elle revient sur scs pas et 
pose les indications curatives. C’est ici, c’est dans cette partie qu’on 
sent l’avantage d’une bonne analyse de la maladie. En effet, en la con¬ 
sidérant comme indivisible, comment comprendre que tant de moyens 
différens y trouvent leur place? Comment séparer, distinguer les cas où 
tel médicament convient de ceux où tel autre est préférable ? 

Au contraire, en séparant les affections élémentaires qui concourent 
à former la maladie, les indications se découvrent comme d’elles- 
mêmes. 

Ranimer l’innervation anéantie et en rendre la distribution plus ré¬ 
gulière j exciter, réchauffer les surfaces refroidies de la peau ; appeler 
les mouvemens et la vie du centre à la circonférence : première et prin¬ 
cipale indication. 

Attaquer en même temps l’état catarrhal par des moyens éprouvés : 
seconde indication. 



( 83 ) 

Enfin combattre les symptômes en raison de leur importance et de 
leur pre'dominance relative : c’est la troisième indication, indication se¬ 
condaire , et d’où dépend néanmoins quelquefois l’issue de la maladie. 

i° Nous avons, pour remplir la première indication, la saignée; 
mais avec quelle précaution n’en faut-il pas user ! Quoiqu’elle soit d’un . 
usage général dans l’Inde, ce n’est pas ce qui m’a fait commencer par 
elle, mais bien parce que, lorsqu’elle est indiquée, elle doit précéder 
toute autre médication. Le moment de l’employer passe avec une rapi¬ 
dité extrême, puisqu’à vrai dire, elle ne convient que dans la période 
d’imminence, c’est-à-dire à ce moment où la maladie n’existant pas en¬ 
core , il est impossible de dire ce qu’elle sera, grave ou légère : aussi 
les succès dont on lui fait honneur sont-ils susceptibles de contestation. 

Dans tous les cas, elle ne convient qu’aux constitutions les plus fortes 
et les plus sanguines : elle est fatale à toutes les autres ; en sorte que 
c’est un moyen qui s’adresse plutôt à l’idiosyncrasie des sujets qu’à la 
maladie elle-même. 

Chez ceux-là même elle n’agit pas comme débilitante, mais en appe¬ 
lant doucement les forces et les mouvemens à l’extérieur des corps : in¬ 
dication importante dans une maladie où il se fait une si grande con¬ 
centration à l’intérieur. 

Les stimulans diffusibles conviennent mieux au génie de la maladie 
et sont d’une administration moins délicate. Parmi ces remèdes il en est 
un qui jouit à Batavia d’nne confiance sans bornes : c’est un mélange 
d’une partie de laudanum liquide et de deux parties d’essence de men¬ 
the, alcoolat de menthe. Nous en devons la connaissance au zèle 
éclairé de M. Réveille'-Parise. Cette mixture se prend par cuillerées à 
bouche et répétées; mais deux conditions' sont indispensables pour le 
succès : la première, qu’elle soit administrée à doses rapprochées jus¬ 
qu’à ce que les accidens se calment; la seconde, que cette administra¬ 
tion commence le plus tôt possible, au moins dans les trois premières 
heures de l’attaque. Sans le concours de ces deux conditions, et no¬ 
tamment de la seconde, la maladie est indubitablement mortelle, sauf 
quelques exceptions. 

Les médecins d’Aremberg disent avoir donné avec beaucoup de suc¬ 
cès un mélange de gouttes d’Hoffman et d’essence de menthe. Ce re¬ 
mède acquit une telle vogue que tout le monde en prenait à titre de 
préservatif. 

C’est ainsi que, sur la côte du Coromandel, le docteur Noè'l traita 
fort heureusement les militaires atteints du choléra par des doses frac¬ 
tionnées d’alcali volatil dans une infusion de mélisse sucrée. 

C’est dans le même but et avec le même résultat que M. Deville a 



( 84 } 

prescrit à Calcutta de fortes doses d’éther; mais i! s’ÿ prenait dès le. 
de'but de la maladie. 

Jj opium est fort employé dans le choléra; on le donne rarement 
seul, parce qu’on a remarqué qu’il favorise la concentration des mou- 
vemens à l’intérieur ; mais on l’associe le plus souvent au camphre , à 
l’éther, à l’ammoniaque en liqueur, etc. 

Oxide de bismuth. J’indique ce moyen sans m’y arrêter, parce qu’il 
en a été parlé dans le dernier cahier de ce journal. On sait que le doc¬ 
teur Léo le met au-dessus de tous les autres, et il y serait bien autorisé 
si, comme il le dit, il n’avait vu périr aucun des malades qui ont été 
traités par sa méthode. 

A ces pricipaux moyens on joint, à titre d’auxiliaires, les boissons 
aromatiques chaudes , tantôt aqueuses et tantôt spiritueuscs. Cependant 
Anneslay, l’un des historiens les plus estimés du choléra, prescrit la 
limonade tartarique, qu’il ne craint pas de faire prendre froide. 

En même temps qu’on agit à l’intérieur , il ne faut pas perdre de vue 
les surfaces extérieures que la vie semble avoir abandonnées. Parmi 
les moyens les plus propres à l’y rappeler on vante principalement les 
frictions et les sinapismes, qu’on préfère généralement aux vésicatoires, 
sans doute parce qu’ils agissent plus promptement : avantage inappré¬ 
ciable dans une maladie qui marche si rapidement. Les bains chauds 
semblent propres à remplir la même indication; ils composaient toute 
la thérapeutique d’Hippocrate dans le choléra. Les médecins de l’Inde 
ne sont pas d’accord sur le degré de leur utilité; cependant les Russes 
en ont adopté l’usage; mais frappés de l’inertie des fonctions cutanées, 
ils leur préfèrent les bains de vapeurs aromatiques , et notamment les 
bains de foin. Nos lecteurs peuvent se rappeler que le gouvernement 
russe a récompensé d’un certain nombre de roubles le paysan qui pro¬ 
posa ce moyen : c’est au moins une présomption de son utilité. 

i° Passons à la seconde indication. Parmi les remèdes qu’il convient 
d’opposer à l’état catarrhal, la commission place en première ligne le 
calomel donné en poudre et associé à la gomme arabique (i). Après le 
calomel viennent les excitans internes, la serpentaire de Virginie asso¬ 
ciée au quinquina, les excitans externes et notamment les vésicatoires. 


(i) On connaît l’abus qu'en font les Anglais : c’est pour eus une panacée uni¬ 
verselle; ils le donnent partout et toujours. Fille de la médecine anglaise, la 
médecine indienne a trop bien profité de ses leçons. Elle en prescrit jusqu’à 
trois, quatre et cinq scrupules par jour. C’est ce traitement que le marquis Ilas- 
tings, commandant les forces anglaises dans l’Inde, fit mettre à l’ordre du jour. 
Cela rappelle les arrêts du Parlement contre l'émétique et contre l’inoculation. 





( 85 ) 

La commission s’étonne que, dans un cas où il est si important de mé¬ 
nager la susceptibilité de l’estomac, on n’ait pas songé au. sulfate de 
quinine combiné avec le musc, l’essence de menthe, le camphre, l’é¬ 
ther, etc. Ce moyen serait sûrement d’un puissant secours. 

3° Attaquer le fond d’une maladie, c’est sans doute en attaquer les 
symptômes ; néanmoins s’il s’en présente qui dominent tous les autres, 
il importe de les combattre directement. Cette supposition se réalise 
assez souvent dans le choléra. Les vomissemens répétés y sont un des 
accidens les plus communs et les plus pénibles à supporter. L’opium 
est peut-être le meilleur moyen de les réprimer j mais ce qui réussit à 
l’un ne réussit pas à l’autre. Ainsi on a vu la potion de Rivière sup¬ 
pléer avantageusement l’opium. Si les déjections alvines sont moins 
fatigantes que les vomissemens, elles épuisent peut-être plus rapidement 
les forces : on y remédie par des lavemens narcotiques. 

En général, le choléra marche avec une rapidité extrême, rapidité 
telle qu’on serait tenté de croire à un empoisonnement. Il n’est pas rare 
qu’il enlève les malades en dix ou douze heures, et quelquefois plus 
tôt. Lorsque les malades doivent revenir à la santé, cet heureux retour 
s’annonce par plusieurs signes : l’un des plus favorables est la chaleur 
et la moiteur de la peau. J’en dis autant de la fréquence du pouls , et 
généralement de tout ce qui annonce une distribution plus régulière des 
forces toniques. 

Tel est le résumé succinct du long travail de la commission. Je l’ai 
reproduit avec soin, parce que l’exactitude est le premier devoir d’un 
historien. Elle était d’autant plus facile pour moi que je reconnaissais 
mes principes à chaque page avec une satisfaction égale à l’estime que 
j’ai pour les talens de M. le rapporteur. 

Je crois fermement que la méthode dont il a fait l’application au cho¬ 
léra est la seule bonne ; elle a du moins l’avantage sur toutes les autres 
d’aller droit aux indications curatives ; et comme en dernier résultat le 
traitement est le but final de la médecine, il est évident qu’il n’y a de 
bonne doctrine que celle qui y conduit. 

Est-ce à dire que la nôtre sauvera tous les cholériques ? Non sans 
doute ; il y a des causes morbifiques tellement puissantes que la méde¬ 
cine ne saurait lutter contre elles ; et, quoi qu’elle fasse, elle est vain¬ 
cue. Il y a, dans la profondeur des organisations, des conditions mal¬ 
heureuses et qui décident du sort des malades : ainsi, toutes choses 
égales, l’un meurt de la pneumonie et l’autre se sauve avec le même 
traitement. A combien plus forte raison cela est-il vrai du choléra ! 
On comprend donc que, quelle que soit la méthode thérapeutique 
qu’on adopte, quels que soient les remèdes qu’on emploie, saignée, 



: se ) 

opium, essence de menthe , calomel, etc., il y aura des guérisons et 
des morts. 

Que les gens du monde s’autorisent de cet aveu pour accuser la mé¬ 
decine , cela ne tire pas à conséquence. Ces réflexions ne s’adressent 
qu’aux médecins , parce que les médecins sont seuls en état de sentir 
que l’égalité parmi les homines n’est pas plus vraie en pathologie qu’en 
politique, dans l’ordre physique que dans l’ordre moral. 

TRAITEMENT DÛ RHUMATISME ET DES NÉVRALGIES PAR I.’ACÉTATE 
DE MORPHINE INTRODUIT PAR I.E DERME DÉNUDÉ. 

M. Trousseau, médecin du bureau central des hôpitaux, vient 
d’obtenir, dans le traitement de deux rhumatismes aigus, l’un fibreux, 
l’autre articulaire, un succès si prompt et si remarquable, par l’acétate 
de morphine employé par la méthode endermique, que nous devons 
les signaler à nos lecteurs (i). 

Une dame, âgée de soixante-un ans, sujette aux affections rhumatis¬ 
males, le fait appeler vingt-quatre heures après l’invasion d’une douleur 
insupportable à l’épaule droite. Les mouvemens étaient impossibles; la 
douleur au toucher était extrême dans toute la région occupée par le 
deltoïde; il y avait une forte fièvre et une violente céphalalgie. Une 
saignée de seize onzes fut pratiquée immédiatement. Le lendemain la 
fièvre et la céphalalgie avaient diminué; mais il n’en était pas de même 
de la douleur de l’épaule, qui était intolérable : M. Trousseau fit alors 
composer la pommade ammoniacale suivante : 'if ammoniaque liquide, 
i gros; axonge, i gros; suif de mouton, 6 grains; et après en avoir 
appliqué une petite masse sur le moignon de l’épaule, qu’il renouvela 
au bout de cinq minutes , quelques instans après il n’eut qu’à essuyer 
la partie avec la manche de son habit pour enlever l’épiderme avec 
facilité ; alors il saupoudra la plaie avec un demi-grain d’acétate de 
morphine et recouvrit le tout d’un morceau de taffetas d’Angleterre. 
Un quart d’heure après, la malade souffrait déjà beaucoup moins , et 
bientôt elle s’endormit. A son réveil, la douleur rhumatismale avait 
disparu ; on put saisir le poignet, faire exécuter au bras des mouvemens 
de circumduction sans ne faire éprouver qu’une légère souffrance que la 
malade comparait à un engourdissement. Le second jour, la malade 
était levée, sans fièvre, sans douleur, et demandait à manger. La dou¬ 
leur rhumatismale ne se montra plus ; mais, chose remarquable ! c’est 
que pendant dix jours le bras resta faible et pesant. 

(1) M. le docteur Ricotti a publié trois observations semblables en 1829. 
{Ann. univ. di med.. Iiiglin 1829.) 



Voici un fait encore plus remarquable. Un garde national, âgé de 
vingt-un ans, gagna une pleurésie en bivouaquant dans les rues de Pa¬ 
ris par le temps pluvieux et froid du mois de décembre. Celte pleu¬ 
résie marche et nécessite plusieurs saignées qui enlèvent le point de 
côtéj mais le quatrième jour, douleur à l’épaule gauche et au poignet 
droit, qui deviennent rouges et gonflés, et empêchent tout mouve¬ 
ment; le cinquième jour, l’articulation coxo-fémorale se prend ainsi 
que le genou droit, et le malade ne peut se mouvoir dans son lit sans 
pousser des cris; le sixième jour, le poignet gauche est envahi. 

Le kermès, les boissons diaphoniques, les applications émollientes, 
rien n’avait diminué les douleurs, lorsque M. Trousseau appliqua sur 
la face dorsale du poignet droit de la pommade ammoniacale d’après 
la formule indiquée; un demi-grain d’acétate de morphine fut ap¬ 
pliqué, ainsi qu’un morceau de taffetas d’Angleterre. La nuit fut 
bonne, et au réveil le poignet du malade était guéri ; il n’y avait 
plus ni rougeur ni tuméfaction ; la main exécutait tous les mou- 
vemens sans la moindre douleur. Les autres articulations étaient tou¬ 
jours fort douloureuses : un petit vésicatoire ammoniacal fut fait à la 
partie antérieure de l’épaule gauche-, un demi-grain de morphine y fut 
déposé, et le soir l’épaule était guérie. Le même moyen est employé au 
trochanter gauche, près de la tête du fémur, et cette articulation est 
libre quelques heures après. Il ne restait le lendemain que le poignet 
gauche et le genou ; à l’aide de la même médication, le poignet fut 
guéri dans la journée. Quant au genou, il fut abandonné aux soins de 
la nature ; comme il n’y avait ni tuméfaction ni douleurs vives, en peu 
de jours la guérison fut parfaite. La convalescence ne fut entravée par 
aucun accident; mais elle fut longue. Plusieurs articulations furent un 
certain temps le siège de douleurs vagues, que des bains dissipèrent. 

La rapidité de la guérison dans ces cas, après l’application de l’acétate 
de morphine sur chaque articulation, est un fait pratique d’une grande 
importance. Si des faits de ce genre se multipliaient, et si une médica¬ 
tion aussi simple suffisait pour détruire une maladie aussi grave et aussi 
opiniâtre que le rhumatisme articulaire général, on aurait, certes, fait 
une grande conquête thérapeutique. Il est impossible d’attribuer au 
hasard la disparition des symptômes inflammatoires dans chaque arti- 
lation affectée, lorsque d’une part on voit le mal persister dans les 
jointures primitivement atteintes, et chaque jour en envahir de nouvel¬ 
les , et que, d’autre part, successivement et dans l’ordre de l’applica¬ 
tion du remède, on voit le rhumatisme quitter toutes les articulations 
malades pour ne plus se montrer dans d’autres. 

Nous ne pouvons qu’engager lés praticiens à tenter avec prudence 



( 88 ) 

des essais, pour fixer d’une manière défini^ve le parti que l’on peut 
tirer de ce moyen thérapeutique. 

L’introduction par le derme dénudé des médicampns narcotiques a 
fait obtenir encore d’autres succès à M. Trousseau ; il a triomphé par 
ce moyen de deux cas de névralgie extrêmement graves, l’une temporo- 
faciale aiguë, l’autre fémoro-poplitée chronique. Dans le premier, la 
névralgie était accompagnée d’une fièvre intermittente. Depuis trente- 
six heures la malade, âgée de soixante cinq ans, éprouvait une atroce cé- 
phalgie ; une douleur aiguë parcourait sans relâche le trajet des nerfs 
temporaux du côté gauche et lui faisait pousser des cris douloureux. 
Sans s’occuper de la fièvre intermittente, il fut appliqué sur le trajet 
de l’artère temporale, après avoir rasé les cheveux, une compresse de 
toile pliée en huit et de la largeur d’une pièce de dix sous; puis, pre¬ 
nant de l’ammoniaque avec une plume, on la versa goutte à goutte 
sur la compresse, que l’on maintint ainsi imbibée; au bout de douze 
minutes, la compresse fut enlevée ; la peau était rouge et paraissait 
ridée; quelques frottemens avec l’extrémité des doigts suffirent pour 
enlever l’épiderme. Alors un demi - grain d’ace'tate de morphine fut 
appliqué sur le derme dénudé. Au bout d’un quart d’heure la douleur 
était supportable, et demi-heure après la malade se trouvait guérie et 
n’avait pas d’expression assez forte pour témoigner sa reconnaissance. 
Dans la nuit la douleur reparut avec assez d’intensité, mais elle occu¬ 
pait surtout l’oreille; un nouveau vésicatoire et deux tiers de grain 
d’acétate de morphine au-devant du trou auditif en triomphèrent en 
quelques minutes, et cela pour toujours. Ce symptôme ou cet accident 
de la fièvre étant dissipé, celle-ci, d’abord double-tierce, puis tierce, 
fut guérie par Je sulfate de quinine. 

Le malade atteint de névralgie fémoro-poplitée chronique a été guéri 
par l’extrait de Belladone. Un négociant, âgé de quarante ans, gardait 
le lit depuis trois mois, souffrant cruellement plusieurs heures par jour; 
en vain les saignées, les sangsues, les bains, les linimens avaient été 
employés. Un vésicatoire sur la fesse, au point où le nerf sciatique sort 
du bassin , est appliqué, et sur le derme dénudé on fait une friction 
avec six ou huit grains d’une pommade composée de parties égales de 
cérat et d’extrait de belladone; dès ce jour même, les douleurs cessèrent 
dans toute l’étendue du membre. Le soir on recommença la friction, qui 
fut faite aussi le lendemain matin et soir. Le traitement en resta là : le 
malade était guéri. 

M. Trousseau prévoit que l’on trouvera ces cas de guérison extraor¬ 
dinaires par leur rapidité : aussi manifeste-t-il lui-même son étonnement 
dp la promptitude des succès qu’il a obtenus. M. Trousseau est du 



( 8c) ) 

nombre de ces inc'dccins consciencieux aux paroles desquels on ne peut 
refuser sa confiance : aussi appelons-nous l’attention de nos lecteurs sur 
les résultats de sa pratique. Mais nous devons dire que si nous avons 
connaissance de succès obtenus par les moyens qu’il préconisé dans les 
névralgies Je'moro-poplitées , nous avons vu aussi des cas qui ont etc 
rebelles aux narcotiques de toute espèce employés par la méthode en- 
dermique. Nous en avons en ce moment deux exemples sous les yeux. 
Chez les deux malades la névralgie occupe les deux extrémités infé¬ 
rieures : des douleurs horribles et l’impossibilité de tout mouvement, 
voilà leurs caractères. Chez tous les deux l’ace'tate de morphine est 
appliquée à des doses très-fortes, et n’a d’autres résultats que de ealmcr 
les douleur pour dix, douze, quinze ou vingt-quatre heures ; mais cet 
effet est assuré : cinq ou six minutes après que les vésicatoires ont été 
pansés, le calme survient. Un des malades a un vésicatoire au côté 
de chaque pérone'e, et en deux pansemens use de i a à 15 grains par 
jour d’acc'tate de morphine ; l’autre a un vésicatoire au haut de chaque 
cuisse, et n’a besoin encore, pour avoir ses jours et ses nuits tranquilles, 
que de trois grains de ce sel narcotique. L’acétate de morphine n’aurait 
d’autre avantage, comme ici, que de calmer les douleurs d’une manière 
aussi sûre, qu’il serait d’une grande ressource pour la pratique. La mé¬ 
thode endermique n’aurait-elle aussi d’autre bienfait que d’introduire le 
médicament actif dans l’économie, sans agir directement sur l’estomac, 
et par conséquent de conserver l’intégrité des fonctions digestives, chose 
si importante dans les maladies chroniques, qu’on devrait la préférer à 
tout autre mode d’introduction du médicament. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


SUR LE TRAITEMENT DE LA CARIE DENTAIRE ET DE 

l’odontalgie. 

Faire souffrir pour apaiser une douleur, mutiler pour guérif, est 
trop souvent le rôle du chirurgien pour qu’il ne cherche pas sans cesse 
A diminuer le nombre de ses moyens thérapeutiques indispensablement 
cruels, et qu’il applique le plus souvent possible à la curation des ma¬ 
ladies le jucundè , dont les anciens ont fait une loi dans le manuel 
des opérations. Pourquoi dédaignerait-il de faire l’application de ce 
principe aux points les plus minimes de la chirurgie, aux maladies 
tome i. 3’ 1 liv. n 



( 9 ° ) 

des dents par exemple, surtout à leur carie et aux douleurs si cuisantes 
qui l’accompagnent ? L’avulsion des dents est un mal assez grand en 
lui-même pour qu’on en soit moins prodigue. C’est, sans contredit, le 
meilleur moyen de traiter la carie, mais à la honte de la me'decine ; 
car mutiler pour gue'rir peut être une nécessite ', jamais un bien : c’est 
agir en me'decine à peu près comme Lycurgue en économie politique ; 
mais comme aujourd’hui on redresse ( où l’on essaie de redresser ) les 
rachitiques , et que tout au moins on les laisse vivre, espe'rons qu’un 
jour on guérira la carie dentaire sans arracher les dents : c’est bien 
le moins qu’on puisse espe'rcr des lumières d’une socie'te' qui est dans 
le pi’Ogrès. En attendant, et sans avoir la prc'tention de résoudre en¬ 
tièrement le problème, mais dans l’intention de travailler à sa solu¬ 
tion , nous prierons le lecteur de nous permettre de l’entretenir un in¬ 
stant du mal de dents, sujet que la dignité doctorale semble dédaigner, 
et qui, par cela seul peut-être, est devenu presque exclusivement le 
domaine du charlatanisme des foires ou de la médecine de portière. 

Nous ne rappellerons pas ici tous les procédés vantés contre le mal 
de dents ; ils sont par centaines, comme tons les remèdes souverains 
qui guérissent toujours en promesse, et presque jamais en réalité. Nous 
dirons seulement qu’on peut les rapporter à trois groupes principaux : 
i“ ceux qui agissent sur le rameau dentaire lui-même, soit médiale- 
ment, soit immédiatement, en modifiant sa sensibilité sans altérer sa 
texture : tels sont les opiacées de toute espèce; on pourrait y joindre le 
galvanisme et le magnétisme , et certaines impressions morales vives et 
instantanées, celles , par exemple, que fait naître la vue du dentiste 
ou le simple contact du cordon de sa sonnette; a" ceux qui, par une 
irritation nouvelle et plus ou moins forte, développée dans la pulpe den¬ 
taire, la muqueuse buccale ou quelque partie voisine, font tairela dou¬ 
leur primitive, comme les teintures aromatiques, les huiles essentielles, 
la rubéfaction de la peau de la joue, les excitans de toute espèce portés 
dans la bouche ; 3° enfin ceux qui désorganisent et le nerf dentaire et 
la dent elle-même, et font ainsi disparaître l’organe malade, c’est-à- 
dire les caustiques soit liquides, soit solides, et le fer incandescent. 
C’est à ce groupe que peut se joindre le plus héroïque des moyens de 
guérison, l’avtdsion. Négligeant de parler des caïmans dont l’action est 
très-infidèle, des excitans qui, le plus ordinairement, n’agissent que 
temporairement et ne font cesser la douleur qu’en en développant une 
antre ; enfin de l’avulsion qui, tout en produisant une douleur atroce, 
prive sur-le-champ d’un organe important pour la mastication et la pa¬ 
role , nous dirons quelques mots de l’emploi des caustiques, bien pins 
sûrs dans leurs effets que le feu lui-même. 



( 9 > ) 

Les caustiques qu’on peut employer sont de deux sortes, solides ou 
liquides. Les premiers , à cause de leur forme même, ne pouvant se 
répandre assez promptement et assez sûrement dans toutes les anfrac¬ 
tuosités de la dent carie'e, paraissent devoir être moins efficaces que 
les caustiques liquides : aussi doit-on pre'fe'rer ceux-ci, excepte' dans le 
cas où un obstacle quelconque interdit leur usage. Parmi les caustiques 
solides, il en est un dont on vient de constater et de publier les effets 
avantageux, c’est l’alun calcine'. M. Kuhn dit que, d’après son ex¬ 
périence , l’alun, réduit en poudre très-fine, non-seulement fait cesser 
la douleur causée par la carie, mais encore arrête la marche de celle-ci. 
Il suffit d’introduire dans la dent malade un ou deux grains de cette 
poudre au moyen d’une plume taillée, et de l’y laisser. A mesure que 
l’alun fond, les douleurs se dissipent. On doit y revenir autant de fois 
que le mal de dent veut reparaître , jusqu’à sa disparition complète, 
qui ne tarde pas à avoir lieu. 

Si un caustique pulvérulent produit ces effets, on doit en attendre de 
plus prompts et de plus certains d’une substance liquide, surtout si 
cette substance a, par ses propriétés chimiques, une action plus grande 
sur les mêmes tissus, et si son emploi est aussi facile; c’est en effet ce 
qui a lieu pour l’acide nitrique. L’exemple suivant le prouve. 

Une dame , qui déjà avait perdu plusieurs dents, ressentait depuis 
quelque temps, par l’effet d’une carie assez avancée d’une grosse mo¬ 
laire, des douleurs très-vives dans la mâchoire, douleurs qui s’éten¬ 
daient à tout le côté correspondant de la figure, avec tous les carac¬ 
tères d’une névralgie du nerf facial. L’arrachement de la dent cariée 
fut proposé; mais l’aversjon insurmontable de la malade pour un tel 
moyen, qui lui promettait cependant la cessation immédiate de douleurs 
devenues intolérables , nous engagea à proposer la cautérisation, qui 
réussit au-delà de nos espérances. Nous touchâmes à plusieurs reprises 
la surface cariée avec de l’acide nitrique concentré : la douleur cessa. 
Une heure et demie ou deux heures après elle revint; mais elle céda 
complètement à une nouvelle cautérisation , et la malade, qui, depuis 
plusieurs jours , ne pouvait goûter de repos, s endormit et se reveilla 
le lendemain toul-à-fait exempte de douleurs. Dans l’espace de six 
mois, trois cautérisations, provoquées par de nouveaux accès, en triom¬ 
phèrent chaque fois très-promptement. Peu de tempsapres la demiere, 
la couronne se détacha spontanément et d’une seule pièce. Depuis 
plus de huit mois , ni l’odontalgie ni la névralgie faciale ne se sont ma¬ 
nifestées , et la racine parfaitement saine peut servir à la mastication. 
Chez un enfant de cinq ans, dont une première molaire cariée était 
Irès-douloureuse , pareil résultat fut obtenu, à l’exception que la chute 



( 9* ) 

de la couronne n’eut pas lieu, mais la carie fut arrêtée. Dans deux au¬ 
tres cas moins remarquables par l’intensité de la douleur et l’éten¬ 
due de la catic, les effets de la cautérisation ont été les mêmes, 
et dans aucun d’eux l’inflammation de la pulpe dentaire, ni les autres 
accidens qu’on redoute dans ce cas , n’ont été produits. Pour que la 
cautérisation soit avantageuse, il faut, d’une part, y revenir aussi sou¬ 
vent q ne la douleur reparaît, employer chaque fois assez d’acide pour 
en bien imprégner la surface malade, et de l’autre éviter d’intéresser 
les parties voisines. Voici comment on doit procéder. 

Quand la dent cariée occupe la mâchoire inférieure , rien n’est en 
général plus facile. La tête étant placée , autant que possible, de telle 
sorte que le fond de sa cavité en soit la partie la plus déclive, on rompt 
à moitié une allumette, à quatre ou cinq lignes d’une de ses extrémités, 
de maniéré que celle-ci forme avec le reste un angle plus ou moins ou¬ 
vert. (Il vaudrait mieux avoir une tige de verre ou de platine également 
courbée, ou un petit pinceau fait avec quelques iilamens d’amianthe 
bien attachés à une allumette. ) On plonge l’extrémité courbée de 
l’instrument dans de l’acide nitrique très-concentré, et on la porte aus¬ 
sitôt dans la cavité de la dent; on l’y appuie légèrement, et après l’y 
avoir laissée quelques secondes , on l’en retire, en évitant de toucher 
les parois de la bouche ou les lèvres. On doit reporter ainsi quatre ou 
cinq fois de suite l’instrument chargé de caustique, et attendre : si la 
douleur revient, on recommence. Bien entendu qu’il faut éviter d’em¬ 
plir la cavité dentaire de caustique au point de le répandre dans la 
bouche. La grosseur de l’instrument, la quantité d’acide à porter cha¬ 
que fois, le nombre et l’intervalle des cautérisations, seront propor¬ 
tionnés à l’étendue, à la position delà carie, à la docilité du malade, etc. 

Quand la carie intéresse une dent de l’arcade supérieure, ce procédé 
est impraticable, parce que l’acide, obéissant aux lois de la pesan¬ 
teur, ne pourrait atteindre lefond delà cavité dentaire , et se répandrait 
dans la bouche. Le procédésuivantcxc'cutéavec un peu d’adresse atteint 
parfaitement le but. On prend un morceau de cire jaune du même vo¬ 
lume que celui de la dent cariée; onle malaxe entre les doigts, et l’on en 
forme une espèce de godet dont la profondeur et l’ouverture sont égales 
à celles de la cavité de la dent malade. On place dans ce godet une pe¬ 
tite boulette d’amianthe hachée, d’un diamètretel qu’ellepuissc pénétrer 
très-facilement dans la dent sans la remplir entièrement. On imbibe 
cette boulette d’acide nitrique, et on la présente ainsi à l’entrée de la 
cavité de la dent. Les bords du godet de cire sont ensuite collés avec 
le doigt tout autour de la dent qu’on a préalablcmentessuyéc. Cela fait, 
on presse de bas en haut sur la cire, soit avec le doigt, soit avec un in- 



( 93 ) 

strument quelconque, si cela paraît plus commode, de manière à forcer 
la boulette d’amianthe à quitter le godet et à pe'ne'trer jusqu’au fond de 
la cavité' dentaire, en ayant soin de ne pas de'coller les bords du godet. 
Après avoir laisse' ainsi le caustique en contact avec la carie, un quart 
d’heure au plus, on recommence de la même manière, si l’on juge que 
la première cautérisation est insuffisante. 

La situation de la carie peut être une cause d’empêchement à la eau. 
te'risation.Quand, par exemple, la carie occupe un des côtes de la dent 
en contact imme'diat avec une dent voisine, on conçoit qu’il est impos¬ 
sible d’y porter le caustique; mais ce cas est rare. Il n’est pas ordinaire 
qu’une carie assez avancée pour produire des douleurs vives soit borne'e 
à ce point; presque toujours elle s’e'tend à l’une des faces libres ; car, 
en general, il est de l’essence de la carie de corroder la dent beaucoup 
plus en largeur qu’en profondeur ; de là le peu de cas où le plomber 
est praticable ou efficace. Quand la circonstance dont nous venons de 
parler se présente, o’est-à-dire quand' là carie intéresse à la fois une 
des faces libres et une de celles correspondantes anx dents voisines, on 
peut pratiquer la cautérisation; mais alors, pour préserver la dent saine, 
il faut la couvrir d’une lame mince de platine pendant l’opération. Il 
est une autre contre-indication à la cautérisation, c’est l’existence d’une 
fluxion : mais cet obstacle n’est que temporaire, et peut-être en éxagè- 
re-l-on l’importance ; neanmoins il est plus sage dans ce cas de s’abste¬ 
nir.Quant à la production de cet accident par la cautérisation elle-même, 
nous ne l’avons pas observée : elle doit être rare quand l’opération est 
bien faite, mais elle est possible. 

La cautérisation des dents cariées avec l’acide nitrique n’est pas un 
moyen nouveau, nous le savons, et n’en revendiquons pas la découverte. 
Beaucoup d’ouvrages en parlent, mais de manière à empêcher d’y 
recourir, soit par le manque de détails sur les moyens de la pratiquer, 
soit par le peu de crédit qu’on lui accorde. N’est-on pas, par exemple, 
détourné de son usage par le passage suivant de l’ouvrage d’un de nos 
chirurgiens les plus renommés à juste titre, mais qui, dans ce cas , 
nous paraît en défaut : « Les caustiques ne paraissent pas jouir, à 
l’égard de la carie des dents, de propriétés semblables à celles que 
ces moyens exercent sur la carie des autres os. La lésion organique 
n’est- pas moins bornée. Il est sans exemple que l’on ait jamais 
frappé de nécrose, par des procédés semblables, la surface cariée , et 
réduit ainsi la maladie aux conditions d’une simple perte de substance, 
La cautérisation peut avoir pour résultat la réduction des parties molles 
que la dent renferme et la cessation des douleurs; mais la carie continue 
de s’étendre et la destruction de la dent se consommera. » C’est à cette 



( 94 ) 

opinion très-répandue qu’il faut attribuer l’indifférence des dentistes 
pour l’emploi de ce procédé curatif, et aussi à la manière peu métho¬ 
dique avec laquelle on le met en pratique. C’est donc pour faire cesser 
les préventions des praticiens à son égard, et les engager à expérimen¬ 
ter sur ce point de thérapeutique, qui n’est pas si indifférent qu’il le 
paraît, que nous leur avons soumis nos idées et le résultat de notre ex¬ 
périence. A. T. 


MALADIES DE LA PEAU. 


DIÎS PURGATIFS. 

Dans un précédent article, j’ai signalé les purgatifs comme occupam 
une place importante dans la thérapeutique des maladies de la peau. En 
effet, ils constituent une des médications auxquelles on a le plus sou¬ 
vent recours, soit qu’on les administre comme devant préparer à un 
mouvement plus ou moins énergique, soit qu’ils viennent aider l’emploi 
d’autres moyens, soit enfin qu’ils forment à eux seuls la base du trai¬ 
tement. 

Avant de les envisager sous ces différens points de vue, il n’est peut- 
être pas inutile de les examiner un instant d’une manière générale. 

Les purgatifs, dont on a peut-être abusé autrefois, mais aussi, en 
revanche, dont on est de nos jours devenu très-avare, peuvent être 
employés le plus ordinairement sans la moindre crainte ; et même on 
peut revenir à plusieurs reprises sur leur usage, sans qu’il en résulte 
le plus léger accident. Appliqués convenablement, ils sont ordinaire¬ 
ment des plus efficaces , et il ne faut pas craindre d’insister sur leur 
emploi. Il est évident que ce que je dis ici s’applique plus spécialement 
aux maladies cutanées. Il semble en effet que l’état pathologique de la 
peau soit une espèce de sauve-garde contre l’inflammation gastro-intes¬ 
tinale que l’on pourrait redouter. J’ai vu bien des fois, à l’hôpital St.- 
Louis, dans les salles de M, Biett, des malades soumis pendant des 
mois entiers aux laxatifs , et d’autres faisant usage à diverses reprises 
de purgatifs fort énergiques, et à doses assez élevées, sans qu’il en ré¬ 
sultât jamais d’accidens fâcheux. Il est inutile d’ajouter, je pense, ce 
précepte qu’on retrouve consigné avec une exactitude remarquable dans 
tous les ouvrages à l’article traitement, c’est-à-dire que l’usage des 
purgatifs est contre-indiqué quand il y a la moindre trace d’irritation 




( 95 ) 

gastro-intestinale. Il est évident que nous supposons les voies digestives 
dans un état sain : le contraire devra toujours former un cas d’excep¬ 
tion. Mais ce qu’il importe beaucoup de faire remarquer, c’est le soin 
avec lequel les praticiens, avant d’avoir recours aux purgatifs,doivent 
avoir égard à l’individu lui-même, à l’état d’acuité, à la période, 
quelquefois même à la nature de la maladie. 

Ainsi cette médication ne saurait être employée en général chez les 
personnes naturellement irritables, nerveuses , habituellement maigres, 
d’un faible appétit, à peau fine, sensible et délicate, ou au moins il ne 
faut se permettre le plus souvent que de légers laxatifs. 

Les purgatifs conviennent au contraire très-bien chez ces individus 
forts, mais mous, indolens, sans activité, tout à la fois sanguins et 
lymphatiques, chez lesquels la sensibilité est peu développée, etc. C’est 
surtout chez eux que l’on peut s’adresser avec confiance aux purgatifs 
énergiques. Ils conviennent encore très-bien les plus ordinairement aux 
vieillards. 

En général, quand une éruption est accompagnée d’un léger mou¬ 
vement fébrile, de quelques symptômes de chaleur à la peau, ou même 
d’un appareil inflammatoire local un peu prononcé, ce n’est pas le cas 
de la méthode purgative : elle est, au contraire, des plus avantageuses 
quand la période d’acuité est passée, ou même au déclin. Administrez 
plutôt les purgatifs en stimulant la muqueuse intestinale, réagissant 
d’une manière évidente sur les points de la peau qui sont affectés, et 
l’inflammation marche souvent alors avec une rapidité et une intensité 
nouvelles. 

Enfin il est certaines maladies de l’enveloppe tégumentaire dans les¬ 
quelles l’expérience a prouvé que les purgatifs étaient inutiles et quel¬ 
quefois même dangereux. Je signalerai parmi elles la plupart des exan¬ 
thèmes , quelques formes de Y acné, le pemphigus, V élépliantiasis 
des Grecs, etc., etc. 

J’ai dit plus haut que souvent, dans le traitement des maladies de 
la peau, les purgatifs étaient administrés comme devant précéder un 
médicament plus énergique : il est en effet très-utile de débuter par ce 
moyen préparatoire, surtout dans les formes sèches et les affections chro¬ 
niques , et principalement quand le traitement doit être long. Ici leur 
effet est tout simplement de débarrasser les voies digestives pour les 
rendre plus aptes à l’impression des me'dicamens auxquels on se pro 
pose d’avoir recours. Dans ce cas on emploie le plus ordinairement 
quelques purgatifs salins; l’eau de Sedlitz, par exemple. 

Les purgatifs sont aussi quelquefois de puissans auxiliaires , surtout 
à certaine période de telle ou telle éruption, et quand il s’agit de s’a- 



( gü ) 

dresser principalement aux produits de l’inflammation. Ainsi dans l’ec- 
zema (dartre squammeuse humide de M. Alibert ),quand les vésicules 
se sont déchirées, quand la sérosité qu’elles contenaient, se desséchant, 
a formé de légères squammes qui tombent et se renouvellent sans cesse, 
reproduites qu’elles sont par une exhalaison continuelle des surfaces 
malades; ainsi dans Y impétigo (dartre crustacée de M. Alibert), quand 
les pustules se sont ouvertes pour laisser échapper une matière puru¬ 
lente qui, en se coagulant, a formé des croûtes jaunes, épaisses, qui 
se détachent pour laisser apercevoir des surfaces rouges, enflammées , 
qui ne tardent pas à être recouvertes d’une croûte nouvelle, etc., etc. 

Autant dans ces circonstances l’emploi prématuré des purgatifs 
peut avoir d’incoiivc'niens, autant il a d’avantages alors que l’acuité 
première de l’éruption s’est dissipée. Ici il semble que les purgatifs 
agissent en stimulant la membrane muqueuse des voies digestives, en 
augmentant les sécrétions intestinales aux dépens de cette exhalaison 
des points affectés de la peau. Quoi qu’il en soit, voici les phénomènes 
que l’on observe : peu à peu les croûtes ou les squammes se reforment 
plus lentement et moins épaisses ; elles adhèrent moins fortement et 
tombent plus tôt; les surfaces qu’elles laissent à nu, en se détachant, 
sont moins humides, moins rouges; peu à peu elles se rétrécissent; 
bientôt il n’y a plus de produits de l’inflammation , il ne reste plus 
qu’une rougeur qui ne tarde pas à se dissiper, ou quelques petites par¬ 
celles d’épiderme, sèches (comme des molécules de son), à peine fixées 
sur une peau sèche aussi, pâle et comme flétrie. 

Les mcdicaincns que l’on peut employer alors sont nombreux ; quel¬ 
quefois on se borne à quelques laxatifs, à des purgatifs légers, suivant 
que l’on veut en continuer l’usage pendant quelque temps, ou y reve¬ 
nir à plusieurs reprises. C’est ainsi que l’on administre souvent le sul¬ 
fate de soude ou de magnésie à la dose de deux gros ou demi-once 
dans une pinte d’une infusion émolliente, ou d’une décoction amère 
continuée plus ou moins long-temps, ou bien que l’on a recours à 
l’huile de ricin, à quelques pilules de calomel et de jalap, etc., etc. 

Mais il est des cas où les purgatifs constituent à eux seuls la base du 
traitement. Cette méthode, dite de Hamilton, est surtout très-utile 
dans les formes sèches , dans la lèpre vulgaire (dartre furfuracéear¬ 
rondie de M. Alibert) ; dans les diverses espèces de psoriasis (dartre 
squammeuse lichénoïde de M. Alibert), etc., etc. 

Elle offre d’ailleurs d’autant plus de chances de succès que l’érup¬ 
tion est moins avancée, que le malade en a déjà été atteint moins 
souvent. 

Elle consiste principalement dans l’administration de-laxatifs, ou 



( 97 ) 

meme quelquefois de purgatifs énergiques, mais fractionnés par petites 
doses et long-temps continués , un mois ou deux par exemple, et même 
plus, en ayant soin toutefois d’interrompre par intervalles le traitement 
pour le reprendre ensuite, après avoir laissé reposer le malade quatre, 
six ou huit jours, plus ou moins. 

Les effets immédiats de ce traitement sont peu marqués. Le malade a 
quelquefois, les premiers jours seulement, une diarrhée très-légère; 
mais, dans la plupart des cas, les fonctions digestives rentrent promp¬ 
tement dans l’état normal ; et l’on croirait presque non-seulement à l’in¬ 
nocuité , mais encore à l’inutilité des moyens employés, si au bout de 
quelque temps on ne remarquait dans l’éruption des changemens appré¬ 
ciables. En effet, bientôt les squammes deviennent moins adhérentes, 
plus petites ; les cercles de la lèpre se brisent, les élévations du pso¬ 
riasis s’affaissent; peu à peu la rougeur disparaît, les plaques revien¬ 
nent au niveau de la peau, et il ne reste qu’une légère empreinte qui 
ne tarde pas elle-même à s’effacer. 

J’ai vu, dans les salles de M. Biett, de nombreux exemples de ces 
guérisons remarquables par leur promptitude. 

» Ici encore on peut avoir recours aux sels purgatifs administrés dans 
une pinte de tisane; mais en général il faut s’adresser à des médicamens 
plus énergiques; on emploie de préférence l’aloès, la résine de jalap, 
la gomme gutte, etc., sous forme pilulaire ; mais le moyen qui semble 
réussir le mieux et le plus constamment, c’est le calomel. On en fait 
prendre au malade quatre grains tous les matins à jeun, incorporés 
dans des pilules, ou mieux délayés dans une cuillerée de tisane. On 
peut continuer ainsi pendant long-temps, sans crainte d’accidcns, en 
ayant soin toutefois de s’arrêter à différons intervalles. J’ai bien vu 
quelquefois survenir de la salivation, mais ces cas sont excessivement 
rares; d’ailleurs il est impossible de désigner à priori s’il faut em¬ 
ployer tel médicament plutôt que tel autre ; mais je dois dire que le 
calomel est celui qui a paru le plus facile à manier, et même dont 
l’administration a été le plus souvent suivie de succès. 

C’est souvent le seul médicament que l’on puisse employer chez les 
enfans, chez lesquels il est à la fois et très-efficace et très-facile à frac¬ 
tionner en doses relatives à leur âge. Dans ce dernier cas on peut mé¬ 
langer quelques grains de calomel dans une quantité donnée de sucre en 
poudre, et diviser le tout en prises qui peuvent ne contenir qu’une très- 
petite quantité de proto-chlorure de mercure. A. C. 



VACCINE. 


Y A-T-IL PLUSIEURS QUALITÉS DE VACCIN? 

Dans le monde, on croit généralement qu’il y a un grand choix à faire 
dans le vaccin, parce qu’on est persuadé qu’il en est de plusieurs qua¬ 
lités : aussi chacun demande-t-il du meilleur. Rien n’égale la sollicitude 
des mères à cet égard ; elles ne tarissent pas de questions sur la santé 
non-seulement de l’enfant qui fournit le vaccin, mais sur la santé de ses 
parens et de ses grands-parens; elles voudraient pouvoir remonter jus¬ 
qu’à leurs bisaïeuls. Et pourquoi tout cela ? Je n’en connais qu’une 
seule raison, c’est l’idée où l’on est que le vaccin varie d’un sujet à 
l’autre, et qu’il suit dans sa constitution toutes les variations bonnes ou 
mauvaises des vaccinés, de telle sorte que chacun communique au vac¬ 
cin quelque chose de son tempérament. S’il est scrophuleux, il fournit 
un vaccin scrophuleux ; s’il est dartreux, rachitique, scorbutique, etc., 
le vaccin se ressent nécessairement de ces fâcheuses prédispositions ; 
enfin chacun donne le vaccin comme il le fait, et chacun le lait avec 
son tempérament. 

J’ai connu des mcres en qui cette idée éta'it si fortement enracinée, 
qu’elles auraient mieux aimé exposer leurs enfans à toutes les chances 
d’une variole imminente, plutôt que de leur faire courir celles d’ïm vac¬ 
cin malsain. 

Les raisons sur lesquelles se fonde l’identité du vaccin sont nom¬ 
breuses et de plus d’une espèce. Premièrement, de toutes les causes des 
maladies, les virus sont, avec les poisons, celles qui éprouvent le 
moins de variations dans leurs effets. Comment en éprouveraient-ils 
dans leur nature? Telle est la puissance dont ils sont doués qu’ils 
triomphent de toutes les différences des organisations , et qu’ils les af¬ 
fectent toutes ou presque toutes de la même manière, à peu de chose 
près. Cela est vrai du virus varioleux, de celui de la rage, de la rou¬ 
geole, et surtout du virus vaccin. 

De cette puissance d’action découle l’unité , la spécificité de leur na¬ 
ture. Mêlez ensemble deux virus, et j’ai fait, après d’autres, l’expé¬ 
rience pour le virus varioleux et le virus vaccin, croyez-vous qu’ils se 
combineront, qu’ils se modifieront, qu’ils se neutraliseront? Point du 
tout : chaque virus se dégage lui-même de ce mélange et se développe à 
son tour avec l’allure qui lui est propre, c’est-à-dire en suivant dans 
son développement les lois qu’il a coutume de suivre. Or s’ils ne peu¬ 
vent rien les uns sur les autres, malgré toute leur énergie, comment 



( 99 ) 

veut-on qu’il se laissent changer, alte'rer, dénaturer, par des causes 
le plus souvent insignifiantes? 

Mais, dira-t-on , ce ne sontlà que des présomptions : d’accord; mais 
voici qui est plus positif et plus direct. 

Il est peu d’épidémies de varioles où l’on n’ait occasion de voir réu¬ 
nies sur le même sujet la vaccine et la petite-vérole, et cela parce qu’on 
a pratiqué la première lorsque la seconde avait déjà frappé sa victime. 
Or si ces deux éruptions étaient susceptibles de réagir l’une sur l’autre 
et de s’influencer, il est à croire qu’elles se ressentiraient en quelque 
chose et de quelque manière de cette rencontre; cependant vous pouvez 
les examiner avec toute l’attention dont vous êtes capable, vous ne dé¬ 
couvrirez rien qui dénote entre elles la moindre influence ni dans les 
symptômes, ni dans la marche, ni dans la durée. Et si vous voulez 
pousser plus loin l’expérience, et que vous preniez ces deuxvirus pour 
les transporter sur d’autres enfans, je vous garantis d’avance que cha¬ 
cun des deux se reproduira comme s’il n’avait eu avec l’autre aucun 
rapport de voisinage, aucune communauté d’origine. M. Leroux a vu un 
bouton vaccin comme implanté au centre d’un bouton varioleux ; il ino¬ 
cula les deux virus : le virus vaccin donna la vaccine avec toutes ses 
prérogatives ; le virus varioleux communiqua la petite-ve'rolc avec tous 
ses dangers. 

Secondement, on a pris souvent par ignorance , et quelquefois 
à dessein , du vaccin sur des enfans actuellement atteints du syphilis^ 
Qu’est-il arrive'? le vaccin s’est toujours reproduit dans toute 8a 
pureté, et sans causer aucun accident qui pût faire soupçonner la sdiitcé*' 
impure où l’on avait puisé. 'e*- f 

Troisièmement, on a recueilli du vaccin sur des enfans galeiiÿ^ et 
jamais la gale ne s’est mêlée au résultat de l’inoculation. 

Quatrièmement, on a tiré du vaccin de plus d’un dartreux, et pour¬ 
tant je ne sache pas que, dans aucun cas, la vaccine ait porté le germe 
des dartres avec lui. 

Il nous serait facile de multiplier les faits de cette espèce, car ils 
sont en si grand nombre qu’il n’est pas de rapport soit de l’ancien co¬ 
mité, soit de l’Académie, qui n’en contienne plusieurs; mais c’est pour 
cela même qu’il nous est prescrit d’en user avec réserve. Nous croyons 
avoir montré assez de déférence pour ceux qui tiennent encore au pré¬ 
jugé que nous combattons, en choisissant les cas qui leur paraissent les 
plus suspects et par conséquent les plus favorables à leur opinion. 
Nous avons pris tous nos exemples, hors un, parmi les maladies con¬ 
tagieuses , parce qu’il est sensible pour tout le monde que si le vaccin 



IOO ) 

ne transmet pas avec lui ces maladies , à plus forte raisou ne transmet - 
tra-t-il pas celles qui sont d’une communication plus difficile. 

Qu’on se persuade donc bien que de la même manière que le virus 
de la rage ne peut donner que la rage, le virus de la syphilis la syphi¬ 
lis, etc., de même aussi le virus vaccin ne saurait communiquer que la 
vaccine, la vaccine toute seule, sans complication, sans me'lange d’au¬ 
cune espece, ni'bon ni mauvais. 

Si j’insiste sur cette vérité', j’en demande pardon aux médecins, je 
sais qu’elle n’a pas de contradicteurs parmi eux; mais je voudrais faire 
passer leur conviction dans l’esprit des parens, et j’ose à peine m’en 
flatter. La tendresse même qu’ils ont pour leurs enfans les rend plus, 
difficiles à persuader. 

Et nous-mêmes , qui nous montrons si sévères, n’accorderons-nous^ 
rien à la faiblesse humaine? Nous avons dû nous élever contre un pré¬ 
jugé funeste et défendre les droits de la’science; mais le stoïcisme n’est 
pas notre philosophie. Après tout, si le vaccin des enfans les plus mal¬ 
sains vaut celui des enfans les mieux portans, celui des derniers vaut 
aussi celui des premiers. Gela suffit pour laisser le choix aux parens 
quand on le peut. Je dis quand on le peut ; car si la variole est mena¬ 
çante , s’il y va de la santé des enfans , et finalement s’d y a danger à 
remettre l’opération, ce serait faiblesse, et faiblesse impardonnable, que 
de mollir ; c’est alors que la fermeté est à sa place. Si jamais l’homme 
~^)ciit parler avec autorité, c’est sans doute quand il trouve dans son sa- 
’ywtr tous les moyens de faire le bien que son cœur lui suggère. B. 

—- 
•x 

'H/- g j CHIMIE ET PHARMACIE. 

- FORMULES NOUVELLES POUR I.A PRÉPARATION DES EAUX 
SULFUREUSES, PAR M. FÉLIX BOUDET. 


La nature a répandu à la surface de la terre des eaux de toute es¬ 
pèce : les unes sont pures, insipides, inactives; les autres, désignées 
sous le nom d’eaux minérales , contiennent divers corps étrangers, des 
gaz, et surtout des sels en quantité assez notable pour agir sur notre éco¬ 
nomie. L’esprit d’analyse qui exerce depuis plusieurs années tant d’in¬ 
fluence sur la préparation des me'dicamens, qu’il a en quelque sorte 
renouvelé la pharmacie, a porté son investigation sévère sur les eaux 
minérales, et à fait connaître tous les matériaux qui en font partie, de 
sorte qu’en associant entre eux les principes qui constituent la vertu 



( 101 ) 

des eaux minérales naturelles, l’on peut aujourd’hui composer des eaiïx 
minérales artificielles qui suppléent jusqu’à un certain point les pre¬ 
mières ; car c’est une erreur de prétendre que l’art peut reproduire en 
toute identité et avec toute leur efficacité les eaux minérales naturelles. Ce 
n’est pas là le problème que les chimistes doivent se proposer de résoudre 
dans la fabrication des eaux minérales : leur but est de fournir aux mé¬ 
decins des agens efficaces pour combattre les maladies. Qu’ils s’at¬ 
tachent donc seulement à reconnaître les principes actifs des eaux mi¬ 
nérales et à les introduire dans leurs préparations sans s’inquiéter des 
insignifians accessoires qui les accompagnent; qu’ils reproduisent tout ce 
qu’elles présentent d’efficace sans rechercher à imiter autre chose que 
leur efficacité; et s’ils re'usissent cn.ce point, ils fourniront à la mé¬ 
decine des moyens de guérison bien plus sûrs, bien plus précis , bien 
plus uniformes que ces eaux naturelles transportées, qui chaque jour 
s’altèrent et varient de nature. Il n’importe donc pas à la fabrication 
des eaux minérales que la chimie ait fait connaître tous les élémens des 
eaux naturelles, mais ceux qui sont efficaces; et la question , réduite à 
ces termes, devient facile à résoudre; car bien que l’analyse chimique 
ne soit pas infaillible lorsqu’on l’envisage sous son point de vue le plus 
général, on peut presque toujours compter sur elle pour découvrir dans 
les eaux minérales, comme dans les végétaux, les principes actifs qu’ils 
renferment. 

Prenons pour exemple les eaux sulfureuses des Pyrénées, dans les¬ 
quelles M. Anglada, professeur de la faculté de médecine de Montpel¬ 
lier, vient de démontrer l’existence de l’hydro-sulfate de soude. Après 
l’analyse et la synthèse qu’il en a exécutées, il est impossible de ne pas 
regarder l’hydro-sulfate alcalin comme le principe esscnticllemenOffi- 
cacc de ces eaux; et dès lors il est évident qu’en préparant les eaux 
factices avec ce sel, on reproduira très-fidèlement les propriétés natu¬ 
relles. 

Voici les formules que M. Félix Boudet propose de substituer à celles 
qui ont été suivies jusqu’à ce jour pour la préparation des principales 
eaux sulfureuses : 

— Eau de Barèges pour boisson. —Pour 20 onces '/, d’eau de Ba- 
règes, le Codex prescrit : if. carbonate de soude, 16 grains; muriatc 
de soude, ’/ 2 grain; eau chargée d’un volume égal au sien d’acide 
hydro sulfurique,'4 onces; eau distillée, 16 onces '/ a . 

Il substitue à l’acide hydro-sulfurique la quantité d’hydre-sulfate 
neutre de soude cristallisé qu’il serait capable de former si on le com¬ 
binait avec des proportions convenables de soude et d’eau, et la for¬ 
mule devient la suivante : if hydro-sulfate neutre de soude cristal- 



( 102 ) 

lise (i), 25 grains; carbonate de soude, iG grains; muriate de soude, 
'/a grain; eau distillée, 20 onces •/*. 

Modifiant de la même manière la formule de l’eau de Bonnes, il l’é¬ 
tablit comme il suit : 

_ Eau de Bonnes. — if hydro-sulfate neutre de soude cristallisé, 

25 grains; muriate de soude, 3o grains; sulfate de magnésie, 1 grain, 
eau distillée, 20 onces 'A- 

Dans l’eau hydro-sulfurée pour bains prescrite par le Codes, il rem¬ 
place l’hydro-sulfatc de soude liquide par une quantité d’hydro-sulfate 
de soude qui représente une proportion de soufre égale à celle que con- 
tienfThydro-sulfure. La formule devient : 

— Solution concentrée pour un bain sulfureux. — if hydro-sul¬ 
fate de soude neutre cristallisé., 10 onces 'A; eau q. s. pour le dis¬ 
soudre; solution salino-gélatineuse du Codes, 10 onces. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 

— Érysipèle épidémique dans les hôpitaux. — Il règne, depuis 
un mois environ, dans les hôpitaus de Paris, une constitution érysipéla¬ 
teuse à laquelle presque aucun opéré n’échappe. Dans les salles de chi¬ 
rurgie de la Pitié d’abord, puis à la Charité et à l’Hôtel-Dieu, des 
érysipèles viennent compliquer les opérations même les plus légères; il 
est aussi beaucoup de malades que le bistouri n’a point touchés qui res¬ 
sentent l’influence de la maladie régnante. Le traitement qui compte le 
plus de succès est les frictions mercurielles sur les points envahis ; il est 
employé à la Pitié. Nous le ferons connaître avec détail. 

— Empoisonnement par la belladone. — Tout récemment un 
médecin de l’Hôtel-Dieu prescrit à un enfant d’une quinzaine d’années 
2 grains de belladone, dans un cas de coqueluche. Par une erreur 
commise à la pharmacie, les 2 grains sont transformés en deux gros qui 
sont pris, et l’enfant expire en quelques heures dans un état de narco- 
tisme dont rien ne peut le tirer. Jusqu’à quand aurons-nous à gémir 
sur des accidens aussi déplorables ? Quand mettra-t-on assez de con¬ 
science et d’attention dans les divers services des hôpitaux, pour que 


i i) L’hydro-sulfate de soude neutre cristallisé se compose de : 

Acide hydro-sulfurique.14,4 

Soude..-6,4 

Huit. . . . . 59,2 

100,0 








( «o3 ) 

de semblables malheurs ne se renouvellent plus? Certes ces cas ne sont 
pas à la gloire de la mc'decine ; mais nous devons les faire connaître afin 
que les me'decins exercent une surveillance plus active. Ils ne doivent 
point surtout permettre que les sœurs fassent elles-mêmes aux malades 
la distribution des médicamens qui arrivent de la pharmacie. C’est le 
pharmacien qui a suivi la visite qui, seul, doit présider à cette distri¬ 
bution ; alors nous ne verrons pas , comme cela arrive trop souvent, le 
n° i prendre le vomitif destine' au n° 2, celui-ci avoir la potion opiace'e 
que devait prendre son voisin , etc. ; inconséquences impardonnables et 
qui font, à juste titre, jeter les hauts cris à tous ceux qui en sont les 
témoins. 


VARIÉTÉS. 

— Conseil supérieur de santé. —C’est avec juste raison que dans 
les circonstances graves où nous nous trouvons places, le Gouvernement a 
cru necessaire d’augmenter le nombre des membres du conseil supérieur 
de santé, et de rendre ses travaux plus actifs en formant dans son sein 
une espèce de commission permanente. Mais le ministre, pour arriver 
à un résultat avantageux à la santé publique , devait-il prendre la pres¬ 
que totalité des membres du conseil parmi des banquiers , des magis¬ 
trats? Ce sont des gens éclairés, je le veux; mais ont-ils les connais¬ 
sances spéciales pour donner un avis compétent dans des questions aussi 
difficiles que celles qui peuvent être agitées au sujet de l’épidémie ou 
de la contagion du choléra-morbus ? Nous ne le pensons pas. Pourquoi 
donc mettre en si petite minorité les médecins dans un conseil dont le 
titre seul indique qu’ils devraient y être en majorité ? 

Trois médecins seulement, MM. Bailly, médecin de l’Hôtel-Dicu, 
Ke'raudrcn , médecin en chef de la marine, et Pariset, secrétaire per¬ 
pétuel de l’académie de médecine, faisaient partie de l’ancien conseil. 
M. Dubois, ancien doyen de la faculté de médecine, et M. Marc, méde¬ 
cin du roi, viennent d’y être appelés dans la nouvelle organisation : 
voilà donc cinq médecins dans le conseil supérieur de santé ; et il est 
composé de vingt-deux membres ! 

— Commission médicale de Russie. — La commission envoyée 
par le gouvernement pour étudier le choléra-morbus en Russie, et 
composée de MM. Gaymard, Gérardin et Cloquet, est arrivée le 9 
juillet à Copenhague., venant de Berlin et de Lubeck; elle en est re¬ 
partie le 12 pour Saint-Pétersbourg, en prenant sa route par la Suède 
et la Finlande. Nos médecins sont pleins de zèle et de santé. Leur inten¬ 
tion était de- gagner Saint-Pétersbourg par le bateau à vapeur russe ; 
mais ce bateau venait d’apporter à Copenhague la nouvelle que le cho¬ 
léra régnait dans la capitale de l’empire russe et à Cronslad, et il a été 
obligé de faire quarantaine à Carlescrona. Ce contre-temps retarde 
beaucoup la marche de la commission. 

— Nouvelles du choléra-morbus de Russie. — Le choléra, qui ne 
s’est manifesté à Saint-Pétersbourg qu’il y a un mois et demi, y fait 



( i<4 ) 

maintenant les plus affreux ravages. Depuis le commencement de l’e'pi- 
de'mie jusqu’au G juillet, le nombre total des malades s’est eleve' à 6,22 4, 
et sur ce nombre, 3,012 sont morts. Le i3 juillet, il y a eu dans la 
ville 5G{) malades, 77 ont ete' guéris et 247 sont morts. Le i5 au ma¬ 
tin il restait 2,322 malades, dont 198 offraient beaucoup de chances 
de gue'rison. Le cliole'ra-morbus paraît avoir e'te introduit dans Saint- 
Pe'tersbourg par une personne qui venait de descendre la Neva dans une 
barque ; elle en mourut. La seconde personne qui fut atteinte est un 
homme que ses affaires appelèrent à bord de cette barque, aussitôt après 
son arrivée. La troisième est un soldat qui monta la garde dans cette 
barque, pour empêcher ceux qu’elle contenait de communiquer avec les 
gens de la ville. 

MORTALITÉ DU CHOLÉIl A-MORBUS. 


Pendant l’irruption du choléra-morbus dans les provinces de l'empire Russe 
en 1830 , la mortalité, comparée au nombre des malades, a été ainsi qu’il suit 
Jours. Malades. Morts. Proportion. 

Tiflis.En 02 2,222 1,575 3 sur 5 

Astrakhan. 28 5,912 4,043 2 3 

Piijni Piovigorod. 04 1,879 982 1 2 

Village de Pavloro. 33 40(i 233 1 2 


Woroncsc. 

Txver. 

Kasair. 

Jaroslaff. 

Rybinsk. 

Wologda. 

Cosaques du Sou . . . 
Kharkoff. 

Orenbourg. 

Tartares Nogais. 

Cosaques de l’Oural.. 

Nkhokieff.' 

Odessa. 

Moscou. 


33 2,050 1,334 13 


600 

60 

10 


200 

39 


. _60 8,130 4,585 J_2 

Totaux. 1071 54,557 31,230 5 sur 5 

Cette mortalité s’étend jusqu’au 15 novembre seulement; c’est le chiffre donné 
par M. de Loder. 

Ce tableau est extrait d’un article que M. Moreau de Jonnès a inséré dans le 
dernier numéro de la Revue Encyclopédique. Lorsque les ravages de la mala¬ 
die sont aussi effrayans dans un pays où la population de la plupart des provin¬ 
ces est maigre et disséminée à tel point qu’on ne compte que 70 personnes par 
lieue carrée dans les gouvernemens de Yologda, Ferme et Saratof ; que 50 seu¬ 
lement dans celui d’Orembourg, 8 dans les provinces d’Astrakan et du Caucase, 
que serait-ce dans le midi de l'Europe, où chaque lieue carrée contient de 200 
à 300 habitans? 




THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


CONSIDÉRATIONS SUR l’iMPORTANCE ET l’ÉTAT ACTUEL DE LA 
THÉRAPEUTIQUE. 

4 C ET DERNIER ARTICLE. 

Voulez-vous connaître la pâleur d’un médicament nouveau qu’on 
préconisé avec ardeur ? attendez qu’un remède egalement nouveau ou 
juge'tel soit vanté pour la même maladie. Vous verrez avec quel em¬ 
pressement, quelle certitude, avec quel nombre de faits surtout on 
vous démontrera le peu de succès du premier. Rien de plus probable 
que le même sort est réservé au dernier, et ainsi de suite. Il en est des 
médicamens comme de certains personnages qui brillent et jouent une 
espèce de rôle; dans la faveur, on en dit trop de bien , et trop de niai 
dans la disgrâce. De là résultent deux choses également fatales à la thé¬ 
rapeutique , c’est que des médicamens dangereux où inefficaces usur¬ 
pent une réputation non méritée, et de l’autre part, que de bons médi¬ 
camens tombent dans un injuste oubli. Cela est si vrai que, depuis un 
certain temps, quelques remèdes Vantés jadis par nos devanciers ont 
etc' exhumés, employés, remis en faveur, au grand avantage de l’art 
et de l’humanité. Tels sont entre autres la térébenthine pour les sciati¬ 
ques, l’écorce d’armoise dans l’e'pilepsie, celle de la racine de grenadier 
contre le tamia, du houx dans les fièvres intermittentes, du polytric 
dans l’aménorrhée, etc. Quanta moi, je puis certifier que j’emploie 
avec un succès incontestable l’acétate d’ammoniaque dans la seconde pé¬ 
riode des affections typhoïdes.Or ce médicament jouissait, il y a vingt- 
cinq ans, d’une considération très-me'ritée parmi les praticiens ; mais le 
fracas de la doctrine de l’irritation l’avait fait perdre de vue : les éter¬ 
nelles sanguisugies suppléaient à tout. 

Mais d’où peut provenir cet injuste oubli, ou cette richesse sté¬ 
rile? Nous l’avons dit, de l’ignorance, de la routine, du charlata¬ 
nisme , et bien plus encore de l’observation superficielle de la plupart 
des médecins. On essaie un remède, on l’emploie, on le vante, puis 
on s’en dégoûte, on le rejette, presque toujours d’après ce qu’on en 
dit, rarement d’après une observation constante et positive de ses ef¬ 
fets. La renommée est coutumière de mensonges et toujours d’exagé¬ 
ration; ne nous en rapportons donc pas à elle. De nos jours il faut que 
la thérapeutique fasse des progrès réels et non fictifs. La docimasie mé¬ 
dicale, comme celle des arts, doit être faite avec soin. Les essais re'pé- 
TOME I. 4' LIV. 8 



( io6 ) 

tes et varies, l’exactitude extrême, les soins minutieux, n’y sont pas de 
trop. Je le demande, est-ce ainsi qu’on a procède' en general? Excep- 
tons-en toutefois le sulfate de quinine ; aussi est-il peu de médicamcns 
plus connus, plus employés et mieux jugés. 

Posons d’abord en principe qu’il ne suffit pas de voir, mais qu’il faut 
apprendre à voir. Il faut que les yeux de l’esprit soient aussi clair- 
voyans que ceux du corps ; il faut, en un mot, que les objets soient 
considérés, examinés, analysés avec justesse et bonne foi. 

Il est donc des conditions importantes à remplir si l’on veut déter¬ 
miner aussi rigoureusement que possible l’action d’un médicament sur 
l’écpnomie, établir son efficacité sur l’inébranlable base de l’expérience 
clinique. Je n’entrerai dans aucun détail sur les qualités de l’observa- 
teur ; je n’en signalerai qu’une seule, mais bien importante, c’est que 
son esprit ne soit point offusqué par des idées préconçues, c’est que, 
semblable à ce sectaire enthousiaste, il ne soit pas toujours prêt à dire : 
« Je n’en sais rien, mais je l’affirme. » Comment en effet reconnaître 
la vérité à travers des préjugés de système ou d’école? On a beau faire, 
on inclinera toujours à voir ce que l’on désire trouver, et, conduit par 
ce fil secret, on devient infidèle dans les faits, sophiste dans les rai- 
sonnemens, téméraire dans les conclusions. Comme je l’ai déjà remar¬ 
qué , au lieu d’aller des faits aux principes généraux, on va de ceux- 
ci aux faits pour en tirer des conséquences illégitimes, des inductions 
arbitraires. Les méticulosités d’un puritain broussaisien l’empêcheront 
toujours de connaître la véritable action des toniques et des slimulans ; 
l’idée d’irritation est toujours là qui l’importune et l’obsède. 

Je voudrais aussi que dans les essais d’un remède on n’employât que 
lui seul, autant que possible. Beaucoup de praticiens pèchent en cela. 
Ils saignent, purgent, médicamentent, puis ils emploient concurrem¬ 
ment telle ou telle substance. Il est inutile de dire que l’estimation 
réelle et positive de cette substance ne s’obtiendra jamais ainsi.N’ayant 
pas le moyen de faire le départ des modifications de chaque remède 
employé, comment reconnaître celles qui appartiennent précisément à 
la substance mise à l’essai ? Ce point d’expérimentation clinique est un 
des plus difficiles ; car remarquez que la diète, le repos, l’atmosphère 
du malade, les affections morales, etc., sont aussi des modifications de 
l’économie et des plus énergiques •, or pouvez-vous les écarter ? Non, 
sans doute ; et quel moyen avez-vous d’apprécier avec rigueur leur ac¬ 
tion , de calculer leur influence par comparaison avec le remède que 
vous employez en même temps? Pourtant il faut que tous ces objets 
soieot pesés, mesurés , mis en ligne de compte. Le lecteur voudra bien 
suppléer aux exemples, ils sont innombrables. 



( «o 7 ) 

N’oublions pas de dire que les essais doivent être re'pe'tés sous mille 
formes différentes. Qu’on ne s’en laisse pas imposer par les apparences; 
les journaux de médecine de tous les pays sont remplis de formules 
qu’on dit excellentes pour tel ou tel cas; mais bien souvent le praticien 
qui les emploie se voit trompé dans son espérance. Pourquoi cela? 
C’est qu’une circonstance imprévue, le désir d’être utile , la vanité, 
le hasard, ont guidé le premier observateur; il a cto avec légèreté; 
quelques essais de plus, et il eût découvert son erreur. Le grand Sy¬ 
denham avait raison : Nam sœpenumer'o inefficqx medicamentum 
fortuna nobilitat. Cela est vrai, mais il fallait ajouter que ce succès 
n’est pas de longue durée. Le temps qui toujours va, et l’expérience 
avec lui, ont bientôt fait justice de ce favori de la fortune. Je le 
répète, des essais multipliés, variés, sont donc de la plus haute 
importance pour constater l’efficacité d’un médicament, et pour 
qu’on y ait foi. Il y a trente ans qu’on connaît la vaccine, des mil¬ 
liards de faits ont prouvé ce quelle peut contre la variole ; eh bien ! 
beaucoup de personnes encore ne croient point à sa puissance pré- 
servative ; i| est même des médecins qui élèvent des doutes, sinon 
sur cette puissance, au moins sur sa durée. Des essais répétés, faits 
avec patience et sagacité, sont d’ailleurs la seule voie possible pour 
donner à un médicament une précision telle, que tout praticien puisse 
y recourir avec espoir et conviction. Quand l’expérience n’a pas mis 
définitivement son cachet à l’emploi d’un remède, alors vient l’expres¬ 
sion banale, qu’on a cru remarquer de bons effets : phrase officieuse, 
mais insignifiante, toujours à l’usage des observateurs superficiels 
ignorans et vaniteux. 

J’ai déjà remarqué que toutes les expériences faites sur les animaux 
n’ont qu’une utilité très-relative pour la pathologie humaine, d’expé¬ 
rience purement clinique , voilà encore une des conditions du progrès 
de la thérapeutique. Tant que l’action d’une substance médicamenteuse 
n’a été observée que sur les animaux, elle reste dans la mesure des 
plus faibles probabilités. Certains poisons démontrent la vérité de cette 
assertion. Nous avons même posé en principe que l’action d’un médi¬ 
cament sur l’homme sain ne donne aucune garantie de son action sur 
l’homme malade. Certainement la mercurialisation et la stibiation , 
pour nous servir des expressions du professeur Delpech, présentent des 
phénomènes bien autrement nombreux et variés dans l’état de maladie 
que dans l’état sain. 

Les systématiques se sont élevés avec force contre les spécifiques; ils 
avaient leurs raisons pour en agir ainsi. Quant aux praticiens simples 
et de bonne foi, tous avoueront que,sans trop se bercer de chimères, 

8 . 



( io8 ) 

l’empirisme raisonne' est la véritable et souvent l’unique source de la 
thérapeutique. En effet, qu’est-ce que l’empirisme raisonne'? C’est l'ex¬ 
périence clinique dans toute sa pureté, dans toute sa fidélité ; c’est l’ob¬ 
servation des faits sans verbiage dogmatique ; ce sont des inductions 
claires comme la vérité, simples comme le bons sens, fournies par la 
nature elle-même quand on sait l’observer. Les explications ne prouvent 
bien souvent que les ressources de l’esprit du médecin qui les donne.Sc 
tenir dans la vaporeuse région des comment, des pourquoi, région à 
jamais dévouée au point d’interrogation, fut toujours une manie stérili¬ 
sante pour la thérapeutique. Le célèbre Pringle prétendait que l’empi¬ 
risme était le moyen le plus efficace pour l’avancement de la médecine. 
« Qu’il soit au moins raisonné cet empirisme , » lui dit un de ses con¬ 
frères. — « Le moins qu’il se pourra , répondit Pringle; c’est en raison¬ 
nant que nous avons tout gâté. » Ceci est visiblement exagéré : un em¬ 
pirisme non raisonné ne serait autre chose que de la routine.On pourrait 
bien ainsi répéter ce que les autres ont fait avant nous ; jamais il ne 
serait possible d’augmenter d’un fétu le trésor de la science. Toujours 
est-il que, dans la grande majorité des cas, l’empirisme raisonné, au¬ 
trement dit l’expérience clinique , pure, simple, évidente, est le moyen 
le plus assuré de hâter les progrès de la thérapeutique. Dans ces der¬ 
niers temps on est tombé dans les explications hypothétiques, dans les 
rapports de lésions organiques avec l’action des me'dicamens ; on s’est 
beaucoup occupé de localiser les affections pathologiques. Qu’y a-t-on 
gagné pour la thérapeutique? Assurément peu de chose, bien que ces 
recherches ne soient pas sans utilité. 

Une secte turbulente, ayant l’esprit frondeur et tracassierde notre 
époque, prit pour devise : Qu’est Vobservation si l’on ignore le siège 
du mal ? Ombre illustre de Bichat, n’en soyez point indignée , mais 
celte assertion est complètement fausse. L’observation clinique, empi¬ 
rique si l’on veut, est beaucoup; elle est même notre seule ressource 
dans presque toutes les maladies. Savons-nous le siège des fièvres in¬ 
termittentes simples ou pernicieuses ? savons-nous quel est précisément 
l’organe malade dans l’hystérie, la danse de Saint-Guy, l’hydrophobie 
et une foule d’autres ? Cependant, si nous possédons quelques moyens 
de les combattre , c’est à l’observation empirique que nous le devons. 
La découverte de la vaccine, le plus beau fait médical peut-être du dix- 
neuvième siècle , n’a été appuyée que sur cette manière d’observer et de 
conclure. Certes il nous dirait du nouveau le savant qui nous appren¬ 
drait où est le siège de la variole non développée, de la vaccine, et 
ce qui se passe précisément dans l’action neutralisante de celle-ci sur la 
première. 




( log ) 

Nos devanciers ne se perdaient pas tant que nous en vaines explica¬ 
tions, bien que nous affirmions le contraire. Ils inventaient, ils cher- 
cliaient des remèdes , et ils en trouvaient.. Ils observaient, et nous 
profitons de leurs ide'es sans l’avouer, sans leur en savoir gre'. Nous ne 
répétons souvent que ce qu’ils ont dit. Le principe générateur du pliy- 
siologisme est qu’on doit regarder l’irritation comme la source des phé¬ 
nomènes morbides ; mais, bien avant l’ère de cette doctrine, Pouteau 
( œuvres posthumes ) avait dit « que toute altération provient d’irrita¬ 
tion. » On a également avancé que les sangsues agissaient et par l’évacua¬ 
tion du sang et par la douleur des piqûres. Eh bien! lisez Boerhaave, 
Inst, med., art. 1287 : Hirudines, scarificationes , agunt slimu- 
lando et evacuando. Rien de plus évident; on nous a donné du re¬ 
nouvelé pour du neuf : ce n’est pas ainsi que la thérapeutique fera des 
progrès réels. 

Après l’observation purement empirique des effets des médicamens, 
ce qui me paraît devoir le plus hâter ces progrès, c’est la recherche des 
spécifiques d’organes, c’est-à-dire des substances qui ont une action 
pour ainsi dire spéciale sur tel ou tel appareil.Le corps humain est un; 
il y a un effort consensuel et harmonique de toutes les parties ; mais il 
n’en est pas moins vrai que chaque organe a sa sphère d’activité parti¬ 
culière , sa vie , ses e'iémens, ses excitans de prédilection. C’est une 
vérité qucBordeu a mise hors de doute par les plus belles considérations. 
Il résulte de cette disposition de l’économie que beaucoup de substances 
agissent sur des organes, tandis qu’elles n’ont que peu ou point d’action 
sur d’autres. Il y a plus : c’est qu’un même appareil, pris isolément, 
présente des différences de sensibilité dans toutes ses parties. Ainsi on 
a remarqué que la pointe de la langue, que le dos et la base de cet or¬ 
gane , que l’œsophage , l’estomac, les intestins grêles, les gros intestins 
et même le sphincter de l’anus, étaient sensibles à l’action de stimulans 
très-différens. Personne n’ignore les effets de la digitale sur le cœur, 
de la noix vomique sur la moelle épinière, des cantharides sur les voies 
urinaires, du seigle ergoté sur l’appareil urétro-vaginal, de la bella¬ 
done sur l’iris , etc. ; mais il me semble qu’on n’a point encore appro¬ 
fondi comme il doit l’être ce point important de matière médicale ; il 
y a ici une mine précieuse pour la thérapeutique. Les affinités mèdica- 
mento-organiques, étudiées avec plus de soin, de méthode, de persé¬ 
vérance qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, amèneront d’e'tonnans résul- 
tats, j’en ai le pressentiment. Et les sympathies, dira-t-on, les néglige¬ 
rez-vous ? Le médecin thérapeutiste ne néglige rien. Après avoir reconnu 
l’individualité pathologique, il sait que des rapports organiques impor¬ 
tais ont lieu dans l’économie, et il ne les perd jamais de vue. Le quœ 



ex quitus est une partie essentielle de son plan et de sa méthode. En 
effet, guérir une maladie est un problème dont les données sont singù- 
licremènt multipliées. A la connaissancé des médicamens, à la science 
de la maladie, il faut encore joindre la science du malade. Faites entrer 
dans votre équation médico-philosophique le tempérament, l'idiosyn¬ 
crasie , l’àge, là profession, les habitudes, le climat, la saison, la con¬ 
stitution épidémique, le temps même, cet élément si nécessaire au dé¬ 
veloppement complet d’ühe malâdîe. Ajoutez encore le moral de l’in¬ 
dividu , sà manière d’être, de sentit, le diapason de sa Sensibilité. 
Toutésces appréciations, dira-t-on, sont bien difficiles; elles exigent un ef¬ 
frayant effort de jugement pour les combiner avec la justesse convenable. 
Sans douté '; mais qui vous dit qu’on obtient à bon marché des certitudes 
en médecine, et même des probabilités conditionnelles de tout succès? 
Judicium difficile, nous l’avons déjà dit dans le premier article de ces 
Cônsidéràtions. C’est là ce qui caractérise le vrai, le bon, l’utile prati¬ 
cien. Ce n’est ni au feu du génie ni aux éclairs de l’imagination que 
vous reconnaîtrez le médecin digne de ce nom; beaucoup de justesse 
dâns l’esprit, de sagacité dans les vues, de précision dans les idées, en 
voilà les eléiriéns. Et qu’on ne s’iïnagine pas que les données du pro¬ 
blème dont nous venons de parler soient de vulgaires scolarités qu’on 
répète par tradition ; ces données se présentent tous les jours : vienne 
le premier malade, et vous en aurez le vivant tableau sous les yeux. 

Ah ! sans doute il serait plus commode d’avoir, comme tous les sys¬ 
tématiques , un principe général servant de règle et de base pour le 
traitement dé chaque maladie; mais la médecine est loin'de ce degré dé 
perfection : l’expérience clinique le prouve journellement. Ce Newton 
de l’art de guérir est encore à naître. N’allons pas concluré de là néan¬ 
moins que la découverte de ce grand principe, critérium invariable du 
praticien, soit une chimère. Dans les futurs contingens se trouvent les 
plus profonds secrets de la nature, et ils sont immenses. Tout n’est pas 
'découvert dans le corps humain ; un nouveau monde nous attend. La 
navigation a eu le sien par là boussole , la géographie par l’Amérique, 
l’astronomie par lé tëlescOpë et la loi de gravitation, l’art militaire par 
l’invention de la poudré, le transport par la soupente et l’étrier, la mé- 
càuiqüe par la vapeur, là diffusion des lumières par l’imprimerie, les 
sociétés politiques par les gouvernemens représentatifs. Espérons que 
la médecine découvrira un jour le sien. Heureux ceux qui vivront à une 
époque Où seront donnés tant de gloire à notre art et de bienfaits à l’hu¬ 
manité ! Reveillé-Parise. 



C ni ) 


DE LA STRYCHNINE ET DE SON EMPLOI THÉRAPEUTIQUE DANS 
LES PARALYSIES. 

La strychnine, cette substance si promptement déle'tère, est devenue 
dans les mains des me'decins un agent thérapeutique d’une énergique 
efficacité contre des maladies jusque là à peu près incurables. Mais son 
action vénéneuse touche de si près à sa vertu médicatrice, il en faut 
une si petite quantité pour produire les plus terribles effets, que ce 
n’est jamais sans la plus grande réserve qu’elle peut être employée ; 
cependant les succès réels que nous en avons obtenus, et ceux qui ont 
été signalés par des praticiens dignes de foi, ne permettent pas de re¬ 
culer devant son usage toutes les fois que son indication est bien établie 
et son mode d’administration sagement entendu. 

Comme tous les remèdes nouveaux, la strychnine a été essayée dans 
une foule de maladies diverses ; c’est ainsi quelle a été administrée dans 
la dysenterie , dans les affections périodiques et dans les maladies convul¬ 
sives telles que la danse de Saint-Guy {i ) ; mais le cas de guérison de ce 


(1) M. Rollande, docteur-médecin à Château-Renard (Bouches-du-Rhône), 
a entendu l'appel que nous avons fait aux praticiens : il nous communique une 
observation qui doit trouver ici sa place. Voici ce qu’il nous écrit : «Une jeune 
lille de douze ans a été, il y a peu de lemps, confiée à mes soins. A la suite d’une 
frayeur, elle avait été prise, il y avait deux mois, de mouvemens convulsifs irrégu¬ 
liers et continuels des membres supérieurs et inférieurs, du tronc et de la tète ; 
elle présentait au plus haut degré les symptômes de la danse de Saint-Guy , lors¬ 
que je commençai son traitement. Comme sa constitution était assez robuste, que 
depuis huit jours la parole était embarrassée, la déglutition gênée, qu’il y avait 
de l’insomnie et une agitation plus forte, je pratiquai immédiatement une sai¬ 
gnée qui calma tous ces symptômes; mais les njouvemens convulsifs continuè¬ 
rent. Je résolus alors d’employer la strychnine; appuyé de l’autorité de M. Ca- 
zenave, cité dans le formulaire de M. Magendie, je fis préparer des pilules où 
entrait 1/12 de grain de ce médicament. Le premier jour, la malade en prit une; 
le second, deux; j’augmentai ainsi chaque jour de 1/12 de grain. Le quatrième 
jour, la malade se plaignit de douleurs très-vives dans le bras et la jambegauche, 
et je m'aperçus d’un ralentissement notable dans les mouvemens convulsifs. 
Malgré une inflammation des parties sexuelles et des paupières, qui survint le 
sixième jour, je n’en continuai pas moins le médicament. Le onzième jour , les 
mouvemens convulsifs cessèrent entièrement ; mais dès ce moment la locomotion 
fut impossible; la malade ne pouvait pas même se tenir sur son séant; lorsqu’on 
la soutenait assise sur son lit, elle se plaignait d’un engourdissement insuppor¬ 
table dans la tête. La strychnine fut suspendue pendant deux jours, et les en- 
gourdissemens diminuèrent et disparurent; mais en même temps les mouvemens 
convulsifs revinrent, quoique avec moins d’intensité qu’auparavant. Le quator- 





( in» ) 

genre sont rares, et l’on peut dire que cet agent thérapeutique n’a guère 
de résultats Lien positifs que dans les maladies tenant à une débilité 
nerveuse, et notamment dans les paralysies; c’est dans des cas sembla¬ 
bles que nous avons eu très-souvent l’occasion d’éprouver son effica¬ 
cité; c’est aussi de l’emploi de la strychnine dans les paralysies que 
nous allons nous occuper. Commençons par citer quelques faits qui, 
à cause de l’époque peu éloignée où ils ont été observés , sont encore 
présens à notre esprit, avec tous leurs détails : 

I. La femme Gronct, âgée de soixante-deux ans, était paraplégique 
depuis six mois; toute la série des antiphlogistiques généraux et locaux 
avait été épuisée, mais vainement; des moxas larges et profonds étaient 
depuis trois mois entretenus aux lombes, et malgré leur abondante sup¬ 
puration , il n’y avait point de résultat satisfaisant. La strychnine est 
commencée. La malade en prend d’abord matin et soir une pilule de 
Y& de grain, composé d’après la formule suivante : 

if Strychnine bien pure, deux grains. 

Conserve de roses, demi-gros. 

Faites seize pilules bien égales, et argentées, afin d’éviter qu’elles 
ne se collent les unes aux autres. 

L’amélioration se manifesta bientôt; vers la seconde semaine, des 
secousses légères dans les membres dénotèrent l’action du remède dont 
on put graduellement augmenter la dose jusqu’à deux grains et demi par 
jour. Au bout de deux mois, la mobilité et la sensibilité étaient reve¬ 
nues dans les membres; la malade était guérie. Ce fait a été observé 
par nous à l’Hôtcl-Dieu. 

Voici maintenant deux observations prises dans notre pratique : 

II. Dufour, porteur d’eau, âge' de cinquante-six ans, avait, à la suite 


zième jour je repris la strychnine: les mouvemens cessèrent et l'engourdissement 
de la tête reparut ; cependant je ne discontinuai cette fois pas le remède, et il 
n’y eut point d'accident. Le vingt-unième jour, la malade me paraissant guérie , 
je cessai entièrement la strychnine : j’étais arrivé jusqu’à i grain t/2 en une seule 
prise. Quelques légers mouvemens ayant reparu , une douzaine de bains irais à 
t S» les ont fait disparaître , et au moment où je vous écris (18 juillet) , la petite 
malade sort de mon cabinet; elle marche parfaitement et n’a plus le moindre 
mouvement convulsif, n 

Cette observation sera Inc avec intérêt, les effets de la strychnine dans la cho¬ 
rée n’étant pas encore suffisamment connus. Elle encouragera les praticiens qui 
voudront avec prudence tenter de semblables essais dans une maladie affreuse et 
si souvent rebelle à tout moyen de traitement. 

(Vote du Rédacteur.) 



( i«3 ) 

d’un violent effort, éprouvé' de vives douleurs dans la région des lombes, 
et bientôt il avait été atteint de pàraplc'gie. Nous le soumîmes d’abord à 
un traitement antiphlogistique local, et nous eûmes quelque temps un 
grand espoir de succès ; car, sous son influence, l’e'tat du malade s’e'tait 
considérablement ame'liore'. Cependant quarante jours s’e'taient déjà 
écoulés depuis l’accident, et la paraglégie persistait toujours; tout an¬ 
nonçait même que le mal allait rester stationnaire; c’est dans cette con¬ 
joncture que nous eûmes recours à la strychnine. Des pilules d’un dou¬ 
zième de grain furent données matin et soir, et nous élevâmes rapide¬ 
ment la dose du médicament jusqu’à ce que le malade en prît demi- 
grain par jour. Aucun accident autre que quelques contractions des 
membres n’eut lieu, et la paraplégie diminua avec une telle prompti¬ 
tude que le vingtième jour du traitement la guérison était assez complète 
pour que l’on cessât l’administration de la strychnine. Le malade en 
tout avait pris six grains du médicament. 

III. Une jeune femme de vingt-neuf ans, après une péritonite, suite 
de couches laborieuses, fut atteinte d’une inertie avec pesanteur des 
membres pelviens. Cet état provenant, à notre avis , de l’abondance des 
émissions sanguines que nous avions été forcé de lui faire , pour nous 
rendre maître des accidens, nous nous abstînmes de rien faire pour cela. 
Cependant la convalescence avançait toujours, sans qu’il y eût aucun 
amendement sensible du côté des extrémités inférieures ; nous pratiqu⬠
mes alors des frictions avec la teinture de strychnine le long de la colonne 
lombaire. Cinq à six jours après le commencement de cette médication, 
dans laquellenous usions unedemi-once deteinture par jour, les extré¬ 
mités avaient repris leur action cfccoutumée, et aucun accident n’avait 
dérangé les progrès Hu rétablissement général. 

Voilà incontestablement trois maladies dont la guérison doit être at¬ 
tribuée à la strychnine ; le premier surtout était, selon nous, incurable 
sans son secours. Nous nous bornons à rapporter ces faits; nous les 
multiplierons davantage , surtout en rassemblant tous ceux qui sont 
épars dans les journaux de médecine. 

L’extrait alcoolique de noix vomique, dont la strychnine est le prin¬ 
cipe actif, a aussi triomphé de paraplégies et d’hémiplégies récentes et 
anciennes entre les mains de M. Fouquier, qui a le premier introduit 
cet agent dans la thérapeutique. Il a été ensuite employé avec le même 
avantage par MM. Audouart, Finot, Lescure , Rose, Lafaye, Nilo , 
Chauffart et Rion, etc. Quoique ces médecins aient principalement pu¬ 
blié des guérisons d’hémiplégie , nous sommes porté à croire que la 
strychnine et l’extrait de noix vomique n’ont jamais plus d’efficacité que 



( n4 ) 

dans les cas de paraplégie qui ne tiennent pas à une lésion organique 
de la moelle épinière. 

Avant d’employer la strychnine pure, on peut essayer la noix vo¬ 
mique. Cette semence s’administre, 1° en poudre, à la dose de 4grains 
d’abord, que l’on peut porter jusqu’à i5 ; (l’on peut se servir de la 
formule suivante : iç noix vomique, 4 grains ; gomme arabique et sucre 
blanc, de chaque i a grains ; f. trois paquets à prendre daus le jour) ; a" 
en extrait aqueux ; 3° en extrait alcoolique. Cette dernière préparation 
est la plus usitée à cause de sa plus facile conservation. Cet extrait se 
donne en pilules d’un grain qu’on répète deux fois par jour , et qu’on 
augmente progressivement jusqu’à ce qu’on ait obtenu l’e£fet désiré. 
Chez quelques personnes on l’a élevée jusqu’à 24 et 3o grains pour avoir 
des secousses tétaniques ; mais quatre ou six grains suffisent le plus sou¬ 
vent. Il faut avoir soin de faire préparer cet extrait avec de l’alcool à 
4o degrés, car avec de l’alcool plus faible le médicament contiendra 
beaucoup de parties gommeuses et aura une activité bien moindre. C’est 
la différence qui existe dans les préparations de noix vomique, suivant 
les procédés que l’on emploie pour les obtenir, qui rend ce médicament 
dangereux et infidèle ; cette différence est telle que quelquefois le produit 
pharmaceutique est presque inerte, et d’autres fois d’une énergie exa¬ 
gérée. L’usage de la strychnine doit être préférée à cause de cette infidé¬ 
lité d’action. Cette substance, quoique infiniment plus active, a l’avan¬ 
tage de pouvoir être mi eux dorée ; on sait du moins ce que l’on administre ; 
et quand on augmente ou que l’on en réduit la quantité, on est certain de 
ce que l’on fait. Cette circonstance doit être toute-puissante pour les méde¬ 
cins de campagne, où le manque d’habitude des préparations de noix vo¬ 
mique doit rendrcl’infidélitéde ce médicament plus-facile et plus grande. 

La strychnine peut être administrée en pilules d’après la formule que 
nous avons donnée, ou en poudre comme il suit : if strychnine, '/s de 
grain ; oxide de fer noir, 6 grains; sucre, gros; à prendre par 
moitié le matin et le soir. On en fait également une potion de la manière 
suivante : % strychnine, 1 grain; eau distillée, 2 onces; sucre blanc, 
2 gros; acide acétique, 2 gouttes. Cette potion se prend par petites 
cuillerées à café, une le matin et l’autre le soir. Enfin on en compose 
une teinture que l’on administre à l’intérieur à la dose de 0 à 24 gouttes 
dans une potion gommeuse ordinaire, dans un julcp ou dans une tisane, 
ou bien en frictions sur les membres paralysés. Cette teinture se fait 
ainsi : % strychnine , 3 grains ; alcool à 36°, 1 once. Administrée en 
frictions, cette teinture doit être employée à une dose double ou triple 
de celle qu’on fait prendre à l’intérieur; cependant il ne faut pas ou¬ 
blier que , même introduit par l’absorption cutanée, ce médicament est 



toujours très-actif. Les expériences sur les animaux ont prouve que 
deux ou trois grains de strychnine donnes par la méthode endermique, 
à de fort gros lapins , les ont fait périr en moins de sept minutes avec 
les symptômes ordinaires à ce genre d’empoisonnement. 

Les effets de la strychnine sont les mêmes que ceux de la noix vo¬ 
mique ; mais il faut, pour les produire, beaucoup moins de strychnine: 
ainsi un huitième ou un douzième de strychnine représentent à peu près 
deux à trois grains de noix vomique. Yoici ce qu’on observe par l’usage 
de ces substances à dose médicamenteuse : les deux ou trois premiers 
jours de leur administration , les malades n’en éprouvent en général 
aucun effet ; ce n’est guère qu’au bout de ce temps que leur puissance 
commence à se manifester par des scintillations dans les yeux ; des étour- 
dissemens, des douleurs vagues dans la tète , un accroissement de la 
susceptibilité ; bientôt après il survient des tressaillemens spontanés 
dans les muscles des membres, et meme des contractions générales de 
ces parties. Ces commotions s’accompagnent de raideurs tétaniques pas¬ 
sagères comme ces commotions mêmes. Si l’on pousse plus loin les doses 
du remède, ces effets se prononcent davantage. Ces contractions téta¬ 
niques des membres alternant avec des soubresauts , ce surcroît d’irri¬ 
tabilité générale, sont les effets caractéristiques de la strychnine et de 
la noix vomique. 11 n’ont pas lieu d’une manière continue , mais par 
accès qui se répètent à des intervalles d’autant plus fréquens qu’on 
augmente davantage la proportion de ces substances : alors aussi ils sont 
plus énergiques. Une impression légère suffit souvent , dans ces cas , 
pour rappeler les accès qui reviennent d’ailleurs, sans cause excitante, 
après quelques minutes de repos. Lorsqu’on est parvenu à ce point, il 
est prudent de ne pas augmenter les doses du remède : son action mé¬ 
dicatrice n’en demande pas davantage. Il est même quelquefois néces¬ 
saire de les réduire lorsque ses effets se prononcent avec trop d’énergie. 
C’est dans l’administration de la strychnine surtout qu’il importe de 
commencer par les plus petites doses , et de ne passer à des quantités 
plus élevées qu’après un ou deux jours de l’usage d’une dose inférieure, 
ayant encore le soin d’en bien ménager la gradation en n’augmentant 
ces doses que de fort petites quantités. A l’aide de semblables précau¬ 
tions , on a pu en donner jusqu’à 3 et 4 grains par jour. Nous en avons 
vu donner jusqu’à 6 grains, dose énorme et à laquelle on ne doit jamais 
arriver, excepté dans les cas extraordinaires et sur des sujets dont l’ir¬ 
ritabilité est très-obtuse. Au-delà de cette quantité la puissance de la 
strychnine cesse d’être médicinale, et devient promptement mortelle. 
Une remarque importante dans l’emploi de cette substance , c’est que, 
lorsque des circonstances particulières obligent d’en interrompre l’u- 



( »i6) 

sage, il faut se garder de la reprendre à la dose à laquelle elle avais 
été' quittée, quoique la durée de cette interruption ait été fort comte ; 
il faut au contraire recommencer aux mêmes doses qu’aux premiers 
temps de son administration, et les ménager avec la même mesure. 

En analysant le genre de succès obtenu par la strychnine, les mala¬ 
dies où elle a le mieux réussi, les phénomènes qui en accompagnent l’u¬ 
sage, enfin ce caractère des altérations qu’elle détermine sur les animaux 
empoisonnés avec cette substance, il parait évident que c’est principa¬ 
lement le système spinal qui en reçoit l’impression, et que la nature de 
cette impression est exprimée par une augmentation d’irritabilité. Ces 
circonstances servent à fixer les indications sur lesquelles son usage doit 
être établi ; ainsi il n’est pas douteux que toutes les fois qu’une para¬ 
lysie sera récente ou accompagnée d’une douleur quelconque dans l’un 
des points correspondant à l’origine des nerfs affectés, il ne convienne 
de différer d’y avoir recours jusqu’à l’entière cessation de l’irritation. 
En un mot, la strychnine ne sera utilement employée que dans le cas où 
les paralysies, déjà avancées, laisseront lieu de penser que tout principe 
d’inflammation est éteint dans l’endroit où elles ont pris naissance, et 
qu’elles ne sont plus déterminées que par le relâchement des filets ner¬ 
veux à leur origine , ou par la compression qu’une cause quelconque 
leur fait éprouver. Une autre contre-indication de la strychnine se dé¬ 
duit de la présence d’une irritation gastro-intestinale, et surtout gastri¬ 
que. L’ingestion d’une substance aussi âcre ne pourrait qu’accroître 
l’irritation qui affecterait déjà le ventricule ; la forme pilulaire du re¬ 
mède ne réussit pas toujours à mettre à l’ahri de cet inconvénient. Cet 
état d’irritation gastrique, très-commun dans les affections dont nous 
parlons, doit faire préférer la méthode d’administration de la strychnine 
par la surface extérieure du corps. Celle-ci se pratique à 1 aide de la 
teinture : on en frictionne le trajet des nerfs affectés, à partir du point 
d’insertion, pendant qu’on s’efforce de faire tomber l’irritation du ca¬ 
nal digestif. Quel que soit même l’état des premières voies, il est bon 
en général de combiner l’usage intérieur de cette substance avec son 
administration , par la peau : par cette combinaison , on a 1 avantage 
de ménager la susceptibilité des organes digestifs , en ne les mettant en 
contact qu’avec de moindres doses de strychnine , et de porter direc¬ 
tement l’action du médicament sur le siège même de la maladie. 



C ) 


1)E L’EMPLOI DU CYANURE UE POTASSIUM A l’eXTÉRIEUR U ANS 
LES NÉVRALGIES FACIALES. 

Un mémoire de M. le docteur Lombard, de Genève, a été lu, il y 
a quelques jours, sur ce sujet, à l’Academie. C’est à ce mémoire, com¬ 
muniqué par M. le docteur Jules Guérin, que nous allons emprunter 
les faits remarquables que nous devons faire connaître à nos lecteurs. 

Le cyanure de potassium réunit toutes les qualités de l’acide prussique 
sans présenter comme lui l’inconvénient d’une prompte décomposition; 
dissout à la dose de i à 4 grains par once d’eau distillée et employé 
en lotions, ou bien incorporé à de l’axonge à la dose de 2 à 4 grains 
par once , et employé en frictions , il a guéri avec rapidité plusieurs 
maladies nerveuses graves. 

Obs. I. — Une dame âgée de 49 ans, d’une constitution sanguine et 
d’un embonpoint assez marqué, est prise de douleurs très-aiguës reve¬ 
nant par accès , et commençant à la région temporale pour s’étendre en¬ 
suite à l’arcade sourcilière et à la région maxillaire supérieure. Ces 
douleurs étaient accompagnées de tirailleinens et d’élancemens si vio¬ 
lons qu’elles arrachaient des cris à la malade , et causaient même une 
perte momentanée de connaissance. 16 grains de cyanure de potassium 
furent immédiatement prescrits en solution dans 4 onces d’eau distillée. 
La malade devait se frotter la joue et le front avec un bourrelet de co¬ 
ton imbibé de cette solution. L’effet du médicament ne se fit point at¬ 
tendre ; car, suivant l’expression de la malade, il semblait qu’on lui 
enlevât la douleur avec la main. Dès qu’elle sentait le retour d’une crise, 
elle avait recours à la solution, et de cette manière'elle fut complète¬ 
ment guérie. Lcseuhnoyen accessoire employé pour la guérison de cette 
maladie fut un lavement purgatif avec une ouce de sulfate de soude qui 
produisit trois évacuations et diminua la congestion cérébrale. La ma¬ 
lade n’a éprouvé aucun retour de névralgie faciale depuis le traitement 
employé ci-dessus. Les douleurs avaient été précédées pendant plusieurs 
jours d’une violente odontalgie de la mâchoire supérieure, mais elles 
ne s’étaient étendues à la joue que depuis le matin. 

Obs. II. — Une dame de 38 ans ressentait depuis quatre jours de 
violentes douleurs dans les régions temporale, sus-orbitaire et maxillaire 
supérieure du côté gauche. Depuis son apparition cette névralgie reve¬ 
nait régulièrement à quatre heures du matin , augmentait d’intensité 
jusqu’à dix ou onze heures, et diminuait plus tard, sans cesser tout- 
à-fait avant quatre’heures. Pendant toute la durée de l’accès la tète était 
pesante, la face colorée et la peau chaude; il y avait anorexie com- 



plète , et ce n’est que vers le soir que la malade pouvait vaquer à ses 
occupations , et prendre quelque nourriture. Les douleurs avaient été 
sans cesse en augmentant d’une manière effrayante, au point que, quoi¬ 
que la malade ne fut point d’une sensibilité exagérée, elle ne pouvait 
s’empêcher de crier quand les douleurs atteignaient leur plus haut de¬ 
gré d’intensité. Une saignée de 1 o onces fut ordonnée immédiatement 
pour diminuer la congestion cérébrale. Plus tard, des frictions furent 
pratiquées sur la joue et les tempes aveG un onguent composé de deux 
grains de cyanure de potassium dans une demi-onced’axonge.Lelende- 
main les douleurs furent notablement diminuées, les accès furent moins 
longs et moins intenses. Un soulagement marqué suivait chaque fric¬ 
tion. Le surlendemain l’onguent étant terminé, il fut remplacé par 
8 grains de cyanure de potassium dans i onces d’eau distillée pour être 
employés en lotions. Dès lors le soulagement fut prompt et la guérison 
rapide. A peine la moitié de la solution eut-elle été employée que les 
douleurs cessèrent complètement. 

Ons. III. — Une demoiselle de ao ans éprouvait régulièrement, de¬ 
puis plusieurs jours, à- la même heure, des douleurs aiguës dans les 
régions orbitaires des maxillaires supérieures. Pendant tout le temps 
que durait l’accès, la face était rouge et tuméfiée , principalement du 
côté affecté, qui était en même temps contracté de manière à défigurer 
momentanément la malade. 8 grains de cyanure de potassium furent pres¬ 
crits dans 4- onces d’eau distillée ; les lotions faites avec un bourrelet de 
coton furent suivies d’un succès aussi immédiat que dans l’observation 
première. Les douleurs diminuèrent promptement et disparurent com¬ 
plètement avant même que toute la solution eût été employée. 

Obs. IV. — Une femme de 8o ans ressentait depuis fort long-temps 
une douleur assez vive dans l’orbite gauche. Elle éprouvait par momens 
la sensation d’un corps qui comprimait le globe de l’œil : cette douleur 
s’étendait à l’arcade sourcilière, àla joue etàla mâchoire du même côté; 
il lui semblait alors sentir comme des mèches de cheveux qui flottaient 
sur la joue. Cette névralgie n’avait rien de régulier dans son appari¬ 
tion. 16 grains de cyanure de potassium furent prescrits dans 4 onces 
d’eau distillée pour être employés en frictions sur la joue. Le résultat 
de ce traitement n’a pas été immédiat; mais la malade ayant persévéré 
dans l’usage du remède, elle a été complètement délivrée de la douleur 
sus-orbitaire et maxillaire supérieure. Quant au globe de l’œil, il con¬ 
tinuait à être le siège de violentes douleurs , qui ont cependant diminué 
sous l’influence des pilules de Méglin. 

Ces faits, dit M. Lombard , sont plus que suffisans pour montrer 



( iig ) 

quel parti la thérapeutique peut tirer des lotions de cyanure de potassium. 
L’expérience a démontré qu’elles suffisent souvent pour calmer des dou¬ 
leurs très-aiguës j que dans le cas de névralgie faciale le soulagement 
est instantané ; que les douleurs rhumatismales superficielles cèdent 
souvent à l’emploi de ce moyen; enfin que, dans tous les cas de dou¬ 
leurs nerveuses qui ne sont point accompagnées d’inflammation , ce 
médicament est doué d’une propriété calmante supérieure à celle detous 
les autres agens thérapeutiques, et doit, par conséquent, leur être pré¬ 
féré, en ayant soin toutefois de faire fermer les yeux aux malades aux¬ 
quels l’on fait frictionner la joue et le front, l’absorption de cyanure par 
la conjonctive oculaire pouvant entraîner quelque danger. Quant à son 
mode d’action , il paraît dépendre de la décomposition du cyanure par 
la peau, en sorte que l’acide prussique se trouve en contact avec la sur¬ 
face du derme à Y état que les chimistes appellent naissant; il est pro¬ 
bable que des lotions d’acide hydrocyanique ne remplaceraient pas 
celles faites avec le cyanure de potassium, qui présente en outre l’avan¬ 
tage de pouvoir être gardé pendant plusieurs jours sans se décomposer. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 

DU TRAITEMENT DE LA SUPPURATION ET DE l’iNDURATION 
DES AMYGDALES. 

Les amygdales, ces organes qui occupent si peu d’espace et dont l’or¬ 
ganisation et les fonctions sont si simples, deviennent le sic'ge de ma¬ 
ladies fréquentes autant que dangereuses par la proximité des voies 
aériennes. Parmi ces lésions , les unes sont purement idiopathiques et 
sont nées sous l’influence d’un stimulus local ; les autres sontl’effet d’une 
affection interne plus ou moins grave. Celte distinction, si importante 
pour la thérapeutique interne, intéresse peu celui qui doit appliquer un 
traitement chirurgical aux abcès et à l’induration des amygdales, ter¬ 
minaisons les plus fréquentes des inflammations tonsillaires. Dans ces 
maladies, la vie dépend souvent d’une opération exécutée avec adresse 
et promptitude; ce qui nous importe surtout, c’est de déterminer avec 
précision les circonstances qui réclament l’emploi de la main , et d’expo¬ 
ser les règles qui doivent la diriger. 

Une inflammation de l’amygdale parvenue à un très-haut degré se ter¬ 
mine presque toujours par suppuration. Alors la douleur qui était aiguè 



( ) 

devient gravalive ; la chaleur, la fièvre, l'anxiété diminuent ; la tu¬ 
meur est plus volumineuse, mais en même temps elle est plus molle, 
plus lisse et d’un rouge plus pâle. L’œil aperçoit la membrane mu¬ 
queuse amincie et prête à se rompre, le doigt posé dans l’arrière- 
bouche reconnaît facilement la présence d’un liquide. La rupture de 
l’abcès est quelquefois spontanée, et le pus, dont l’odeur est très-fétide, 
est évacué par la bouche avec les crachats. Mais il n’en est pas toujours 
ainsi : quelquefois on n’aperçoit sur l’amygdale aucune marque de la 
formation d’un abcès, pendant que les signes généraux de la suppura¬ 
tion se prononcent ; alors le pus se fraie un passage à travers le tissu 
cellulaire qui unit la glande au muscle constricteur supérieur du pha¬ 
rynx; la fétidité de l’haleinc est le seul signe auquel on reconnaisse 
qù’il s’est formé du pus ; ce liquide n’est point mêlé aux crachats. Dans 
quelques cas l’inflammation s’étend au tissu cellulaire environnant, le 
pus s’y infiltre et vient faire saillie dans une partie plus ou moins éloi¬ 
gnée , après avoir dénudé les muscles et la peau. C’est ainsi qu’on a 
trouvé quelquefois l’occasion d’ouvrir de tels abcès autour de l’apophyse 
mastoïde. 

C’est sur le degré de violence des accidcns que le chirurgien doit ré¬ 
gler sa conduite. Si une inflammation vive empêche les mouvemens du 
voile du palais et menace de suffocation, il ne faut pas hésiter à prati¬ 
quer une prompte ouverture, lors même que le foyer purulent ne serait 
pas bien formé ; quelque peu considérable que soit le liquide évacué, 
le malade en éprouvera toujours du soulagement. 

L’inflammation est-elle modérée , il faut attendre pour opérer que la 
tumeur soit ramollie dans toute son étendue : il arrive même alors que 
l’évacuation spontanée prévient le secours de l’art ; ou bien la mem¬ 
brane est tellement amincie que la plus légère pression suffit pour don¬ 
ner issue au pus. 

Lorsque l’incision est jugée nécessaire , voici comment on doit y pro¬ 
céder : on se sert d’un bistouri droit ordinaire dont on entoure la lame 
avec une bandelette jusqu’à trois lignes de sa pointe; on fait asseoir le 
malade sur une chaise en face d’une croisée bien éclairée; un aide fixe 
solidement sa tête contre sa poitrine. Alors la langue étant abaissée avec 
l’indicateur d’une main, on plonge de l’autre main la pointe de l’instru¬ 
ment dans la partie la plus saillante de la tumeur; on presse sur le dos 
de l’instrument tourné en bas pour agrandir l’ouverture si le gonfle¬ 
ment est porté à un tel degré que les mâchoires ne puissent pas s’écarter 
assez pour permettre aux yeux de diriger la marche de l’instrument; 
l’indicateur préalablement porté sur la tumeur devra servir de guide à 
la pointe du bistouri. 




( tai ) 

Celte operation exige de la rapidité' dans l’execution, car il faut aus¬ 
sitôt retirer le bistouri pour permettre au malade de rejeter le pus au- 
dehors. Elle u’exige pas moins de dexte'rite', car on a yu, entre des 
mains peu cxerce'cs , l’instrument traverser l’amygdale, blesser la caro¬ 
tide, et donner lieu à une lie'morrhagie mortelle : Chczelden en cite deux 
exemples. Des pressions exerce'es avec le doigt achèveront de faire éva¬ 
cuer le pus, que l’on entraînera au moyen de gargarismes. La cicatrisa¬ 
tion de la plaie sera entrêmement prompte. 

Si le pus se montre au cou, trop de temporisation sera funeste , il 
produirait des dénudations , il fuserait dans le médiastin, il pourrait 
même se faire jour dans la trachée-artère. L'opération estfacile lorsque 
la peau est soulevée par la collection purulente ; mais si le foyer est si¬ 
tué profondément, il est dangereux de se frayer une route avec l’instru¬ 
ment tranchant à travers des parties aussi importantes. Dans ce cas, 
l’évacuation du pus étant jugée indispensable , on doit commencer par 
inciser la peau et le tissu cellulaire seulement, et faire parvenir jusqu’au 
foyer à travers les espaces celluleux une sonde cannelée mousse dont le 
pus suivra la direction. 

L’amygdalite persiste plus fréquemment encore à l’état chronique 
.qu’elle ne se termine par suppuration. Cet état expose à des récidives 
fréquentes de la phlegmasie aiguë : l’action du froid humide sur la peau, 
le contact de l’air froid sur la gorge, produisent avec une facilité in¬ 
croyable de la douleur à l’isthme du gosier, de la difficulté d’avaler, le 
gonflement et la rougeur des amygdales, une sécrétion abondante de 
mucosité. Ces accidens disparaissent au bout de deux ou trois jours ; 
mais souvent répétés, ils finissent par amener une carnification des 
glandes avec augmentation de leur volume; elles font l’office de corps 
étrangers qui excitent des mouvemens continus de déglutition ; leur vo¬ 
lume peut même s’accroître au point d’intercepter entièrement le pas¬ 
sage des alimens , des boissons et de l’air. 

Cet état des amygdales était désigné autrefois parlenomdesquirrhe: 
l’idée qu’on se faisait de la nature de ces tumeurs inspirait beaucoup 
de circonspection dans leur traitement. Sharp le premier remarqua que 
la récidive n’avait pas lieu après leur extirpation : « Toutes le autres 
tumeurs squirrheuses, dit-il, de nature scrofuleuse ou cancéreuse, sont 
sujettes à revenir, parce que le virus reste dans le voisinage de la glande 
que l’on a extirpée, ou au moins se jette sur quelque autre glande. Dans 
le cas dont il s’agit je n’ai jamais rien observé de semblable, le malade 
s’est toujours rétabli dans une santé parfaite et durable. » Malgré la cé¬ 
lébrité de ce chirurgien, plusieurs de ses contemporains révoquèrent 
cette assertion en doute : elle n’a cependant rien d’étonnant lorsqu’on 
tome i. 4 ' uv. 9 



( l'iî ) 

sait que les amygdales tuméfiées sont rarement squirrheuses. A l’appui 
de l’idée émise par Sharp, Bell remarqua que dans les amygdales en¬ 
gorgées il n’y avait jamais de douleur à moins que l’inflammation ne 
devînt aiguë, tandis que dans le squirrhe les douleurs lancinantes sont 
un des caractères les plus constans; il assura n’avoir jamais rencontré 
de véritables squirrhes des amygdales. Cependant ce squirrhe existe; il 
a été observé par plusieurs chirurgiens, et depuis peu de jours on en a 
recueilli une observation à l’Hôtel-Dicu dans les salles du professeur 
Dupuytren ; il a examiné la mort du sujet par suffocation : ce fait est 
très-important; il prouve combien il est dangereux de ne pas faire à 
temps l’excision des amygdales engorgées, car elles peuvent dégénérer 
par la répétition fréquente des irritations. Ici cette maladie était évi¬ 
demment secondaire à cet engorgement; le malade y avait été sujet, et 
toujours il avaitnégligé dose faireenleverl’organemalade; àlafin celui-ci 
avait tellement augmenté de volume que lorsque ce sujet entra à l’Hôtel- 
Dieu il portait au côté droit du cou Une tumeur dont Ja grosseur égalait 
bien celle des deux poings; le fond de la gorge était occupé par une 
tumeur moins volumineuse située entre les deux piliers du voile du pa¬ 
lais : ces deux tumeurs semblaient être continues bien qu’assez éloignés 
l’une de l’autre. Il y avait une grande difficulté de respirer et quelque¬ 
fois une suffocation imminente ; cette suffocation çut lieu en effet avant 
qu’on put la prévenir par l’ouverture de la trachée-artère. La dissection 
de la tumeur ne laissa aucun doute sur son origine : son extrémité in¬ 
terne, resserrée entre les deux piliers du voile du palais, occupait la 
place de l’amygdale, elle était assez saillante pour comprimer l’épi¬ 
glotte et intercepter l’entrée de l’air ; elle se continuait à travers les 
muscles du cou avec la tumeur extérieure. Son tissu était cérébriforme 
et commençait à se ramollir. M. Dupuytren assura avoir observé dans 
sa pratique trois ou quatre faits semblables. Ainsi se trouve contredite 
cette opinion de la plupart des chirurgiens modernes que les amygdales 
ne dégénèrent jamais en cancer. 

On voit de quelle importance sont ces faits pour la thérapeutique : 
ils imposent l’obligation d’exciser sans retard les amygdales gonflées, 
afin de prévenir leur dégénération.Une fois qu’ellessonttransformécs en 
tissu squirrheux, cette excision partielle est insuffisante, il faut extir¬ 
per la glande tout entière, quel que soit son volume ; mais cela consti¬ 
tue une opération difficile, parce que le corps à enlever est situé au 
fond de la bouche; dangereuse, parce que les vaisseaux qui avoisinent 
l’amygdale courent grand risque d’être ouverts, et qu’on ne saurait 
arrêter l’hémorrhagie. A la vérité, certaines personnes conseillent d’en¬ 
lever toute l’amygdale affectée d’un simple engorgement; cet enlève- 




( ia3 ) 

ment total est inutile , parce qu’il n’est pas plus avantageux pour le 
malade que l’excision partielle; il est nuisible en ce qu’il prive inutile¬ 
ment d’un organe dont la sécrétion ne peut être remplacée par aucun 
autre. Il faut donc se contenter d’exciser ce qui dépassé le pilier du 
palais, après que la cicatrisation de la plaie est achevée: ce qui reste de 
l’organe se cache derrière le pilier, et l’isthme du gosier est parfaitement 
libre. 

Tant que l’engorgement des amygdales n’existe qu’à un faible degré, 
il faut se borner aux moyens qui peuvent apaiser l’inflammation et en 
prévenir le retour ; on prescrira un régime adoucissant, des laxatifs, des 
pédiluves,unc saignée si le sujet est sanguin; il évitera le froid humide 
et les variations de l’atmosphère. Lorsque la douleur sera complètement 
dissipée, on en viendra aux gargarismes astringens; on a utilisé dans 
ce cas la propriété irritante du collyre de Lanfranc, qui sc compose, 
comme on le sait, d’une solution de sulfate d’arsenic jaune et d’oxide 
vert de cuivre dans le vin blanc et les eaux distillées de rose et de plan- 
tin ; ce collyre est, comme on le Voit, un caustique assez violent : on 
doit l’employer avec circonspection ; on en imbibera un pinceau qu’on 
appliquera légèrement sur l’amygdale ; on répétera cette application jus¬ 
qu’à ce qu’on ait réduit le volume de la glande. 

De nombreuses méthodes ontétéproposécspourenlevcrles amygdales 
engorgées. L’excision est la plus simple et la plu6 facile à exécuter ; 
c’est elle qu’on doit préférer. Quelques personnes emploient encore les 
caustiques liquides ou solides ; mais ils ne conviennent que lorsque la 
tuméfaction peu considérable peut être détruite par quelque cautérisation. 
Les caustiques solides, tels que le nitrate d’argent ou la potasse, se¬ 
raient portés sur la tumeur avec un porte-crayon ; les caustiques liqui¬ 
des , tels que les acides minéraux concentrés, seront appliqués avec un 
pinceau : on fera aussitôt rincer la bouche,afin d’entraîner toutlccaus- 
tique, qui mêlé aux mucosités pourrait couler le long do l’œsophage. 

Le cautère actuel qui a été proposé le cède encore à l’instrument 
tranchant. On doit le réserver pour le cas où après l’excision il survien¬ 
drait une hémorrhagie qui résisterait aux astringens et aux caustiques; 
mais cet accident est extrêmement rare, et sous ce rapport l’expérience 
est loin de justifier les craintes des chirurgiens du dernier siècle, qui, 
dans le but de prévenir l’hémorrhagie inévitable, scion eux, dans l’ex¬ 
cision , donnaient la préférence à la ligature. Quand on n’aurait pas 
d’autre raison pour préférer l’excision à la ligature, l’accident arrivé à 
Moscati est bien propre à faire renoncera cette dernière : ce chirurgien 
avait lié l’amygdale, mais bientôt survinrent une douleur très-vive et 
de l’inflammation avec difficulté d’avaler la salive et de respirer, qui 

9- 



( >4 ) 

l’obligèrent d’exciser le pédicule avec l’instrument tranchant. On devrait 
encore invoquer le secours du cautère actuel, si des fongositc's s’e'levaient 
des amygdales rescise'es, et se reprodusaient malgré les caustiques. Le 
feu serait appliqué à l’aide d’un cautère en roseau, conduit le long 
d’une canule destinée à garantir les organes qui forment la bouche. 

L’instrument tranchant est donc le seul qu’on doive employer aujour¬ 
d’hui pour enlever les amygdales engorgées. Il avait été conseillé par 
Cclse ; on ne lui a de nouveau accordé la supériorité qu’il mérite qu’a- 
près avoir éprouvé l’insufiisance ouïe danger de tous les autres moyens. 
Moscatti pratiquant cette opération incisait la tumeur de haut en bas ; 
l’excision n’était pas encore achevée lorsque l’opéré fut pris d’une toux 
violente qui força de suspendre l’opération ; la partie déjà détachée tomba 
dans l’ouverture du larynx et occasiona une suffocation imminente que 
le chirurgien prévint en enfonçant scs doigts au fond de la gorge, et en 
arrachant l’amygdale excisée. Wissman s’était trouvé deux fois dans le 
même cas. C’est pourquoi Louis avait donné le précepte de commencer 
l’incision par en bas et de la terminer par la partie supérieure : idée 
bien plus heureuse que celle inspirée à Moscati par l’accident qui lui 
était arrivée : il fendait l’amygdale en quatre parties, et les excisait cha¬ 
cun séparément ; cette manière d’opérer doit être rejetée. Quant au 
danger de la suffocation, on l’évitera toujours si on a le soin d’opérer 
dans un moment de repos et si on agit avec rapidité. 

Deux instrumens sont nécessaires pour l’excision, l’un destiné à sai¬ 
sir l’amygdale, l’autre à la séparer. Les pinces de Muzeux remplissent 
pa faitement le premier objet; on doit les préférer à l’airigne simple ou 
double. Pour diviser l’agmÿdale, un bistouri courbé, boutonné ou 
émoussé à son extrémité, et dont la moitié de la lame sera enveloppée 
d’une bandelette de linge, sera préférable aux ciseaux et surtout au kys- 
titome de Desault, justement abandonné. 

L’excision doit être faite avec la main droite pour l’amygdale gauche, 
et avec la main gauche pour l’amygdale droite. Le malade est assis ou 
debout, et le fond de la gorge éclairé par le jour ou par une lumière 
artificielle. On pénètre profondément dans la tumenr avec la pince de 
Muzeux, et on la tire en dedans ; le bistouri porté au-dessus delà glande 
la coupe de haut en bas et d’arrière en avant. Il serait imprudent de se 
servir d’un bistouri aigu : avec cet instrument on pourrait percer la pa¬ 
roi postérieure et latérale du pharynx, et ouvrir les gros vaisseaux situés 
à côté de cet organe. M. Cloquet rapporte, d’après Béclard, qu’un opé¬ 
rateur ambulant avait excisé l’amygdale sur un homme avec un bis¬ 
touri aigu ; le malade mourut d’hémorrhagie quelques heures après , 
l’opérateur avait disparu ; à l’ouvcrtnre du cadavre, on trouva que 




( «25 ) 

l’artère carotide interne avait été perce'e. Ordinairement les deux, amyg¬ 
dales sont tume'iie'es ; il n’y a pas d’inconve'nient de les enlever l’une 
immédiatement après l’aiitre. Lorsque le malade estdocile, on doit s’al'. 
stenir de placer des corps e'trangers entre les dents, parce qu’ils gênent 
l’action des instrumens. On aura soin de ne pas exercer avec la pince 
une traction trop forte dans le tissu de l’amygdale, afin d’éviter sa dé- 
chirure ; il faut que la portion excise'e vienne au-dehors attachée à l’in¬ 
strument. Le de'gorgement sanguin qui se fait après l’excision concourt 
à diminuer l’inflammation; s’il était trop abondant, on le supprimerait 
par des gargarismes astringens. 

Telles sont les règles à suivre pour pratiquer une opération bien 
simple, mais qui n’en exige pas moins de la dextérité de la part du 
chirurgien; opération qui peut, comme on l’a vu , prévenir de graves 
accidens , et dont les applications sont fréquentes dans la pratique. Des 
circonstances accidentelles peuvent la rendre encore plus fréquemment 
nécessaire : ainsi M. A. Séverin rapporte qu’il pratiqua un grand nom¬ 
bre de fois l’excision des amygdales dans une constitution épidémique 
qui dévasta le royaume de Naples depuis i5so jusqu’en i54-i, et dont 
un des symptômes les plus constans était la tuméfaction des. amygdales. 

TRAITEMENT UE LA GONORRHÉE PAR LES COUnANS d’eAD TIÈDE. 

( a” Article. ) 

Dans la seconde livraison de notre journal, nous avons promis de 
faire connaître-les remarques critiques sur le traitement de la gonorrhée 
par les courans d’eau tiède. Elles pourront intéresser le lecteur en ce 
qu’elles lui feront mieux apprécier le mérite réel et les inconvéniens 
de ce moyen thérapeutique. 

La guérison de la gonorrhée par les courans d’eau tiède est due , se¬ 
lon M. Serre (d’Alais), inventeur de ce moyen , à l’espèce de lavage 
qu’on fait subir à l’urèthre , et qui entraîne le pus blcnnorrhagique 
dont la présence continuelle entretient l’irritation, source elle-même de 
l’écoulement puriformc. Non-seulement le courant d’eau agit de cette 
manière sur le pus tout formé qu’il rencontre, mais ensuite il le délaie 
à son état naissant et le met hors d’état de nuire; et, de plus, agissant 
sur la muqueuse uréthrale à la manière des émollicns, il l’adoucit et l’as¬ 
souplit. La gonorrhée se trouve donc suspendue pendant tout le temps 
du lavage , qui dure une ou deux heures chaque fois, et l’expérience 
prouve qu’il suffit de cette suspension totale ou partielle rappelée qua¬ 
tre ou cinq fois en quatre ou six jours, pour obtenir une guérison corn- 



( 126 ) 

plète , ou amener cette maladie à un état chronique facile à dissiper. 

La guérison obtenue dans ce cas n’est-elle pas plutôt produite par 
l’introduction de la sonde que par le courant d’eau tiède ? Telle est la 
question que se fait le critique (M. Poulain), et qu’il résout par l’af¬ 
firmative en s’étayant sur les faits et les raisonnemens suivans : 

Un officier de cavalerie, atteint depuis long-temps d’un rétrécisse¬ 
ment de l’urèllire pour lequel il avait l’habitude de se sonder lui-même, 
contracte une gonorrhée des plus violentes. Au bout de quinze jours le 
rétrécissement était devenu extrême; la sonde ne peut pénétrer dans la 
vessie , malgré de grandes tentatives et l’emploi du bain ; mais le soir 
même , diminution de moitié de l’écoulement et de la douleur. Le len¬ 
demain , nouvelle introduction de la sonde, qui pénètre dans la vessie 
après de longs efforts ; diminution de la douleur et de l’écoulement qui 
cessent tout-à-fait après une troisième introduction et un troisième bain. 
Dans trois cas analogues chez d’autres personnes, pareil résultat fut 
obtenu; d’ailleurs, dit M. Poulain, les praticiens ont été souvent dans 
le cas d’observer le même phénomène. On serait donc en droit de dou¬ 
ter de la vertu de l’eau tiède dans le procédé de M. Serre, surtout si 
l’on se rappelle le peu de succès des injections émollientes condamnées 
déjà par Bell. Suivant M. Serre, la sonde ne joue dans son procédé 
qu’un rôle passif, et c’est exclusivement à la propriété émolliente de 
Peau tiède et à ses courans qu’il rapporte les différentes cures qu’il a 
faites ; mais il est évident que cet effet émollient est entièrement neu¬ 
tralisé par l’introduction de la sonde et la forte irritation qu’elle déve¬ 
loppe dans le canal. Quant aux courans et à leurs effets, il est facile de 
les obtenir avec la seringue seule, pourvu que son bec à olive ait de deux à 
trois lignes au plus de largeur, et que son pistonjoue facilement. On peut, 
avec elle, faire une injection continue, profonde, et nullement sacca¬ 
dée ; en outre, l’irritation produite par le bec de cette seringue sera 
nulle ou presque nulle comparativement à celle que provoque l’intro¬ 
duction de la sonde, et l’injection n’en lavera pas moins bien le canal. 
Cela paraîtra évident à tous ceux qui ont souvent pratiqué cette opéra¬ 
tion , et qui savent, par conséquent, que le liquide poussé dans le canal 
en sort avec une grande force. M. Serre n’a donc pas atteint le but, 
puisque, d’une part, le cathétérisme seul peut guérir une gonorrhée , 
et que, d’une autre, les injections émollientes ne sauraient réussir sans 
le secours de la sonde. Son procédé se réduit, en dernière analyse , à 
l’introduction de la sonde, opération souvent impraticable et toujours 
très-douloureuse. 

Telle est l'opinion de M. Poulain sur le traitement de la gonorrhée 
par les courans d’eau tiède ; elle est, comme on le voit, peu favorable 



( 127 ) 

à ce nouveau procédé', et répond bien peu à l’espoir qu’en a conçu 
M. Serre de la faire adopter comme un moyen nouveau et précieux ; 
mais ce dernier pourrait répondre à son Aristarque : « Oui, le cathé¬ 
térisme peut guérir une gonorrhée ; mais combien de fois sur cent ? Si 
ce moyen, assez commode , puisqu’il est toujours sous la main, a tant 
d’efficacité, pourquoi le négligez-vous pour recourir, dans tous les cas 
de gonorrhée , aux injections astringentes? Il est trop douloureux, di¬ 
rez-vous ; moi je soutiens, et cela d’après l’expérience, « que la pre- 
» mièrefoisil excite, il est vrai, en cheminant, un picotement très- 
» désagréable; mais ce picotement offre ceci de particulier qu’il est de 
» courte durée , qu’il cesse immédiatement après que la sonde est ar- 
» rêtée; et le calme est si prompt, si instantané, si parfait, qu’il 
» constitue un état de bien-être; » que si, en général, la sonde pro¬ 
duit de la douleur, sa présence , quand le malade est dans le bain , est 
presque inaperçue par celui-ci. L’injection avec une seringue sans 
sonde , direz-vous encore , peut-être portée aussi loin qu’avec celle-ci ; 
elle est aussi continue et doit produire le même résultat. Non , répon¬ 
drai-je ; car si la sonde , comme vous le dites , est l’instrument de gué¬ 
rison , et que les injections émollientes ne peuvent guérir seules , vous 
ne réussirez pas, attendu qu’un bec de seringue qui ne pénètre qu’à deux 
ou trois lignes dans le canal ne saurait avoir les mêmes effets qu’une 
sonde qui est portée à deux, trois ou quatre pouces. En outre, avec ma 
sonde percée latéralement j’arrose l’urèthre sur toute sa surface d’une 
manière douce et uniforme ; je délaie le liquide morbifique et je permets 
au courant de l’entraîner au dehors. Avec une seringue seule, on pousse 
dans le canal un jet qui, comme) toute espèce de douche, agit nécessai¬ 
rement, et par sa nature même , à la manière d’un corps dur, avec 
plus ou moins de violence, chasse devant lui le mucus altéré sans le 
délayer aussi bien que dans l’autre procédé. Enfin, pourrait ajouter 
M. Serre, si, pour traiter la gonorrhée, on a eu recours à la sonde, 
aux injections émollientes, personne ne les a employées simultanément, 
dans le même but et avec les mêmes précautions que moi : or que peut 
un raisonnement contre un fait? Les injections émollientes seules ne 
guérissent pas la gonorrhée , cela est vrai ; l’introduction de la sonde 
dans le canal ne réussit pas mieux, je le suppose ; et pourtant, avec 
l’injection d’eau et la sonde, j’ai toujours triomphé de cette maladie. Que 
dire à cela ? qu’il faut voir ; sans doute ; voyez donc avant de critiquer ; 
etsi les faits viennent corroborer votre opinion, critiquez haut et ferme : 
votre critique alors sera utile; jusque là elle n’est que décourageante 
pour moi, inventeur, qui, en cette qualité, ai plus besoin d’encoura¬ 
gement que de blâme. » 



( i*8 ) 


DES INJECTIONS ASTRINGENTES DANS LE TRAITEMENT DE LA 
GONORRHÉE. 

% Sulfate de 7.îdc . 24 grains. 

Dissolvez dans eau distille'. . io onces. 

Ajoutez extrait de satume. . 20 gouttes. 

« Il faut employer cette injection dès qu’on s’aperçoit d’un le'ger pi¬ 
cotement, d’un peu de rougeur et d’un le'ger suintement à l’orifice du 
canal : le plus tôt vaut le mieux. On s’injecte trois ou quatre fois par 
jouç , et trois seringue'es chaque fois, en ayant soin de retenir le liquide 
une minute dans le canal au moyen d’une le'gère pression excrce'e sur 
les côtes de son orifice. Le plus souvent la douleur et l’inflammation 
avortent au bout de vingt-quatre heures, ou au plus tard, le deuxième ou 
le troisième jour; mais il faut continuer les injections; elles réussissent 
pendant toute la dure'e de l’e'tat aigu et quelle que soit l’intensite' de la 
douleur et de l’inflammation. Il est vrai de dire que plus on s’éloigne 
del’e'poque de l’invasion, moins leur effet est prompt et efficace, mais 
alors on change l’injection pour la suivante. 


y. Eau de roses. ... 6 onces. 

Sulfate de zinc. . . 10 grains. 

Laudanum. % gros. 


» Celle-ci manque rarement de produire son effet le troisième ou le 
quatrième jour, rarement plus tard. Quelquefois il reste un le'ger suin¬ 
tement dont on s’aperçoit le matin avant d’uriner ; mais il n’en faut pas 
moins cesser les injections. Il disparaît ordinairement de lui-même, sur¬ 
tout si on observe le régime prescrit ge'nc'ralement en pareil cas. » 
C’est riche de plus de cent observations et fort de l’opinion de Bell, que 
M. Poulain recommande ce traitement aux praticiens, traitement qu’il 
ne regarde pas et que nous ne donnons pas comme nouveau, mais qu’il 
signale comme ne méritant pas les préventions dontil est l’objetdans notre 
pays. Pour quiconque a eu l’occasion de traiter beaucoup de gonorrhées, 
des succès aussi constans et aussi nombreux que ceux qu’annonce ce chi¬ 
rurgien paraissent étonnans ; mais on peut les expliquer par lepeu d’an¬ 
cienneté des gonorrhées soumises à ce traitement. On sait, eu effet, que 
l’opiniâtreté de ces maladies est en raison directe de leur ancienneté. 
Il n’est pas rare en effet de voir des gonorrhées légères cesser d’elles- 
mêmes au bout de quelques jours : aussi regardons-nous comme très- 
sage la précaution qu’indique M. Poulain d’attaquer la maladie dès 
qu’elle commence à se manifester. Quant à la crainte que fait naître gé¬ 
néralement l’emploi de ce moyen, voici comment ce médecin cherche à 





( 129 ) 

la détruire : « J’affirme en mon ame et conscience que cette crainte 
n’est nullement fondée et tout-à-fait illusoire j car, de tous ceux que j’ai 
traités, aucun à ma connaissanee ne s’est plaint d’un pareil accident, 
chose que je suis à même de vérifier tous les jours, etc... Adressez-vous 
d’ailleurs à des personnes qui ont des rétrécissemens : la plupart vous 
diront qu’elles n’ont jamais fait d’injection, et que c’est à la suite d’un 
écoulement plus ou moins long, et qui a duré des années entières , 
qu’elles se sont aperçues que leur canal était rétréci. » 


GUÉRISON d’une HERNIE VOLUMINEUSE PAR LES DOUCHES FROIDES. 

Une osche'o-entéro-épiplocèle du côté droit, d’un tel volume que la 
verge se trouvait confondue dans la masse de la tumeur, avait été traitée 
sans succès par une foule de moyens dans divers pays et déclarée ir¬ 
réductible. Constamment irritée par l’écoulement de l’urine, elle offrait 
de profondes érosions, et son poids donnait lieu à de fréquentes coliques. 
M.Vanderbarch, chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Thionville, 
eut recours au traitement suivant : la tumeur fut enfermée dans un sus- 
pensoir et soulevée de manière que la partie inférieure devînt supé¬ 
rieure. Dans cette position et à l’aide d’une fontaine placée à six pieds 
au-dessus du malade, on fit arriver sur elle pendant un quart d’heure 
un filet d’eau froide. 

Six heures après cette première douche, la verge avait repris assez de 
longueur pour que l’urine ne se répandît plus sur la tumeur. On conti¬ 
nua les douches matin et soir pendant plus de vingt jours : la tumeur 
avait déjà diminué de plus des deux tiers , quand tout à coup, après la 
douche du soir, un gargouillement se fait entendre dans les bourses, 
avec une douleur vive et déchirante dans l’anneau inguinal, et la hernie 
rentre. Bientôt cette douleur disparut, et une ecchymose résultant pro¬ 
bablement de la rupture des vaisseaux qui alimentaient les adhérences 
envahit peu à peu le scrotum et céda aux compresses imbibées de vin 
rouge chaud. L’usage d’un bandage herniaire a mis, depuis, le malade 
à l’abri d’une rechute. 

CHIMIE ET PHARMACIE. 

DÉCOUVERTE DE LA SALtCINE DANS l’ÉCORCE DU TREMBLE ET DU 
PEUPLIER. 

Des expériences nombreuses faites dans presque tous les hôpitaux de 
Paris établissent les vertus fébrifuges de la salicine. Personne ne saurait 



( j3o ) 

nier que la decouverte faite parM. Leroux dans une écorce si commune 
que celle du saule, d’un principe qui se rapproche, pour les propriétés, 
de celui que recèle le quinquina, ne soit une acquisition très-impor¬ 
tante pour la thérapeutique. 

M. Braconnot, qui avait employé avec avantage l’écorce de tremble 
contre les fièvres intermittentes, et qui avait remarqué que l’extrait 
de cette écorce se comporte avec les réactifs à peu près comme celui du 
quinquina, ayant appris la découverte de la salicine, voulut s’assurer 
si l’écorce du tremble ne contiendrait pas quelque principe analogique, 
et il a reconnu que la salicine elle-même s’y trouve en parfaite identité. 
On se la procure aisément en versant dans la décoction de cette écorce 
du sous-ace'tate de plomb, et en évaporant la liqueur limpide et incolore 
préalablement privée de l’excès de plomb par l’acide sulfurique. Il ne 
s’agit plus que d’ajouter sur la fin un peu de noir animal et filtrer la 
liqueur bouillante; la salicine s'en sépare et cristallise aussitôt par le 
refroidissement. 

La salicine se trouve également, d’après ce chimiste, dans le peuplier 
blanc et dans le peuplier grec; mais le peuplier noir et beaucoup d’au¬ 
tres espèces de ce genre en paraissent dépourvus ; divers saules, les 
salix alba, triandm,fragilis, en manquent également; c’est des salix 
Jissa , amygdalina et hélix que l’on peut en tirer avec plus de faci¬ 
lité. 

Réactif pour reconnaître la morphine. — Si l’on met en contact 
à la température ordinaire de l’acide iodique dissous avec un seul 
grain de morphine ou d’acétate de cette base, la liqueur se colore forte¬ 
ment en rouge brun, et il s’exhale une odeur très-vive d’iode. La cen¬ 
tième partie d’un grain d’acétate de morphine suffit pour produire cet 
effet d’une manière encore très-sensible ; l’action est très-prompte, si la 
liqueur est un peu concentrée; elle est plus lente quand celle-ci est 
étendue, mais elle n’est pas moins appréciable au bout de quelques 
instans, même dans sept mille parties d’eau. 

La quinine, la cinchonine, la vératrine, la strychnine, la brucine, 
soumises aux mêmes épreuves, n’agissent aucunement sur l’acide iodi¬ 
que. M. Sérullas, à qui ces faits importans sont dus, signale donc cet 
acide comme un réactif extrêmement sensible pour déceler la présence 
de la morphine libre ou combinée avec les acides acétique, sulfurique, 
nitrique et bydro-chloriquc, non-seulement isolément, mais en mélange 
avec les autres alcalis végétaux. Cette découverte peut être d’une 
grande importance pour la médecine légale. 



( »3i ) 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


— Choléra-morbus sporadique. — Un grand nombre d’affections se 
sont présentées depuis un mois dans les hôpitaux et dans la ville avec 
des symptômes cholériques, dont on n’aurait pas parle' les autres an¬ 
nées , mais dont on fait grand bruit celle-ci, à cause de la frayeur 
qu’inspire l’affreux fle'au qui nous menace, et qui s’avance vers nous 
du côte' du nord et du côte' du midi. Cependant les maladies que l’on a 
observées à l’Hôtel-Dieu, à l’hôpital Saint-Louis, à l’hospice des Sourds- 
et-muets , et dans plusieurs quartiers de Paris, ne sont pasdes chole'ra- 
morbus ; elles ont présenté, peut-être à un haut degré, à cause de la 
mauvaise qualité des fruits, les phénomènes propres aux maladies de 
l’été; mais les vomissemens et les déjections alvines ont été facilement 
arrêtées, et chez très-peu de malades l’on a observé des crampes et les 
autres symptômes graves du choléra. Tous les médecins qui ont eu à 
traiter de semblables affections ont remarqué qu’elles étaient toutes 
survenues après avoir mangé du melon ou des prunes. 

Il est certain que cette année la constitution atmosphérique de l’air 
offre cela de remarquable., que les maladies prennent vite un caractère 
épidémique. Nous avons eu au printemps la grippe, qui, après avoir 
atteint plus de cent mille personnes à Paris, s’est portée dans les envi¬ 
rons de la capitale, où elle a régné épidémiquement dans un rayon de 
plus de vingt lieues : elle s’est montrée également sur divers autres 
points de la France. Récemment, nous avons vu i’e'risypèle être épidé¬ 
mique dans lés salles des hôpitaux ; et, dans ce moment, ne voit-on pas 
une autre affection qui atteint à la fois un très-grand nombre d’habitans 
de Paris ? Cette affection est caractérisée par le trouble des fonctions di¬ 
gestives; anorexie, bouche pâteuse, amère, pesanteur à l’épigastre, 
coliques, dévoiement avec ténesmes,faiblesse,brisement général.Cette 
maladie, comme les précédentes, n’est pas grave; mais cette disposi¬ 
tion de l’air, d’imprimer aux maladies un même caractère et d’en faire 
de vraies épidémies, est inquiétante pour l’avenir. 

— Empoisonnement par le vert-de-gris. — Un homme qui, dans 
peu de temps, avait fait quatre tentatives de suicide et qui était entré à 
l’Hôtel-Dieu pour se faire restaurer la mâchoire qu’il s’était fracassée 
par un coup de pistolet, y a tenté, pour la cinquième fois, de mettre 
• fin à ses jours. Pour cela, il a avalé une certaine quantité de vin dans 
lequel il avait laissé macérer cinq gros sous. L’accident ayant été connu 
à temps, on lui a fait boire de force une grande quantité d’un liquide al- 



( *3a ) 

Lumineux qui a détermine' l’expulsion du sel de cuivre par le vomisse¬ 
ment. Le malade est hors de danger ; mais , outre la fracture de la m⬠
choire, il a maintenant une irritation gastrique très-vive ; combattue par 
les moyens convenables , celle-ci cédera facilement. 

— Hernies étranglées. 'Récidive. — Plusieurs praticiens doutent 
de la possibilité de la récidive d’une hernie crurale déjà opérée ; un cas 
de cette espèce a été observé récemment à la Charité. La femme qui l’a 
présenté avait subi l’opération depuis dix ans. M. Roux, obligé del’o' 
pérer de nouveau, a fait observer que, dans ce cas, l’anneau se trouvant 
élargi, l’étranglement est le plus souvent produit par le col du sac, et 
que par conséquent il est indispensable de débrider celui-ci de prime- 
abord , parce que, seul, il cause l’étranglement. Par un hasard singu¬ 
lier, sept cas de hernies étranglées se sont présentés dans un très-court 
espace de temps, à la Charité. Nous ferons connaître les idées prati¬ 
ques qui ont été développées lorsque nous nous occuperons de ce sujet. 

— Luxation de l’humérus onze fois répétée. — Un homme de 
vingt-cinq ans, d’une bonne constitution, s’est présenté à l’Hôtel-Dieu 
avec une luxation de l’humérus qui ,.par des causes variées et souvent 
légères, s’est reproduite onze fois en cinq ans. Cependant, malgré la 
facilité de l’articulation à se luxer, la réduction a nécessité des efforts 
assez considérables , et le malade, qui a une certaine expérience à cet 
égard, a fait ressortir lui-même l’avantage du point fixe (un anneau scellé 
dans le mur) pour opérer la contre-extension. M. Dupuytren a rappelé 
à ce sujet un élève en médecine dont il avait vu le bras se luxer plus 
de cent fois. Nous connaissons un homme qui se le luxe à volonté. La 
femme d’un des professeurs honorables d’une de nos Facultés de méde¬ 
cine est à peu près dans le meme cas. 


VARIÉTÉS. 

— Nouvelles du choléra-morbus de Pologne. Son traitement. — 
M. Londe, président de la commission médicale envoyée en Pologne, 
écrit de Varsovie, en date du u5 juillet : « Le choléra continue ici ses 
ravages dans l’armée, dans les hôpitaux et dans la ville.Quand l’invasion 
n’est pas subite, elle est précédée d’un sentiment de malaise dans toute la 
région abdominale, de nausées, de vertiges, de crampes, et d’un dévoie¬ 
ment qui dure de six à huit heures. Bientôt la peau devient livide, les 
extrémités sont froides et glacées, la figure est décomposée et d’un aspect 
tout particulier ; les yeux sont profondément enfoncés dans leur orbite. 
Souvent le globe de l’oeil est relevé de manière qu’on n’en aperçoit que 




( i33 ) 

Je blanc; toute la peau de la face est injecte'e comme chez un asphyxie'. 
Il survient des voinissemens de matières plutôt se'reuses que muqueuses, 
et des déjections tantôt brunes, tantôt blanchâtres ; quelquefois ces deux 
symptômes manquent, ou bien ne se présentent qu’au début ou à la fin 
de la maladie; la langue est blanche et froide ; la soif est intense , in¬ 
extinguible; l’épigastre et l’abdomen sont très-douloureux; souvent les 
parois abdominales sont comme collées contre la colonne vertébrale. La 
respiration est extrêmement gênée ;' le pouls est petit, souvent imper¬ 
ceptible , même aux artères carotides; les crampes continuent en arra¬ 
chant aux malades des gc'missemens ; enfin l’excrétion des urines est 
nulle. Ces désordres ne sont accompagnés d’aucun délire, et les mala¬ 
des répondent juste aux questions qui leur sont adressées. L’expression 
de la face , les crampes, le froid, l’absence du pouls et de la sécrétion 
urinaire, sont des symptômes constans et caractéristiques. 

» La marche du choléra est rapide; sa durée varie de quelques 
heures à deux ou trois jours. Sa terminaison par la mort est prompte. 
J’ai vu souvent le choléra tuer, en six heures, des individus de l’un et 
de l’autre sexe. On peut presque considérer les malades comme hors de 
danger lorsque la chaleur et les battemens du pouls reparaissent, pourvu 
qu’il ne soit point filiforme, mais qu’il devienne plein. La convales¬ 
cence est longue, pénible, souvent accompagnée d’œdème, d’anasarque 
ou de gangrène des extrémités. Lorsque le malade entre en convales¬ 
cence, le pouls conserve, pendant quelques jours, une lenteur et une 
rareté remarquables. Sur trente convalescens de l’âge de dix-neuf à 
vingt-six ans, j’ai constaté qu’il n’olîrait que trente-six à cinquante 
pulsations par minute. 

» Les moyens principaux que l’on emploie ici contre le choléra sont : 
i° le calomélas à forte dose (huit à vingt grains par heure, ou même 
par demi-heure.) Il est administré ici, dans l’hôpital de Bagatelle, par 
M. S...., médecin anglais. Dans cet hôpital la mortalité est effrayante ; 
a 0 le nitrate de bismuth : MM. les docteurs Léo et Malez m’ont dit en 
avoir obtenu de bons effets ; 3° quelques médecins, se fondant sur l’a¬ 
nalogie qu’ils croient trouver entre le choléra de ce pays et la colique 
des peintres, emploient les e'vacuans dans le premier moment; ils pré¬ 
tendent que les matières vomies, d’aqueuses qu’elles sont, deviennent 
d’un vert glauque, extrêmement abondantes, que, dans l’espace de 
quelques minutes, le pouls se relève, le visage s’anime, les yeux ces-, 
sent d’être ternes. Us mettent alors en usage la saignée et la teinture 
d’opium à forte dose. 

» Les moyens qui m’ont paru avoir le plus d’avantage sont, dans le 
premier moment, tous ceux qui tendent à rappeler la chaleur animale, 



( < 34 . ) 

comme les bains chauds, les larges sinapismes chauds sur le ventre, 
les frictions alcooliques aux extrémités , etc. ; à l’intérieur les infusions 
très chaudes de menthe, de mélisse ou de toute autre substance, ensuite 
la saignée et les révulsifs. 

— Huile de cajeput dans le choléra. — Un médecin du Bengale 
vient d’écrire de Londres , à M. Chantourelle, une lettre qui a été com¬ 
muniquée à l’Académie. Suivant lui, un des meilleurs moyens de gué¬ 
rir le choléra-morbus est l’huile de cajeput administrée à la dose de 
vingt-cinq à cinquante gouttes dans un verre d’eau chaude, en répétant 
la dose une demi-heure après, si les accidens n’ont pas cédé. Ce mé¬ 
decin assure avoir guéri de cette manière 109 malades sur 11 o. M. Marc 
apprend que la sœur du roi a reçu une lettre de l’Inde, où l’on con¬ 
firme les bons effets de cette médication. 

— Précautions sanitaires. — L’entrée en France, par les fron¬ 
tières de terre et de mer, vient d’ctre interdite à tous les effets d’ha- 
billcmensvieux, garnitures de lit, fourniture des hôpitaux, casernes, 
camps et lazarets. Les hardes et vêtemens des voyageurs sont exceptés 
de cette mesure ; ils seront soumis aux purifications prescrites par les 
quarantaines. Les chanvres et lins provenant des pays du Nord ne seront 
admis dans nos ports qu’après que les ballots auront été ouverts et sou¬ 
mis à la ventilation dans les lazarets. Les personnes employées au trans¬ 
port ou à la purification des ballots ne seront admises à la libre pratique 
qu’après un temps de séquestration déterminé par l’intendance ou la 
commission sanitaire. 

— Intendances sanitaires. —Il va être établi des intendances sani¬ 
taires dans les chefs-lieux des vingt départemens limitrophes suivans : 
Pas-de-Calais, tSomme, Nord, Aisne, Ardennes, Marne, Meuse, Mo¬ 
selle , Mcurthc, Vosges, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Doubs, Jura, Ain, 
Rhône, Isère, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Var. 

Des intendances sanitaires secondaires seront aussi formées dans les 
chefs-lieux de sous-préfecture de tous ces départemens, excepté ceux 
du Pas-de-Calais, du Nord et du Var, où il existe déjà des intendances. 
Les préfets pourront augmenter, selon le besoin, le nombre des com¬ 
missions sanitaires. 

—Création des commissions de santé à Paris .—Une commission 
de santé, composée de deux médecins et d’un pharmacien, va être créée 
dans chaque quartier de Paris ; cette commission, qui correspondra 
avec le conseil de salubrité établi à la préfecture de police, devra recher¬ 
cher principalement les causes d’insalubrité qui peuvent compromettre 
la santé des habitans, donner avis des maladies contagieuses ou épidé¬ 
miques qui pourraient se manifester, se transporter partout où sa pré- 



( *35 ) 

sence sera ne'ccSsaire, et prendre, de concert avec l’autorité' et le con¬ 
seil de salubrité', les mesures urgentes que nécessiteraient des e've'ne- 
inens imprévus. 

— Nouveau moyen pour arrêter les hémorrhagies. —Nous 
nous empressons de signaler à nos lecteurs la découverte d’une sub¬ 
stance qui peut rendre les plus grands services à l’humanité, si ses 
effets avantageux se confirment, comme il y a tout lieu de le croire. 
Nous devons cette découverte à MM. Talrich et Hahna-Grand, méde¬ 
cins de Paris. La substance dont nous parlons est un liquide qui a pour 
propriété d’arrêter d’une manière sûre et définitive l’écoulement du 
sang, quel que soit le calibre du vaisseau blessé. Plusieurs expériences 
ont déjà été faites sous nos yeux -, voici quel en est le résultat : un mou¬ 
ton a eu la cuisse amputée ; un tampon imbibé de la liqueur hémosta¬ 
tique a été aussitôt appliqué sur la plaie et maintenu pendant dix ou 
treize minutes, puis l’animal a été abandonné à lui-même : l’hémorrha¬ 
gie n’a pas eu lieu, même après la chute du tampon, qui s’est opérée 
le cinquième jour. Sur huit autres moutons on a divise' la carotide en 
long, en travers, dans une étendue qui n’a pas été moindre de quatre 
lignes j on a fait subir à ce vaisseau une perte de substance, sans néan¬ 
moins le diviser totalement en travers, afin que la rétraction n’ait pas 
lieu, et dans tous ces cas le même procédé a été couronné d’un égal suc¬ 
cès. Lorsque MM. Talrich et Halma-Grand jugeront à propos de pu¬ 
blier la composition de cette substance, nous nous ferons un devoir de 
la faire connaître aussitôt, ainsi que tout ce qui se rattache à son emploi. 

— Sujet héméralope et nyctalope à la fois. — Le docteur 
Rennes, dans un mémoire qu’il vient de publier dans les Archives , 
cite le cas curieux d’un jeune homme de Pe'rigueux, qui possède à la 
fois une vue de jour et une vue de nuit, c’est-à-dire qu’étant héméralope 
de l’œil droit, il est nyctalope de l’œil gauche. L’œil frappé de nycta- 
lopie offre cela de remarquable que la pupille est beaucoup plus con¬ 
tractée pendant le jour que celle du côté opposé, et ne se dilate qu’au 
coucher du soleil, comme chez le chat ; du reste la vue de nuit est pres¬ 
que aussi complète de l’œil gauche que chez cet animal, et il n’est pas 
rare de voir l’individu dont nous parlons éteindre les lumières pour 
chercher un objet perdu avec plus de facilité. 

— Retour de Pologne de M. le docteur Brière .—Notre honorable 
confrère Brière de Boismont, que le mauvais état de sa santé a forcé 
de quitter Varsovie, est arrivé le 23 de ce mois à Paris. Le premier de 
tous les médecins français avec M. Legallois , il a abordé ccttc terre de 
braves , que la guerre seule désolait alors. Sous leurs yeux sont nés les 
deux terribles fléaux qui ont décimé et déciment encore les héros po- 



( i36 ) 

lonais que la mort épargne sur les champs de bataille : le typhus et le 
l'hole'ra-morbus. 

Les amis de M. Brière le revoient avec d’autant plus de plaisir, 
qu’atteint du typhus au milieu des camps de Pologne, les bruits les plus 
sinistres s’étaient répandus sur son sort. Mais ce plaisir est mêle' pour 
nous d’une profonde amertume : il revient seul. Qu’a-t-il fait de notre 
camarade, de notre ami ? Où est celui que le comité polonais lui avait 
donné pour compagnon de dangers et de gloire ? Pour lui, le doux so¬ 
leil de France, qui lui est rendu, aura bientôt raffermi sa convalescence ; 
mais Legallois, le reverra-t-il? embrassera-t-il encore sa famille, ses 
amis? pourra-t-il leur montrer aussi la glorieuse croix polonaise, prix 
de son courage et de son dévouement? Hélas, puissions-nous pouvoir 
l’espérer ! Mais, épuisé d’abord par une maladie longue et cruelle, 
puis atteint d’une phthisie pulmonaire, qui fait chaque jour des pro¬ 
grès , la nature aura-t-elle chez lui assez de force pour lutter avec avan¬ 
tage contre une cause si active de destruction? Fasse le ciel qu’il nous 
soit rendu ! c’est le vœu d’un ami ; c’est le vœu de la science, dont il 
était l’espoir. 

— Académie de médecine. — Une place de titulaire était vacante 
«à l’Académie royale de médecine ; M. Réveillc'-Parise vient d’y être 
nommé à une immense majorité. Au premier tour de scrutin, il a obtenu 
43 voix; M. Hcrvez de Chégoin, 14; et M. Emery, i3. 

— Lettre à MM. les pharmaciens. — Croyant être à la fois utile 
et agréable aux nombreux pharmaciens qui ont souscrit à ce journal, 
nous nous rendons volontiers aux désirs de notre collaborateur M. Che¬ 
valier, en leur insérant la lettre suivante, qu’il leur écrit dans un but 

Messieurs et Collègues , 

J’avais donné à M. P. de Meze, dans L’intérêt des sciences et de l’art pharma¬ 
ceutique, l’idée de réunir dans un ouvrage peu volumineux ayant pour litre : 
Fastes de la pharmacie française , 1” un résumé des analyses végétales faites 
jusqu’à ce jour; a" 1 analyse de tous les travaux faits depuis quarante ans par les 
pharmaciens français, avec l’indication des ouvrages où ces travaux ont été publiés. 

Ces travaux, qui sont très-nombreux et qui ont produit des résultats immenses 
par les heureuses applications qu’on en a faites, soit dans les arts et les manufac¬ 
tures , soit dans l’art médical, et surtout dans la thérapeutique , méritant à ceux 
qui s’en sont occupés des droits à la reconnaissance publique , j’ai pensé qu’il 
serait mile de tenir l’ouvrage publié au commencement de 1850 au niveau de la 
science, et de donner tous les deux ans, dans un supplément de quelques feuilles, 
un résumé des analyses faites pendant ce temps , et des nouveaux travaux mis au 

J’ai cru cependant qu’il serait convenable de faire précéder ce résumé, dont 
les matériaux sont déjà en partie prêts, d’un appendice ayant pour but de rec¬ 
tifier les omissions qui auraient pu se glisser dans l’ouvrage qui a déjà paru; je 
crois donc devoir prier nos confrères de lire avec soin les articles qui les concer¬ 
nent dans les Fastes de la pharmacie française , et de vouloir bien adresser 
franc de port à l’éditeur de cet ouvrage, M. Thomine , libéaire , rue de la 
Harpe, n" 88, une note des additions et rectifications qu’il y aurait à faire dans 
ces articles. 

Je suis, en attendant ces renseignemens utiles pour la science, etc. 

A. Chevalier. 




THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 

DE l’aPPBÉCIATION DES FAITS EK THÉBAPEUTIQUE. 

11 est impossible défaire de la bonne me'decine si l’on ne sait appré¬ 
cier les faits que l’on rencontre tous les jours dans la pratique. Or rien 
n’est certainement plus difficile que cette appréciation. Les causes de 
cette difficulté sont nombreuses ; nous allons les exposer avec quelques 
détails. 

L’homme est ainsi fait, qu’il abandonne volontiers à un autre la di¬ 
rection de ses idées; il aime surtout, dans des circonstances graves, à 
se décharger de la responsabilité qui pèse sur lui, et lorsqu’il voit con¬ 
fiés à ses soins des malades dont le sort l’inquiète, il cède volontiers à 
l’autorité de scs maîtres, dont il suit aveuglément les instructions thé¬ 
rapeutiques. On ne se défait pas aisément de cette servilité écolière, et 
quels que soient nos revers, nèus nous obstinons à trouver bien ce que 
naguèrenous avons cru le mieux, et confians dans ceux dont nous avons 
adopté les idées, nous imputons à la nature les fautes dont nous som¬ 
mes coup aides. 

. Sans doute un jeune praticien fait preuve d’un bon esprit en suivant 
la voie que ses maîtres lui ont tracée ; mais lorsqu’il s’aperçoit que cette 
voie est mauvaise, il doit la quitter et en tenter une autre , sans tenir 
trop à ce respect pour les vieilles idées, presque aussi dangereux que 
l’enthousiasme pour les nouvelles. 

Il y a bien long-temps que la saignée est regardée comme un des 
moyens les plus efficaces dans le traitement des angines tonsillaires. 
C’est une idée que nous avons pour ainsi dire sucée en naissant ; mal¬ 
gré les révolutions médicales qui ont bouleversé toutes les théories dans 
chaque siècle , on n’a jamais osé toucher à certains préceptes de théra¬ 
peutique , et celui que nous venons d’indiquer était de ce nombre. Or 
une sanction aussi solennelle était bien puissante ; et cependant des ob¬ 
servateurs consciencieux veulent savoir à quoi s’en tenir au juste, ana¬ 
lysent avec soin un grand nombre de faits, et comparent la marche de la 
maladie chez ceux qui ont été saignés et chez ceux qui ne l’ont pas été : 
il devient alors évident pour tout le monde que les émissions sanguines 
ont une influence nulle, ou presque nulle, sur l’angine phlegmoneuse. 
Cette conclusion étonne bien des médecins ; la plupart résistent même à 
la vérité, et veulent expérimenter à leur tour; mais ils ne tardent pas 
à partager la conviction aujourd’hui générale, bien étonnés d’avoir cru 
sur la foi d’autrui ce que tant d’autres avaient cru avec eux. 



( >38 ) 

Aussi la première chose à faire pour un rae'dccin est-elle de connaître 
la marche naturelle d’une maladie. C’est, nous en convenons, l'étude 
la plus difficile. Il est bien rare qu’une maladie soit abandonnée à elle- 
même • le médecin ne reste pas facilement spectateur des progrès du 
mal, et le patient lui-même s’irrite contre l’inaction du médecin. Il en 
résulte que presque jamais une maladie, même bénigne, ne parcourt 
toutes ses périodes vierge des médications. C’est un grand malheur, car 
la marche naturelle de la maladie restant inconnue, nous manquons d’un 
des ternes du jugement, et toute appréciation des faits thérapeutiques 
est impossible. On peut, il est vrai, comparer entre elles deux on plu¬ 
sieurs médications , et juger ainsi de l’efficacité relative des unes et des 
autres ; mais une fois que l’on connaît la meilleure méthode, encore 
faut-il savoir si, quoique meilleure que les autres, elle est préférable à 
la simple expectation. II est bien digne de remarque que chaque faiseur 
de système a cherché à -faire prévaloir ’le sien, en opposant les succès 
obtenus par sa méthode aux revers qui attendaient ceux qui n’étaient 
pas enrôlés sous sa bannière; mais nous ne voyons pas qu’il soit parti 
du point réel de la question, savoir si, en ne faisant rien, on n’obtien¬ 
drait pas des succès plus certains encore. 

Ainsi donc il est du devoir d’un médecin consciencieux de connaître 
avant tout la marche naturelle des maladies. L’étude des auteurs . la 
pratique des hôpitaux, le lui apprendront, pourvu qu’il le veuille 
comme on doit vouloir. Quand nous parlons des auteurs, nous n’enten¬ 
dons pas les médecins spéculateurs, mais bien ceux qui recueillent, 
analysent et comparent laborieusement des faits. Or, parmi les histoires 
de maladies qu’ils rapportent, parmi celles que l’on peut rassembler 
dans les hôpitaux, il en est qui nous montrent un malade entièrement 
abandonné à lui-même, ou traité de telle manière que la médication n’a 
eu certes aucune influence sur l’issue de la maladie. Ce sont là des faits ca¬ 
pitaux , des faits qu’il faut saisir avec avidité, car ils seront désormais 
le jalon suivant lequel nous dirigerons notre conduite thérapeutique. 

En effet, si, de cette manière, nous avons appris qu’abandonnée à 
elle-même, la diphtérite pharyngienne, par exemple , a une issue né¬ 
cessairement funeste, nous serons dès lors autorisés à user de toutes les 
médications possibles , car , en définitive , elles ne pourront avoir un 
pire résultat que l’expectation. Que si quelqu’une de ces méthodes de 
traitement sauve quelques malades, elle sera déjà bonne, et il n’y aura 
désormais qu’à en chercher une meilleure, et une comparaison religieuse 
entre les faits divers que nous ou nos confrères auront observés, nous 
instruira promptement de la médication qu’il convient d’adopter on de 
rejeter. 



( i3g ) 

Mais si nous nous sommes convaincus, par l’observation des faits, que 
la pneumonie aigue sporadique a, neuf fois sur dix, une issue spontané¬ 
ment heureuse, et que la maladie se termine communément du quin¬ 
zième au vingtième jour , nous aurons alors un terme de comparaison 
auquel nous devrons mesurer nos médications ; et de toute e'vidence, 
nous devrons abandonner celles qui seront moins efficaces que l’expec¬ 
tation, celles même qui ne modifieront en rien la maladie, car à quoi 
bon faire subir aux patiens le supplice inutile de nos remèdes ? 

Tout à l’heure , en parlant de la pneumonie aiguë, que nous avions 
choisie comme exemple, sans attacher d’ailleurs à cette citation une im¬ 
portance particulière , nous ajoutions l’épithète de sporadique, et ce 
n’c'tait pas sans intention. En effet, les influences épidémiques impri¬ 
ment aux maladies une allure particulière qu’il est essentiel de con¬ 
naître. Les données que nous avions jusqu’ici sur les affections spora¬ 
diques deviennent nécessairement infidèles ; il faut alors étudier sur de 
nouveaux frais. 11 suffira d’une attention peu sévère pour juger de la 
gravité et de la marche relative de la maladie épidémique, puisque 
déjà nous posséderons l’un des éle'mens de notre jugement, savoir, la 
connaissance exacte de la marche et de la gravité de l’affection à l’état 
sporadique. Quant au traitement, il doit être provisoirement le même 
que celui dont nous tirons le plus d’avantages dans les circonstances or¬ 
dinaires ; que s’il ne réussit plus aussi bien , il ne faudra pas en accuser 
toujours la gravité plus grande de la maladie ; car souvent l’accession 
de certaines modifications apportées parles influences épidémiques sera 
la cause unique du peu de succès de nos moyens ordinaires, et une mé¬ 
dication autre réduira souvent aux termes les plus simples une maladie 
qui s’annonçait avec un caractère et un danger insolites. 

Ici donc la théorie nous abandonne, et notre expérience même per¬ 
sonnelle est en défaut; il nous devient impossible d’apprécier les faits 
thérapeutiques en suivant la voie que nous indiquions tout à l’heure. 
C’est dans de telles circonstances que l’expérience des autres vient le 
plus efficacement à notre aide : car la vie d’un médecin ne suffit souvent 
pas à voir deux épidémies dont les caractères identiques demandent un 
traitement identique. Il faut donc consulter les auteurs anciens , tâcher 
de reconnaître les faits défigurés , ou par des opinions préconçues et au¬ 
jourd’hui surannées, ou par le désir de faire triompher certains prin¬ 
cipes; comparer entre eux plusieurs écrivains , mettre en parallèle leurs 
observations et celles que nous recueillons , et adopter franchement la 
méthode thérapeutique que nous verrons être la meilleure , dût-elle 
heurter toutes nos idées, toutes nos théories. 

C’est ainsi que, dans la dysenterie sporadique , les Iavcmcns anodins 



( >4° ) 

amylacés , les boissons a (pieuses et e'mollientcs, les bains de siège , les 
applications de sangsues vers l’extrémité inferieure de l’intestin, seront 
universellement conseilles, et produiront une prompte guérison ; mais 
dans certaines cpide'miès , et nous avons pu en observer de ce genre, ces 
moyens échouent, les malades succombent rapidement, et la dysenterie 
n’est enrayée que par des potions salines, par des lavemens purgatifs 
très-fréquemment administrés, ou bien encore par de hautes doses 
d’opium. Nous concevons que l’on répugne à administrer deux fois par 
jour un demi-gros de calomel à un dysentérique, ou bien une once de 
sel d’Epsom; mais quand l’expérience a prononcé, que nous importe 
l’absurdité de la médication si elle réussit ? Entre la théorie qui expli¬ 
que et qui tue, et l’expérience qui guérit et ne peut expliquer, quel 
parti doit prendre le médecin? nous le demandons à tous ceux qui font 
la médecine ailleurs que dans leur cabinet. 

Ce que uons venons de dire des méthodes thérapeutiques employées 
contre des cas sporadiques ou contre des maladies épidémiques s’appli¬ 
que tout-à-fait aux maladies en tant que spéciales. Il n’est peut-être pas 
de tissu qui ne soit le siège d’un grand nombre de modes inflammatoires 
qui ont entre eux quelque chose de commun, mais qui sont différenciés 
aussi par des caractères constans à l’aide desquels ils peuvent être divi¬ 
sés en sous-genres et en espèces. Vainement l’école du Val-de-Grâce, 
alors qu’elle avait encore de l’influence sur les opinions médicales, a-t- 
elle lutté contre la spécialisation des maladies; il a fallu peu d’efforts 
pour renverser le seul argument un peu solide dont elle s’e'tayàt. Elle 
ne voulait voir dans l’inflammation, quelle que fût sa forme, qu’un 
phénomène toujours le même, puisque ses e'iémens, savoir, la chaleur, 
la rougeur, la douleur, la congestion, s’y retrouvaient toujours, mais 
seulement dans des proportions différentes ; comme s’il fallait voir, dans 
l’âne et le cheval, un seul et même animal, attendu qu’ils ont tous deux 
six incisives et six molaires à chaque mâchoire, un estomac simple, le 
cæcum énorme, un seul doigt à chaque pied, les mamelles entre les 
cuisses ; comme si la différence dans la longueur des oreilles, dans le- 
pelage, dans la queue, dans la crinière, dans le port, ne constituaient 
pas d’assez importans caractères pour qu’on dût en tenir compte. Cer¬ 
tes, si d’après des caractères différentiels constans, quoique peu consi¬ 
dérables en définitive , on s’est cru fondé à faire une espèce à part de 
chacun de ces pachydermes, pourquoi aurait-on hésité à considérer 
comme espèces du genre inflammation certaines formes phlegmasiqucs 
qui, dans un même tissu, se distinguent par des formes toujours sem¬ 
blables à elles-mêmes, toujours différentes des autres formes de l’in¬ 
flammation ? 



( »4* ) 

Or, une fois que le médecin s’est bien pénétré de celte idée, que , 
dans l’étude de la pathologie comme dans celle de l’histoire naturelle, 
les classifications et les divisions sont aussi .fécondes en progrès que la 
tnanie de tout envelopper dans les memes catégories est absurde et ré¬ 
trograde; une fois qu’il aura bien compris tout ce qu’a d’important et 
de vrai le système des spécialisations, il verra s’ouvrir devant lui une 
voie toute nouvelle, et il sera étonné de la facilité avec laquelle il ap¬ 
préciera désormais les faits thérapeutiques qui se présenteront à son ob¬ 
servation. 

Ainsi, pour prendre un exemple entre mille , soient la goutte et le 
rhumatisme articulaire. Ces deux maladies occupent la même partie, 
toutes deux sont remarquables par la soudaineté de leur invasion, par 
la rapidité de leur transmigration : dans les deux il y a rougeur et tu¬ 
méfaction , il y a douleur et supersécrétion. Or, pour le médecin de 
l’c'cole physiologique, il n’y a là que deux degrés différens d’un seul 
mode inflammatoire; il ne tient compte ni de la rongeur vermeille des 
articulations, ni de la sécrétion des tophus, ni de l’exquise douleur, ni 
de la déformation singulière des doigts , ni de l’odeur particulière des 
sueurs et des urines chez les goutteux, comme si tout cela se trouvait 
chez le rhumatisant. Dès lors, s’il a quelque logique , quand il a vu le 
rhumatisme articulaire être si promptement et si efficacement guéri par 
le régime antiphlogistique , ne devra-t-il pas user des mêmes armes 
dans le traitement de la goutte ? Et quand il verra cette dernière affec¬ 
tion empirer manifestement sons l’influence des émollicns et des sang¬ 
sues , et reparaître avec moins de douleur, il est vrai, mais avec des 
douleurs bien plus long-temps continuées, quelle perturbation ne va pas 
jeter dans scs idées thérapeutiques l’issue différente de la même médica¬ 
tion dans deux maladies qu’il croit identiques? Ce n’est désormais qu’en 
tremblant qu’il soignera un rhumatisant ; tandis que si de bonne heure 
il se fût habitué à reconnaître les caractères faciles qui différencient la 
goutte et le rhumatisme , il pourrait profiter de chacun de ses essais 
thérapeutiques, et, sans se rendre compte du pourquoi, il saurait que 
la saignée, si utile dans un cas, est au moins inefficace dans l’autre, et 
dès lors il ne resterait plus pour lui qu’une question de diagnostic. 

Nous avons choisi cet exemple, et, comme nous le disions tout à 
l’heure, nous aurions pu en choisir mille autres. Les maladies du canal 
intestinal, celles delà peau, de la gorge, de l’œil surtout, nous auraient 
fourni matière aux mêmes réflexions. 

Mais l’évidence ne frappe pas tout le monde ; bien des gens naissent 
avec un esprit qui ne se rend jamais à la vérité; une fois qu’ils ont 
adopté une idée, ils la gardent et ils la conservent opiniâtrement ; 



( ) 

ils ne veulent pas revenir en arrière, comme s’il y avait honte à s’être 
trompe’, comme si dans une science d’observation nous n’e'tions pas 
toujours à l’école, comme si des expériences nouvelles ne devaient pas 
nous conduire à d’autres conclusions. Et puis ce n’cst pas toujours à un 
mauvais esprit qu’est due cette résistance ; bien souvent une intelligence 
bornée empêche de saisir les relations d’idées, et l’on reste stationnaire 
parce que l’on est né stupide. Il en est aussi qui ont su de bonne heure 
à quel point sont menteurs les gens de notre robe ; ils savent que rien 
ne coûte aux médecins à priori ( nous appelons ainsi les faiseurs de 
systèmes ) pour plier les faits aux théories qu’ils ont imaginées ; ils sa¬ 
vent encore qu’il n’est idée si absurde, théorie si inconséquente qui ne 
trouve mille gens prêts à la soutenir, et qui la soutiendront en controu- 
vant des observations; ils savent aussi que des milliers de confrères, les 
uns par sottise, et pour l’honneur de notre profession nous devons dire 
que c’est le plus grand nombre; les autres par calcul de vanité, les au¬ 
tres parle désir de se faire une renommée qu’ils feront chèrement payer, 
publient des livres, des mémoires , remplis de grossières erreurs ou 
d’impudens mensonges. Il en résulte qu’un honnête homme, las d’être 
trompé, et toujours déçu lorsqu’il a voulu répéter des essais , finit par 
tomber dans une méfiance absolue , rejette désormais tout sans examen 
et ne s’en lie plus qu’à sa propre expérience. Quelques personnes ont 
une autre façon de faire : ils croient tout avec trop de facilité ; il leur 
suffit qu’un homme parle haut et fort pour que cet homme ait raison , 
pour qu’ils répètent ce qu’il dit, pour qu’ils fassent ce qu’il fait, et 
ainsi ballottés d’obéissance en obéissance, ils croient tout, oublient tout 
et ne jugent rien. A. Trousseau. 


DE l’iode DANS LK TRAITEMENT DES SCROFULES. - ASSOCIATION 

DE L OPIUM A L IODE DANS LES CAS ü’uLClîRES SCROFULEUX. 

L’iode, en sa qualité de médicament énergique, peut aussi bien pro¬ 
duire des miracles que des accidens funestes, et doit trouver par con¬ 
séquent des admirateurs fanatiques comme d’opiniâtres censeurs. Son 
sort, comme celui de l’émc'tique, sera sans doute d’éprouver toutes les 
vicissitudes de la fortune ; mais ainsi que lui, supérieur aux louanges 
de ses partisans exagérés comme au mépris injuste de ses détracteurs, 
il survivra aux passions du moment et aux théories à venir , et pren¬ 
dra place dans le formulaire du praticien à côté du quinquina. Quand 
M. Coindeteut l’idée si heureuse et si féconde d’appliquer ce corps, à 
peine connu, au traitement des scrofules , et que les succès de ses 



( '43 ) 

premiers essais furcul connus, chacun re'pe'ta à l’envi les expériences 
du médecin de Genève. Bien des goîlres et des engorgemens strumeux 
durent leur guérison à ce nouveau médicament ; mais aussi que de fem¬ 
mes virent sous son influence leur sein se flétrir ! combien de jeunes 
gens achetèrent la fonte de quelques engorgemens cervicaux au prix de 
la fièvre, de douleurs d’estomac, de la perte de l’appétit, de diarrhées 
abondantes, de l’amaigrissement et même du marasme ! Ces accidens 
éveillèrent la sollicitude des médecins , et ce qui n’était que le résultat 
de l’inexpérience ou de l’impéritiefut attribué aumédicamentlui-même. 
De là cette méfiance des uns et cette aversion des autres pour l’iode, à 
qui il ne fallait, pour assurer son triomphe, que d’être manié par des 
mains plus expérimentées. Les préparations indiquées par M. Coin- 
det, et la teinture d’iode en particulier, étaient infidèles : d’une part, 
la dose d’iode administrée chaque jour au malade était trop forte, et 
de l’autre, dans le mélange qu’on faisait de la teinture avec d’autres li¬ 
quides , l’iode se précipitait, et se trouvant en contact immédiat avec la 
muqueuse gastro-intestinale, il y produisait une irritation qui, entrete¬ 
nue chaque jour par le médicament, donnait lieu à des accidens plus 
ou moins graves. Aussi M. Coindet s’en aperçut-il un des premiers, et 
fractionna les doses d’iode de manière à rendre son action plus sûre et 
moins dangereuse. Quelques recherches isolées tendirent au meme ré¬ 
sultat , et l’iode obtenait dans la pratique de quelques médecins des 
succès bien évidens, mais ne cessait pas pour cela d’être aux yeux de 
beaucoup d’autres un objet de défiance ou d’effroi. Pour faire cesser cet 
état d’incertitude, il fallait qu’un homme, juste appréciateur des ver¬ 
tus de ce médicament, voulût en faire le sujet spécial de son étude, et 
se trouvât à la tête d’un service d’hôpital, position indispensable à ce 
genre de recherches. C’est M. Lugol qui a entrepris cette tache j ses 
travaux, déjà connus de la plupart des médecins, ont été récompensés 
un peu trop tôt peut-être ; mais l'on ne peut pas dire que ce soit sans 
justice. 

Les différens mémoires publiés par ce médecin ont eu déjà pour ré¬ 
sultat de vaincre la répugnance de plusieurs praticiens et de modérer la 
confiance de quelques autres j leur publication a déjà provoqué et 
amènera encore de nouvelles mesures qui achèveront de donner à l’iode 
l’importance qu’il mérite. Ce qui est surtout à désirer, c’est qu’elle ré¬ 
pande généralement l’habitude de manier ce médicament avec sûreté. 
Cette dernière considération nous engage à résumer dans une suite d’ar¬ 
ticles spéciaux tout ce qui a été fait dans ces derniers temps sur l’em¬ 
ploi de l’iode, le plus immédiatement applicable à la pratique. Notre in¬ 
tention n’est pas de faire sur ce sujet une monographie complète : la 




( «44 ) 

nature de ce journal et la nécessite' de rassembler nos matériaux dans 
plusieurs articles dont la publication ne peut qu’être irrégulière ne 
nous permettraient pas d’observer dans la succession de ces articles l’or¬ 
dre méthodique qu’exigerait un traité ex-professo sur cette matière. 
Nous commencerons donc aujourd’hui par faire connaître un travail 
nouveau sur l’association de l’opium à l’iode dans les cas d’ulcères scro¬ 
fuleux, à ceux qui sont déjà au courant de ce qui a été fait ; plus tard, 
nous reviendrons aux travaux antérieurs pour ceux à qui ils sont peu 
familiers. 

Un élève interne de l’hôpital Saint-Louis, M. Lemasson, qui a fait 
des affections scrofuleuses l’objet spécial de ses études, vient de publier 
dans le journal hebdomadaire un mémoire riche de faits et de considé¬ 
rations pratiques du plus grand intérêt ; il a pour but de prouver ce 

i 0 Que l’iode, convenablement administré, n’est point nuisible à l’é¬ 
conomie, comme beaucoup de praticiens l’avaient cru; 

2° Que l’iode, comme l’a depuis long-temps prouvé d’une manière 
péremptoire M. Lugol, est un médicament beaucoup plus puissant que 
tous les anti-scrofuleux ordinaires, puisqu’il réussit presque toujours à 
produire une modification heureuse, dans les cas où toutes les autres 
modifications avaient échoué ; 

3 ° Que pour les cas de scrofule ulcéreuse, l’union de l’opium à l’iode 
donne aux préparations iodurées une yertu qu’elles n’avaient pas, soit 
qu’alors l’opium agisse par ses propriétés, depuis long-temps connues, 
de diminuer les sécrétions, soit enfin que l’association de ces deux me'- 
dicamens héroïques exalte encore leurs qualités. 

Laissant de côté les deux premières propositions, attendu que les tra¬ 
vaux qui paraîtront successivement dans ce journal, sur l’emploi de 
l’iode et de scs préparations , devront nécessairement en apprécier la 
valeur, nous nous borneronsici à exposer un résumé très-succinct des 
preuves sur lesquelles son auteur s’appuie. 

La propriété que possède l’iode d’être un excitant très-énergique de 
nos tissus n’est point en question pour les médecins qui ont fait usage 
de ce médicament ; elle est telle qu’on se voit souvent forcé dans le cours 
du traitement des scrofuleux de suspendre l’emploi de l’iode, soit à 
l’intérieur, soit comme topique, pour arrêter les accidens inflamma¬ 
toires qu’il développe. M. Lemasson, à qui cette observation n’a pu 
échapper, a pensé que l’association de l’opium à l’iode pourrait, 
en remédiant à ces accidens locaux , ou en les prévenant, rendre l’ad¬ 
ministration de l’iode plus continue et plus avantageuse; rien n’e'tait 
plus facile à prévoir, mais, non-seulement les effets de ce mélange cm- 



( 45 ) 

ployé comme topique répondirent parfaitement à l’idée qu’en avait 
conçue l’expérimentateur , ils le conduisirent en outre à faire de ce 
moyen la base d’une méthode de traitement. 

Neuf observations très-détaillc'es démontrent l’efficacité des prépara¬ 
tions ioduro-opiacées , dans le cas d’ulccrcs scrofuleux, chez, des indi¬ 
vidus offrant tous les caractères de la diathèse scrofuleuse la plus enra¬ 
cinée : aussi M. Lemasson considère-t-il le traitement suivant comme 
préférable à celui qui consiste dans l’administration de l’iode non asso¬ 
cié à l’opium. 

Ce traitement ne diffère de celui que préconise M. Lugol, sous qui 
M. Lemasson a fait ses premières études des scrofules, que par la 
pommade ioduro-opiacée, dont on couvre la surface ulcérée, et par 
la manière d’administrer l’iode à l’intérieur. Au lieu de faire usage de 
l’eau minérale iodurée, qui consiste, comme on lésait, dans une solu¬ 
tion d’iode (un demi-grain à un grain) dans de l’eau distillée (une livre), 
M. Lemasson prescrit une solution d’iode, dont nous donnons la for¬ 
mule plus bas, qu’il regarde comme préférable : i° parce qu’elle est 
bien plus facile à transporter; 2 0 d’un prix beaucoup moins élevé ; 
3° qu’elle se prête mieux aux modifications, en plus ou en moins , qui 
deviennent nécessaires bien des fois dans le cours du traitement. Du 
reste, il associe à l’iode, ainsi administré, les différens moyens acces¬ 
soires que M. Lugol et les autres médecins emploient également, sui¬ 
vant les cas, dans le traitement des scrofules ; tels sont les vins ou si¬ 
rops amers , les bains sulfureux, les purgatifs doux, l’cxcrcice, etc. 

Voici les diverses préparations indiquées par M. Lemasson. 

Pommade ioduro-opiacée. 


3c Iode.gr. xv. 

Iodure de potassium.3j- 

Laudanum de Rousseau. . . . îij. 
Axonge récente.3'j- 


F. s. a. pommade parfaitement homogène. 

On charge de cette pommade un gâteau de charpie dont on couvre 
l’ulcération. S’il y a beaucoup d’irritation dans la peau environnante . 
on applique sur la charpie un cataplasme émollient. 

Solution iodurée. 


2: Iode.3j. 

Iodure de potassium.3ij 

Eau distillée..Sj. 










( 146 ) 

Triturez dans un mortier de verre l’iode et l’iodurc , et ajoutez par 
petites parties l’eau distillée. 

Cette solution contient un grain d’iode par vingt-quatre gouttes. On 
peut, chez un adulte, l’administrer à la dose de trois gouttes d’abord, 
puis de sis, et successivement jusqu’à huit et même dis ; mais en géné¬ 
ral , quand on arrive à donner cinq quarts de grains d’iode, il est 
rare que l’estomac et surtout le pharyns ne s’en trouvent influencés 
d’une manière fâcheuse : ce qui nécessite fréquemment la cessation mo¬ 
mentanée du médicament. Il est important d’étendre assez la solution 
avant de la boire. On divise le nombre de gouttes qu’on veut adminis¬ 
trer, en deux ou trois doses qu’on fait prendre dans un demi-verre ou. 
un verre d’eau sucrée chaque fois. 

Solution rubéfiante iodurée. 


3cIode.. . . . 3ij. 

Iodure de potassium.îiv. 

Eau distillée.Jij. 


Cette dernière préparation est légèrement cathérétiquc j on l’emploie 
en passant sur les parties malades un pinceau de charpie qui en a été 
préalablement imprégné. Elle a pour effet de déprimer les bourgeons 
luxurieux, d’aviver la surface des ulcérations fongueuses et de leur im¬ 
primer un nouveau mode de vitalité plus approprié au travail de cica¬ 
trisation. Comme liquide, elle a la faculté de se mettre en contact avec 
tous les points de la surface ulcérée, bien mieux que les pommades, et 
'n’a pas comme celles-ci le désavantage de devenir rances. On s’en sert 
encore pour donner à la cicatrice,toujours mince,friable, injectée, hu¬ 
mide, qui succèdent aux ulcérations scrofuleuses, assise sur desmassestu- 
berculcuses, la solidité et les autres qualités qu’on remarque dans les ci¬ 
catrices des autres solutions de continuité. II suffit pour cela, dit M. Le¬ 
masson, de la toucher chaque jour, ou au moins tous les deux jours, 
avec un pinceau de charpie, chargé de celte solution rubéfiante. On voit 
bientôt la trame de la cicatrice se resserrer, l’cxudation disparaître avec 
l’injection de nouveaux capillaires, les restes de noyaux tuberculeux 
se résoudre, les mailles de tissu cellulaire reprendre leur développement 
normal et rendre à la cicatrice, d’abord adhérente, la mobilité du reste 
de la peau. 






( >47 ) 

THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


NOUVEAU PROCÉDÉ POUR L’OPÉRATION DU PHIMOSIS. 

L’opération du phimosis, suivant le procède' ordinaire , consiste r 
comme on le sait, à fendre la partie supérieure du prépuce dans toute 
sa longueur, de dedans en dehors, au moyen d’un bistouri dont la lame 
étroite et garnie à sa pointe d’une boulette de cire est introduite à 
pial entre le gland et son enveloppe. Il ne faut que réfléchir un instant 
sur ce procédé pour en sentir les inconvéniens. Sans parler de l’impos¬ 
sibilité de le mettre en pratique lorsqu’il y a des adhérences ou quand 
l’ouverture du prépuce est tellement étroite qu’aucun bistouri ne sau¬ 
rait y pénétrer sans en intéresser les bords , nous remarquerons que 
par ce mode d’opérer, que presque tous les auteurs enseignent exclu¬ 
sivement , on divise d’abord le prépuce dans sa portion la plus étendue, 
qu’ensuitc, si l’on ne veut laisser subsister cette espèce de bec-de-liè¬ 
vre , difformité choquante et incommode qui en résulte, on est obligé 
non-seulement d’inciser le frein, mais encore d’ébarber, comme on le 
dit, lesdeux lambeaux, ou, en d’autres termes, d’exciser chacun des deux 
angles qu’ds forment. On fait ainsi quatre incisions fort douloureuses, 
et après cela reste mie difformité qui n’est pas il est -vrai d’une grande 
importance par le fait, mais pour laquelle quelques individus montrent 
beaucoup de répugnance. C’est ainsi qu’une des personnes sur les¬ 
quelles nous avons pratiqué cette opération avait par cette seule con¬ 
sidération refusé plusieurs fois de s’y soumettre, bien qu’elle eût la plus 
grande envie de remédier à un vice de conformation qui, tout incomplet 
qu’ile'tait, avait déjà occasioné desaccidcnsdc parapliimosis après le coït, 
et l’empêchait de conserver le prépuce et le gland dans un état parfait 
de propreté. Nous l’avons cependant décidée sur le champ à se faire 
opérer en lui démontrant qu’il serait facile de remédier à son incom¬ 
modité sans en laisser de traces aussi apparentes. Un jeune homme dans 
les mêmes circonstances, et dont la répugnance pour l’opération était la 
même, avait cru devoir lui préférer la simple section du frein5 mais 
quoique l’inutilité de celle-ci lui fît sentir l’indispensable nécessité de 
l’autre, il ne se soumit à cette dernière que sur la promesse qu’il ne 
conserverait pas la difformité qu’il redoutait. 

C’est ce procédé, tout imparfait qu’il est, que les praticiens ont con¬ 
servé généralement par respect sans doute pour la mémoire de Guille- 
meau, de Paliin,de J.-L. Petit, de Calliscn , qui l’ont inventé ou mo- 



( 148 ) 

difié, ou par confiance dans l’opinion des contemporains qui l’enseignent 
encore. Neanmoins ses inconvénicns ont paru assez grands à quelques 
chirurgiens modernes pour les engager à y apporter quelques mo¬ 
difications. Ainsi, en 1811 , M. Heurtaultintroduisit dans cette opcra- 
tion, et pour tous les cas, l’usage de la sonde cannele'e que J.-L. Petit 
indique pour ceux-là seulement où l’ouverture du prépuce ne peut re¬ 
cevoir la lame du bistouri ; et au lieu d’inciser de dedans en dehors , 
comme on le fait ordinairement, ou d’avant en arrière, à l’exemple de 
J.-L. Petit, il conseille d’inciser de dehors en dedans, et d’arrière en 
avant, après avoir enfoncé perpendiculairement la pointe du bistouri 
dans la cannelure de la sonde introduite préalablement entre le gland et 
le prépuce. Mais ce procédé , pour différer de l’ancien, n’en offre pas 
moins un de scs plus grand désavantages, celui d’intéresser le prépuce 
dans sa partie supérieure la plus apparente et la plus étendue. Depuis 
on a conseillé de pratiquer sur la membrane interne du prépuce plu¬ 
sieurs petites incisions soit à l’aide du bistouri, soit avec des ciseaux 
très-aigus, en avançant l’incision à mesure que l’ouverture du prépuce 
se dilate; mais que de douleurs pour n’obtenir qu’un succès incomplet ! 
M. Lisfranc, de son côté, enseigne un procédé qui diffère de tous les au¬ 
tres , mais dont les avantages ne nous frappent pas. Ce procédé consiste 
à glisser entre le prépuce et le gland une des branches de ciseaux cour¬ 
bes sur le plat; à embrasser du côté de la face dorsale au moins le tiers 
de la circonférence de ce repli membraneux, en faisant (à des hauteurs 
variées, suivant les circonstances) une section en de'dolant à concavité 
antérieure, section qui peut être réitérée sur plusieurs points différons 
si la première est insuffisante. Ce mode de procéder est sans doute assez 
facile ; la plaie qui en résulte est moins anguleuse que celle qu’on pra¬ 
tique d’après l’ancienne manière; la difformité doit aussi être moins 
grande, mais enfin il en reste une. D’un autre côté on laisse subsister 
le frein, et cette circonstance seule doit nuire souvent au résultat de 
l’opération. Si ce procédé est évidemment très-convenable lorsqu’il faut 
enlever une portion du bord squirrheux du prépuce, il ne saurait con¬ 
venir pour les cas plus communs de phimosis conge'nial ou inflamma¬ 
toire. M. Delpech s’c'lant aperçu plus d’une fois de la nécessité où l’on 
est de faire la section du frein après celle du prépuce, nécessité que 
nous regardons comme constante; M. Delpech, disons-nous, conseille 
de diviser le prépuce à sa partie inférieure; il y trouve l’avantage de 
pouvoir couper ensuite le frein dans toute son étendue et avec facilité, 
et de ne pas produire une difformité aussi choquante que celle qui ré¬ 
sulte de la division de la paroi opposée. On aperçoit au premier coup 
d’œil la supériorité de ce procédé sur tous les autres ; reste cependant 



( *49 ) 

l’objection qu’on adresse au procédé ordinaire, quand l’ouverture du 
prépuce est d’une étroitesse extrême. M. Delpech n’indique pas com¬ 
ment il agit dans ce cas. M. J. Cloquet a suppléé au silence du profes¬ 
seur de Montpellier : ce chirurgien se sert alors, pour opérer le phimo¬ 
sis, d’une sonde cannelée, qu’il introduit sur un des côtés du frein, 
et dont la pointe soulevée sert de guide au bistouri. Ce procédé nous 
a paru si préférable aux autres , que nous n’avons pas hésité à l’adop¬ 
ter exclusivement, et l’expérience nous a appris que nous avions eu 
raison. Ses avantages les voici : on divise le prépuce à sa partie infé¬ 
rieure, c’est-à-dire là où il offre le moins de longueur; la plaie par 
conséquent a moins d’étendue, et par suite l’opération est moins dou¬ 
loureuse et la cicatrisation plus prompte. Aussitôt que la section du 
prépuce et celle du frein sont achevées, le prépuce tend à s’abaisser 
de lui-même ; à mesure que son bord libre se rapproche de la couronne 
du gland, les deux côtés de la division s’écartent; et lorsqu’il y est ar¬ 
rivé , la plaie est devenue tout-à-fait linéaire, et disposée le plus favo¬ 
rablement possible pour que chacune de scs moitiés se cicatrise isolé¬ 
ment : c’est en effet ce qui arrive sans qu’on soit obligé de prendre 
d’autre précaution que de couvrir la plaie d’un plumasseau de charpie. 
Enfin , quand la cicatrice est achevée, le prépuce, tout en conservant 
en haut sa configuration naturelle, est devenu large, souple, très-mobile, 
et disposé à rester plissé au-delà du gland. Dans les premiers temps, et 
surtout quand le prépuce est très-allongé, chacun des lambeaux forme 
une légère saillie anguleuse sur le côté de la verge ; mais si l’opération 
a été bien faite, cet angle s’efface avec le temps, et le prépuce plissé 
entoure le gland d’un bourrelet uniforme. Chez presque tous ceux que 
nous avons opérés, il serait bien difficile d’apercevoir les traces de l’opé¬ 
ration ; cela tient à certaines précautions que nous indiquerons tout à 
l’heure. La cicatrisation met moins de temps à s’opérer par le nouveau 
procédé que par l’ancien; cela doit être, puisque la plaie a près d’un 
tiers de moins de longueur. Si la section du prépuce a été faite avec 
soin, c’est-à-dire si ses deux membranes ont été incisées dans une égale 
étendue et pas au-delà de la couronne du gland, la cicatrice peut cire 
achevée du dixième au douzième jour ; mais si, comme il arrive sou¬ 
vent quand on ne prend pas les précautions convenables, la peau se 
trouve incisée bien au-delà du point où la section du feuillet interne se 
termine, le temps nécessaire à la guérison sera une fois plus long. 
Celte lenteur du travail de la cicatrisation est due à ce que celle-ci s’o¬ 
père alors comme dans les cas de perte de substance, et non par adhé¬ 
sion , parce que la peau très-lâche et très-fine de la verge se rétracte 
aussitôt qu’on la divise, et laisse le tissu cellulaire sous-jacent, mis à nu, ' 



( i5o ) 

faire seul les frais de la cicatrice, par la production cle petits bourgeons 
charnus. Les de'tails de ce procédé opératoire ne se trouvant encore 
nulle part, si ce n’est dans notre Manuel de thérapeutique chirurgicale, 
nous allons les offrir au lecteur. 

Appareil : i° un bistouri ordinaire droit dont la pointe sera très- 
acérée; 2° une sonde cannelée, entourée de linge depuis sa plaque jus¬ 
qu’à un pouce et demi de sa pointe , de manière à ce qu’offrant plus 
de volume, elle ne tourne pas dans les doigts; 3° une paire de bons 
ciseaux bien e'vide's ; 4° un linge simple , carré, taillé en croix de Malte 
et percé à son centre d’une ouverture assez grande pour laisser passer 
le gland ; plus une bande d’une demi-aune de long et de près d’un 
pouce de largeur, et quelques plumasseaux de charpie. 

Procédé opératoire : le malade est assis sur une chaise solide et un 
peu élevée, ou bien couché sur le Lord droit de son lit. Dans le pre¬ 
mier cas, on se place devant lui, le genou droit à terre ; dans le se¬ 
cond, on se tient debout, à droite du lit. On saisit le pénis de la main 
gauche et par sa face supérieure (i); on le relève et l’on introduit la sonde 
cannelée entre le gland et le prépuce, le long du frein, à gauche, la 
cannelure dirige'evers les tégumens.Quand elle est arrivée à la base du 
gland, on la confie soit au malade lui-même, si l’on en est sûr, soit à 
un aide qui la saisit par la plaque, et l’on fait saillir la pointe sous la 
peau; ou bien, ce qui vaut mieux sans contredit, on la tient soi-même 
avec le pouce et l’index de la main qui soutient la verge. Puis on fait 
glisser doucement la peau de cet organe vers sa racine, jusqu’à ce que 
le feuillet rouge du prépuce soit bien apparent et do niveau avec le 
feuillet cutané. Celte précaution est des plus importantes pour le succès 
de l’opération; sans elle on risque de diviser la peau bien plus loin que 
la muqueuse, d’être obligé d’inciser de nouveau celle-ci jusqu’à la 
base du gland, et d’avoir un plaie très-longue à guérir. Aussi conseil¬ 
lons-nous à ceux qui ont peu d’habitude de marquer avec de l’encre le 
lieu où la pointe de la sonde fait saillie , lorsque le parallélisme entre 
les feuillets du prépuce est bien établi. Les choses étant dans cet état, 
et le bistouri tenu de la main droite, comme pour couper de dedans en 
dehors, c’est-à-dire le tranchant de la lame en haut et le manche dans 
la paume de la main , le chirurgien perce la peau vis-à-vis l’extrémité 
de la sonde, puis, glissant la pointe du bistouri dans la cannelure, 
achève de diviser le prépuce jusqu’à son extrémité libre. Cela fait, il 


(1) On sait que dans les descriptions anatomiques de la verge, cet organe est 
sensé à peu près comme dans l’état d’érection, c’est-à-dire formant un angle 
plus ou moins ouvert avec l’axe du tronc. 



( « 5 . ) 

rabat cette enveloppe vers la couronne du gland et procède ainsi à la 
section du frein : il saisit entre le pouce et l’index de la main gauche la 
portion du pre'puce adhérente au frein, tandis qu’un aide maintient la 
verge, et il opère la section de la bride ainsi tendue, soit en enfonçant 
la pointe du bistouri à sa base et en la dirigeant vers le bord libre, soit 
par un coup de ciseaux. Dans ce dernier cas il ne doit faire la section 
qu’après que la branche correspondante au côté droit du frein est arri¬ 
vée un peu au-delà du lieu où la muqueuse qui le forme se réfléchit du 
gland sur le prépuce, sans quoi la bride serait coupée incomplètement, 
et l’on serait obligé d’y revenir une seconde fois ; ce qu’il faut éviter. 

Pansement : la double section étant opérée, on laisse dégorger les 
parties dans de l’eau tiède, et quand l’écoulement du sang est arrêté, 
ce qui n’est jamais long, à moins qu’on n’ait maladroitement intéressé 
le corps de la verge, on nettoie les parties ; on abaisse le prépuce pour 
écarter les deux bords de la division ; on applique de petits plumas¬ 
seaux de charpie ; on les couvre de la compresse en croix de Malte, 
dans l’ouverture de laquelle on engage le gland, et l’on maintient le tout 
au moyen de la bande, dont les circulaires en doloires, commençant vers 
la racine de la verge, se termineront sur le gland, où elles s’enlre-croi- 
seront un peu pour empêcher le prépuce de remonter, et seront assez l⬠
ches pour que dans l’érection la verge ne se trouve pas trop étreinte. 
On termine le pansement en relevant la verge vers l’abdomen et en la 
soutenant, sans la presser, au moyen d’une cravate nouée sur les reins. 
On ne devra toucher à l’appareil que vers le quatrième ou le cinquième 
jour. Le second pansement et les suivans seront faits de la même ma¬ 
nière et devront être rares.Une précaution dont nous nous sommes bien 
trouvé, c’cst d’imbiber l’appareil, pendant les douze ou quinze premiè¬ 
res heures, d’eau froide : le gonflement dans ce cas est toujours moindre 
et la guérison plus prompte. 

Lorsque le phimosis est compliqué d’adhérences entre le gland et le 
prépuce, le procédé est le même, à moins que ces adhérences n’occupent 
précisément le lieu où la sonde doit être introduite. Force serait bien 
alors de choisir un autre point pour pratiquer l’incision ; celle-ci faite, 
on renverse l’un après l’autre les deux lambeaux en détruisant les brides, 
soit par de simples tractions, soit en les divisant avec le bistouri, dont 
le tranchant doit être plutôt dirigé vers la peau que du côté du gland, 
afin d’éviter la lésion de celui-ci. L’écoulement du sang, toujours plus 
abondant que dans le cas de phimosis simple, cède cependant assez fa¬ 
cilement à l’application de compresses trempées dans l’eau froide. 

A. T. 



( i5-2 ) 


MALADIES DE LA PEAU. 


DES SULFUREUX. 

La méthode qui consiste à traiter les affections cutanées par les sulfu¬ 
reux est une des plus anciennes, et c’est aussi, il faut le dire, celle qui, 
maintenant encore , est pcut-ctre le plus généralement répandue et à la¬ 
quelle on s’adresse le plus souvent. Que lors de son introduction dans 
la matière médicale, ou même de son application à telle ou telle ma¬ 
ladie , un agent thérapeutique soit vanté outre mesure, qu’il soit appli¬ 
qué partout et dans tous les cas à l’exclusion de tous les autres moyens, 
cela se conçoit, c’est une condition indispensable de la nouveauté, con¬ 
dition qu’il faut subir partout, même en médecine ; mais quand après un 
grand nombre d’années, un médicament jouit encore d’une faveur ex¬ 
clusive et presque générale, il faut que cette faveur soit légitimée par des 
succès extraordinaires et soutenus ; ou bien alors, s’il n’en est pas ainsi, 
cette préférence atteste hautement le peu de progrès qu’a faits la méde¬ 
cine dans cette partie , et souvent trahit une erreur qu’il importe de dé¬ 
truire. Le soufre, dont on a vanté outre mesure les propriétés bienfaisan¬ 
tes et salutaires dans le traitement des maladies de la peau, re'pond-il par 
ses succès aux éloges qu’on lui a prodigués?Non assurément; et cepen¬ 
dant il y a quelques années il faisait seid les frais de la thérapeutique de 
ces affections. Aujourd’hui encore, on voit peu de malades, pour peu que 
'l’éruption se soit prolongée, qui n’aient fait usage des bains sulfureux 
et de la pommade soufrée, souvent même au début. Parcourez les 
campagnes, et si vous rencontrez un individu atteint d’une maladie de 
la peau, intcrrogez-le sur le traitement qu’il suit : dix-neuf fois sur 
vingt on vous répondra : bains sulfureux et pommade soufrée; et 
même sans aller si loin , que de médecins à Paris dont la thérapeutique, 
en fait d’affections cutanées, ne va pas au-delà de la pommade sou¬ 
frée et des bains sulfureux. D’où vient donc ce traitement pour ainsi 
dire unique pour tant d’affections de forme et de nature différentes? 
Il vient de cette vieille idée, que toutes les éruptions sont le résultat 
d’une seule et même maladie, et de là à l’existence d’un spécifique il 
n’y a qu’un pas. Or il était très-commode d’admettre que tout ce qui 
vient de la peau est une dartre, ce qui dispense de l’élude longue et 
minutieuse des genres, des espèces, etc., et que cette dartre sc guérit à 
l’aide des sulfureux , absolument comme la syphilis se guérit avec le 
mercure, ce qui débarrasse sur-le-champ de l'examen approfondi d’une 



( >53 ) 

foule de mc'dicamens, dont il faudrait e'tudier les effets, les doses et l’ap¬ 
plication souvent si difficile dans la thérapeutique de ces maladies. 

Je ne veux pas dire cependant que les préparations sulfureuses ne 
soient d’aucune utilité dans le traitement des affections de la peau : elles 
occupent véritablement une place honorable dans leur thérapeutique, 
mais je veux faire observer que les cas auxquels elles sont véritable¬ 
ment applicables sont bien moins nombreux qu’on ne le croit généra¬ 
lement, et prémunir, s’il est possible, contre les inconvéniens, je pour¬ 
rais même dire les dangers, qui résultent de leur application inconsidérée 
ou même intempestive.Que de fois n’ai-je pas vu à l’hôpital Saint-Louis 
des malades atteints d’éruptions aiguës qui, peu graves, peu étendues 
dans l’origine, ne demandaient qu’une semaine ou deux de repos et 
d’un traitement simple et tout émollient, et qui s’étaient agrave's sous 
l’influence des sulfureux, au point de faire des progrès rapides , de dé¬ 
terminer une fièvre intense, de couvrir toute l’enveloppe tégumentaire, 
et de donner lieu à des symptômes généraux formidables ! Que de fois 
n’ai-je pas vu entretenir des mois entiers des éruptions plus ou moins 
locales, sur lesquelles on entretenait de la pommade soufrée avec une 
exactitude et une persévérance qui ne le cédaient en rien à celles qu’au¬ 
rait pu mettre le praticien qui aurait fait tous ses efforts pour fixer le 
mal et l’empêcher de disparaître ! 

En général les préparations sulfureuses ne conviennent point au 
début |d’une éruption : on ne doit jamais y avoir recours, pour peu 
qu’elle présente une apparence aiguë, fût-elle locale et très-bornée ; à 
plus forte raison ce serait à tort qu’on s’adresserait à elles quand il y 
a quelques symptômes généraux, de l’accélération du pouls, quelques 
signes d’irritation abdominale. 

Elles conviennent moins chez les personnes irritables, dont la peau 
est fine, délicate; chez les individus jeunes, sanguins, dont la peau 
est rouge, animée. Leur emploi, au contraire, est plus rationnel chez 
les personnes molles , lymphatiques , dont la peau est sèche et rude, 
chez lesquelles on peut soupçonner un principe scrofuleux. 

Bien que l’on compte quelques succès de l’emploi des sulfureux 
dans quelques formes humides, dans Y eczema (dartre squameuse hu¬ 
mide , Aubert ), dans Y impétigo (dartre crustace'e, Aubert), mais 
alors tout-à-fait chroniques, en général ils sont plus spécialement ap¬ 
plicables aux formes sèches, et même il en est quelques-unes chez les¬ 
quelles , le plus ordinairement, leur administration est suivie d’un 
très-grand succès ; mais, il faut le dire, il est rare que la maladie qui 
a résisté à plusieurs traitemens plus ou moins énergiques cède aux 
sulfureux. Quand ces préparations réussissent, et ces cas sont assez 



( *54 ) 

nombreux; en réduisant leur application , ainsi que je viens de le faire, 
c’est ordinairement lorsque la maladie est peu ancienne,peu profonde. 
En un mot, c’est un traitement assez efficace, mais cependant peu actif. 
Aussi ne sont-ils pas nombreux dans les fastes de l’art, ces exemples 
de guérison extraordinaire cités par M. Alibert, tels que celui d’un 
berger qui guérit en très-peu de temps, par la simple application d’un 
peu de cérat soufré, d’un porrigo (teigne faveuse) répandu sur tout le 
corps. 

J’ai vu nombre de fois M. Biett employer avec succès cette méthode 
de traitement dans les affections squameuses. Ici, d’ailleurs, rien ne 
s’oppose à leur administration : ce sont des inflammations lentes, tout- 
à-fait chroniques, caractérisées parla formation, à la surface de la peau, 
d’une substance inorganique, lamelleuse, d’un blanc grisâtre, sèche, 
friable, plus ou moins épaisse, plus ou moins adhérente, qui recouvre 
des points rouges plus ou moins élevés au-dessus du niveau de la peau ; 
circulaires dans la lepra vulgaris ( dartre furfurace'e arrondie, Alib.), 
irréguliers et formant des surfaces continues plus ou moins considéra¬ 
bles, dans le sporiasis (dartre lichénoïde, Alib.), ou bien à peine 
apercevables sous les lamelles excessivement minces du pityriasis (dar¬ 
tre furfurace'e volante, Alib.). Ici les préparations sulfureuses, qui 
paraissent agir sur le système lymphatique, excitent la peau, qui de¬ 
vient légèrement chaude. Les squammes tombent et se renouvellent 
moins fréquentes et moins larges ; les élevures qu’elles surmontent, 
plus rouges d’abord, comme tuméfiées, s’affaissent bientôt j les squam¬ 
mes ne se reforment plus , et, au bout de quelque temps, il ne reste 
de l’éruption que quelques plaques rouges revenues au niveau de la 
peau, légèrement farineuses, et qui ne tardent pas à disparaître.Telle 
est la marche que suit une éruption sèche, quand elle décroît sous l’in¬ 
fluence des sulfureux : le système exhalant est stimulé, et il s’opère 
une véritable résolution. 

Il est encore d’autres maladies cutanées contre lesquelles les sulfu- • 
retix ont aussi souvent une action très-prononcée : je veux parler de 
celles qui s’accompagnent d’un prurit plus ou moins insupportable, et 
principalement du prurigo (psoride papuleuse, Alib. ) , qui est carac¬ 
térisée par des papules (i) plus ou moins étendues, sans changement 
de couleur à la peau, développées le plus souvent dans le sens de l’ex¬ 
tension , et constamment accompagnées d’une démangeaison quelquefois 
intolérable. 


(i) Pclites élévations pleines, solides, résistantes, ne renfermant jamais aucun 
fluide, etc., etc. 



( i55 ) 

Cette maladie est une de celles où les bons effets des sulfureux sont 
le mieux marques. Le mode d’administration suivant lequel ils sont 
surtout applicables alors, c’est la fumigation sèche. 

Enfin tout le monde connaît la haute réputation que le soufre a ac¬ 
quise dans le traitement de la gale, et ilestvrai de dire que c’est peut- 
être le cas où il la soutient le mieux. Toutefois il est bon souventde le 
mélanger à quelques autres substances , aux alcalins, par exemple. 
C’est ainsi que depuis bien des années M. Biett traite les galeux avec 
beaucoup de succès à l’aide d’une pommade dans laquelle le soufre est 
mêlé au sous-carbonate de potasse. Par cette médication, aidée de 
quelques bains, simples le plus souvent, et sulfureux au besoin, la 
moyenne Ju traitement est de douze jours. 

Je pourrais citer encore ici quelques affections légères dans lesquelles 
les sulfureux réussissent à merveille, telles que le pityriasis versicolor , 
les épkélides hépatiques. Mais, sansvouloirenregistreravec exactitude 
tous les cas auxquels ils sont applicables, mon but sera atteint si j’ai 
réussi à démontrer que la méthode de traitement des maladies de la peau 
par les préparations sulfureuses n’a rien de spécifique, qu’elle est loin 
d’être applicable à tous les cas, qu’elle peut être dangereuse, et qu’en 
général on doit s’en abstenir dans toutes les éruptions qui présentent 
un caractère d’acuité, et qui peuvent s’accompagner de quelques sym¬ 
ptômes généraux. 

A Vintérieur le soufre s’administre le plus ordinairement en ta¬ 
blettes , dans lesquelles il entre pour un dixième avec du sucre et de la 
gomme adragant. La dose n’a rien de bien précis ; elle est d’ailleurs 
proportionnée à l’âge du malade, depuis un scrupule jusqu’à deux et 
même plus. 

J’ai l’ai vu plusieurs fois administré dans les salles de M. Biett, d’une 
manière plus commode peut-être, et qui permettait d’en faire prendre 
une plusgrande quantité sous un petit volume. C’était un mélangé de sou¬ 
fre sublimé et de magnésie , et même de sucre en poudre que l’on 
divisait en prises, qui contenaient la quantité de soufre voulue, et qui 
étaient prises le malin à jeun, dans une cuillerée de tisane. Mais toutes 
les fois que l’on veut soumettre le malade aux sulfureux pour une 
éruption qui demande un traitement long et suivi, la meilleure ma¬ 
nière de les administrer à l’intérieur, c’est sans contredit à l’aide des 
eaux minérales. 

A Vextérieur, le soufre, dans la thérapeutique des maladies de la 
peau, est employé en lotions , en pommades et en bains. 

Les lotions sont en général d’un usage peu commun. Elles ont sur¬ 
tout été proposées pour la gale ; et on connaît le liniment dit de Yalcn- 



( i56 ) 

tin, qui consiste dans le mélange, en proportion égale, de soufre natif et 
de chaux vive triturée et réduite en poudre, mélange que l’on incor¬ 
pore dans une suffisante quantité d’huile d’olive , ainsi que celui qui a 
été proposé par M. Dupuytren, qui est formé en grande partie d’acide 
sulfurique. Cependant, dans quelques éruptions locales, on a recours 
à des lotions sulfureuses. Le plus ordinairement il suffit d’ajouter, dans 
une décoction émolliente , une ou deux cuillerées d’une dissolution de 
sulfure de potasse; souvent encore ici on se sert des eaux minérales. 
Quant aux pommades, excepté la pommade dite soufrée, qui est trop cé¬ 
lébré pour qu’il soit besoin de nous y arrêter, il en est peu dont le 
soufre forme réellement toute la partie active ; d’ailleurs on connaît très- 
bien la facilité qu’il y a à l’incorporer dans du cérat, et même à y ajou¬ 
ter ensuite, si l’on veut, quelque autre substance pour former une pom¬ 
made, à l’aide de laquelle on peut, en y attachant son nom, aspirer à 
la célébrité des formulaires. 

Mais c’est surtout en bains et en fumigations que les préparations 
sulfureuses sont d’un très-grand secours. Ici, il y aurait beaucoup à 
dire, et sur les avantages que l’on peut en retirer, et sur l’abus que 
l’on en a fait, et principalement sur les précautions qu’exige leur admi¬ 
nistration ; mais les bornes de cet article m’empêchent de m’occuper de 
ce sujet important, qui m’entraînerait beaucoup trop loin; d’ailleurs je 
me propose d’en consacrer plusieurs à l’étude des bains en général, 
dans la thérapeutique des maladies de la peau, et à l’examen de chaque 
bain en particulier. 

Qu’il me suffise d’ajouter , pour le moment, que les fumigations sul¬ 
fureuses, qui ont été trop vantées peut-être, bien qu’admirablcment 
perfectionnées dans les appareils si ingénieux de M. Darcet, ne doivent 
pas être conseillées légèrement ; que, souventdifficilesàsupporter, avant 
d’être prescrites elles exigent impérieusement un examen sérieux de 
l’àgc, de la constitution, de l’état du malade, et des autres conditions 
particulières dans lesquelles il peut se trouver. A. G. 


TOXICOLOGIE. 


de l’arsknic et des préparations arsenicales. 

Les préparations arsenicales sont de tous les poisons minéraux ceux 
qui donnent lieu au plus grand nombre d’accidcns, soit par suite d’in¬ 
tentions criminelles, soit par imprudence. La cause en est dans la fa-' 



( ii»7 ) 

cilitc avec laquelle on peut se procurer quelques-unes de ces substances, 
qui sont usitées pour les besoins- des arts et de l’agriculture, et comme 
moyen de destruction des animaux nuisibles ; en outre, certaines d’entre 
elles font partie de plusieurs préparations médicamenteuses, tant in¬ 
ternes qu’externes, qui sont assez souvent employées. 

Les poisons arsenicaux rangés dans la classe des poisons irritans 
sont assez nombreux : ce sont l’arsenic , l’oxide noir d’arsenic, 
l'oxide blanc d’arsenic ou acide arsénieux , l’acide arseniqtie, 
les arsenites, les arséniates, les sulfures jaune et rouge d’arsenic, 
la poudre aux mouches , le caustique arsenical du frère Cosme, les 
poudres de Rousselot , de Istamond et de Pruhset, la pommade 
d’Helmund , les remèdes de Davidson , de Guy et de Chenet , les 
pilules asiatiques, les solutions de Fowler et de Pearson, etc. 

L’arsenic métallique n’est pas considéré comme poison par les toxico- 
logistes ; ccpendantson innocuité à cet état a besoin d’être vérifiée, car il 
est démontré qu’il s’oxide avec la plus grande facilité; de façon que, non 
vénéneux au moment de son ingestion, il peut le devenir (et cela aurait 
sans doutelieu) avantd’avoirparcourutoutel’étenducdes voies digestives. 
Ce sujet, déjà traité par Bayen, par Renault et par le savant que l’on peut 
a juste titre nommer le père de la toxicologie, notre illustre professeur 
Orfila, semble réclamer encore de nouvelles expériences. En effet, 
Bayen affirme que l’arsenic métallique n’est pas un poison , et Renault 
professe la même opinion; mais les essais tentés par eux, au lieu d’être 
faits sur l’arsenic pur, l’ont été sur le mispickel, qui est un alliage 
d’arsenic et de fer. JVI. Orfila soutient, au contraire, que, dans plu¬ 
sieurs cas, l’administration de l’arsenic métallique a déterminé la mort. 
Pour nous, des expériences positives nous ont prouvé que ce métal, ré¬ 
duit en poudre et renfermé dans du papier, s’oxide en partie et acquiert 
ainsi les propriétés toxiques de l’acide arsénieux. 

Par conséquent il faut, lorsque des accidens sont produits par le mé¬ 
tal lui-même, agir comme si l’on avait affaire à l’oxide d’arsenic, tant 
pour le traitement des malades que pour la recherche chimico-lc'galede 
la substance vénéneuse. 

L’acide arsénieux, connu sous le nom vulgaire à’arsenic ou d’ar¬ 
senic blanc, étant de toutes les préparations de ce genre celle qui a été 
le plus souvent employée par les malfaiteurs, nous croyons devoir le 
prendre pour texte principal de cet article ; d’ailleurs les accidens aux¬ 
quels il donne lieu, les lésions qu’il détermine, les moyens thérapeu¬ 
tiques propres à combattre son ingestion, sont les mêmes, à quelques 
différences près, que dans le cas où l’empoisonnement est dû à une 
autre espèce de substance arsenicale. 



( «58 ) 

Cet acide est en masses compactes, blanches, opaques à l’extérieur, 
vitreuses à l’intérieur; réduit à l’état de poudre, il a souvent été con¬ 
fondu, malgré sa pesanteur plus considérable, avec le sucre pulvérisé 
et la farine. 

Il serait possible de prévenir en grande partie les crimes à l’exécu¬ 
tion desquels on le fait servir, si l’on ordonnait que tout celui qui 
doit être vendu dans le commerce sera préalablement noirci par 
le noir de fumée et rendu amer par la poudre de coloquinte. Cette 
coloration et cette amertune avertiraient les victimes, et les mettraient 
en garde contre les alimens qui pourraient receler ce poison. 

Les symptômes que produit l’acide arsénieux porté dans les voies 
digestives sont nombreux et variés ; ce sont en général les memes 
que ceux eccasionés par les sels et composés de mercure, de cuivre, d’é¬ 
tain, d’antimoine, d’argent, de bismuth , d’or et de zinc. Voici les 
principaux ; saveur austère, brûlante, caustique; ptyalisme fréquent, 
crachottement continuel, bouche fétide , douloureuse ; agacement des 
dents, constriction du pharynx et de l’œsophage, déglutition pénible; 
hoquets, éructations, nausées fréquentes, vomissemens violons, dou¬ 
loureux et répétés de matières tantôt brunâtres, tantôt sanguinolentes ; 
déjections alvines abondantes, noirâtres et d’une horrible fétidité; 
anxiétés, défaillances ; inflammation de tout le tube digestif, ardeurs à 
la région précordiale, douleurs tellement aigues de l’estomac que cet 
organe ne peut supporter les boissons les plus douces et les plus émol¬ 
lientes; soif inextinguible, chaleur intense de tout le corps avec sen¬ 
timent d’un feu brûlant, et quelquefois au contraire d’un froid glacial; 
pouls petit, dur, fréquent, irrégulier, parfois inégal, lent et presque 
imperceptible; palpitations de cœur, lipothymies, syncope, respira¬ 
tion difficile, accélérée, et quelquefois momentanément suspendue; ar¬ 
deur de la vessie, urines rares, rouges et sanguinolentes; sueurs froides, 
décomposition des traits du visage, paupières entourées d’un cercle li¬ 
vide , gonflement et vive démangeaison de tout le corps, taches pour¬ 
prées à la peau, et quelquefois éruption miliaire; abattement complet, 
insensibilité, surtout aux pieds et aux mains; vertiges, délire, cram¬ 
pes , convulsions souvent accompagnées d’un priapisme très-fort ; chute 
des cheveux, détachement de l’épiderme; mort. 

Il n’est pas besoin de dire qu’un nombre plus on moins grand de ces 
symptômes peut manquer; il peut même se faire qu’il ne s’en manifeste 
que quelques-uns. 

Lorsqu’un cas de cette nature se présente et qu’un praticien est ap¬ 
pelé pour donnerses soins, comme on n’a trouvé jusqu’ici aucun contre¬ 
poison de tacide arsénieux, il doit, si la substance vénéneuse vient 




( *59 ) 

d’être introduite, s’occuper le plus promptement possible de son expul¬ 
sion, et il ne peut l’obtenir qu’en provoquant le vomissement. Le meil¬ 
leur moyen de faire vomir en pareille circonstance est l’ingestion d’une 
grande quantité d’eau tiède, de lait, d’eau sucrée ou miellée, de 
décocté de graine de lin ou de racine de guimauve, d’infusé de fleurs 
de mauves, etc., ou encore la titillation du gosier, soit avec la barbe 
d’une plume, soit avec le doigt; du reste il faut se rappeler que le 
vomissement est d’autant plus facile que l’estomac contient plus de li¬ 
quide , et que la réplétion de cet organe offre en outre l’avantage de 
diminuer l’énergie destructive des poisons corrosifs, de manière qu’on 
n’a pas à craindre de faire boire trop abondamment. Cependant si le 
malade ne pouvait vomir, il faudrait, sans perdre de temps, recourir à 
la seringue décrite par M. Cadet de Gassicourt : à l’aide de cet instru¬ 
ment , auquel on adapte une sonde en gomme élastique, il dcvientfacile 
de retirer de l’estomac le liquide qui a délayé le poison, et d’y injecter 
ensuite une nouvelle quantité d’eau tiède, qu’on extrait de la même 
manière. On peut se servir également d’une seringue à double courant, 
ainsi que l’on fait avec succès MM. le professeur Dupuytren et Cooper. 

Quelques praticiens pensent qu’après les vomissemens, ou encore 
lorsque le poison a été pris depuis quelque temps, l’eau de Barrèges, 
ou toute autre eau hydro-sulfuree préparée pour boisson, est un médi¬ 
cament de la plus grande utilité, et qui, en raison de l’acide hydro- 
sulfurique qui y est contenu, pourrait faire passer l’acide arsénieux 
soluble à l’état de sulfure d’arsenic presque insoluble; mais quoique 
cette opinion soit conforme à nos idées, nous pensons qu’elle doit être 
examinée avec attention, et, qu’avant de l’admettre, il est indispen¬ 
sable de faire de nouvelles recherches pour reconnaître et constater la 
valeur réelle de cette médication. 

On a proposé également, pour remplir la même indication, l’eau de 
chaux qui, en s’unissant à l’acide arsénieux, donne naissance à un 
arsénite ; mais il faut que ce soluté, tout faible qu’il est naturellement, 
soit étendu d’eau; car nous l’avons vu ajouter à l’irritation des organes 
digestifs, lorsque cette précaution n’avait pas été prise. 

Enfin on a conseillé de donner, dans le même cas, et par petits ver¬ 
res , de quart d’heure en quart d’heure jusqu’à cessation des accidens, 
un décocté très-léger de quinquina rouge et de noix de galle concassés, 
de chaque i partie, dans eau commune 32 parties. (Ce décocté, pour 
l’usage , doit être étendu de deux parties d’eau de gomme, d’eau sucrée 
ou d’un autre liquide adoucissant. ) 

Après la cessation des vomissemens, c’est au médecin à combattre les 
accidens inflammatoires et nerveux qui sc manifesteraient, par lesanti- 



( i6o ) 

phlogistiques et les caïmans, et à diriger, suivant leur intensité, le ré¬ 
gime alimentaire du malade. 

Le médecin appelé pour donner des soins à une personne empoison¬ 
née , devant rechercher ensuite quelle est la nature des substances qui 
ont donné lieu aux accidens, peut avoir à agir dans cet examen : i°sur 
une partie de la substance vénéneuse elle-même ; 2° sur les matières 
provenant du vomissement, qu’on doit toujours recueillir avec soin dans 
les cas d’empoisonnement ou de suspicion d’empoisonnement; 3° enfin 
sur les matières extraites du tube digestif ou sur les tissus mêmes de ce 
canal, si le malade a succombé. 

Dans le premier cas, il ne faut souvent qu’un atome de poison s’il 
est à l’état solide, ou qu’une seule goutte s’il est à l’état liquide, pour 
mettre le praticien sur la trace de ce qu’il recherche. Ainsi, l’un de 
nous a pu démontrer, avec MM. Marc et Laugier, que du sel mêlé 
d’arsenic avait été mis dans un saloir, et cependant ce vase avait été 
essuyé avec soin pour dérober toutes les traces du crime. M. Paycn a 
reconnu qu’on pouvait, à l’aide de l’acide hydro-sulfurique, constater 
la présence de l’acide arsénieux dissous dans 999 fois son poids d’eau, 
et qu’une goutte de cette solution, pesant seulement vingt-quatre milli¬ 
grammes, avait pu former soixante-et-une taches qui toutes devinrent 
jaunes par leur contact avec l’hydrogène sulfuré. L’acide arsénieux so- 
lide, jeté sur des charbons ardens, donne des vapeurs blanches d’une 
odeur forte et alliacée. 

On peut encore dissoudre la matière suspecte dans de l’eau distillée, 
et y ajouter du sulfate de cuivre ammoniacal qui y fait naître un préci¬ 
pité d’un beau vert (vert de Schc'ele) ; cependant nous avons vu quel¬ 
quefois des substances végétales donner avec le sulfate de cuivre un pré¬ 
cipité analogue au vert de Sche'ele, quoiqu’il ne contînt pas d’arsenic. 
Ce même soluté, traité par le nitrate d’argent ammoniacal, fournit un 
précipité jaune. Mais le meilleur réactif est l’acide hydro-sulfurique 
avec lequel on obtient un précipité jaune qui se dissout dans l’ammo¬ 
niaque en fournissant un liquide incolore. Ce liquide évaporé laisse un 
résidu jaune que l’on réduit en arsenic métallique par sa calcination 
avec la potasse dans un petit tube de verre fermé à l’une de ses ex¬ 
trémités. 

Nous ne devons pas oublier de dire que si l’on avait à examiner un 
soluté coloré, on devrait préalablement détruire la couleur par une suf¬ 
fisante quantité d’hydro-chlore concentré. 

Dans le second cas, c’est-à-dire en agissant sur 1rs matières du vo¬ 
missement, on les délaie avec de l’eau distillée on filtrée, et on exa¬ 
mine le liquide obtenu par les réactifs indiqués ci-dessus. On peut 



( 161 ) 


encore traiter les matières solides desse'cbe'es, ainsi que le résidu du li¬ 
quide fdtré évaporé jusqu’à siccité, par le nitrate de potasse, d’apres 
le procédé de M. Rapp , modifié par le savant professeur M. Orfila, 
pour convertir en arséniate de potasse fixe l’oxide d’arsenic qui pour¬ 
rait y être contenu. 

Dans le troisième cas, c’est-à-dire en agissant sur les matières ex¬ 
traites du tube digestif ou sur les tissus même de ce canal, on aurait à 
opérer comme il vient d’être dit en parlant des matières solides reje¬ 
tées par les vomissemens. Nous aurons occasion de revenir sur les cm- 
poisonnemens par l’arsenic si fréquens dans les campagnes, et d’indi¬ 
quer, avec de nouveaux détails, les procédés chimiques propres à re¬ 
connaître la présence de ce métal et de ses diverses préparations. 

A. Chevallier et Cottereau. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 


— Meilleure préparation de la pâte de gomme adragant. — 
M. Mouclion fils, pharmacien à Lyon, trouvant que, quelles que fussent 
les proportions de gomme et de sucre, l’on n’avait jamais qu’un produit 
défectueux, propose, pour donner du corps et de la compacité à la pâte 
de gomme adragant, de joindre de la colle de poisson à sa préparation ; 
après quelques tâtonnemens, il s’est arrête à la formule suivante : 

Gomme adragant bien blanche et bien pure. . 04 parties. 

Colle de poisson bien pure ou gélatine d’os de 


seiche. 96 

Eau de fontaine.3,000 

Sirop de sucre à 35°.2,000 

Eau de fleurs d’oranger. 128 


Placez pendant quarante-huit heures avec 25oo parties d’eau la gomme 
adragant dans un vase d’étain; faites dissoudre la colle de poisson dans 
les 5oo parties d’eau restantes, à l’aide d’une chaleur ménagée, et passez- 
la à travers un linge serré, ainsi que l’eau mucilagineuse de gomme 
adragant. Le sirop étant cuit à 35° et bouillant, mélangez le tout et 
faites réduire en remuant sans cesse, jusqu’à consistance de pâte molle. 
Après avoir retiré du feu, placez le produit et l’eau de fleur d’oranger 
dans un bain-marie d’étain bien évasé, jusqu’à ce que la pâte ait at-. 
teint le degré de cuisson convenable. Coulez alors dans des moules de 
fer-bknc recouverts d’une légère couche de mercure ou de beurre de 








( «62 ) 

Au bout de quelques heures, cette pâte, qui doit peser 2,25o, peut 
être coupe'e en losanges : elle paraît préférable soit pour le coup d’œil, 
soit pour le goût, à la pâte de jujubes ordinaire. 

— Sirop de pointes d’asperges. — Formule. — Depuis que 
M. Jonbson a eu l’idc'e de préparer un sirop avec les pointes d’asper¬ 
ges, on en a bientôt trouve' dans toutes les pharmacies $ car plusieurs 
me'decins du premier rang, M. Broussais entre autres, l’ont préconise' 
comme un moyen sc'datif puissant, et comme propre à diminuer les pal¬ 
pitations de cœur et à agir sur la circulation, sans occasioner à’irrita¬ 
tion d’estomac. Dans l’épidémie de grippe de ce printemps, un grand 
nombre de praticiens s’en sont servis, disent-ils, avec avantage à la dose 
d’une ou deux cuillerées matin et soif, pour calmer les quintes de toux 
de leurs malades : nous l’avons vu egalement prescrire dans les hôpi¬ 
taux. Un paveur, atteint d’un ascite avec affection du cœur, en a pris 
sous nos yeux, à la Pitié', dans le service de M. Andral, jusqu’à huit 
onces par jour : deux onces dans une potion gommeuse, et six onces dans 
deux pots de tisane : on avait commence' par une once '/*. Cet homme 
c'tait âge' de soixante-deux ans; quoique son ascite et son anasarque 
fussent symptomatiques de l’affection du cœur, ils parurent cependant 
diminuer par l’emploi du remède ; mais ce qu’il y eut de plus remar¬ 
quable , c’est que la circulation subit un ralentissement inoui ; le pouls 
ne donnait plus, quand on suspendit le mc'dicament, que 4-0 et 45 pul¬ 
sations par minute ; la faiblesse musculaire e'tait extrême ; les yeux du 
malade presque e'teints, et parfois son cerveau c'tait tellement peu ex¬ 
cite', qu’il ne possédait pas complètement ses facultés intellectuelles. 
Cet état était absolument comparable à celui où l’avait mis, quelques 
semaines auparavant, deux onces et demie de teinture éthérée de digi¬ 
tale qu’il avait pris par accident. Cette teinture lui avait été ordonnée 
pour se frictionner les jambes et les cuisses ; la trouvant à côté de lui dans 
une fiole semblable à celle de sa potion, sans qu’on lui eût expliqué ce 
qu’il devait en faire (preuve nouvelle des négligences qui existent dans 
les hôpitaux), il crut qu’il devait la boire, et il l’avala en une fois. 
Trois heures après, des vomissemens se déclarèrent et continuèrent 
deux jours entiers; pendant cinq jours il n’eut pas l’intégrité de sa rai¬ 
son : son teint était pâle, ses yeux ternes, et son pouls ne donnait que 
trente-huit pulsations par minute : il était à peu près dans l’état où 
l’avait placé le sirop de pointes d’asperges, continué pendant dix jours 
à la dose de huit onces : il n’y avait de différence que les irrégularités 
et les intermittences du pouls, qui n’existaient pas dans le dernier cas. 
Cette observation tend à prouver que le sirop de pointes d’asperges a 
réellement une action énergique sur le cœur, et qu’on peut s’en servir 




( i63 ) 

avec avantage pour combattre les palpitations. M. Johnson a fait des 
expériences comparât ves avec les divers principes qui entrent dans la 
composition de l’asperge. Selon ce pharmacien, ce n’est pas l’asparagine 
qui jouit de la propriété sédative, mais un principe résineux particu¬ 
lier, avec lequel il compose un sirop. 

Le dernier numéro du Journal de Pharmacie donne, pour la pré¬ 
paration du sirop d’asperges, la formule suivante, qui est due à M. Gi- 
rardin, pharmacien à Neuchâtcau. 

Tf. Suc dépuré et filtré obtenu par contusion et 


expression d’asperges. i livre. 

Sucre blanc et cristallisé .... 20 onces. 


Faites au bain-marie un sirop, que vous passerez au travers d’une 
chausse de laine. 

Ce sirop se conserve parfaitement à la cave. Le suc s’y conserve éga¬ 
lement sous une couche d’huile d’amandes douces. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


— Rage. — Un nouvel exemple d’hydrophobie s’est présenté à 
l’Hôtel-Dicu. Un pâtissier du boulevart du Temple fut mordu dans 
les premiers jours de juin au cou et à la lèvre inférieure par un jeune 
chat qu’il voulut prendre dans la ruej mais cet accident n’eut pas de 
suite, et depuis trois mois il était complètement oublié, lorsque le 5 
septembre des symptômes de rage se sont manifestés. Conduit le 7, à 
dix heures du matin, à l’Hôtel-Dieu, il y est mort à deux heures après 
midi : voilà, depuis deux mois, deux personnes enragées qui succom¬ 
bent en peu d’heures, sous nos yeux, dans cet hôpital. 

Dans un prochain article nous ferons connaître le traitement qui a 
été suivi ( l’acide hydrocyanique et le cyanure de potassium à haute 
dose), ainsi que les moyens qui ont été proposés par les médecins ras¬ 
semblés auprès de notre malheureux hydrophobe. 

— Cautérisation , avec le nitrate d’argent, de la partie supé¬ 
rieure du larynx dans l’aphonie. — Une médication hardie a été 
employée à l’Hôtel-Dieu, par M. Trousseau, avec un succès tel que 
nous devons la faire connaître à nos lecteurs, en attendant que nous don¬ 
nions les détails nécessaires pour faire bien comprendre le mode opéra¬ 
toire simple qui a été suivi. Une jeune fille de dix-neuf ans est entrée à 
l’hôpital pour une aphonie complète sans douleur au larynx, q(ti durait 




( 164 - ) 

depuis trois mois et qui avait résisté à toute espèce de traitement. Une 
eponge imbibée d’une solution saturée de nitrate d’argent a été portée 
au fond de la gorge et sur la partie supérieure du larynx : au deuxième 
jour, l’articulation de la voix s’est opérée, mais d’une manière impar¬ 
faite, et au quatrième elle avait pris son timbre et sa clarté première; 
elle est sortie le huitième jour parfaitement guérie. - 

Nous entendons, depuis quelque temps , répéter aux praticiens que 
l’usage du nitrate d’argent n’est pas assez répandu. A l’hôpital de la 
Pitié, des essais heureux nous mettront peut-être bientôt dans le cas de 
vanter ce moyen dans diverses ophtalmies et de donner les formules des 
pommades et lotions auxquelles sont dus ces succès. « La muqueuse 
seule de l’œil, nous disait naguère un chirurgien de cet hôpital, suffit 
pour détruire la doctrine de l’irritation; se laisser lier les mains par 
ce système, c’est se priver, dans un grand nombre d’ophtalmies, des 
plus grandes ressources de la thérapeutique. » Ainsi se sanctionne tous 
les jours cette vérité que notre fol amour-propre nous a fait long-temps 
méconnaître, que l’art de guérir, que la thérapeutique, ne peut dériver 
que d’un empirisme sagement raisonné. Quand verrons-nous enfin tous 
les bons esprits cesser de rejeter tout ce que nous ne comprenons pas, 
lorsque nous avons des explications satisfaisantes pour si peu de chose? 

— Transfusion pratiquée à THôtel-Dieu. — Une femme en tra¬ 
vail a été apportée ces jours derniers àl’Hôtel-Dieu, avec une mc'tror- 
rliagie très-forte ; l’accouchement a été aussitôt terminé par la version 
de l’enfant, et l’on a reconnu que l’hémorrhagie tenait à l’implantation 
du placenta sur le col. La quantité énorme de sang que la malade avait 
perdu avait épuisé les sources de la vie : froide, pâle, inanimée, le 
pouls ne se sentait plus. Mus par le mobile le plus généreux et par leur 
zèle pour la science, les internes qui étaient présens ont été d’accord 
qu’il n’y avait qu’un moyen à tenter pour sauver la vie à la malade, et 
que ce moyen était la transfusion. Le sort a bientôt désigné celui qui 
devait faire le sacrifice; dix onces de son sang ont coulé dans les veines 
de la pauvre femme ; mais le mal était fait. Après une agonie de quel¬ 
ques heures, la malade a expiré. 


VARIÉTÉS. 

— Retour de la Commission de Pologne. — Une lettre écrite 
par M. Londc à Caen , sa patrie , apprend que la commission médicale 
française a quitté Varsovie, et est en quarantaine dans un lazaret sur 



( «65 ) 

les frontières de la Prusse. A quoi doit-on attribuer un retour si subit ? 
Ne tient-il pas à l’e'tat déplorable de Varsovie, qui privait nos me'de- 
cins de tous les moyens d’être utiles à ses habitans , et de remplir leur 
mission comme ils l’auraient désire'? C’est probable. 

— Choléra-morbus à Berlin. — Un avis, publié le i cr septembre 
'par la commission sanitaire de Berlin , apprend que le choléra-morbus 
a éclaté dans cette capitale. Du i er au 4 de ce mois, 29 personnes ont 
été atteintes ; 21 sont mortes. 

— Hôtel-Dieu. —M. Trousseau, agrégé de la Faculté de médecine 
de Paris et médecin du bureau central des hôpitaux, a pris à l’Hôtel- 
Dieu le service de M. le professeur Récamier, absent pour quelques mois. 

— Examens dans les Facultés de médecine. — L’ancien mode 
d’examen dans les facultés de médecine va être repris; les élèves 
ne subiront leurs épreuves qu’à la fin de leurs études , et après leur 
seizième inscription. Cette mesure a été prise parce qu’on s’est aperçu 
qu’un grand nombre d’étudians, qui avaient répondu d’une manière 
satisfaisante aux questions qui leur étaient adressées la première et la se¬ 
conde année, avaient complètement oublié tout ce qui se rattache aux 
sciences accessoires au moment de subir leur thèse. 

— Nouvelle manière de considérer le choléra-morbus. — 

Comme cela arrive toujours pour les maladies graves dont les causes 

sont inconnues et le traitement indéterminé, chacun expose ses idées, 
et les plus contradictoires, les plus extraordinaires, ne laissent pas que 
d’occuper un instant. Comme tout est à trouver sur ce sujet, et que 
malheureusement nous pouvons être bientôt à même de juger par nous- 
même des moyens les plus efficaces de combattre le choléra, les prati¬ 
ciens ne doivent ignorer aucune opinion qui a rapport à la nature et 
surtout au traitement de ce redoutable fléau. Aussi, quoique nous ne 
partagions certainement pas les idées de M. Coster, nous nous faisons 
un devoir de les faire connaître. Ce médecin , dans un article inséré 
dans la Revue Britannique, considère le choléra-morbus comme un 
accès de fièvre intermittente pernicieuse à son plus haut degré de vio¬ 
lence , et qui par cela même ne présente pas d’intermittence. Quand la 
maladie a fait irruption dans un pays, les individus qui l’habitent doi¬ 
vent être considérés comme placés sous l’influence de la cause qui la 
produit, et comme devant bientôt avoir un accès; c’est pourquoi ils 
doivent immédiatement recourir au moyen préventif héroïque que nous 
possédons, le quinquina ; car, après l’attaque, il n’est plus temps, n’y 
ayant pas d’intermittence pour l’administrer. « En employant l’écorce, 
dit M. Coster, on pourra se servir de cette formule : ^Écorce de 
quinquina concassé ? j, faites une décoction dans un litre et demi d’eau 



( ï66 ) 

réduit à un; prenez chaque matin demi-verre de cette décoction. Si l’oii 
a recours au sulfate de quinine, trois ou quatre grains par jour, pris en 
deux fois le matin, suffiront; même long-temps continuée, cette médi¬ 
cation n’aura, selon ce médecin, aucune influence fâcheuse sur les or¬ 
ganes digestifs. 

Nous ne discuterons pas cette opinion, qui du reste est partagée par 
un homme habile, M. le docteur Barbier, d’Amiens. Dans une lettre 
écrite à l’Académie de médecine, ce médecin manifeste la meme pensée 
que M. Coster et se prononce pour le même traitement. 

— Vésicatoires et cautérisations par Veau bouillante dans le 
choléra. — M. Mayor, de Lausanne, frappé de la rapidité de la 
marche du chole'ra-morbus, et de l’importance d’employer aussitôt que 
les symptômes apparaissent un révulsif puissant, propose, dans un mé¬ 
moire envoyé à l’Institut, de se servir à cet effet de l’eau bouillante, 
comme du moyen le plus prompt, le plus simple et le plus à la portée 
de tout le monde. Ce n’est pas l’eau en nature qu’il veut qu’on porte 
sur les parties sur lesquelles on veut agir, mais bien un corps métal¬ 
lique, tel qu’une grosse clef, un cachet, une cuiller, une tenaille, 
une barre de fer ; mais mieux encore, et de préférence, un marteau. 
Après l’avoir laissé environ une minute dans l’eau bouillante, sa tem¬ 
pérature sera assez élevée pour déterminer une cautérisation plus ou 
moins profonde ; on pourra varier le degré d’action de la chaleur, en 
interposant un linge ou une feuille de papier entre l’instrument et la 
peau, si l’on ne veut que produire une simple rubéfaction, la forma¬ 
tion de cloches, et la séparation de l’épiderme; et en portant deux oit 
trois fois de suite le marteau sur le même endroit, ou en ajoutant du 
sel à l’eau bouillante, si l’on veut donner lieu à une véritable escharrc. 
Quant aux lieux où la chaleur devra être appliquée , ce sera aux prati¬ 
ciens à les déterminer suivant le degré de la maladie et les effets qu’ils 
voudront produire. 

Cette méthode nous paraît avantageuse pour produire instantanément 
la vésication et l’enlèvement de l’épiderme, dans les cas où les médica- 
mens n’auraient d’autre voie, pour pénétrer dans l’économie, que l’ab¬ 
sorption cutanée. Ces cas ne doivent pas être rares dans le choléra, à' 
cause des vomissemens et des déjections qui rejettent à l’instant même 
le remède administre'. Dans les campagnes, on n’a pas toujours sous la' 
main de l’ammoniaque pour obtenir la dénudation du derme : si le 
marteau chauffé dans l’eau bouillante produit cet effet, on pourra s’en' 
servir avec avantage; mais le moyen proposé par M. Mayor n’est pas 
sans danger comme il paraît le dire ; il faut au contraire beaucoup de 
prudence dans son emploi pour ne pas produire des désordres considé- 



( «67 ) 

râble. Nous pensons, par exemple, que ce n’est pas dans l’eau bouil¬ 
lante, c’est-à-dire à i oo degrés, qu’il faudra chauffer l’instrument si l’on 
ne veut produire que la vésication, car en l’appliquant on aurait les ef¬ 
fets de l’eau bouillante elle-même, c’est-à-dire des escarrhes plus ou 
moins profondes ; il suffira, pour obtenir le soulèvement de l’épiderme, 
d’avoir de l’eau à 75 ou 80 degrés, et de toucher légèrement la peau 
avec le marteau. Dans le cas où l’on voudrait avoir des escarrhes, l’on 
pourrait avoir recours au fer rouge; mais le moyen donné parM. Mayor 
est moins effrayant pour le malade : MM. Rullier et Marjolin y ont eu 
recours quelquefois avec avantage. 


COMMISSIONS SANITAIRES DE LA VILLE DE PARIS. 


Les commissions sanitaires de la ville de Paris viennent d’être insti¬ 
tuées. Dans chaque quartier, deux notables, deux médecins et un chi¬ 
miste , auront à rechercher les améliorations à faire sous le rapport de 
l’hygiène et de la salubrité publiques; ils correspondent avec des com¬ 
missions d’arrondissement, composées du maire, président, de trois 
notables, de deux médecins et d’un chimiste; celles-ci correspondront 
à leur tour avec la commission centrale, qui sera présidée par le Pré¬ 
fet de police, et composée des membres actuels du conseil de salubrité, 
auxquels seront adjoints six citoyens notables choisis par le Préfet de la 
Seine. Voici le personnel médical de ces commissions. 


MM. Lherminicr et Andral père, médecins d’arrondissement; Ilotto , pliar- 
înacien-cliimisle. — Quartier du Roule. MM. Belmas et Thomas; méd. ; Ray¬ 
mond, ph.-ch. — Q. de la place Fendâme. MM. Eusèbe Desallc et Dufresne, 
méd.; Garaud, ph.-ch. — Q. des Tuileries. MM. Martinet et Roche, méd ; 
Pelletier, ph.-ch.— Q. Chaillot. MM. Bouvier et Canuet, méd.; Esprit, ph.-ch. 
— Q. des Champs-Elysées. MM. Paris etGuirard, méd.; Marcotte, ph.-ch. 

2° ARRONDISSEMENT. 

MM. Cruvcilhier etPétroz, méd. d’arr.; N..., ph.-ch.— Q. de la Chmissée- 
d'Antin. MM. Lagneau et Lamouroux, méd.; Desmarest, ph.-ch.— Q. du 
Fuub.-Montmarlre. MM. Piron Sampigny et Mancel, méd. ; Vallard, pli -ch. 
— Q.du Palais-Royal. MM. Jules Marc et Poujet, méd. ; Rauiier, ph.-ch. — 
Q. Feydeau. MM. Iules Guérin et Cabanellas, méd.; Guibourt, ph.-ch. 

3* ARRONDISSEMENT. 



( *68 ) 

Marchés. MM. Pilon et Morette, méd. ; Dubail, ph.-ch. — Q. de la Banque 
Je France. MM.Brière de Boismont et Miquel, méd.; Vallet Gis, pli.-ch.— 
Q. Ju Louvre. MM. Olivier d’Angers et Costcr, méd.; Gosselin, ph.-cli. 

5” ARRONDISSEMENT. 

MM. François et Monot fils, méd. d’arr.; Roard, pli .-ch. — Q. Montorgueil. 
MM. Gouryet N..., méd.; Guillery, ph.-ch.— Q. Bonnes-Nouvelles. MM. Ster¬ 
ling et Riquc, méd. ; Deslauricrs, ph.-ch. — Q. du Faub.-St-Denis. MM. Co- 
linet et Barbier du Bocage, méd.; Vée, ph.-ch. — Q. de la P or te-St-Martin. 
MM. Ollinet et Voisenet, inéd.; Richard, ph.-ch. 

6" ARRONDISSEMENT. 

MM. Jaubert-Lamballo et Roche, méd. d’arr.; Clément-Dcsormcs, chim. — 
Q. St-Martin-des-Champs. MM. Joly et Sellier, méd.; Dublanc, ph.-ch.— 
Q. des Lombards. MM. Clcrain et Hureau, méd.; Billards, ph.-cli. — Q. du 
Temple. MM. Ségalas etLozes, méd.; Caillot, ph.-ch. — Q. de. laPorle-St- 
Denis. —MM d’Hurnain et Mickel-Neuville; Chéreau, ph. ch. 

7" ARRONDISSEMENT. 

MM. Samson l’aîné et Nacquart, méd. d’arr.; Planche, ch. — Q. du Mont- 
de-Piété. MM. Duparc et Pâtissier, méd.; Bajet, ph.-ch. — Q du Marche 
St-Jean. MM. Lefèvre et Dclafolie, méd.; Ovard, ph.-cli.— Q. des Arcls. 
MM. Cohanin et Durochcr, méd.; Aubé, ph.-ch. — Q. Ste-Avojre. a MM. Du- 
clos et ManccauK, méd.; Colmet, ph.-ch. 

8” ARRONDISSEMENT. 

MM. Casenavc père et Dcslandes, méd. d’arr. ; Régnault, ph.-ch. — Q. du 
Marais. MM. Casenavc fils et Aubcpin , méd.; Butcux, ph.-ch. Q. Popin- 
court. MM. Ang.-ard et Bclhomme, méd. ; Castel, ph.-ch. — Q. St-Antoine. 
MM. Brousse et Dubois, méd. ; Marcadier, ph -ch. — Q. des Quinze-Tingts. 
MM. Maindrault et Pressât, méd. ; Sellier, ph.-ch. 


MM.Honoré et Dclcns, méd. d’arr.; Péclet, ph.-ch. — Q. de T Arsenal. 
— MM. Thierry fils et Mondât, méd.; Gelé, ph.-ch.— Q. Je VIlôtel-de- 
Ville. MM. Deville et Loiseleur de Longchamp, méd.; Grammaire, ph.-ch.— 

8 . de Vile St-Louis . MM. Lagasquic et Jadin , méd. ; Etienne, ph.-ch. — 
. de la CM. — MM. Tallard et Chailly, méd.; Peüt, ph.-ch. 

10” ARRONDISSEMENT. 

MM. Boisseau et Double, méd. d’arr. ; Thénard, ch. — Q. de la Monnaie. 
MM. Gaultier de Claubry et Paulin , méd. ; Boudet, ph.-ch. — Q. du Faub. 
St-Germain. MM. Bousquet et Labat, méd.; Richard-Desrucls, pli.-ch.— 
Q. St-Thomas-d’Aquin. MM. Lesucuret Villeneuve, méd. ; Corriot, pli.-ch.- 
Q. des Invalides. MM. Esnaud et Guichard, méd.; Dcllandrcs, ph.-ch. 

41° ARRONDISSEMENT. 

MM. Guéncau de Mussy et Chardcl, méd. d’arr. ; Barrucl (Jean), chim- 

£ . de la Sorbonne. MM. Charpentier et Pinel-Grandchamp, méd. ; Delondrcs, 
.-ch.— O. du i'alais-de-Justice. MM. Bouquin et Barras, méd. ; Hubert, 
ph.-ch. — O. du Luxembourg. MM. Vignardonne et Tascheron, méd.; Blon¬ 
deau , ph.-cli. — Q. de l’Ecole de Médecine. MM. Cayol et Gabriel Pcllatan, 
méd.; Toulain, ph.-ch. 

12' ARRONDISSEMENT. 

MM. Husson et Lcuret, méd. d’arr. ; Laugier père, ch. — Q. du Jardin du 
Roi. MM. Martin-St-Ange et Dutois, méd.; Malitte, ph.-ch. — Q.St-Mar- 
cel. MM. de Sniilter et Clément, méd.; Maurel, ph.-ch. — O. St-Jacques. 
MM. Hautcgard et Gnilbcrt, méd.; Moutillard, ph.-ch.—O. de VObservutoire. 
MM. Devillcrs et Salone, méd. ; Dumas, pli.-ch. 







( '<*) ) 

THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 

DE L’APPRÉCIATION DES FAITS EN THÉRAPEUTIQUE. 

Monsieur, 

J’ai -lu avec plaisir, dans votre dernier cahier, un article de M. Trous - 
seau, sur la difficulté d’apprécier les faits en thérapeutique. Je 
pense, depuis long-temps, que c’est par là que devraient commencer 
tous les traites de thérapeutique et de matière medicale. L’appréciation 
des propriétés des médicamens forme en effet une questioh préalable sur 
laquelle il faut de toute nécessité savoir à quoi s’en tenir, sous peine 
de rester dans une indécision éternelle, ou de se décider au hasard. 
Mais que d’embarras! que de difficultés! De tant de recettes infaillibles 
voyez combien peu sont restées dans le domaine de la science ! C’est ce 
qui faisait dire à Bouvart, qu’une belle dame entretenait d’un remède 
nouveau : « Hâtez-vous de l’employer pendant qu’il guérit. » Paroles 
pleines de sel et de raison. 

S’il y avait moins d’incertitude sur l’action des médicamens, on ne 
verrait pas tant de variations dans les méthodes thérapeutiques, on ne 
verrait pas tant de variétés dans la pratique des médecins. 

On leur fait un crime de cette dissidence : sans doute il serait à dé¬ 
sirer qu’il régnât entre eux plus d’accord dans les vues, plus de con¬ 
formité dans les prescriptions ; mais faut-il s’en prendre aux hommes 
de la faute des choses , et dira-ton que l’c'tude de la médecine fausse 
le jugement ? Loin de là, s’il est au monde une science propre à donner 
quelque étendue à l’esprit, à en régler la marche, à redresser ce qu’il 
peut avoir de faux ou d’exagéré, c’est la médecine : la médecine, di¬ 
sons-nous , et non les mathématiques. Comme en mathématiques tout 
est évident, exact, on croit généralement qu’on gagne à cette étude un 
esprit clair, juste; nullement, les mathématiques peuvent rendre 
difficile en fait de preuves et de démonstrations ; mais là où la vérité se 
montre toujours clairement il y a peu de mérite à la reconnaître. 

Si les mathématiques sont la science de l’évidence, la médecine est 
la science des probabilités, et c’est précisément à cause de cela qu’elle 
nous paraît si bien faite pour exercer l’intelligence et pour formel¬ 
le jugement. 11 faut examiner, comparer, peser les preuves, ba¬ 
lancer les opinions, expliquer des contradictions apparentes : pour si 
peu qu’on apporte de conscience à cet exercice, il est impossible que 
l’esprit ne finisse pas par acquérir une pénétration, une sûrété peu 
tome 1. 6” LIV. 12 



( > 7 ° ) 

communes. Jean-Jacques lui-même, si peu confiant dans la médecine, 
a dit que les me'dccins sont de tous les savans ceux qui savent le plus 
et le mieux; éloge d’autant plus sincère qu’il ne leur avait pas toujours 
rendu la même justice. 

Malheureusement quand on voyage en pays e'trangcr, il est facile de 
s’égarer. Il est en me'decine des régions connues et d’autres qui ne le 
sont pas. Tant qu’on se tient dans les premières, tout le monde voit 
son chemin et le suit. Faut-il combattre une fièvre intermittente, la 
syphilis, le scorbut, la blennorrhagie, etc. ? ne craignez pas qu’o» 
s’écarte du traitement ou des traitemens consacrés par l’expérience 
universelle. La force de l’évidence ralliera les esprits les plus diver- 
gens. Il n’y a pas de systématique, à moins qu’il n’ait le cerveau dé¬ 
rangé, qui ne sente la nécessité de se plier de bonne grâce aux prati¬ 
ques les plus populaires : c’est un hommage que la théorie rend à l’ex¬ 
périence. Ainsi, quand on dit que la théorie d’un médecin fait sa pra¬ 
tique, cela est vrai et faux tout ensemble : faux des maladies où la 
thérapeutique est sûre d’elle-même ; vrai des maladies où la thérapeu¬ 
tique doute de scs forces. 

La difficulté d’apprécier la valeur des médicamens une fois conve¬ 
nue , il s’agit d’en rechercher les causes. Votre collaborateur en signale 
trois principales. La première désignée est la paresse de l’esprit hu¬ 
main et son penchant à l’imitation qui le porte à répéter machinalement 
ce qu’il a vu faire sans chercher à pénétrer les motifs de sa conduite, 
et sans s’inquiéter du résultat dont il laisse toute la responsabilité à ses 
prédécesseurs. C’est le servuvi pecus médical : c’est le pendant de ces 
littérateurs de bas étage à qui Voltaire fait dire : 

.Nous avons l’habitude 

De rédiger au long de point en point 
Ce qu’on pensa, mais nous ne pensons point. 

Cependant il faut être juste : on n’a pas trop à se plaindre, ce me 
semble, du respect des disciples pour la parole du maître. La déférence 
à l’autorité n’est pas le défaut de notre temps; le siècle où nous vivons 
a recueilli le fruit du siècle qui l’a précédé : au septicisme a succédé 
l’incrédulité. Voyez nos traités les plus récens de thérapeutique, ne di¬ 
rait-on pas qu’ils ont été faits en haine de la médecine ? Tout y est remis 
en question; tout est à recommencer. Si Rousseau vivait, il ne dirait 
pas que c’est malice pure aux malades de continuer à l’être : car de tant 
de maladies que 1rs hommes se donnent, il n’y en a pas une seule dont 
vingt sortes d’herbes ne guérissent radicalement. 

La philosophie du dix-huitième siècle a tué la thérapeutique ; on 
commence enfin à s’en apercevoir, et le succès de ce Bulletin semble' 




( 1 7 1 ) 

lui promettre des jours plus heureux. Ainsi, monsieur, déférence â 
l’autorité contemporaine, mépris de l’ancienne : deux obstacles aux 
progrès de la thérapeutique. 

Votre collaborateur signale ensuite la confusion des maladies, fort 
bien j cela seul me prouverait qu’il est parfaitement entré dans l’esprit 
de son sujet ; il a compris que le propre des systèmes est de tendre tou¬ 
jours à rapprocher les objets, tandis que la nature ne fait que des indi¬ 
vidus. Si la faiblesse de notre intelligence nous fait une loi de ces rappro- 
chcmens, la sagesse consiste à savoir s’arrêter à propos. Quand meme 
la pathologie n’y verrait point de différences, il ne sera jamais permis, 
en pathologie, de confondre deux maladies que la thérapeutique s’obs¬ 
tine à séparer : il ne sera jamais permis de confondre, par exemple, le 
rhumatisme avec la goutte, les affections catarrhales avec les inflamma¬ 
tions , les maladies contagieuses avec celles qui ne le sont pas, les plaies 
avec les ulcères, les fièvres continues avec les fièvres intermittentes : 
l’une des plus grandes fautes de M. Pinel, et l’une des fautes qui lui 
ont valu le plus d’éloges, tant on avait oublié, pendant un temps, que 
le but de la médecine est de guérir. 

Par la même raison, il est contraire à l’esprit de la médecine pra¬ 
tique d’entasser dans la même classe les toniques et les astringens, les 
cxcitanset les balsamiques, les narcotiques et les anti-spasmodiques, etc. 

Et, sans sortir de la même classe, croit-on qu’il soit bien orthodoxe 
de doter des mêmes vertus le quinquina et la cascarille, la racine 
de Colombo et le rathania, l’e'ther et le. camphre, l’opium et l’acide 
liydro-cyanique, etc.? M. Barbier a composé sa dixième et dernière 
classe de toutes les substances qu’il n’a pu faire entrer dans les neuf 
premières. Il a fait cette classe à regret, et c’est à notre avis la mieux 
traitée ; pourquoi ? Parce que l’auteur, insouciant à tout rapprochement, 
au lieu de chercher des propriétés communes à toutes ces substances, 
se contente d’en dire ce que l’expérience en a fait connaître. 

On sait bien que sans rapprocliemcns il n’y a point de science; mais 
comme, à l’application, on n’a jamais affaire qu’à des cas particuliers, 
il s’ensuit que, dans un système de médecine qui a la pratique en vue, 
il faut multiplier les spécialités en pathologie et les spécifiques en 
thérapeutique, autant qu’il est nécessaire au but qu’on se propose : 
bien entendu que ces mots sont pris ici dans leur plus large acception. 

La plupart des no^graphesfont tout le contraire : ils admettent cinq 
ou six classes de maladies, plus ou moins, comme s’il n’y avait que 
cinq ou six espèces pathologiques. Les thérapeutistes admettent cinq 
ou six classes de mc'dicamens, comme s’il n’y avait que cinq ou six in¬ 
dications à remplir j et les uns et les autres semblent avoir voulu per- 



( > 7 2 ) 

pc'tucr leurs erreurs, en les faisant passer dans la langue. Les maladies 
ont reçu des noms nouveaux tires de leur siège et de leur nature, deux 
choses presque toujours couvertes d’obscurité'. Lamc'dccine a priscetle 
manie de nomenclature de la chimie moderne, sans se rendre raison de 
la différence des deux sciences. La chimie opérant sur des objets fixes, 
invariables, a toute facilite'pourles bien connaître, et malgré cela, voyez 
que de changemens depuis la première reforme de son dictionnaire par 
Guyton de Morvcati. Les choses en sont venues au point qu’il faut des 
livres pour connaître les noms nouveaux qui répondent aux anciens, et 
ces livres auraient besoin d’une nouvelle édition toits les ans, pour sc 
tenir au courant des mouvemens de la science. 

Du moins cela n’est d’aucune conséquence grave en chimie; mais err 
médecine, quand on changé le nom d’une maladie parce qu’il a paru 
peu d’accord avec sa nature, on veut justifier ce changement dans la 
thérapeutique. Prenons un exemple. Autrefois on admettait une fièvre 
putride, maligne, et tout le monde s’entendait à merveille; M. Pinel 
croyant que le caractère essentiel de cette fièvre était la faiblesse, en 
a fait la fièvre adynamique ; mais s’il y a adynamie, il faut des 
toniques et des cxcitans, et c’est sur l’autorité de son nom qu’on a 
changé le traitement pour en adopter un autre qui a fait un mal incal¬ 
culable. Puis M. Broussais est venu; il a découvert que la fièvre 
adynamique, loin d’être une maladie de faiblesse, était fine maladie 
d’irritation : en conséquence, on a remplacé les toniques parles sai¬ 
gnées. Enfin on s’est dégoûte' des saignées, et le vulgaire médical, flottant 
entre M. Pinel et M. Broussais, attend un nouveau messie. 

Mais, monsieur, la paresse de l’esprit, sa tendance à l’imitation , la 
confusion des espèces pathologiques, les vices de la nomenclature mé¬ 
dicale , tout cela fait sans doute qu’il est fort difficile de s’entendre sur 
un médicament; mais ce sont les cireurs des hommes, et, à la rigueur, 
nous ne devrions parler ici que des difficultés inhérentes au sujet : elles 
sont assez grandes pour mériter toute notre attention. 

Quand je disais, en commençant cette lettre, que le dédain des mo¬ 
dernes pour l’autorité des anciens était aussi injuste que funeste aux 
progrès de la médecine, je ne m’attendais pas à trouver sitôt la justifi¬ 
cation d’un si grave reproche. C’était un des dogmes fondamentaux de 
la médecine des anciens , que les maladies changent de nature avec les 
constitutions atmosphériques, et ce changement, qui répond nécessaire¬ 
ment aux variations de l’atmosphère, n’est pas cependant toujours ap¬ 
préciable dans ses causes. 

Quoi qu’il en soit, le fait existe, et ce fait, je le répète, est capital 
en médecine pratique ; votre collaborateur l’a bien senti. Un autre fait 



( >73 ) 

non moins remarquable, c’est l’influence de la maladie régnante sur les 
autres maladies qui se manifestent avec elle ou pendant son règne;- 
influence telle, qu’elle leur impose le même traitement. Delà, ce grand 
principe de thérapeutique qu’il faut étudier le traitement des maladies 
locales dans la fièvre concomitante. C’est ainsi que pensaient Hippo¬ 
crate, Sydenham, Baillou, Stoll, Grant, Finke, Zimmermann, Hildc- 
brandt, P. Franck, etc.; c’est ainsi que pensent et que penseront tous 
les médecins qui étudieront les maladies en vue de les guérir. 

Pénétré plus que jamais de cette grande vérité, le fondement de toute 
bonne médecine, je proteste hautement contre tont système qui, renver¬ 
sant les termes du problème, rétrécit de plus en plus le siège des ma¬ 
ladies , et qui, ne tenant aucun compte du génie de la constitution, ne 
sait voir que les maladies locales auxquelles il oppose toujours le même 
traitement. 

Pour faire sentir les vices de ce système, prenons un exemple. S’q 
est une maladie constante dans ses formes , c’est apparemment la pleu¬ 
résie ou plcuro-pneumonie ; l’anatomie pathologique y trouve toujours 
la même chose. L’observation clinique soutient au contraire que le 
traitement varie d’une année à l’autre; il est des temps où les saignées 
y sont toutes puissantes ; il en est d’autres où c’est l’émétique ; d’autres 
où c’est le vésicatoire. J’invoque ici les témoignages de Sydenham, 
Stoll, Sarcone; et s’il fallait des autorités plus modernes , M. Gasc 
m’en servirait : il dirait qu’en 1829 ou 18B0, les saignées ne pouvaient 
presque rien contre la péripneumonie, les saignées dont il avait tiré si 
bon parti, l’année précédente, contre la même maladie et dans le même 
hôpital. M. Bally dirait aussi qu’il a vu des épidémies de petite-vérole 
où la plus légère émission sanguine était presque sûrement mortelle. 
M. Désormcaux avait éprouvé que la pommade d’Autenrielh faisait, 
une année, merveille dans les coqueluches, et l’année suivante elle n’y 
faisait rien. 

Il y a plus : la même constitution peut persister plusieurs années sans 
changer de génie, malgré le cours ordinaire des saisons. Sydenham disait 
alors qu’elle était stationnaire. Le même observateur a fait une remarque 
qui prouve toute la sagacité de ce rare génie ; il a vu que lorsqu’une 
maladie survit à l’épidémie pendant laquelle elle est née, elle peut con¬ 
server quelque chose de son origine, jusque-là qu’elle ne cède qu’au 
même traitement. J’abandonne l’exemple dont il s’appuie, pour en citer 
un autre plus récent : je le dois aux bontés de M. Mestivier, qui me le 
communique à l’instant où j’c'cris ces lignes. 

II était à Moscou en 1809, ville fertile en fièvres intermittentes; elles 
s’y montrent très-régulièremtnt -deux fois par an , au printemps et en 



( >74 ) 

automne. En gc'ne'ral elles cèdent fort bien au quinquina, mais cette 
anne'e elles résistèrent. Il y avait là un médecin sans réputation qui dé¬ 
butait presque dans toutes les maladies par la potion de Rivière j il 
traita les lièvres intermittentes de la même manière , et il réussit. Le 
bruit de ces succès vint aux oreilles de M. Mestivier, il imita la pra¬ 
tique de son confrère, et il ne fut pas moins beureux. 

Quelque temps après, il fut appelé en consultation par M. le docteur 
Schmitz, pour voir une dame Robine qui, depuis un an, était tra¬ 
vaillée par une fièvre quarte dont elle ne pouvait se débarrasser. On 
avait tout essayé. M. Mestivier se fit rendre compte de cette maladie, 
et en apprenant qu’elle datait de l’époque où les fièvres intermittentes 
s’étaient montrées rebelles au quinquina, il prescrivit la potion de Ri¬ 
vière , en souvenir des succès qu’elle avait obtenus. Heureuse inspira¬ 
tion ! heureuse pratique ! heureux succès ! 

On voit par ces réflexions que les me'dicamens n’ont rien d’absolu : 
tout en eux est éventuel, fortuit, relatif à la nature de la maladie et 
à l’état des malades. 

Oui, ce sont les malades eux-mêmes et la prodigieuse variété de leurs 
dispositions qui forment, selon nous , le plus grand obstacle à l’appré¬ 
ciation des agens thérapeutiques. 

A la différence des corps bruts, les corps vivans réagissent sur les 
impressions qu’ils reçoivent, et cette différence explique pourquoi les 
mêmes agens produisent des effets invariables sur les uns, et des effets s* 
variables sur les autres. C’est qu’ici l’effet de la réaction s’ajoute à l’effe* 
de l’impression, et rien n’est plus mobile, rien n’est plus variable que 
cette réaction. 

Il n’est pas d’effet soit en étiologie, soit en thérapeutique, qui ne 
soit le résultat combiné de l’action des corps mis en jeu et de la réac¬ 
tion de l’économie. 

Cette action et cette réaction s’établissent, comme on pense bien, 
dans des rapports fort diffe'rens, suivant le cas. Ici, c’est le corps exté¬ 
rieur qui est si puissant par lui-même qu’il domine toutes les va¬ 
riétés de tempérament et produit sur tous le même effet : tels sont les 
poisons et tous les corps qui détruisent mécaniquement ou chimique¬ 
ment la texture même de nos tissus : là c’est la réaction qui l’emporte 
au point de faire cesser toute proportion entre l’effet et la cause. 

Mais ce n’est pas seulement en intensité que la réaction varie, sou. 
vent elle se modifie, se diversifie, de manière à ne conserver aucun 
rapport de nature avec l’agent qui l’a provoquée. Et voilà comment il 
est vrai de dire que les effets les plus variés naissent des mêmes causes, 
et réciproquement. II y a des sujets malheureusement organisés, en 



( 175 ) 

•qui toutes les impressions tournent de la même manière , aboutissent à 
la même fin : et cette fin , c’est tantôt une dartre, tantôt un cancer, la 
phthisie, un calcul, la goutte, une inflammation. 

Comment veut-on que des organisations si differentes répondent de 
la meme manière à la même impression, au même me'dicamcnt ? C’est 
impossible. Je suppose donc que vous avez à traiter deux dartreux : l’un 
porte des dartres depuis son enfance, il y a une telle disposition (pie 
la plus petite c'gratignurc prend de suite cette tournure : l’autre est venu 
jusqu’à cinquante ans sans avoir eu rien de semblable ; tous deux sont 
soumis au même traitement. Le résultat n’est pas difficile à prévoir : 
très-sûrement vous guérirez le second, ilse serait guéri tout scul,iln’est 
pas fait pour avoir des dartres; mais guérirez-vous le premier? c’est 
douteux : il est douteux du moins que vous ayez un succès durable. 

Je suppose maintenant que ces deux malades tombent en des mains 
différentes : qu’arrivera-t-il? que les médecins ne s’entendront pas sur 
i’elficacité du même remède; l’un le prônera, l’autre le dépréciera : ils 
auront raison tous les deux; mais tous deux auront également tort, 
si, s’arrêtant à la différence des effets, ils ne voient pas qu’elle provient 
tout entière des dispositions , des diathèses de leurs malades. 

Je m’arrête, mais je prie le lecteur de réfléchir sérieusement à ces 
dernières considérations; elles sont fécondes en conséquences. Il verra 
que tel médecin se vante de succès que la nature pourrait réclamer à 
plus juste droit; il sentira combien est peu fondée celte médecine de 
chiffres, qui croit pouvoir toujours justifier scs méthodes par le résultat; 
il pressentira peut-être la destinée de la science : ou je me trompe fort, 
ou elle ne marchera jamais l’égale de la physique et de la chimie; il 
n’est pas dans sa nature d’atteindre le même degré de perfectionnement. 
Du reste j’en dis autant de la psychologie , de la morale, de la politi¬ 
que et de toutes les sciences qui ont l’homme pour objet , de quelque 

manière qu’elles le considèrent.Mais il me suffit d’avoir démontré, 

par la nature même de l’homme, que rien n’est pliis difficile que l’ap¬ 
préciation des vertus des mc'dicamens. Bousquet. 


QUELQUES MOTS SUR LE CUOLÈRA-MORBUS DE POLOGNE ET 
SUR SON TRAITEMENT. 

Le choléra-morbus s’avance; il y a à peine quelques jours que venant 
de Varsovie nous avons été arrêté aux frontières de la Prusse, exempte 
encore de ce fléau, et voilà que déjà il règne à Berlin ctàVienne, cty fait 
de nombreuses victimes. La Hollande et les Pays-Bas craignent d’être 
atteints de cette terrible maladie, et la France n’est guère plus rassurée. 





( I ;6 ) 

Nous n’avons pas à examiner si ces craintes sont fondées ; mais nous 
devons nous liâter d’engager le gouvernement à utiliser la terreur qu'in¬ 
spire le choiera pour décider les citoyens à prendre toutes les mesures 
sanitaires que la prudence commande. Lorsque le mal sera à la fron¬ 
tière , il ne sera plus temps. Les commissions de salubrité viennent 
d’être instituées : celte mesure est extrêmement sage; mais elle n’aura au¬ 
cun résultat si l’autorité n’investit ceux auxquels elle a accordé sa con¬ 
fiance de pouvoirs suffisans pour que, sur leur invitation, tout ce 
qui est necessaire à l’assainissement des quartiers, au déblaiement des 
rues, à la purification des maisons et à la destruction de tout foyer 
d’infection , s’effectue sur-le champ. Mieux que personne nous pouvons 
parler de la puissante influence qu’a la malpropreté sur le développe¬ 
ment et la marche du cholér ;-morbus; et si, à Varsovie, le comité cen¬ 
tral de salubrité publique eût été, dans le principe, mieux secondé par 
l’administration de la police, et que les mesures qu’il avait conseillées 
eussent été mises en pratique, nul doute que la maladie n’eût fait beau¬ 
coup moins de ravages dans certains quartiers (i); mais on faisait là- 
bas ce que l’on fait ici dans ce moment, l’on discutait, l’on dissertait. 
A quoi s’occupent en effet les médecins ? à rechercher d’avance 
quels seront les moyens à employer quand la maladie sera en 
notre présence. Sera-ce l’huile de cajcput, l’opium, le camphre ou le 
sous-nitrate de bismuth, qu’il faudra prescrire? Eh, mon Dieu ! tous 
ce., moyens peuvent être bons ; mais occupons-nous d’avance de prophy¬ 
lactique; voyons les moyens préventifs qui pourront nous garantir de 
l’invasion du choléra ; et ces moyens se trouvent dans la propreté de 
notre personne, de notre maison, de nos cours, de nos rues , de nos 
quartiers, de nos villes ; ils sont dans l’observation sévère 'des règles 
de l’hygiène et des lois qui règlent la salubrité publique. 

Ces questions importantes seront traitées à fond dans notre ouvrage 
sur le cholc’ra-morbus de Pologne, qui va paraître prochainement, et 
dans quelques articles qui seront insérés dans ce journal. 

Quoiqu’il soit dans nos intentions de faire spécialement ici l’histori¬ 
que des trailemens que nous avons vu appliquer ou que nous avons ap¬ 
pliqués nous-même au cholcrp-morbus de Varsovie, nous pensons que 
les nombreux lecteurs du Bulletin de Thérapeutique nous pennet- 


(t) Surtout dans les maisons de bois qui bordent la Vistule, espèce de cloaques 
infects où: étaient entassés pêle-mêle hommes et bestiaux. La mortalité y a été telle 
qu’il est arrivé qu’en visitant certaines maisons nous avons trouvé cinq et six 
morts : c’était quelquefois la totalité des habitans.Les choses en vinrent au’point 
que la police, un peu trop tard peut-être, se décida, sur l’invitation du conseil 
supérieur de santé, a faire fermer toutes ces maisons. 



( s 77 ) . 

Iront de nous écarter un instant de notre but, pour leur raconter l’in¬ 
vasion du choiera dans l’armée polonaise, ainsi que son introduction à 
Varsovie et sur le reste du territoire polonais. Ces details, peu con¬ 
nus en France, ne seront pas sans intérêt. 

C’est vers la lin du mois de mars que M. Legallois et moi arrivâmes 
à Varsovie. La santé' e'tait parfaite à la ville et dans le camp; mais 
bientôt trois horribles fléaux vinrent à la fois fondre sur cette popula¬ 
tion héroïque, à laquelle aucune peine, aucun sacrifice ne coûtait pour 
la conquête de sa liberté'. Le i o avril nous apprîmes que dans l’hôpital 
confie'au docteur Mariez quinze prisonniers russes blesses avaient été pris 
de pourriture d’hôpital; nous y vînmes et nous nous assurâmes de la vé¬ 
rité de cette nouvelle ; dans la matinée trois amputés de la veille venaient 
d’en mourir. Cette affection régna encore quelque temps et fit de nou¬ 
velles victimes; mais une maladie plus terrible réclamait notre atten¬ 
tion. C’est le 11 avril que pour la première fois le bruit se répandit à 
Varsovie qu’une maladie épidémique qu’on ne dénommait pas régnait 
parmi les soldats; une commission part pour le camp, et répond au 
gouvernement que la maladie que l’on observe tient aux variations de 
la température, et qu’elle n’aura pas de durée; mais le 12, cinquante 
hommes de la division Rybinski sont pris du choléra, presque au 
même moment, et périssent le plus grand nombre ; alors une nouvelle 
commission est envoyée, et le i 3 avril, elle annonce que c’est le 
clioléra-morbus sporadique qui règne au camp. Le ï 4 > M. Legallois 
et moi recevons l’ordre de nous rendre en poste à l’année, pour obser¬ 
ver la marche de la maladie. A notre'arrivée nous fûmes introduits 
par M. le médecin en chef Marcinkowski dans l’hôpital de Mienia, 
où étaient gisans trente-trois cholériques. J’ai encore sous les yeux le 
tableau qui s’offrit à nos regards. Le choléra, avec toute son intensité, 
avec toutes scs souffrances, avec sa terminaison si promptement mor¬ 
telle, était là; je n’oublierai jamais un houlan, homme fort et vigou¬ 
reux , qui, atteint le matin des premiers symptômes du choléra, périt 
sous nos yeux après 4 heures de souffrance dans des douleurs affreuses. 

C’est de la bouche de ce brave militaire, car il avait appris le fran¬ 
çais dans les rangs de nos armées, et l’étoile de la Légion-d’Honneur, 
dont il était décoré, attestait que ce n’était pas sans distinction qu’il 
avait servi la France ; c’est de sa bouche, et de celle de tous ses cama¬ 
rades et des chefs de l’hôpital, que nous apprîmes que le 10 avril il y 
avait eu un engagement entre la division Rybinski, à laquelle il 
appartenait, et la division russe de Pahlen II, qu’il avait été fait un 
assez grand nombre de prisonniers, que la maladie s’c'tait déclarée ce 
jour-là même, que ceux qui avaient été atteints les premiers étaient 



( >78 ) 

ceux qui s’c'taient empaics des effets des Russes restes sur le cliamp de 
bataille. Dès lors il devint certain pour nous, comme il l’e'tait pour tous 
les Polonais, que le choiera leur avait été communique' par les Russes. 
S’il fût reste' quelque incertitude dans notre esprit, elle eût disparu 
quelque temps après ; car quelques semaines s’e'taient à peine écoulées, 
que la même division, dans laquelle il n’y avait pins aucun malade, 
e'tant venu camper à Kuflew, où les Russes avaient perdu plusieurs 
centaines d’hommes, lcchole’ra e'elata de nouveau parmi les soldats. Il 
en fut de même dans les derniers jours de mai, apres un engagement 
sérieux qui eut lieu à Tycocin. 

Après avoir constate la nature de la maladie, nous rendîmes, le 16 
avril, compte de notre mission au gouvernement, qui nous donna l’or¬ 
dre de nous transporter à Praga, où la maladie s’était déclarée. Nous 
y trouvâmes un grand nombre de cholériques; quatre cents d’entre eux 
furent transportés à l’hôpital du camp et y périrent presque tous. 

Deux ou trois jours après le choléra-morbus régnait à Varsovie. 

Telles sont les circonstances les plus remarquables qui se soient rat¬ 
tachées à l’invasion du choléra ; l’on s’en servira sans doute , et nous 
nous y attendons, pour établir sa nature contagieuse; mais nous répéte¬ 
rons aux contagionistcs qu’ils ne doivent point à priori adopter une opi¬ 
nion que des faits, peut-être aussi concluans que ceux que nous 
rapportons, pourraient combattre. Nous leur dirons qu’un grand nom¬ 
bre de médecins instruits de Pologne sont d’une opinion contraire à 
la leur, et que la majorité des membres dont se composait le comité 
supérieur de santé, n’admettait pas la transmission de la maladie 
par contagion comme un de ses caractères spéciaux et constans. 
Beaucoup de médecins, parmi ceux qui passaient leurs journées en¬ 
tières dans les hôpitaux, ont été atteints du typhus; et nous-même, 
ainsi que notre malheureux ami, M. Legallois, avons été arrê¬ 
té dans nos travaux par cette cruelle maladie (i); mais je n’en 

(l)Dans les derniers jours d’avril, Legallois fut visiter à l’hdpilal d’Alexandre 
notre confrèro M. le docteur Hoffman, qui avait le typhus, ainsi que trente- 
trois autres médecins qui étaient couchés dans le même établissement. 
L’encombrement épouvantable de cet hôpital, qui contenait alors plus de quatre 
mille malades, était l’unique cause de l’invasion de la maladie. Legallois resta une 
demi-heure environ assis sur le lit de M. Hoffman occupé à le consoler : c’est un 
tourment si cruel de se sentir dépérir sur une terre étrangère, loin de sa 
famille et de ses amis! A son retour, une expression insolite régnait sur sa 
figure; nous la remarquâmes et lui en demandâmes la cause: «Mon ami, ré¬ 
pondit-il, je viens de prendre le typhus; j’ai respiré Phalcino d’Hoffman et 
j’ai senti aussitôt une impression extraordinaire qui m’annonce que j’ai contracté 
la maladie. » Le surlendemain lui et moi étions dans notre lit. 




( >79 ) 

connais point qui aient eu le choiera. Chaque matin , au sortir des hô¬ 
pitaux, où nous passions plusieurs heures à voir les malades et à faire 
des autopsies, nous nous rc'unissions à un café' français avec nos liahits 
encore empreints de l’odeur qu’ils avaient contractés dans les salles et 
les amphithéâtres, et je n’ai pas ouï dire qu’aucime des personnes qui 
fréquentaient ce café ait eu le choléra. 

Certainement il est hors de doute pour nous qu’une épidémie, née par 
suite d’une grande agglomération, dans un même lieu , d’hommes mal 
nourris, mal vêtus, exposés à toutes les intempéries des saisons , cam¬ 
pées comme l’ont presque toujours été les armées russes et polonaises, 
dans des marais, ne puisse revêtir, lorsqu’elle est arrivée à un très- 
haut degré d’intensité, le caractère contagieux; mais nous devons ré¬ 
péter que si ce caractère a existé dans le choléra-morbus de Pologne, il 
n’a pas été constant. Après cela que nous condamnions les mesures pri¬ 
ses pour s’opposer aux progrès de la maladie, nous ne sommes pas 
assez insensés ; nous les appelons au contraire de tous nos vœux ; mais nous 
ne voudrions pas que l’on effrayât les popidations par des craintes exa¬ 
gérées , qui, en gênant les relations d’homme à homme, anéantiraient 
tout commerce, toute industrie, et enlevant aux individus toute leur 
force morale , les rendrait plus aptes à contracter le choléra-morbus , 
qu’il soit contagieux ou simplement épidémique ( notre opinion n’est 
pas encore complètement arrêtée à cet égard ). 

Cette influence de la peur s’est démontrée souvent à Varsovie : toutes 
les fois que quelque bruit sinistre, que quelque mesure préventive mal¬ 
adroite est venue frapper l’esprit du peuple, la mortalité était plus 
grande. Les détails dans lesquels nous pourrions entrer ne peuvent être 
que du domaine d’un ouvrage plus étendu. Ce que nous avons dit nous 
a même trop long-temps éloigné du sujet que nous nous proposions de 
traiter dans cet article , nous y revenons. 

Le traitement du choléra-morbus à Varsovie n’a eu rien de détermi¬ 
né. Il a varié suivant les opinions médicales, je dirais même suivant 
la nation des praticiens. 

Lorsque la maladie se montra pour la première fois, il y eut pendant 
quelques jours une grande hésitation parmi les médecins du pays et 
dans le comité supérieur de santé, non-seulement sur la nature du mal, 
mais encore sur les remèdes qui devaient servir à le combattre. Dans 
le principe, on ne put que recommander la pratique des Anglais dans 
l’Inde : aussi presque tous les premiers malades étaient-ils saignés dès 
le début, s’ils étaient forts et vigoureux ; le doigt sur l’artère on mesu¬ 
rait l’effet de la saignée, et le sang était arrête dès que le pouls fléchis¬ 
sait trop fortement. Le calomel venait ensuite : on en administrait toutes 



( i8o ) 

les deux heures des pilules de deux à quatre grains, auxquelles e'tait 
joint de un quart à un demi-grain d’opium. Quelques praticiens sup¬ 
pléaient à cette médication par quinze à vingt gouttes de laudanum , 
qu’ils donnaient sur un morceau de sucre; en même temps et de quart 
d’heure en quart d’heure, les malades buvaient une infusion théiforme 
de fleurs de mélisse et de feuilles de menthe très-chaude, et l’on em¬ 
ployait tous les moyens propres à rappeler la chaleur aux membres et 
à rétablir la circulation interrompue à l’extérieur. On se servait pour 
cela de sinapismes promenés sur les pieds, les jambes, les cuisses, le 
ventre , l’épigastre; de frictions pratiquées sur tout le corps avec des 
flanelles imbibées d’eau -de-vie camphrée ou d’autres spiritueux. 
Lorsque ces moyens n’arrivaient pas au résultat voulu, l’on plongeait le 
malade dans un bain d’eau tiède, et quelquefois on parvenait ainsi à 
faire cesser le froid glacial du corps; la circulation se rétablissait, et le 
sang, qui no sortait pas la veine étant ouverte , recommençait à couler. 

Telle est la méthode de traitement qui a été suivie par nous et nos 
confrères au début de l’épidémie ; mais bientôt nous nous aperçûmes 
que la saignée n’était plus aussi efficace, à cause du changement qui 
s’opéra dans le caractère de la maladie , et l’on en borna l’emploi ; elle 
ne fut pratiquée que chez les gens très-forts et très-vigoureux et chez les 
malades qui présentaient des signes d’une trop forte réaction. Une autre 
modification fut également apportée par quelques autres praticiens ; at¬ 
tribuant la longueur de la convalescence à l’emploi du calomel et de 
l’opium , ils lui substituèrent l’ammoniaque liquide à la dose d’une 
goutte toutes les heures pour les enfans , et de quatre, cinq et six gouttes 
pour les adultes, prises dans une cuillerée d’eau. Cette méthode, qui 
compta quelques succès à Opatow, n^eut pas ailleurs un résultat tranché; 
et cependant nous lui avons vu quelquefois arrêter les vomissemens et les 
déjcctionsalvines. C’est seulementlorsquelesdosesd’aminoniaqucavaient 
produit cefcffet qu’elles étaient diminuées de moitié environ et que l’on 
faisait avaler au malade un verre d’eau chaude toutes les demi-heures; 
au sixième verre, l’on ajoutait de quatre ou six gouttes de laudanum, 
et l’on s’arrêtait là. Dans ce traitement on n’avait nullement recours à 
la saignée. Certains médecins, ayant à traiter des choléras peu intenses, 
se contentaient d’administrer à leurs malades de l’eau chaude , la potion 
de Rivière et la teinture aqueuse de rhubarbe : quand les vomissemens 
avaient cessé et que la langue était jaune et chargée , ils administraient 
3 j d’ipécacuanha, et les secousses qu’il déterminait n’étaient pas sans 
avantage. S’il n’y avait que des nausées sans vomissement, un sinapisme 
sur l’épigastre et l’usage intérieur du laudanum à la dose de quinze à 
vingt gouttes suffisaient pour les faire cesser. Dans certains cas dc'scspé- 



res nous avons vu employer l’extrait ou la poudre de noix vomique ; 
mais nous ne parlerons pas de tous les essais faits'sous nos yeux , nous 
n en finirions pas : nous ne voulons mentionner ici que les trailemens 
qui ont compte' quelques succès incontestables. Voilà quelle a e'te' la thé¬ 
rapeutique du chole'ra-morbus jusqu’à la seconde apparition de cette 
maladie, qui eut lieu après la bataille d’Ostrolenka, à la fin de mai. 
Apres l'ébranlement moral que détermina cette désastreuse affaire, le 
choiera revêtit une marche plus rapidement funeste. A cette époque, de 
nouvelles tentatives furent faites. M. le docteur Léo crut un instant 
avoir trouvé, dans le sous-nitrate de bismuth, un spécifique propre à 
triompher du choléra ; malheureusement les succès que nous avons vu 
obtenir à ce médicament n’ont point été soutenus. Nous ne décrirons 
pas le traitement de M. Léo, nos lecteurs le connaissent déjà par la se¬ 
conde livraison de ce journal. 

Un praticien anglais, M. le docteur Searle, qui a pratiqué long¬ 
temps la médecine dans l’Inde, et qui a consigné, dans un fort bon ou¬ 
vrage sur le chole'ra-morbus , le fruit de son expérience dans ce pavs, 
touchant cette cruelle maladie, a préconisé à Varsovie l’usage de l’hy- 
dro-ehlorate de soude (sel commun ) ; et nous devons dire que nous ïe 
lui avons vu employer avec quelques succès isolés, qui ne prouvent d’ail¬ 
leurs rien pour la bonté de sa méthode. Huit individus, • affectés du 
choléra, furent traités par lui, de cette manière, à l’hôpital de Baga¬ 
telle : chez les trois premiers le sel marin agit comme émétique, et ils 
ne parurent pas en éprouver un effet désavantageux : chez ceux-ci, le 
reste du traitement fut dirigé d’après les principes générauxjchez les cinq 
autres, l’hydro-chlorate de soude fut le seul médicament employé ; deux 
de ces malades étaient gravement atteints et dans un collapsùs profond ; 
M. Searle leur fit aussi administrer, dans le but de provoquer le vo¬ 
missement, une forte cuillerée de sel, dissous dans un verre d’eau tiède; 
cet effet ne se fit point attendre chez trois ; mais le quatrième ne vomis¬ 
sant pas, on répéta, quelques minutes après, et de la même manière, 
la même quantité de sel, qui opéra alors selon les désirs du médecin. 
Lorsque l’action vomitive du sel a cessé, ou même pendant les vomis- 
semens, M. Searle fait pratiquer des frictions sèches sur toutes les par¬ 
ties du corps avec des flanelles chaudes ; et deux heures après la cessa¬ 
tion des vomissemens il prescrit, toutes les deux heures, une cuillerée 
de sel dissous dans de l’eau froide, et immédiatement après il fait ava¬ 
ler deux ou trois cuillerées de salep clair ; par ce moyen il obtient 
quelques déjections alvines de meilleure nature. Les doses de sel sont 
éloignées à mesure que le pouls se relève et que la chaleur de la peau 
revient. Sur les huit personnes traitées sous nos yeux par l’hydro-chlo- 



' ( i8a ) 

rate de soude, six ont recouvre’ la santé’ et deux sont mortes. La saignée 
a été pratiquée chez trois de ces malades, mais pour des épiphénomè¬ 
nes indc’pcndans du choléra : chez une femme, c’était à cause d’un état 
pléthorique qui tenait à une grossesse avancée; chez une autre, à cause 
d’un point de côté et d’une gêne extrême de la respiration ; enfin chez 
un troisième malade, à cause d’une grande oppression et de quelques 
symptômes cérébraux avec somnolence. 

Voilà quels ont été les principaux traitemens que nous avons vu em¬ 
ployer à Varsovie. Il est un grand nombre d’essais dont nous n’avons 
pas parlé, parce que cela nous entraînerait hors des bornes qui nous 
sont tracées par la nature de ce journal ; nous en parlerons plus longue¬ 
ment dans notre Relation historique et médicale du choléra-morbus 
de Pologne, qui est sous presse en ce moment. 

Si maintenant on nous demande quel est le fond de notre pensée sur 
le traitement qui convient au choléra-morbus, nous répondrons qu’il 
n’en est pas d’applicable à tous les cas; que nous n’avons pas vu de mé¬ 
dicament ayant une action spécifique sur la cause inconnue de la mala¬ 
die. D’ailleurs l’intensité du mal a été subordonnée, à Varsovie, aux 
changemens brusques de la température et aux grandes causes morales 
qui ont agi sur l’esprit du peuple. Ainsi après le désastre d’Ostro- 
lenka, comme nous l’avons déjà dit, la maladie prit une gravité ex¬ 
traordinaire, et sa terminaison fut encore plus hâtivement funeste. 
Il en fut de même dans le courant du mois de juin, lorsqu’un vent 
froid, joint à des pluies abondantes et à des brouillards épais, vint 
tout à coup succéder à une température assez élevée. Sous l’influence 
de ces variations brusques de l’atmosphère qui se sont renouvelées plu¬ 
sieurs fois pendant notre séjour à Varsovie, le choléra s’est montré avec 
plus d’intensité et a fait un plus grand nombre de victimes. Dans ces 
cas divers, les moyens curatifs qui avaient auparavant quelques succès 
restaient sans aucune efficacité sur la marche des accidens. 

Cependant au milieu de tous les symptômes il en est qui dominent 
en quelque sorte tous les autres : ce sont ceux qui attestent la concen¬ 
tration extraordinaire qui s’opère vers le centre nerveux de la vie orga¬ 
nique et les organes digestifs qui quelquefois nous ont offert les traces 
d’une véritable inflammation. Circulation, innervation, tout est sus¬ 
pendu à la périphérie : c’est à les rétablir, comme aussi à éteindre l’or¬ 
gasme de l’estomac et du canal intestinal, que doit tendre la thérapeu¬ 
tique la mieux entendue. 

Les moyens sont très-variés pour arriver à ce résultat : aussi les 
médecins qui aiment à avoir l’air de faire quelque chose de différent de 
leurs confrères, tout en remplissant les mêmes indications, ont-ils eu 



( >83 ) 

ici un large champ et un nombre prodigieux de succédanés à exploiter, 
Saignc'e, sangsues, boissons chaudes, cxcitans aromatiques, huiles es¬ 
sentielles, frictions sèches, frictions aromatiques, bains de toute espèce, 
moxas, vésicatoires, sinapismes, caïmans sous toutes les formes, tout 
a été' expérimente ! Pour nous, voici, parmi la série de ces moyens, ceux 
que nous emploierions de préférence si le cboléra-morbus venait attein¬ 
dre quelque membre de notre famille ou toute autre personne confiée 
à nos soins. Si la maladie était bénigne et que nous aperçussions dans le 
principe les signes d’une congestion inflammatoire de l’estomac , nous 
commencerions par faire appliquer un bon nombre de sangsues à l’esto¬ 
mac , et meme par une saignée si le sujet était fort ; ensuite nous nous 
bornerions à faire prendre des boissons chaudes aromatiques : elles con¬ 
sisteraient en une tasse d’infusion bien chaude de feuilles de menthe poi¬ 
vrée, de mélisse, et mieux encore de thé tous les quarts d’heure ou toutes 
les demi-heures j l’action de ces boissons serait augmentée par 3 ou 
4 gouttes d’aminoniaque liquide administrées dans une tasse d’in¬ 
fusion toutes les trois heures, et par des frictions sur les bras, sur 
les jambes et les cuisses avec, des flanelles imbibées d’alcoolat de la¬ 
vande ou de romarin. Nous recouvririons en même temps les pieds 
et les mains, et même le ventre, de sinapismes faits avec de l’eau j 
et nous en augmenterions encore, s’il était besoin, l’énergie, en fric¬ 
tionnant ces parties, avant de les appliquer, avec de l’essence de 
térébenthine (i). Si les vomissemens persistaient , ou bien que la 
concentration nerveuse ne diminuât point, j’userais de la méthode 
endermique; et, après avoir enlevé l’épiderme avec la pommade 
ammoniacale (2), j’appliquerais de 1 à 2 grains d’ace'tate de mor¬ 
phine, suivant la gravité de la maladie; outre l’action calmante, 
ce médicament jouit de plus d’une vertu diaphorétique prononcée, 
très-précicuse dans ce cas. Nous donnerions en meme temps à l’in¬ 
térieur 10 à i5 gouttes de laudanum de Bousseau sur un morceau 
«le sucre ; et plus tard, lorsque les phénomènes nerveux auraient di¬ 
minué , 6 à 8 grains de calomel pris par pilules de 2 grains, de deux 
heures en deux heures, en évacuant les matières contenues dans le ca¬ 
nal intestinal, assureraient la convalescence, comme nous l’avons vu 
plusieurs fois. Ainsi, comme base de traitement, tout ce qui peutpor- 


(1) Ce moyen thérapeutique a été le sujet d’une lettre de M. Barbier, d’A¬ 

miens, lue h la dernière séance de l’Académie de médecine. Nous avons eu plu¬ 
sieurs fois l’occasion de constater nous-même l’efficacité de l’huile essentielle de 
térébenthine pour augmenter l’énergie des sinapismes. ( IY. il. R. ) 

(2) On en trouve une formule dans notre 3' numéro, pag. 86. 



( <84 ) 

tel - l’énergie vitale au-dehors, calmer les accidcns nerveux et diminuer 
la congestion inflammatoire de l’estomac et du canal intestinal : sang¬ 
sues, saignées,opiacés, diaphoniques, frictions, irritans externes, etc.; 
le moyen recommandé à Moscou de placer le malade dans un sac de 
balles d’avoine chauffé, nous paraît un adjuvant précieux. 

J’aurais une entière confiance dans la méthode que je viens d’indi¬ 
quer très-sommairement, me proposant d’y revenir plus tard. 

Mais si le choléra revêtait ces caractères graves que nous lui avons 
vus si souvent, il faudrait ajouter à ce traitement quelques moyens plus 
énergiques. Celui auquel j’accorderais peut-être la préférence serait 
l’épithème sur le ventre, dont M. le docteur Ranque a donné la for¬ 
mule, et qu’il a souvent employé avec succès (i); je ne doute pas que 


(t) Nous avons toujours pensé que le traitement proposé par M. Ranque (c’est 
par erreur qu’on a imprimé Jtank dans notre premier nnméro ) était basé sur 
l’indication principale qu’il y a à remplir dons le choléra-morbus. L’opinion de 
M. Brièro vient renforcer la nôtre; et la lettre suivante que nous recevons de 
M.Ségalas, médecin à Monpazicr (Dordogne), est un motif de plus pour no 
point douter des succès que dit avoir obtenus le médecin d'Orléans. Ces succès 
sont une espérance pour l’avenir. 

Monpazicr , le 5 septembre 1831. 

Monsieur et très-bonoré confrère, 

Tous avez invité vos abonnés à vous communiquer les faits remarquables de 
thérapeutique qui se présenteraient à leur pratique; je dois être d’autant plus 
empressé de vous instruire du succès inespéré que j’ai eu dans un cas de choléra- 
morbus sporadique très-intense, que c’est à votre estimable journal que je le 
dois. Je venais de recevoir votre premier numéro, lorsque je fus appelé le 28 
juillet dernier à quelques lieux de Monpazicr, pour un charron â(;é de 25 ans. 
Serres, cétalt son nom, avait été pris subitement, au point du jour, d'une dou¬ 
leur atroce à l’épigastre et à l'ombilic, avec vomissemens et déjections alvines 
involontaires et très-abondantes ; les symptômes avaient cinq heures de date 
quand je le vis pour la première fois, ses yeux étaient caves, sa voix éteinte, son 
pouls presque insensible, sa peau couverte d’une sueur froide; des évacuations 
alvines presque laiteuses et sans fétidité avaient lieu d'instant en instant; gémis- 
semens, soupirs entrecoupés, agitation extrême, changement rapide de position : 
il se jette du côté droit sur le côté gauche plusieurs fois dans une minute ; cram¬ 
pes extrêmement douloureuses aux mollets et aux avant-bras qui sont froids 
comme du marbre ; quand on les presse avec les deux mains, on sent distincte¬ 
ment la contraction spasmodique des muscles ; le malade qui, la veille avait do 
l’embonpoint, n’est plus reconnaissable pour ses parchs mêmes, tant sa maigreur 
a été rapidement progressive. 

En présence d’accidens aussi graves, il fallait prendre promptement un parti 
énergique, car la mort était imminente. Je proposai à M. Vialènc, praticien 
distingué de nos contrées, qui se trouvait avec moi auprès du malade, d’avoir 





( >85 ) 

s’il avait été connu à Varsovie, on ne s’en fût servi avec bonheur 
dans plusieurs circonstances, car nous avons vu plusieurs praticiens re¬ 
commander expressément l’application de sinapismes sur l’epigastrc 
et sur le ventre : c’est en effet sur les tégumens de ces parties qu’il 
est le plus avantageux, je crois, déporter la révulsion, et quel moyen 
plus actif d’obtenir ce résultat, que l’épithème saupoudré de M. Ranque, 
qui, dans quelques heures, détermine la formation de gros boutons sur 
toute la surface où il a été applique'? Les frictions que recommande ce méde¬ 
cin à l’intérieur des cuisses me paraissent aussi bien indiqne'es. Ce serait 
de même le cas de donner l’éther, ou bien le laudanum associé à l’alcoolat 
de menthe, une partie du premier sur deux parties du second, selon 


recours au nouveau traitement que vous nous avez fait connaître, et quoique nous 
comptassions fort peu sur le succès, il fut employé. A 9 heures du matin, épi- 
tlièmc sur le ventre avec la ciguë, le camphre, le soufre et le tartre stibié selon 
la formule de M. le docteur Ranque ; frictions fréquentes à l’intérieur des cuisses, 
des jambes ctsur la partie lombaire du rachis, avec le Uniment suivant: 2£ eau dis¬ 
tillée de menthe J ij, éther sulfurique 5 C. ( Nous n’avons pas suivi dans ce Uni¬ 
ment la formule de M. Ranque, parce que d’une part l’eau de laurier-cerise 
manquait, et que de l’autre l’adynamie était trop profonde pour employer l’ex¬ 
trait de belladone.) A l’intérieur nous administrâmes d’heure en heure une cuil¬ 
lerée d’huile récente d’amandes douces fortement chargée d’éther, et une décoc¬ 
tion d’orge dans laquelle on faisait infuser des feuilles de menthe. —10 heures, 
nul changement.— Midi, selles plus rares, moins copieuses, diminution des vo- 
missemens.—1 heure, cessation des garde-robes, doux seuls vomissemens.—2 heu¬ 
res , ni selles ni vomisremens, encore quelques nausées. —3 heures, cessation des 
nausées, le pouls se relève, la chaleur revient; le globe de l’œil, qui avait été con¬ 
stamment tourné en haut, reprend sa position naturelle; adynamie moins pro¬ 
noncée. — 4 heures, expression meilleure de la face, regard plus naturel, pouls 
dévelop é, fréquent et plein ; langue humide et d’une rougeur remarquable ; un 
peu de soif.—7 heures, la mieux s’est soutenu, le malade est hors de danger, il 
est d’une faiblesse extrême, et son esprit, frappé, a besoin de nos cncouragcmcns 
pour revenir à l’espérance : nous ordonnons la continuation des remèdes toute 
la nuit.—29 juillet, nuit bonne, le malade n’éprouve de douleur que dans les 
muscles du col et dans les pectoraux ; il demande à manger; nous lui permettons 
du bouillon ; la journée assure sa convalescence. —Le 30 juillet nous cessâmes 
nos visites : cette maladie effroyable, qui avait jeté la terreur dans nos parages, 
était terminée ; nos explications et le succès de notre méthode curative ont ras¬ 
suré les craintes des liabitans de notre Périgord, qui croyaient déjà voir parmi 
eux le choléra de Pologne ou de Russie. Si celui-ci doit nous atteindre, je suis 
certain que ceux qui ont connu la manière miraculeuse dont le charron Serres a 
été sauvé, n’en seront pas aussi effrayés, persuadés qu’ils sont qu’il est presque 
on notre pouvoir de ressusciter un mort. J’ai l’honneur, etc. — SécALAS. 

Nos lecteurs pourront voir les formules du traitement dont il est question 
dans le i" numéro du Bulletin de Thérapeutique. (IV. du II.) 

1. 6 e Liv. ,3 


TOM. 






a méthode qu’a fait connaître notre excellent confrère, M. Révcillé- 
Parise ; on aurait aussi recours aux huiles essentielles et aromatiques, 
si l’adynamie était le symptôme dominant, et aux saignées si le sujet 
était fort et pléthorique et les symptômes de réaction trop énergiques. 

Voilà quelle serait à peu près ma ligne de conduite dans le choléra., 
Je ne dis rien de bien nouveau, quoique j’aie été loin pour l’observer; 
mais ce que je dis est basé sur l’observation de l’action que j’ai vu pro¬ 
duire aux divers mc'dicamens chez les cholériques : mes présomptions 
peuvent donc avoir quelque poids. Je dis présomptions, et c’est à dessein, 
car malheureusement il n’est aucune médication qui ait dans la maladie 
dont nous parlons une action spéciale, si ce n’est celle qui tend à éta¬ 
blir la transpiration ; et précisément il n’est point en thérapeutique de 
sudorifique certain. On nous dit que l’huile de cajeput jouit à un très- 
haut degré d’une vertu diaphorétique : s’il en est ainsi, nous lui pro • 
mettons de nombreux succès ; mais nous n’osons pas y compter. 

BriÈbe de Boismont. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DU TRAITEMENT DÉ LA FISSURE A l’aNUS SANS OPÉRATION. 

L’insuffisance reconnue de presque toutes les applications locales , 
dans la maladie si douloureuse connue sous le nom de fissure ou de ger¬ 
çure à l’anus, a fait successivement abandonner presque tous les moyens 
qui avaient été regardés ou comme curatifs ou comme palliatifs; et on 
n’emploie plus guère, contre cette maladie, qu’une opération toujours 
sans danger, il est vrai, mais qui est accompagnée d’une vive douleur, 
et à laquelle les malades se décident avec peine; nous voulons parler de 
l’incision du sphincter de l’anus avec le bistouri, ou de la cautéri¬ 
sation de la gerçure avec le nitrate d’argent fondu. 

Ce serait rendre un véritable service à l’humanité que de découvrir 
un moyen thérapeutique capable de guérir cette maladie sans opéra¬ 
tion; si celui que nous proposons n’est point suivi dans tous les cas de 
succès, il réussit assez souvent pour qu’on en tente plus fréquemment 
l’usage avant de se décider à l’opération. 

La constriction spasmodique du sphincter de l’anus est la lésion 
véritable ; l’ulcération .allongée, nommée fissure ou gerçure, n’est 
qu’un phénomène secondaire. Iîn faisant cesser la constriction du sphinc¬ 
ter, on guérit la maladie, et dans celte circonstance la propriété anti- 
contractile de la belladone paraît parfaitement applicable; M. Dupuy- 



( i8 7 ) 

trcn en a obtenu un grand nombre de fois des avantages incontestables. 
Il la combine ordinairement avec l’acétate de plomb. Yoici la formule 


qu’il emploie habituellement : 

■q Axongc. 6 gros. 

Extrait de belladone. i gros. 

Acétate de plomb. t gros. 


On en graisse une mèche d’un volume médiocre, et sur laquelle on 
en étend une couche épaisse; on augmente peu à peu le volume de ces 
mèches de manière à leur donner celui du doigt indicateur. 

L’usage continué de cette pommade pendant quelques jours, avec 
persévérance, finit souvent par enlever complètement les douleurs, et 
épargne aux malades un moyen extrême et beaucoup plus douloureux. 

Je prends au hasard une observation parmi celles que je pourrais citer 
pour recommander aux praticiens l’emploi de ce moyen thérapeutique : 

Une jeune femme, forte et bien constituée, accouchée depuis quatre 
mois, était atteinte depuis quelques semaines de douleurs très-vives à. 
l’anus ; ces douleurs étaient atroces chaque fois qu’elle se présentait 
à la garde-robe, surtout lorsque les matières stercoralcs étaient dures et 
consistantes ; dans le commencement de sa maladie elles ne duraient que 
quelques minutes, peu à peu elles se prolongèrent, et finirent par durer 
plusieurs heures. 

Lors de son entrée à l’Hôtel-Dicti, l’anus fut examiné avec soin ; et 
en attirant un peu en dehors l’extrémité intestinale, on découvrit une 
fissure très-superficielle. La constriclion de l’anus était fort considé¬ 
rable : on ne pouvait qu’avec effort y introduire le petit doigt, et cette 
introduction était elle-même horriblement douloureuse pour la malade. 
La nature de la maladie étant bien connue, et M. Dupuytren voulant 
éviter, s’il était possible, à la malade les douleurs de l’incision, pres¬ 
crivit l’emploi de la pommade que nous avons indiquée plus haut. Des 
mèches de charpie couvertes d’une couche épaisse de pommade furent 
introduites dans l’anus et renouvelées plusieurs fois le jour. Elles cal¬ 
mèrent instantanément les douleurs. Quinze jours après, la malade était 
complètement guérie, et cela sans aucune opération sanglante ni dou¬ 
loureuse. 

On voit, par cette observation, qu’il ne faut pas trop se hâter, dans 
les fissures à l’anus, de pratiquer, soit la cautérisation de la fissure, 
soit l’incision du sphincter sur cette fissure ou sur tout autre point de 
la circonférence de l’anus; l’usage de la belladone appliquée localement 
pouvant débarrasser le malade de son incommodité, il faut en tenter 
l’emploi avant d’avoir recours au bistouri, qui doit être dans ces cas la 
dernière ressource du chirurgien. Alex. Paillard. 






( «88 ) 

NOUVEAU PROCÉDÉ POUR La CAUTÉRISATION DES ULCÈRES DE 
LA CORNÉE. 

Il est un 'moyen pour la cautérisation des ulcères de la cornée, qui 
nous parait bien préférable à celui dont on s’est servi généralement 
jusqu’ici ; il a été employé dernièrement sous nos yeux avec succès par 
M. Trousseau, à l’Hôtel-Dieu. 

La plupart des praticiens se servent d’un crayon de nitrate d’argent, 
taillé en pointe j il en résulte des inconvéniens qu’il est aisé de concevoir : 
premièrement on n’est jamais sûr de la quantité de sel caustique que l’on 
introduit dans l’œil; secondement l’extrémité du crayon peut être assez 
aiguë pour rompre les lames de la cornée, et cet accident redoutable est 
à craindre toutes les fois que l’ulcération est profonde ; en troisième lieu, 
au moment où le caustique touche l’œil, les paupières se contractent 
convulsivement, et viennent s’appliquer sur le nitrate d’argent, de sorte 
qu’il se fait deux cautérisations inutiles et fort douloureuses. 

Le procédé mis en usage par M. Trousseau, et .avant lui par Al. Bre¬ 
tonneau, qui l’emploie à l’hôpital de Tours depuis quinze ans, pare à 
tous ces inconvéniens. 

On prend une sonde de femme en argent, ou bien encore un gros 
stylet mousse. On les place sur la flamme d’une bougie, à un ponce en¬ 
viron de leur extrémité ; de cette manière celle-ci s’échauffe fortement. 
Quand on juge que la chaleur est suffisante, on touche légèrement 1 ’ex- 
trc'mité de la sonde ou du stylet avec un crayon de nitrate d’argent. Le 
sel caustique se fond immédiatement et s’attache alors au métal, en 
formant une couche trcs-mince, dont on augmente l’épaisseur à volonté 
en réitérant les applications de pierre infernale. Cela fait, on laisse re¬ 
froidir l’instrument, on essuie le noir de fumée qui le recouvre, et l’on 
cautérise ainsi les ulcérations de la cornée. Par cette méthode on ne 
craint jamais de briser les lames de la cornée, de cautériser les pau¬ 
pières et de laisser se fondre dans l’œil une quantité trop grande de 
nitrate d’argent. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 


NOTE SUR l'hUILE DE CAJEPUT , 

PAR M. GdBOCRT, PHARMACIE». 


Cette huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un 
arbuste des îles Moluques, nommé cajuputi, c’est-à-dire arbre blanc. 



( >89 ) 

Cet arbuste appartient à la famille des myrtacc'cs; il a etc' décrit par 
llumpli sous le nom i'arboralba minor ( Herb. amb., lib. a, cap. 
aG, tab. 17,%. 1 ), pour le distinguer d’autres especes voisines qui 
portent le meme nom de cajuputi, mais qui ne paraissent pas usitées 
pour l’extraction de l’huile. Ces diffe'rens arbres ont c'te' réunis par 
Linné père sous le nom spécifique de melaleuca leucodendron ; mais 
on n’a pas tardé à les séparer de nouveau, et, aujourd’hui, celui qui 
nous occupe porte le nom de melaleuca cajuputi, qui lui a été donné 
par Maton, ou de melaleuca minor, adopté par M. Dccandolle dans 
son Prodromus. 

Suivant Thunberg, l’huile de cajeput est d’un vert d’herbe, très- 
fluide et inflammable, douée d’une odeur camphrée térébinthacéc, dés¬ 
agréable lorsqu’elle est respirée trop fortement, mais très-agréable, 
au contraire, quand elle est affaiblie. D’après Rumphius, qui la fait 
retirer des feuilles de l’arbre fermentées, desséchées et ensuite macé¬ 
rées dans l’eau pendant douze heures, l’huile de cajeput est claire, 
transparente, très-volatile, d’une forte odeur de cardamome, mais plus 
agréable. Cette analogie avec l’odeur de cardamome a même paru telle 
que beaucoup d’auteurs, avant Yalcntyn et Rumphius, ont soutenu 
l’opinion que l’huile de cajeput était produite par la distillation des 
semences de cardamome ; mais il est aujourd’hui hors de doute que la 
véritable huile de cajeput est produite par le melaleuca cajuputi. 

De tout temps l’huile de cajeput a été sujette à être falsifiée, et l’on 
peut voir dans l’ Apparatus de Murray (vol. m , page 325 ), que la 
belle couleur verte foncée de celle du commerce passait, auprès de 
beaucoup d’expérimentateurs, pour être due à une résine verte étran¬ 
gère, ou à du cuivre que l’analyse y révélait, et qu’on en fabriquait 
d’ailleurs de fausses avec d’autres huiles d’une moindre valeur. On peut 
bien croire que ce n’est pas au moment où cette huile vient d’être an¬ 
noncée comme un remède efficace contre la redoutable maladie qui nous 
menace que nos falsificateurs resteront en arrière de leurs devanciers : 
aussi beaucoup de personnes ont-elles jugé très - utile de chercher à con¬ 
naître les caractères de la bonne huile de cajeput. J’ai pensé qu’à une 
aussi grande distance du lieu de son origine, c’était par la comparai¬ 
son d’un grand nombre d’échantillons que l’on pouvait espérer seule¬ 
ment d’acquérir quelque certitude à cet égard. C’est l’exposé des ex¬ 
périences auxquelles j’ai soumis ces différentes huiles qui fait le sujet 
du présent mémoire. 

N° 1. —Huile de cajeput d’Amboine. 

M. Chardin-Iladancourt a bien voulu partager avec moi un petit 
échantillon de cette huile, étiqueté : Huile de cajeput distillée à Am- 



( iC»o ) 

boine, des feuilles du melaleuea cajuputi, et apportée directement. 
Celte huile est tiès-mobile, transparente, d’une teinte verte-bleuâtre 
extrêmement faible, d’une odeur forte qui tient de la te're'benthinc, du 
camphre, de la menthe poivre'e et de la rose, ou,'pour mieux dire, 
cette odeur, qui au total est très-agréable, appartient en propre à l’huile 
de cajeput; car je l’ai retrouvée dans tous les échantillons de bonne 
qualité' que j’ai examines. A la température de 18 degrés centigrades, 
cette huile pèse spécifiquement 0,916, ce qui répond au a3 e degré de 
l’aréomètre de Baumé. Elle est entièrement soluble dans l’alcool. Lors¬ 
qu’on en verse 8 à 10 gouttes sur un morceau de sucre du poids de 2 à 
3 scrupules, et qu’après un moment d’exposition à l’air on ajoute sur le 
tout une onçe d’eau, l’huile vient nager à la surface du liquide, en 
conservant sa transparence et sans aucune apparence de matière opa¬ 
que ; enfin cette huile, agitée dans un tube de verre avec son volume 
d’une dissolution de cyanure de potassium et de fer, perd toute sa cou¬ 
leur verte, et forme un précipité rouge de cyanure de cuivre ferrugi¬ 
neux : ce qui indique que cette couleur, toute faible qu’elle est, est 
duc au cuivre. 

N° 2. — Huile de cajeput prise à Londres, en 1817, dans les ma¬ 
gasins de la Compagnie des Indes , et remise par M. Planche. 

Cette huile, de meme que la précédente et toutes celles qui suivent, 
est très-mobile, d’une transparence parfaite, ne forme aucun dépôt 
dans les vases où on la conserve, est entièrement soluble dans l’alcool. 
Je ne répéterai plus ces caractères, qu’il est d’ailleurs indispensable de 
trouver à l’huile de cajeput, pour être assuré de sa pureté. 

Cette huile est d’une couleur verte-bleue assez foncée, et d’une odeur 
entièrement semblable à la précédente. Elle pèse spécifiquement 0,917 ; 
agitée dans un tube de verre avec moitié de son volume d’ammoniaque, 
les deux liquides ne tardent pas à se séparer complètement et à re¬ 
prendre leur transparence ; mais l’huile se trouve privée de toute cou¬ 
leur verte on bleue, et ne conserve qu’une teinte jaune, tandis que 
l’ammoniaque est colorée en bleu pâle et verdâtre. Traitée par le cya¬ 
nure double de potassium et de fer, elle se décolore également et forme 
un abondant précipité rouge pourpre. Cette huile doit donc sa couleur 
verte à l’oxide de cuivre qu’elle tient en dissolution. 

N° 3. — Huile de cajeput prise chez un droguiste, à Paris, le 
5 août i83i. 

Cette huile est d’une très-belle couleur verte et foncée, d’une odeur 
semblable aux précédentes ; sa pesanteur spécifique est de 0,919 ou de 
22 degrés */3 à l’aréomèlrc de Baumé. Traitée par l’ammoniaque, la 



( , 9 I ) 

séparation des deux liquides et la de'coloratioû de l’huile ont lieu 
comme dans le cas precedent, seulement l’alcali a pris une teinte bleue 
beaucoup plus faible. 

i4 onces de cette huile ont c'te' agite'es dans un flacon avec 3 onces en¬ 
viron d’un soluté' de cyanure ferro-potassique. Après douze heures de 
repos, j’ai filtre' : l’huile isolée était d’un jaune un peu verdâtre et ne 
contenait plus aucune particule de cuivre. Le cyanure ferro-potassique 
était en grand excès dans la liqueur, et maintenait l’insolubilité de ce¬ 
lui de cuivre ; car le lavage à l’eau distillée le dissout. J’ai donc dû me 
borner à le laver à l’alcool, qui ne l’a pas entièrement privé de cyanure 
alcalin ; néanmoins il ne pesait sec que i o grains, ce qui ne fait envi¬ 
ron que a /3 de grain par once d’huile. Pour connaître d’adleurs la 
quantité précise de cuivre, j’ai brûle'lè filtre, calciné le résidu, enlevé 
la potasse par le lavage à l’eau, traité le résidu par l’acide nitrique 
bouillant, évaporé à siccité et traité la matière saline par l’ammo¬ 
niaque. La liqueur ammoniacale filtrée et évaporée a laissé 12 centi¬ 
grades de deutoxide de cuivre, répondant à o gramme, g58 de cuivre 
métallique. Ces quantités reviennent à : 



Cette quantité de cuivre est tellement minime que je pense qu’on 
peut la négliger dans la pratique, afin d’employer'l’huile de cajeput 
telle qu’elle a toujours été usitée, et sans lui faire subir aucune mani¬ 
pulation. Si cependant on tenait à la priver du métal qu’elle contient, 
je pense que la meilleure manière d’y procéder serait de l’agiter , 
comme je l’ai fait, avec un soluté de cyanure ferro-potassique; car il est 
évident que ce simple lavage ne lui fait subir aucune altération. Je 
crois ce procédé préférable à la distillation , que j’ai aussi pratiquée, et 
dont voici les résultats : 

2 livres de la même huile de cajeput ont été distillées avec de l’eati 
dans un alambic et ont fourni 28 onces d’une huile incolore, d’une 
odeur très-pénétrante et plus térébinthacéc qu’auparavaot; puis 1 once 






( ) 

d’une huile d’un vert-olive clair, enfin une autre once d’une huile d’un- 
vert-olive de plus en plus foncé. Ces deux dernières avaient une odeur 
moins pénétrante que la première, et offraient une odeur mixte de rose 
et de bois d’aloès. 

L’huile distillée incolore pèse spécifiquement 0,916 , comme l’huile 
d’Àmboine; l’huile distillée verte foncée pèse 0,919, comme l’huile 
non distillée; enfin le résidu, dont le poids est d’environ 1 once '/, , est 
d’un brun verdâtre très-foncé d’une consistance de miel, d’une odeur 
de bois d’aloès ou de résine animé, échauffée, d’une densité peu in¬ 
férieure à celle de l’eau. L’huile distillée incolore ne contient pas de 
trace de cuivre; mais l’huile distillée verte se décolore par le cyanure 
ferro-potassique, et laisse précipiter une certaine quantité de cyanure 
de cuivre rouge. Enfin le produit brun, non distillé, a été volatilisé 
dans un creuset de platine, et a laissé un résidu qui, chauffé au rouge, 
traité par l’acide nitrique, évaporé à siccité et repris par l’ammonia¬ 
que, a donné un soluté bleu de cuprate d’ammoniaque. Il est presque 
inutile d’ajouter que toute huile de cajeput contenant du cuivre, traitée 
directement par le feu , donne un résultat semblable ; mais l’essai par 
le soluté de cyanure ferro-potassique est bien plus simple et beaucoup 
plus sensible. 

N° 4- — Huile de cajeput, prise postérieurement dans la meme 
maison. 

Cette huile, que l’on m’a assuré provenir de la même partie que la 
précédente, était cependant d’une couleur plus bleue et plus analogue 
à celle donnée par M. Planche. Elle se décolorait par l’ammoniaque , 
qui en acquérait une teinte bleue très-marquée ; elle formait un préci¬ 
pité rouge par le cyanure ferro-potassique ; elle pesait spécifiquement 
0,915 ou 23 degrés a /s Baumé. Imbibée dans du sucre et étendue 
d’eau, elle ne laisse surnager aucune portion de matière blanche opa¬ 
que (l’huile n° 3 et l’huile d’Amboine n" 1 , se conduisent de même , 
tandis que l’huile de M. Planche laisse surnager quelque peu de ma 
tière blanche). Malgré sa pesanteur spécifique un peu faible, cette 
huile m’a paru être de bonne qualité, et je l’ai prise. 

N* 5. — Huile de cajeput tirée nouvellement d’Allemagne. 

Cette huile était d’un vert assez foncé, mais tirant sur le jaune ; elle 
contenait du cuivre, comme les précédentes, et pesait spécifiquement 
o,gi3. Un praticien très-instruit, M. le docteur Cottcreau (1), en 


(1)M. Gottcreau nous a communiqué un excellent travail sur l'huile tic caje¬ 
put; nous regrettons do ne pouvoir faire connaître les idées de ce praticien. Du 



( «93 ) 

l’examinant, crut y trouver une odeur de camphre trop prononcée , et 
me proposa de l’essayer par lemoyen du sucre, proce'dc' qu’ilme dit être 
usité' en Allemagne pour reconnaître les huiles volatiles falsifiées avec 
du camphre. Effectivement, cette huile, soumise à l’essai, laissa sur¬ 
nager une quantité' très-notable de matière blanche opaque, comme fi¬ 
breuse , que nous prîmes pour du camphre. En conséquence, je la refu¬ 
sai; mais le nc'gociaiit à qui elle appartenait, la jugeant bonne, 
ajouta, de son côté, ‘/ a gros, 1 gros, et enfin i gros de camphre à une 
once d’huile de cajeput semblable à celle n° 3 , et me fit voir que cette 
huile, essayée par le sucre et l’eau, ne laissait surnager qu’une huile li¬ 
quide et transparente, sans aucune apparence de camphre solide. Celte 
expérience prouve que le procédé n’est pas concluant, et rend probable 
que la matière blanche, séparée de l’huile n° 5 , est autre chose que du 
camphre. Peut-être aussi cette substance est-elle naturelle à l’huile, ou 
produite par une de ces altérations spontanées auxquelles les huiles 
volatiles sont fort sujettes. En tout cas j’ai douté de la bonne qualité d.e 
cette huile, et j’ai persisté à la refuser. 

Je ne décrirai pas beaucoup d’autres prétendues huiles de cajeput, 
observées dans plusieurs maisons, et qui, la plupart, sentant la men¬ 
the, la rue ou la Sabine, avaient été fabriquées de fraîche date; mais 
je ne puis m’empêcher de parler d’une huile de cajeput qu’un pharma¬ 
cien de Paris annonce, dans les journaux, avoir été reçue directe¬ 
ment des Indes orientales , en avertissant que c’est seulement chez 
lui que l’on trouve ce moyen curatif et préservatif du chole'ra-morbns. 
Cette huile est d’un vert d’herbe clair, couleur qu’elle doit en très- 
grande partie au cuivre; car elle forme un abondant précipité rouge 
par le cyanure ferro-potassique; mais après avoir été traitée par ce réac¬ 
tif elle conserve une teinte verte due à de la chlorophile. Elle a une 
odeur mixte de rue et de romarin, et doit être formée en très-grande 
partie par un mélange des huiles volatiles de ces deux plantes. Ce qui 
prouve d’ailleurs que cette huile est fabriquée avec des essences de nos 
climats, qui, ainsi qu’on le sait, sont en général plus légères que celles 
des pays chauds , c’est qu’elle ne pèse spécifiquement que 0,8945, ré¬ 
pondant à 27 degrés de Baume, tandis que l’huile de cajeput véritable 
ne varie que de 0,919 à 0,916, et au plus à o,gi 3 . 

En résumé l’huile de cajeput est très-fluide, transparente, ne forme 
aucun dépôt dans les vases qui la contiennent, est entièrement soluble 
dans l’alcool, et pèse spécifiquement de 0,916 à 0,919. 

reste, son Mémoire est sur le point de paraître; nos lecteurs le parcourcront 
avec intérêt. N. du R. 



( 194 ) 

Elle a une odeur qui lui est propre, qui est très-agréable lorsqu’elle 
est étendue, et qui tient à la fois de la térébenthine, du camphre, de 
la menthe poiyrc'e et de la rose ; cette dernière odeur est surtout sensi¬ 
ble lorsque l’huile est en partie c'vapore'c spontanément à l’air. 

Elle est ordinairement d’une belle couleur verte ou verte bleuâtre, 
qu’elle doit à la pre'sence de l’oxide de cuivre; mais la quantité d’oxide 
qui produit cet effet ne s’élève qu’à ■/„ de grain par gros , et peut être 
négligée dans la pratique médicale, si l’on tient à employer l’huile de 
cajeput vierge de toute manipulation. 

On peut cependant, sans nuire à aucune des propriétés de l’huile, la 
priver de tout le cuivre qu’elle contient, en l’agitant avec un soluté de 
cyanure de fer et potassium (prussiate de potasse cristallisé), la fil¬ 
trant et la séparant du soluté aqueux qu’elle surnage. 

On parvient au même résultat par la distillation, si l’on prend soin 
de mettre à part l’huile verte qui passe à la fin ; mais cette opération sé¬ 
pare l’huile en plusieurs produits d’odeur différente, et c’est dans son 
entier sans doute qu’il convient de l’employer. 

L’huile de cajeput n’est aucunement saponifiée par l’ammoniaque : 
bientôt après l’agitation, les deux liquides se séparent et reprennent 
leur transparence. Si l’huile était colorée par du cuivre, elle se décolore, 
et l’ammoniaque prend une teinte bleue faible ou n’éprouve pas de co¬ 
loration sensible : même observation pour le cyanure ferro-potassique : 
aussitôt après l’agitation, les deux liquides sc séparent et reprennent 
leur transparence. Cet effet n’a pas eu lieu avec plusieurs huiles de 
cajeput falsifiées. 

Enfin l’huile de cajeput ne doit sentir isolément ni la térébenthine, 
ni le camphre, ni la menthe poivrée, ni même la rose ; à plus forte rai¬ 
son ne doit-elle pas sentir la lavande, le romarin, la sauge, la nie, La 
sabine, ni aucune des essences de nos climats. Guibouht. 


VARIÉTÉS. 


NOUVELLE SEBINGUE A POMPE. 

C’est à nos maîtres dans l’art du comfortable que nous devons en¬ 
core l’heureux perfectionnement que nous allons signaler à l’une des in¬ 
ventions humaines dont l’utilité est peut-être la moins incontestable; cc 
perfectionnement, qui consiste dans l’application de la pompe aspirante 
et foulante aux injections rectales et autres, est appelé à faire révolu- 



( 10 * ) 

tion, à jeter dans l’oubli et l’infidèle clysoir et la seringue classique de 
nos pères. 

Il appartenait à un pharmacien d’importer chez nous et de perfec¬ 
tionner un instrument dont les apothicaires d’autrefois savaient tirer 
un si bon parti, et dont l’emploi e'tait entre leurs mains, sinon un art, 
au moins un monopole assez lucratif. Plus de’sinte'resse's dans la ques¬ 
tion et plus pe'ne'tre's de la dignité' de leur profession , les pharmaciens 
d’aujourd’hui abandonnent aux garde-malades l’emploi de la seringue, 
mais se réservent le me'rite de la perfectionner. 

En important la seringue à pompe employe'e en Angleterre, M. Pe¬ 
tit nous aurait déjà rendu service } mais il a fait mieux encore : il a trans¬ 
formé la seringue dp cuivre des Anglais, oxidable et très-dispendieuse, 
en un instrument inaltérable par l’air et les liquides acides ou alcalins, 
et, ce qui n’est pas son moindre avantage, d’un prix assez modique 
pour être à la portée de toutes les fortunes. 

Cette seringue, que nous représentons (voyez la planche) avec quel¬ 
ques-uns de ses accessoires, a 6 pouces 1 /» de longueur, sur 3 lignes de 
diamètre} elle est en toüt semblable, pour le mécanisme, aux pompes 
foulantes et aspirantes ordinaires, et particulièrement à ces pompes por¬ 
tatives dont on se sert ici, pendant l’été, pour arroser le devant des 
maisons} elle en diffère seulement en ce qu’au lieu de clapet elle ren¬ 
ferme un système de soupapes beaucoup plus simple et moins sujet à 
dérangement. Ce sont deux petites boules métalliques DD ^destinées, 
l’une, inférieure, à s’opposer au refoulement du liquide dans le vase, 
par l’orifice qui lui a donné entrée, l’autre, latérale, à empêcher la 
rentrée du liquide dans le corps de la pompe , une fois que le piston, en 
s’abaissant, l’aura poussé dans le cylindre latéral B qui doit le trans¬ 
mettre au dehors. L’extrémité de ce cylindre est destinée à recevoir le 
petit bout A d’un tuyau flexible E, dont l’autre extrémité reçoit à son 
tour la canule F. 

Ces différentes pièces étant adaptées, comme il vient d’être dit, voici 
comment on doit faire usage de l’instrument : on place devant soi, sur 
une table ou sur une chaise, selon qu’on veut prendre le lavement de¬ 
bout ou assis, le vase contenant le liquide qu’on veut injecter} on y 
plonge l’extrémité inférieure de la seringue} d’une main en la fixe, et 
de l’autre on donne un coup de piston, pour chasser l’air contenu dans 
- l’appareil et le remplacer par le liquide} puis on introduit la canule, 
que la contraction du sphincter maintient en place. Cela fait, on pro¬ 
cède à l’injection, en élevant et en abaissant alternativement le piston. 

Pour injecter le vagin, on remplace le tuyau et la canule par les 
deux pièces suivantes, H et G. La première est une canule à olive, 



( * 9 *> ) 

ordinaire, en gomme élastique, qu’on adapte, par son extrémité, 
sur la portion conique de la seconde pièce G, et l’on introduit celle- ci, 
par son petit bout, dans l’orifice du cylindre B de la seringue. La per¬ 
sonne se place sur un bidet, dont la cuvette contient le liquide à injec¬ 
ter ; elle introduit la canule, et la seringue plongeant dans le liquide 
est mise en mouvement. S’il s’agissait de faire des irrigations dans le 
canal de l’urètre ou la vessie, on agirait de la même manière, après 
avoir toutefois introduit dans le canal une sonde ure'tbrale, en gomme 
élastique, dispose'e pour cet usage. 

Il est facile de se rendre compte du mode d’action de cet instrument, 
et d’apercevoir sa supériorité' sur la seringue ordinaire. Avec lui l’in¬ 
jection se fait ii la vente plus lentement et par saccades , mais aussi il 
permet d’augmenter ou de diminuer à volonté la force de projection, 
de ne faire pénétrer à la fois, si l’on veut, qu’une petite quantité de li¬ 
quide, avantage réel pour.prévenir les épreintes, quelquefois insup¬ 
portables , qu’éprouvent certaines personnes, et qui, forçant à rejeter 
le lavement avant qu’une assez grande quantité de liquide ait parcouru 
le gros intestin, rendent l’opération inutile. On peut encore élever ou 
abaisser au degré convenable la température du liquide sans déranger 
l’instrument, puisque avec la main droite, qu’on peut rendre libre 
à volonté, il sera facile de verser , dans le vase, de l’eau cliaude ou 
froide, suivant le cas. Cet instrument, quoique très-petit, puisque avec 
tous ses accessoires il est contenu dans une boîte de douze lignes d’é¬ 
paisseur, qui n’est pas plus large et à peine plus longue qu’un volume 
in-octavo ordinaire, cet instrument permet d’injecter , sans qu’on soit 
obligé de se déranger, une masse de liquide aussi considérable qu’on 
le veut j d’où il résulte qu’un seul lavement doit produire l’effet que 
provoquent avec peine deux ou trois avec la seringue ordinaire, at¬ 
tendu que la quantité d’eau contenue dans celle-ci, nécessairement pro¬ 
portionnée à son calibre, n’est pas toujours suffisante. Nous ne par¬ 
lerons pas de la facilité avec laquelle on peut faire agir le nouvel in¬ 
strument comparativement' à l’ancien j il est facile de concevoir qu’ayant 
un point d’appui au fond du vase et une colonne de liquide peu consi¬ 
dérable à refouler, il doit exiger de moindres efforts ; un enfant peut 
sans peine le faire agir. 

C’est surtout pour les injections dans le vagin, l’urètbre ou la vessie, 
que la seringue à pompe offre des avantages réels; le liquide arrivant 
par un jet, plus ou moins fort, qu’on peut diriger vers tous les points 
des parois de la cavité successivement, en nettoie parfaitement la sur¬ 
face, en modifie les dispositions actuelles; et, ce que les malades ap¬ 
précieront surtout, c’est que ces injections, qui, par les procédésordi- 



( *97 ) 

naircs, doivent ctre interrompues à chaque instant pour remplir 
l’instrument, pourront durer aussi long-temps qu’on le voudra sans in¬ 
terruption. Cette propriété de la seringue à pompe la rendra extrême¬ 
ment utile dans le traitement de la gonorrhée, par les courans d’eau 
tiède dont nous avons parlé dans les troisième et quatrième livraisons 
de ce journal. Nous pensons, en un mot, que l’instrument importé par 
M. Petit mérite à tous égards les suffrages des praticiens (i). 

— Liquide hémostatique. — MM. Talrich et Halma-Grand ont 
déposé à l’Académie des Sciences, le 26 septembre, un paquet cacheté 
contenant la composition de la liqueur hémostatique dont nous avons 
déjà parlé dans un de nos derniers numéros ; il sera ouvert lorsque ces 
médecins auront terminé les expériences auxquelles ils continuent à se 
livrer avec zèle. Ces expériences sont de plus en plus concluantes; déjà i5 
moutons ont eu publiquement l’artère carotide ouverte, 4 en long, g en 
travers et 2 avec une déperdition ovalaire -de substance, et toujours le 
sang a été arrêté en 4 ou 5 minutes, et la cicatrisation complète en peu 
de jours. Le même résultat a été obtenu sur un cheval, auquel ils ont 
ouvert la carotide, cesjours derniers, à l’abatoirdcMontfaucon. Pour faire 
cesser l’hémorrhagie l’application de tampons imbibés suffit ; il n’est 
même plus pratiqué de ligature autour du cou , avec un fil, pour em¬ 
pêcher le tampon d’obéir à son propre poids; dans la dernière séance 
la moitié du tampon est tombée dix minutes après son application, pen¬ 
dant que le mouton mangeait, et quoiqu’il eût eu une déperdition de 
substance à l’artère, l’hémorrhagie ne s’est pas reproduite. 

Les avantages de la découverte d’une substance sûrement hémosta¬ 
tique seraient incalculables ; puissent MM. Talrich et Halma-Grand 
réaliser les espérances qu’ils nous font concevoir ! Il n’en sera pas de 
leur liquide comme de ces remèdes secrets qui perdent toute leur vertu 
aussitôt qu’ils sont connus : ici les effets doivent être sensibles pour 
qu’on en parle ; il arrête ou n’arrête pas l’hémorrhagie; il fait cicatriser 
nu ne fait pas cicatriser l’artère : c’est visible. Or, bous devons avouer 
que toutes les expériences faites sous nos yeux ont été tout-à-fait satis¬ 
faisantes. 

Un fait récent de notre pratique nous force plus particulièrement 
à reconnaître une vertu précieuse au topique dont il est question. 

Nous avons été appelé la nuit dernière pour M. de Cr., jeune 

homme de dix-huit ans, qui depuis vingt-quatre heures avait une hé- 


(1 ) Cet instrument se vend chez M. Petit, pharmacien, à Paris, rue de la Jui- 
verie, n° 3, pris le quai aux Fleurs. Son prix est de 7 à 15 francs, selon qu’il 
est avec ou sans boîte et muni de scs accessoires pour les diverses espèces d’in¬ 
jections. 




( *98 ) 

morrliagie d’une artère alvéolaire de la mâchoire inférieure , qu’aucun 
moyen n’avait pu arrêter j le matin une dent molaire avait été arrachée, 
et depuislors il avait perdu plusicurslivres de sang. En vain la compression 
avait été exercée, en vainles applications de tampons imhibe's d’eau dcRa- 
bel étaient-ils renouvelés à chaque moment, en vain l’application cons¬ 
tante de la glace j l’hémorrhagie continuait, et la bouche était sans cesse 
pleine de sang et de caillots. M. Rullier, médecin de l’hôpital de la 
Charité, qui donne habituellement ses soins à la famille, était sur le point 
de pratiquer la cautérisation avec le fer rouge, car il était évident qu’au¬ 
cun autre moyen n’avait pu jusqu’alors arrêter l’hémorrhagie, lorsque 
nous eûmes la pensée d’essayer le liquide hémostatique. On voulut bien 
m’en confier une certaine quantité, et il fut immédiatement appliqué. 
A neuf heures du matin, un tampon imbibé de ce liquide fut placé sur 
l’alvéole qui donnait le sang, et im autre au bord externe de la m⬠
choire inférieure ; ils furent maintenus avec les doigts quelques instans, 
et sept minutes apres l’écoulement du sang était complètement arrêté. 
Il y a maintenant vingt-quatre heures que l’application du liquide hé • 
inostatiquc a eu lieu, l’hémorrhagie ne s’est point reproduite , quoique 
nous ayons enlevé le tampon. 

D’autres faits nous fourniront peut-être bientôt l’occasion de revenir 
sur ce sujet important. 

Le travail organique qui s’opère dans le vaisseau blessé et qui s’op¬ 
pose «à l’hémorrhagie est des plus remarquables. Il varie suivant la di¬ 
rection de la blessure. Plusieurs pièces anatomiques entièrement iden¬ 
tiques pour chaque genre de blessure nous ont été confiées. Leur impor¬ 
tance relativement à la cicatrisation des artères nous déterminera à les 
faire reproduire par un dessin colorié que nos abonnés recevront. 

— Précautions à prendre contre le choléra; manière simple 
d’utiliser le chlore. — L’immense étendue de pays sur lequel le 
choléra a rapidement exercé ses ravages en Europe doit faire craindre 
son introduction en France. Magistrats, médecins, chimistes, tous doi¬ 
vent concourir aux mesures propres à diminuer l’intensité de ce fléau, 
si nous sommes destinés à le subir : les uns par les mesures administra¬ 
tives, les autres par leurs conseils et leurs lumières. 

Les causes principales qui hâtent le développement de la maladie 
sont l'humidité et les exhalaisons de matières organiques résultant des 
détritus déposés dans nos habitations pour être enlevés, des eaux ména¬ 
gères qui n’ont pas un écoulement facile, des puisards, des égouts, etc. 
M. Paycn, dans un article inséré dans le Journal de Chimie médicale , 
recommande aux populations les précautions de la plus stricte hygiène. 
La mesure la plus efficace pour éviter la fâcheuse influence de l’humi¬ 
dité consiste à enlever partout du sol des chambres, des paliers, des 



( >99 ) 

marches des escaliers, etc., toute espèce de matière susceptible de s’im¬ 
prégner d’eau, telle que la terre, la'bouc, la poussière même, dut-on 
employer le lavage pour enlever ces substances. Il est un moyen plus 
efficace pour frapper d’innocuité tous les foyers visibles ou latcns d’é¬ 
manations animales , c’est le chlore, qui est incontestablement l’agent 
le plus sûr d’assainissement que nous possédions : voici le procédé 
simple que conseille M. Payen pour répandre ses bienfaits préservatifs 
jusque dans le ménage le plus pauvre. 

Ayez un vase en grès, une "fontaine ordinaire, un grand pot à beurre 
ou une jarre à huile de la contenance de deux seaux ( environ vingt- 
quatre litres), pour un grand appartement et une maison nombreuse, et 
de moitié de cette capacité pour un plus petit ménage ; prenez deux livres 
de chlorure de chaux en poudre pour les grandes fontaines et une livre 
pour les plus petites ; délaycz-lcs en bouillie avec une égale quantité 
d’eau , à l’aide d’un morceau de bois, puis achevez de remplir la fon¬ 
taine d’eau jusqu’à un pouce du bord. Vous aurez alors la solution du 
chlorure de chaux qui vous servira à l’assainissement de votre maison. 
Avant de l’employer, attendez que le dépôt soit formé et l’eau claire. 
On puisera avec une tasse l’eau chlorurée, quand on en aura besoin , 
à moins qu’on n’ait fait placer au quart de la hauteur au-dessus du fond, 
et par conséquent du dépôt, une cannelle en bois par où on pourra 
l’avoir sans être trouble. On mettra dans les chambres habitées, et 
particulièrement dans la chambre à coucher, une ou doux assiettes 
pleines de la solution de chlorure, que l’on changera tous les deux jours. 
On fera des aspersions journalières avec un ou deux verres de cette 
solution, sur les points où quelque mauvaise odeur annonce la fermen¬ 
tation de matières organiques ; on pourra y laisser une assiette pleine 
de cette solution. 

Chaque individu parviendra facilement à s’environner d’une émana¬ 
tion continuelle de chlore : i° en trempant une fois en vingt-quatre heu¬ 
res, dans la solution, un vieux linge que l’on exprimera fortement et 
que l’on enveloppera dans une cravate on fichu porté au cou; a° en se 
lavant les mains dans la solution et les laissant sécher après les avoir 
essuyées légèrement. 

Un moyen facile de répandre une plus grande quantité de chlore 
dans un endroit que l’on veut assainir promptement, consiste à tremper 
de vieux linges dans la solution et à les étendre sur une corde dans cet 
endroit. 

La solution du chlorure, susceptible d’enlever des taches d’un grand 
nombre de matières colorantes, peut, par cette raison, déteindre cer¬ 
taines étoffes ; il sera bien d’éviter d’en répandre dessus. 



( 200 ) 

Lorsque toute la solution claire sera épuisée, on remplira d’eau la 
fontaine en délayant le dépôt, puis on laissera déposer de nouveau pen¬ 
dant deux ou trois heures ; alors on soutirera toute la solution claire 
dans un ou deux seaux; on jettera tout le dépôt ou marc resté dans la 
fontainepuis on remettra dans celle-ci la même quantité de chlorure 
neuf que la première fois, que l’on délayera de même, si ce n’est qu’au 
lieu d’eau pure on emploiera l’eau soutirée du dépôt. 

La dépense de ce moyen d’assainissement est très-minime; un 
kilogramme de chlorure de chaux en poudre , de très-honne qualité (ti¬ 
rant de 90° à ioo° au chloromètrc de M. Gay-Lussac ), se vend en¬ 
viron 2 francs chez tous les pharmaciens ; cette quantité suffit dans un 
ménage moyen, pour remplir deux fois la fontaine à chlorure, et donne 
chaque fois environ douze litres ou soixante-douze verres de solution , 
dont trois seulement pourront être employés par jour; chaque solution 
durera donc à peu près vingt-quatre jours. La dépense, par consé¬ 
quent, ne sera que de 1 fr. 25 cent, par mois, sans compter la valeur 
de l’eau et du temps employés. 

Il en coulerait le double pour une maison nombreuse occupant un 
grand appartement ; mais dans ce cas, cette dépense, comparée à toutes 
les autres, paraîtrait plus légère encore, et surtout en raison de l’im¬ 
portance de son objet. 

— Surveillance de l’état sanitaire des hôpitaux. — Sur l’invita¬ 
tion du conseil supérieur de santé, l’administration générale des hôpi¬ 
taux a donné l’ordre à chaque médecin de marquer chaque jour, à la 
lin de sa visite, sur une feuille expresse, s’il a des cholériques dans scs 
salles. Ces feuilles sont envoyées chaque malin au ministère de l’in¬ 
térieur. 

— Choléra-morbus de la Mecque. — Une lettre écrite par le con¬ 
sul général de France en Égypte à M. Félix Darcct, et communiquée à 
l’Académie des Sciences, apprend qu’une maladie contagieuse, parais¬ 
sant avoir tous les caractères du choléra-morbus des Indes, a éclaté à 
la Mecque, dans les premiers jours de mai, parmi les pèlerins venus 
de toutes les parties de l’empire pour visiter les saints lieux. La mor¬ 
talité a été très-grande, et au moment où sont parties les nouvelles, le 
mal continuait scs ravages et l’on portait à 12,000 au moins le nombre 
des victimes. Les ordres sont donnés par le vice-roi d’Égypte pour que 
les pèlerins qui voudraient revenir par ses états ne puissent y entrer 
sans avoir fait une quarantaine rigoureuse qui assure qu’ils sont parfai¬ 
tement sains. Deux lazarets sont établis à cet effet aux deux points de 
communication, qui sont Saez et Kosséïr. 



( 20 » ) 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


INSTRUCTION GÉNÉRALE RELATIVE AU CHOLÉRA-MOnBUS, 

PAR L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE (l). 

Considérations générales. 

Parmi les phénomènes les plus remarquables et les plus effrayans 
du eholéra-morbus, qui occupe tant aujourd’hui les esprits, il faut in¬ 
contestablement placer le caractère extensif que la maladie affecte. Déjà 
la presque totalité du continent d’Asie a été frappée. Une partie de 
l’Europe se trouve à présent ou atteinte ou menacée immédiatement de 
ce fléau, et le reste redoute vivement ses cruelles approches. 

Après avoir étudié la marche, les symptômes, les caractères nécro¬ 
scopiques , le siège, la nature, le traitement et les terminaisons de cette 
funeste maladie, l’Académie royale de médecine a spécialement porté 
ses méditations pratiques sur les moyens de s’en garantir. 

Dans cette partie, la prophylactique de la maladie, les devoirs et 
les difficultés prennent une plus grande extension. 

Les membres des autorités administratives, les hommes de l’art> les 
citoyens eux-mêmes, tous auront des obligations à remplir et des pré¬ 
cautions à prendre. Ces obligations , ces précautions doivent nécessai¬ 
rement varier selon que les populations sont ou prochainement mena¬ 
cées de la maladie, ou actuellement atteintes. 

Les conseils que l’Académie est appeléeà publier sur ce sujet se par¬ 
tageront donc en deux sections, selon qu’ils se rapporteront à la suppo¬ 
sition-dé la simple menace de la maladie, ou qu’ils s’appliqueront aux 
cas d’invasion réalisée. 


(t ) Membres de la commission chargée de la rédaction de F instruction. — 
MM. Keraudrcn, président; Marc, Chôme!, Boisseau, Desportes. Dupuytren, 
Pelletier, Louis, Desgencttes, Emcry,.M. Double, rapporteur. 

Cette instruction forme la seconde partie du rapport de M. Double sur le clio- 
léra-morbus; nos lecteurs connaissent déjà la première, par l’analyse qui a été 
insérée dans le troisième numéro de ce journal. 

L’Académie de médecine a, dans sa dernière séance, voté desrtmerciemens 
à son digne rapporteur, qui s’est acquitté avec le plus remarquable talent de la 
tâche difficile qui lui avait été confiée. On attendait beaucoup de M. Double, il 
s’est tenu constamment à la hauteur de lui-même, du grave et important sujet 
qu’il avait à traiter, et du corps savant dont il était l’organe. ( IV. du R. ) 
TOME I. LIV. r4 



( 202 ) 

Ces conseils s’adresseront aussi successivement : 

i® Aux magistrats de toutes les classes j 

2° Aux médecins de tous les ordres ; 

3“ Aux citoyens de toutes les conditions. 

Ces conseils auront pour but de signaler en detail ce que chacun de¬ 
vra exécuter dans les limites de ses devoirs et de ses facultés , de scs 
attributions et de ses moyens. 

Hâtons-nous de le déclarer d’abord, la France , par bonheur, ne se 
trouve encore ni dans l’une ni dans l’autre des conditions prévues par 
le plan que l’Académie vient de se tracer. 

Riches de la position géographique la plus avantageuse, d’un ciel 
doux, d’un climat tempéré, d’un sol fécond, d’une heureuse distribu¬ 
tion de la propriété territoriale, d’une industrie universelle, d’une 
instruction assez générale , et par cela même d’une hygiène publique et 
privée qui laisse peu à désirer, les Français ont l’espoir d’être préser¬ 
vés de ce fléau. 

En général d’ailleurs les probabilités et surtout les dangers de la pro¬ 
pagation du choléra par delà les limites des localités actuellement en¬ 
vahies vont toujours en diminuant. Le torrent semble se creuser un lit 
moins large et moins profond à mesure qu’il s’étend plus au loin et qu’il 
s’en prend à des populations plus éclairées, plus aisées et plus propres. 

Que si, contre ces prévisions , la maladie venait à nous atteindre , 
tout porte à présumer qu’elle serait singulièrement amoindrie par les 
conditions hygiéniques au milieu desquelles nous nous trouvons placés. 

Rappelons en peu de mots ce qui eut lieu en i8i4eten 1815, pour 
le typhus. 

La maladie avait fait de grands ravages dans les deux armées, parmi 
les vainqueurs non moins que parmi les vaincus. Les deux rives du 
Rhin avaient particulièrement souffert. La maladie marcha, mais en 
s’affaiblissant, jusque sur les bords de la Loire. Des soldats atteints du 
typhus entrèrent en grand nombre dans nos hôpitaux. Beaucoup d’of- 
liciers et beaucoup d’employés portèrent aussi la maladie dans les di¬ 
vers quartiers de la ville. Au moral plus encore qu’au physique, les 
Français, les habitans de la capitale surtout, souffrirent avec impa¬ 
tience , avec irritation, la présence des armées d’occupation , et cepen¬ 
dant , au milieu de tant de circonstances fâcheuses , le typhus ne put 
point prendre pied parmi nous. Il vint s’éteindre au milieu de l’ai¬ 
sance et de la propreté dont jouissent les habitans de la capitale et des 
provinces du centre. 

Il est d’autant plus à propos d’insister ici sur cette considération que 
dans un grand nombre de circonstances, surtout depuis que la maladie 



( 203 ) 

s’cst établie en Europe, le typhus constitue réellement une des périodes, 
la période dernière du choléra. De tels faits ajoutent sans doute encore 
aux chances que nous avons d’en être préservés. 

Toutefois l’extension au loin du chole'ra-morbus, tel qu’il règne au¬ 
jourd’hui sur plusieurs points de l’Europe, est un fait incontestable. 
Ce fait énorme reconnaît sûrement des causes qui lui sont propres ; et 
la connaissance des causes de ce phénomène serait un immense bienfait 
pour l’humanité. 

Osons cependant l’avouer, la manière spéciale dont le choléra se 
développe , la cause unique de son extension, nous sont entièrement 
inconnues. C’est aujourd’hui, dans l’histoire générale de cette maladie, 
le point le plus essentiel à éclaircir. C’est celui-là surtout qu’il faut 
proposer aux investigations des savans de tous les pays. Sur les autres 
questions qui se rattachent à la pathologie du choléra, l’observation ne 
nous a pas entièrement laissés sans guides ni sans lumières. Nous 
avons des notions, nous possédons des données qui sont propres à cette 
maladie; mais quant au mode de transmission, à part de simples idées 
générales, presque tout est encore à découvrir, presque tout est encore 
à connaître. 

En revanche, nous savons positivement que la réunion, le concours 
d’une certaine série de circonstances favorisent singulièrement la mar¬ 
che désastreuse de ce fléau : telles sont les grandes et les fréquentes 
variations atmosphériques, la chaleur et l’humidité combinées, et 
quelquefois aussi le froid et l’humidité; les pluies abondantes et long¬ 
temps soutenues, la malpropreté, les agglomérations d’hommes, le sé¬ 
jour des malades dans des demeures étroites, mal aérées, difficilement 
ventilées et encombrées de personnes et d’animaux. Or n’est-ce pas 
évidemment dans ces données bien avérées qu’il faut chercher d’abord 
la règle des mesures sanitaires à prendre? 

D’autre part il semble assez constant que le choléra, surtout depuis 
qu’il a été transplanté en Europe, s’est communiqué, dans certains cas, 
à l’aide de foyers d’émanation au sein desquels la maladie s’était comme 
concentrée, et par exemple à la suite de nombreuses agglomérations 
d’hommes, et par l’entassement des malades dans des lieux malsains, 
mal aérés, malpropres. 

Il n’est pas moins certain que le choléra, à la manière de toutes les 
grandes épidémies, s’est le plus souvent étendu, multiplié sous l’in¬ 
fluence de causes générales occultes, probablement répandues dans l’at¬ 
mosphère , et dont l’action délétère se trouve encore accrue, favorisée 
par le concours des causes qui ont été énumérées plus haut. 

Yoilà ce que les observations plivsiqtics et les observations mc’di- 

«4- 



( 204 ) 

cales apprennent de plus positif touchant les causes de l’extension du 
choiera : c’est surtout dans ces limites qu’il convient de puiser les 
hases de la conduite à tenir en fait de mesures sanitaires. C’est évidem¬ 
ment d’après le mode de transmission et de propagation de la maladie 
qu’il faut e'tablir la nature des précautions à prendre. 

Les quarantaines deviennent particulièrement utiles contre les mala¬ 
dies qui ont une période d’incubation constatée et une dure'e egalement 
connue de transmissibilité', ainsi que cela a lieu pour la petite-ve'role, 
par exemple; mais pour le choiera aucune observation ne montre que 
la maladie ait une période d’incubation fixe, un espace de temps dc'tcr- 
mine' pendant lequel la maladie garde la propriété de transmission, cl 
au-delà duquel cette propriété s’c'teinl et se détruit. Les faits ne lui ont 
pas non plus attribué une sphère d’action limitée : peut-on alors raison¬ 
nablement établir les mesures préventives aux mêmes degrés et suivant 
les mêmes modes (pie si nous possédions les données qui nous manquent? 

Dans les épidémies semblables à celle qui nous occupe, la maladie 
elle-même n’est peut-être pas le fléau le plus redoutable. L’effet moral 
exercé sur les populations et ses funestes conséquences ne sont pas 
moins à craindre. Si l’on restreignait trop rigoureusement les relations 
commerciales parles quarantaines; si l’on refoulait les populations sur 
elles-mêmes à l’aide de cordons sanitaires ; si l’on agglomérait les ma¬ 
lades au moyen des lazarets, on précipiterait l’épouvante, la gêne et 
la misère ; on multiplierait les élémens de production et les causes de 
développement de la maladie, on aurait créé de nombreux foyers d’é¬ 
manations cholériques; et ces mesures, employées dans toute la bonne 
foi du non-savoir pour préserver les peuples de la maladie, tendraient 
directement au contraire à la produire, à la propager et à l’aggraver. 

Dans les nombreuses épidémies du choléra que nous avons eu à mé¬ 
diter tant en Asie qu’en Europe, les malades placés sous des conditions 
salubres sont visites, touchés, remués, changés, saignés, pansés sans 
que le choléra se communique. Les médecins procèdent longuement et 
avec les plus miniticuses recherches aux ouvertures des corps après 
la mort, et ils ne contractent pas la maladie. De nombreuses expé¬ 
riences ont été faites dans le but d’éclaircir le mode de transmission 
de la maladie : on s’est inoculé, on s’est injecté même dans les veines 
du sang pris à des individus actuellement atteints du choléra ou qui 
venaient de succomber à la maladie ; on s’est inoculé aussi des matières 
muqueuses rendues par le vomissement et par les selles; on s’est frotte 
la peau avec ces mêmes matières; on a couché avec des cholériques ou 
dans les lits et avec les mêmes draps qu’ils venaient de quitter; on est 
allé jusqu’à rcspiicr de très-près Phaleinc des moribonds, et toujours 
sans conséquences fâcheuses. 



( 205 ï 

Loin de nous cependant la téméraire pense'e de proscrire d’utiles pré¬ 
cautions et de blâmer de sages mesures j au contraire, ccs précautions 
utiles, ces mesures sages nous les appelons, nous les provoquons de 
toute notre influence 5 mais dans l’intérêt du commerce et de la so¬ 
ciété , nous désirons que l’on sache tenir ces précautions et ccs mesures 
dans de justes limites ; nous voulons surtout qu’elles soient appliquées 
avec discernement, dirigées par des connaissances approfondies et surtout 
par les lumières de l’expe'rience : elles profiteront alors aux populations 
sans leur être à charge. Aux calamites individuelles, au malheur éven¬ 
tuel de la maladie elles n’ajouteront pas les calamites universelles, le 
malheur infaillible de la misère, fléau plus redoutable encore que le 
choléra. 

C’est avec juste raison, c’est dans l’intérêt bien entendu de sa triple 
responsabilité d’homme, de citoyen, de magistrat, que le ministère in¬ 
voque dans cette périlleuse circonstance les lumières le la science et les 
enseigncincns de l’observation. Dans de telles conjonctures il ne suffît 
pas d’avoir frappé fort, il faut surtout frapper juste. 

CONSEILS AUX AUTORITES ADMINISTRATIVES EN CAS DE MENACE 
DE LA MALADIE. 

Quelle est la conduite à tenir par le gouvernement en cas de menace 
de la maladie? que doit-il prescrire en cas d’invasion ? 

Une mesure que la prudence commande avant tout, c’est de faire 
observer médicalement et avec le plus grand soin les pays limitrophes, 
afin de connaître en toute exactitude et à chaque instant ce qui s’y passe 
par rapport à l’c'tat sanitaire en général et par rapport au choléra-mor- 
bus en particulier. Les journaux débitent, sans examen et sans critique, 
des nouvelles qui n’en sont pas moins alarmantes, encore que le lende¬ 
main vienne démentir ce qui a été affirmé la veille. Trop souvent ils en¬ 
flent les désordres, afin d’ajouter à l’intérêt du récit. 

Pour parer à d’aussi graves inconvéniens, des médecins éclairés et 
prudens devraient être momentanément attachés aux ambassades, ainsi 
qu’aux grands consulats des pays voisins déjà soupçonnés ou même 
suspects. Une mesure semblable prise de suite serait de la plus grande 
utilité. Par la correspondance quotidienne de ces médecins, le gouver¬ 
nement recevrait des documcns auxquels on pourrait donner d’autant 
plus de confiance que le choix de ces médecins aurait été plus judicieu¬ 
sement fait. Un tel choix ne doit donc pas être abandonné à des hommes 
étrangers à la profession médicale. Avec un gouvernement constitu¬ 
tionnel, où la responsabilité des ministres doit être aussi une vérité 



( 206 ) 

pratique, avec le système électif qui nous régit, les corps savans qui 
réunissent les connaissances nécessaires pour bien juger devraient être 
exclusivement consultés dans ces circonstances. 

Des conseils de salubrité seront institués dans les départemens, sur¬ 
tout dans les contrées limitrophes des pays infectés ou suspects. La 
France trouvera dans cette mesure un nouveau moyen d’observation 
et une autre source de garanties. Que le gouvernement dispose par 
avance les lieux d’observation , les dépôts à établir en cas de maladie 
réelle : pour lui c’est un devoir de le faire, et pour nous une obligatiou 
de le Conseiller. Quand le besoin pressant des lazarets et des quaran¬ 
taines se fera véritablement sentir, il ne faut pas être "pris au dé¬ 
pourvu. 

C’est tout naturellement par la force même des choses que ces di¬ 
verses précautions seront portées d’abord sur quelques-unes de nos 
frontières. Il faut que là les cordons sanitaires soient vigilans, com¬ 
pactes, complets et rigoureusement sévères; mais, à ce sujet, les pré¬ 
visions de l’Académie doivent être poussées assez loin. Une conviction 
intime et un assentiment unanime nous engagent à déclarer que c’est 
seulement sur les limites frontières des états atteints ou même sim¬ 
plement soupçonnés, que devront s’établir et se concentrer les mesures 
préventives des cordons sanitaires. Appliqués à l’intérieur, ces moyens 
de séquestration seraient inutiles et dangereux. Il faut nous séquestrer 
des nations étrangères qui pourraient nous appporter le choléra ; mais 
si la maladie se déclarait entre nous, secourons-nous mutuellement et 
en véritables frères, au lieu de nous abandonner les uns les autres. 

Si, malgré les mesures prises aux frontières, la maladie arrive jus¬ 
qu’à nous, elle nous aura gagnés par voie épidémique, et alors les 
moyens hygiéniques seront admissibles; tous les moyens de séquestra¬ 
tion seraient inutiles. Les cordons sanitaires sur les frontières auront un 
véritable caractère d’utilité, et une assez grande facilité d’application, 
sans présenter les désastreux inconvéniens qu’ils entraîneraient s’ils se 
resserraient, s’ils se circonscrivaient vers l’intérieur, et si l’on séques¬ 
trait un département des autres départemens, une ville d’une autre 
ville, ou même un quartier d’un autre quartier. On a vu à Varsovie et 
dans les environs des exemples frappans de toutes les conséquences 
qu’entraînaient ces vaines séquestrations de ville à ville, de bourg à 
bourg, et de famille à famille. 

Les malades atteints du choléra veulent être disséminés sur de grands 
espaces et placés dans des lieux élevés, secs et largement ventilés. Que 
l'administration prenne scs précautions d’avance; chaque ville menacée 
devra avoir un ou plusieurs hôpitaux de cholériques, suivant sa po- 



( 2°7 ) 

pulation. Mieux vaudrait encore c'tablir ces malades dans des bara¬ 
ques ou même sous des tentes, si la saison pouvait le permettre. Ces 
e'tablissemens, quels qu’ils soient, seront places sur des lieux éleve's, 
loin des grandes évaporations des rivières ou des lacs, au milieu d’une 
végétation largement aérée, sur un terrain entièrement exempt d’hu¬ 
midité, et assaini d’ailleurs par tous les moyens possibles. 

Et comme les exemples de rechutes sont fréquens, surtout quand les 
malades restent placés au milieu des influences capables de développer 
la maladie, il sera essentiel d’avoir des maisons de convalescence , des 
lieux de refuge en faveur des individus trop réccmmmcnt guéris pour 
retourner dans le sein des familles ou pour rentrer dans l’intérieur des 
cités. 11 faut qu’il s’écoule tin ceriain laps de temps entre le moment 
ou le convalescent quitte le foyer d’émanation au sein duquel sa maladie 
s’est passée et le moment où il ira se mêler au reste de la société. 

A titre de prévision générale, le régime des hôpitaux, l’intérieur des 
maisons de détention, les grands ateliers de manufactures, les collèges 
et les grands pensionnats, l'hygiène spéciale des troupes, exigent plus 
de surveillance que de coutume. Que dans les salles des hôpitaux les 
lits soient plus largement espacés, et que la propreté s’y trouve plus 
soigneusement entretenue; que l’on y interdise sévèrement les lavages 
à grande eau des planchers carrelés : l’humidité qui en résulte devien¬ 
drait pernicieuse; que l’on diminue l’encombrement et qu’on augmente 
l’assainissement des diverses maisons d’arrêt; que l’on défende tout 
entassement d’ouvriers dans les ateliers ; que les casernes soient sur¬ 
veillées ; que les soldats se baignent aussi fréquemment que possible ; 
qu’on leur donne de bonne heure le pantalon d’hiver; qu’on les fasse 
changer fréquemment de linge de corps ; qu’on leur distribue un peu 
de vin; qu’ils mangent un peu plus de viande et un peli moins de lé¬ 
gumes; que l’on attache encore plus de vigilance, si faire se peut, à la 
santé générale des corps de troupes qui formeront les divers cordons 
d’observation. Toutes ces précautions auront les plus heureux résultats. 

Parmi les divers points d’hygiène publique qui réclameront des me¬ 
sures spéciales, dans la supposition de la simple menace du choléra, 
nous signalerons les lieux d’aisances, les égouts, les puits; et dans les 
campagnes les fosses à fumier. La police sanitaire devrait prendre des 
précautions telles que durant l’épidémie, si elle arrive, aucune opéra¬ 
tion de vidange, aucune entreprise de nettoyage d’e'gout, aucun travail 
de curage de puits ne doivent avoir lieu; ces différens travaux, inca¬ 
pables sans doute de produire la maladie quand elle n’existe pas, 
pourraient l’accroître et l’aggraver si elle existait. 

Les lieux où l’on fait pourrir les fumiers dans les campagnes, et 




( 208 ) 

même dans les faubourgs de Paris, devont egalement attirer l’attention 
des administrations sanitaires. Conside're'e sous le rapport de la pro¬ 
preté’ generale et de l’hygiène publique, cette partie de notre économie 
rurale appelle de grandes ameliorations. Le meilleur moyen de remédier 
à l’insalubrité' des fosses à fumier consisterait à les encaisser suffisam¬ 
ment sur la presque totalité de leur périmètre, de telle sorte que leurs 
eaux, partput élevées à une hauteur égale , ne pussent jamais, en été 
surtout, laisser à découvert le fond vaseux de leurs bords, toujours 
faiblement inclinés et indéfiniment prolongés. 

Les étangs, les marais, les rivières, le rouissage des chanvres, les 
eaux ménagères, doivent, en cas d’épidémie, attirer plus que jamais 
la sollicitude de la police sanitaire. 

Il y aura plus d’un avantage à dépenser un peu moins en construction 
et entretien de lazarets , en établissement de quarantaines, en organisa¬ 
tion de cordons sanitaires, en appointemens de directeurs, d’adminis¬ 
trateurs et d’employés de la santé publique, et à dépenser, au contraire, 
davantage en améliorations de la salubrité, tant publique que privée. 

Le travail modéré a été en tout temps une raison de se bien porter : 
dans cette circonstance, le travail qui aura pour premier résultat de 
procurer de l’aisance dans les classes laborieuses sera un bon préser¬ 
vatif du choléra; il le sera bien plus encore si ce travail a pour objet 
d’ajouter à la salubrité générale : dans ce sens l’Académie engage les 
autorités locales à faire exécuter de suite des travaux d’utilité générale 
et de salubrité publique ■parmi les populations malaisées. 

L’administration devra veiller aussi à ce que les demeures des pau¬ 
vres soient garnies d’un nombre suffisant d’ouvertures, et qu’elles puis¬ 
sent être convenablement assainies. 

De tous les modes de transmission mis en avant par rapport au 
choléra, le myde épidémique est le plus commun et le plus évident : 
il est par conséquent raisonnable de diriger vers ce point quelques-unes 
des précautions à prendre. 

La communication du choléra, par les personnes, par les malades, 
donne également à juste titre de graves sujets de crainte. C’est aussi 
envers de telles circonstances qu’il faut appliquer les mesures sanitaires 
à prendre. 

L’estension de la maladie au moyen des effets, des marchandises, 
est de tous les modes le plus contestable et le moins avéré; il n’est pas 
juste de porter sur ce point tontes les vues administratives. D’ailleurs 
des mesures excessives dirigées contre les marchandises auront l’iné¬ 
vitable inconvénient d’offrir de nouveaux appâts à la contrebande, et 
par conséquent de la favoriser et de l’accroître. Or la contrebande qui 



( '-iog ) 

se compose naturellement de personnes et de choses, c’cst-à-dire des 
individus qui la font et des marchandises en faveur desquelles elle est 
faite, la contrebande deviendra nécessairement un des plus funestes 
moyens d’extension du choiera. 

Il sera spécialement urgent de dresser, par rapport au choiera en 
particulier, une nouvelle se’rie distributive des marchandises suspectes 
ou susceptibles , comme dit l’ordonnance de septembre 1821. Chaque 
maladie communicable a des lois spéciales de transmission; chacune 
doit avoir aussi une série differente d’objets à l’aide desquels elle 
s’étend plus facilement. Les objets déclarés suspects par rapport à la 
peste pourraient bien ne pas l’être au même degré ou même ne pas 
l’être du tout, quand il s’agit du choléra. Ajoutons que les tableaux an¬ 
nexés à l’ordonnance de 1821, considérés même abstraction faite du 
choléra, présentent des bizarreries, des anomalies que les sciences phy¬ 
siques et chimiques réprouvent, et qu’il est indispensable de faire dis¬ 
paraître. 

CONSEILS AUX AUTORITÉS ADMINISTRATIVES EN CAS D’iNVASlON DE LA 
MALADIE. 

Après ces conseils à l’autorité, applicables tous à la simple circon¬ 
stance de la menace du choléra, disons ce qu’il lui serait urgent de faire 
si la maladie venait à régner parmi nous. 

Assurer une juste distribution des secours de l’art parmi les individus 
des classes peu aisées. 

Veiller surtout à ce que les malades soient visités, secourus à temps: 
ici tout le succès dépend des moyens que l’on aura mis en usage dès 
les premiers instans de l’invasion de la maladie. 

Empêcher que plusieurs cholériques soient réunis dans la même 
chambre ou même dans un appartement étroit, mal aéré et encombré 
d’ailleurs d’autres personnes même bien portantes. 

Surveiller avec une vigilance extrême la propreté des nies , le ba¬ 
layage et le lavage des marchés , l’assainissement des boucheries, la 
purification des égouts ; faciliter aux indigens les moyens de se baigner 
assez souvent, deux fois par mois, par exemple, et aussi les moyens de 
changer convenablement de linge de corps; toutefois il faut leur re¬ 
commander d’user de précautions et par rapport aux bains et par 
rapport aux changemens fre'quens de linge, de telle sorte que ni l’un 
ni l’autre de ces moyens ne laisse sur le corps d’humidilé prolongée. 

Défendre en général toutes les réunions nombreuses , toutes les 
grandes assemblées, quel qu’en soit le motif. L’expérience a prouvé que 



( 210 ) 

les rasscmblemens considérables avaient pour résultat d’accroître et 
d’aggraver la marche de l’épidémie. 

Changer provisoirement l’organisation et la distribution des marchés. 
Il faudra surtout les diviser, les multiplier beaucoup, et les faire tenir 
de préférence tout près des barrières, et dans des lieux largement 
aérés. 

Évacuer toutes les casernes situées dans l’intérieur des villes, et faire 
camper les troupes dans des positions salubres et à des distances con¬ 
venables. 

Supprimer les entraves des octrois et les convertir en commissions 
sanitaires d’approvisionnement. 

Faire purifier les chambres où il y aura eu des malades, soit à l’aide 
des lotions de chlorure, soitpar le moyen de fumigations guytonicnnes. 

Régler spécialement les inhumations d’après les avis des gens de 
l’art. Il faudra se tenir dans de justes limites entre les inhumations trop 
précipitées et les inhumations trop long-temps retardées; les premières 
seraient dangereuses aux individus, dans une maladie où la mort arrive 
si brusquement, et souvent au milieu de syncopes qui peuvent plus ou 
moins long-temps simuler la mort; les autres pourraient devenir fu¬ 
nestes pour les populations, au milieu d’une épidémie où l’expérience 
apprend que chaque, malade peut, dans des circonstances données, 
devenir un véritable foyer d’émanations putrides. Les règles à tracer 
en pareil cas doivent varier suivant l’intensité de l’épidémie, et aussi 
suivant la période à laquelle l’épidémie est arrivée. La conduite peut 
être différente à l’invasion de l’épidémie, pendant sa plus grande force 
et à son déclin; elle peut varier encore dans ces momens de recrudes¬ 
cence ou d’affaiblissement que l’on observe quelquefois dans la marche 
générale de l’épidémie, indépendamment même des variations lices aux 
époques que nous venons d’indiquer. Dans tous les cas, ce sera une 
sage précaution que celle de répandre de la chaux sur les corps placés 
dans leur cercueil. 

Il sera sage de pourvoir aux subsistances générales en cas d’invasion 
prochaine de la maladie. Il sera surtout prudent de donner, sur ce 
point, garantie et sécurité aux populations nombreuses des grandes 
villes. 

CONSEILS AUX MÉDECINS EN CAS DE MENACE DE LA MALADIE. 

Les épidémies sont, dans l’histoire médicale des peuples, des éve'nc- 
mens graves. Il faut en recuillir l’histoire, il faut en perpétuer le sou¬ 
venir, afin que les tristes leçons de ces calamités ne soient pas perdues 
pour les générations qui suivent. 



( 211 ) 

Autres seront les devoirs des me'decins par rapport aux populations 
menace'es, autres seront leurs obligations.vis-à-vis des populations 
atteintes. 

Dans ces temps d’inquiétude où les citoyens sont sans cesse en crainte 
de l’invasion épidémique, le médecin, toujours calme, doit se livrer à 
l’étude approfondie de cette maladie, afin que, si les dangers se réalisent, 
il n’entre pas tout neuf dans la carrière que lui ouvrirait le choléra ré¬ 
gnant avec plus ou moins de fureur. Les temps d’épidémies sont des 
jours de frayeur et de désordre j tout se fait alors avec précipitation, 
tout s’y passe dans le tumulte et la consternation. C’est dans les momens 
de calme parfait qu’il faut se préparer à ces agitations ) en toutes choses 
il est avantageux que l’observateur possède quelques notions anticipées 
des objets qui doivent passer sous ses yeux. Nous étudions avec plus 
de fruit les phénomènes dont nous sommes avertis par avance. Ceux qui 
nous arrivent à l’improviste nous éblouissent, nous échappent souvent- 

Parmi les ouvrages sur le choléra épidémique que l’Académie pour¬ 
rait indiquer comme les plus utiles à méditer, elle citera le Traité d’An- 
neslay, celui de Jameson, celui de Turnbull Christie, l’ouvrage de 
Lichtenstadl, les quatre décades d’observations de MM. Marcus et 
Jachnichen; et comme ces divers traités publiés en anglais, en alle¬ 
mand, n’ont pas été traduits dans notre langue, l’Académie n’hésite 
point à recommander la lecture du rapport qu’elle a rédigé sur ce sujet, 
d’après l’invitation du gouvernement. Malgré les utiles travaux de 
M. Deville-, de M. Keraudrcn, de M. Larrey et de quelques autres , 
sur le choléra, les médecins français, qui n’ont eu que peu d’occasions 
d’observer eux-mêmes la maladie, n’avaient publié rien de complet sur 
ce sujet. On sait que jusqu’à présent, parmi les médecins français, à 
peine s’il en est quelques-uns qui aient eu l’occasion d’observer eux- 
mêmes la maladie. 

Le médecin qui aura quelques craintes fondées de l’invasion pro¬ 
chaine du choléra au milieu des populations dont la santé lui est con¬ 
fiée devra se livrer en même temps à une étude plus approfondie des 
conditions topographiques au milieu desquelles il se trouve placé, il 
cherchera à connaître, dans tous leurs détails statistiques, les élémens de 
la population au milieu de laquelle il exerce. Plus tard, à l’aide de 
ces données préliminaires, il pourra fixer le nombre des malades com¬ 
paré à la population totale, et le nombre des morts relativement au 
nombre des malades. Il déterminera les classes, les professions, les 
sexes, les âges, les constitutions qui ont été épargnées ou atteintes , 
guéries ou victimes. 

A l’aide des notions statistiques préliminaires, il ne confondra pas, 



( ) 

avec les individus réellement atteints de choléra, le nombre des mala¬ 
des de diverse nature qui, durant les saisons pareilles de l’année , se 
manifestent ordinairement dans la contrée. Il distinguera aussi sur les 
listes de mortalité les quantités de morts arrivées à la suite du choléra, 
du nombre de décès qui, aux mêmes époques de l’année et dans les 
temps ordinaires, viennent frapper les habitans du pays à la suite de 
maladies diverses. 

Le médecin s’attachera à pousser fort loin ce genre d’études de topo¬ 
graphie et de statistique médicales. Dans le nombre des utiles consé¬ 
quences qui résulteront de cet ordre de travaux, il s’empressera de si¬ 
gnaler aux autorités administratives les améliorations que réclament, 
dans cette circonstance toute particulière, l’hygiène publique et l’hygiène 
privée j il s’assurera de l’état sanitaire de toutes les nombreuses réu¬ 
nions de personnes ; il veillera à ce que les hôpitaux, toujours propre¬ 
ment tenus, ne soient jamais encombrés ; il dirigera l’administration 
locale dans le choix d’un lieu convenable , où l’on placerait les choléri¬ 
ques qui ne voudraient pas ou qui ne pourraient pas être traités à domi¬ 
cile j il tâchera aussi de faire disposer par avance une maison de conva¬ 
lescence ; il surveillera particulièrement les mouvemens journaliers des 
hôpitaux; il visitera plus soigneusement les maisons d’arrêt et de dé¬ 
tention, les casernes, les collèges , les grands ateliers. 

Il deviendra d’une haute importance d’e'tudier l’état sanitaire des dif¬ 
férentes espèces d’animaux avant l’épidémie, pendant sa durée et après 
sa cessation. Ou notera les différences que pourraient présenter les ani¬ 
maux fixés dans le pays et ceux qui n’y sont que de passage. Mais on 
étudiera plus particulièrement les maladies des animaux domestiques, 
de ceux surtout qui partagent avec l’homme les travaux de l’agricul¬ 
ture , et qui constituent une grande portion des richesses de l’économie 
rurale. 

CONSEILS AUX MÉDECINS EN CAS D’iNVASION DE LA MALADIE. 

C’est surtout dans la supposition de l’invasion de la maladie que les 
obligations du médecin prennent un caractère grave. 

Le médecin usera de toute l’influence que donnent le savoir, la con¬ 
sidération et les fonctions de sa profession, pour agir sur le moral des 
familles dont la confiance lui est acquise. Il les éclairera sur les dangers 
véritables de la maladie, sur les précautions qu’il est réellement utile de 
prendre pour se préserver, et sur les moyens qu’il est nécessaire d’em¬ 
ployer pour se guérir. 

En général, quand on se trouve appelé à ctudicr une épidémie , on 



( *i3 ) 

ne serait pas excusable si on négligeait de recueillir un certain nombre 
d’observations particulières. Ces observations doivent être nombreuses, 
variées, complètes. Elles présenteront des faits isolés de la maladie, 
considérée dans la durée totale de l’épidémie , dès son début, pendant 
sa plus grande force et à sa fin. Elles embrasseront aussi les divers modes 
de terminaison que l’épidémie a offerts. Avec la guérison elles feront 
connaître les méthodes de traitement qui ont le.mieux réussi, à chaque 
époque de maladie considérée en général. Avec la terminaison fatale, 
elles donneront les résultats généraux des lésions cadavériques, obser¬ 
vées aussi aux différentes époques de l’épidémie, c’est-à-dire à son inva¬ 
sion , vers son milieu , et lors de son déclin. 

Placé en face de la maladie qui se manifeste , le médecin cherchera 
d’abord à fixer l’époque de son apparition et à préciser le moment de 
son développement; il remontera au premier individu véritablement 
atteint, et il s’assurera des circonstances sous l’influence desquelles cet 
individu aura été frappé ; il observera ainsi, avec un soin particulier, les 
premiers malades atteints par l’épidémie ; il s’informera si la maladie 
existe dans tout le voisinage ou si le génie épidémique ne se montre 
que dans certains endroits ; il cherchera à découvrir les conditions ma¬ 
nifestes de ces différences. 

Il faudra suivre ainsi les progrès du mal chez tous les malades qui 
auront été successivement atteints et dans les circonstances diverses de 
localités, de rapproebemens, de relations, de communications qui au¬ 
ront pu servir à l’extension de la maladie. On dressera en quelque sorte 
la carte géographique de la maladie; on tracera son itinéraire ; on dres¬ 
sera sa généalogie, de manière à la suivre pas à pas depuis les pre¬ 
miers faits jusqu’aux derniers, et depuis ses plus légères impressions 
jusqu’à scs plus désastreux ravages. 

On s’attachera à établir comparativement la topographie médicale 
des lieux où la maladie a pris naissance , la topographie des pays où 
elle s’est plus facilement établie, et la topographie des contrées voisines 
que le choléra n’a pu atteindre. 

On cherchera à connaître les conditions et les causes de ces diffé¬ 
rences sous les trois points de vue qui suivent : 

i” Les pays qui ont été violemment et itérativement atteints; 

2° Les lieux qui n’ont été que partiellement et passagèrement attaqués; 

3° Les contrées qui ont été complètement préservées, soit d’une ma¬ 
nière fortuite, soit par l’effet de quelques mesures sanitaires. 

Parmi les points qu’il faudra chercher à éclaircir, nous désignerons 
les suivans : 



( 2.4 ) 

Qu’arrive-t-il quand on est placé loin du centre d’action de la ma¬ 
ladie , hors de la sphère d’activité des causes qui l’engendrent? 

Un individu atteint du choléra, transporté au loin, peut-il transmet¬ 
tre la maladie à d’autres personnes au milieu de conditions d’ailleurs 
généralement salubres ? 

Dans le cas d’affirmative, quelles sont les circonstances qui favorisent 
cette transmission ? quelles sont au contraire celles qui la retardent ou 
qui l’empêchent? 

Un individu bien portant, par cela seul qu’il a vécu au milieu de 
populations malades, peut-il, en voyageant, transporter avec lui la 
maladie? Quelles sont les conditions connues qui augmentent ou qui di¬ 
minuent cette faculté de transport? 

Des personnes qui n’auraient fait que traverser le pays où règne le 
choléra, et qui n’en auraient pas été atteintes, peuvent-elles se charger 
des émanations de la maladie et la transmettre ainsi à d’autres pays ? 

Un individu en proie au choléra qui règne, transféré loin du foyer 
où la maladie a pris naissance, acquiert-il pour lui-même des chances 
de guérison plus nombreuses que s’il fût resté dans les lieux où il a été 

Une famille, un corps de troupes, une réunion quelconque de per¬ 
sonnes parmi lesquelles le choléra règne, parviennent-ils à so dé¬ 
barrasser plus vite du fléau en s’éloignant du lieu où la maladie les 
avait atteints ? 

Dififc'rens objets ayant immédiatement servi aux cholériques, tels que 
couvertures , matelas, linge de corps, tissus, vêtemens et autres , por¬ 
tés loin du foyer de la maladie, conservent-ils plus ou moins long¬ 
temps la faculté de transmettre le choléra aux personnes qui se servi¬ 
raient de ces objets, ou qui auraient seulement l’occasion de les 
manier? 

D’autres objets portés, touchés, gardes par les malades, comme 
bijoux, meubles, livres, papiers, peuvent-ils transporter la maladie 
loin de son foyer d’action et en dehors des circonstances capables de 
donner naissance à un nouveau foyer? 

Des substances animales, végétales, minérales, les matières alimen¬ 
taires et autres, étant seulement restées dans le pays où règne la maladie 
et sans avoir été immédiatement touchées par des malades, peuvent- 
elles transmettre au loin la maladie? 

Les animaux vivans, soit domestiques, soit de basse-cour, qui ont 
séjourné dans le pays où règne le choléra, peuvent-ils, en changeant 
de place, emporter avec eux la propriété de transmettre la maladie ? 



La solution de la plupart de ces questions, liâtons-nous de le dire , 
est ardue, et les tentatives pour les résoudre seraient pc'rilleuses : aussi 
devra-t-on pour celles-là se contenter de recueillir et de mettre à profit 
les circonstances fortuites qui, nées durant le cours de la maladie ré¬ 
gnante , soit de généreux dévouemens, soit d’aventureux calculs, pour¬ 
raient fournir à cet égard de précieux documens. 

Il est une autre série de questions que l’on pourra plus facilement 
résoudre, et dont les essais de solution restent sans aucun danger. 

On recherchera si les occasions des grands rassemblemens ont favo¬ 
risé l’extension de la maladie ; on examinera comment la maladie s’est 
conduite envers les habitans de communes différentes, à la suite d’une 
foire, d’un marché, d’une fête publique. 

A quelle époque le choléra a-t-il paru dans le pays et combien de 
temps y a-t-il régné ? 

Après avoir quitté entièrement un pays, y a-t-il quelquefois reparu, 
et sous quelles particularités s’y est-il présenté ainsi une seconde fois ? 

Quel était l’état général de l’atmosphère quelque temps avant l’appa¬ 
rition de la maladie , puis pendant son règne et ensuite à l’époque de 
sa cessation? Donner le résumé des observations barométriques , ther¬ 
mométrique et hygrométriques dans ces intervalles. Des observations 
électrométriques, si on pouvait en réunir, auraient aussi une haute 
importance. 

Quelles directions le choléra semblait-il disposé à suivre par rapport 
aux plages de l’horizon en traversant le pays ? 

Pendant le règne du choléra a-t-on remarqué qu’il y eût des condi¬ 
tions , des personnes plus sujettes que d’autres à scs attaques, et alors 
quelles étaient les circonstances de profession, de régime, d’habitudes, 
d’âge, de sexe, de fortune, qui secondaient ou qui contrariaient l’inva¬ 
sion de la maladie ? 

Y a-t-il une période de la maladie en particulier, y a-t-il une époque 
de l’épidémie en général où l’extension soit plus facile et plus prompte ? 
Cette faculté d’extension a-t-elle semblé s’établir en raison directe de la 
violence de la maladie générale ? 

A-t-on quelque raison de décider si la maladie s’est étendue toujours 
par voie épidémique ou si elle s’est propagée par des émanations autour 
des malades, par migrations des personnes ou par le transport des mar¬ 
chandises? 

A-t-on remarqué que le choléra exerçât quelque influence sur les 
maladies intercurrentes répandues dans le pays, et quelle était cette 
influence ? 




( 2>6 ) 

Quelles sont les données relatives au nombre des malades par rapport 
à la population, et à la proportion des gue'risons et des morts par rap¬ 
port à la totalité des individus atteints ? 

Quelle est la méthode de traitement qui a plus généralement réussi? 

Quelles modifications fallait-il apporter dans le traitement aux diffe¬ 
rentes époques de l’épidémie, à son invasion, à son plus haut période 
et à son déclin, et aussi dans ces momens où l’on sait que l’épidémie 
cholérique, indépendamment des périodes du temps que nous venons 
d’assigner, présente des mouvemens soit d’exacerbation, soit d’affai¬ 
blissement qui déconcertent les observateurs les plus attentifs? 

Entre les malades qui ont reçu les secours de l’art et ceux qui ont été 
livrés aux simples efforts de la nature, quelle a été la différence dans 
le nombre proportionnel des morts et des guérisons, d’abord; et aussi 
la différence de la promptitude et de la stabilité de la guérison ? 

A-t-on pu se former une opinion arrêtée sur les effets généraux de 
l’opium, du calomel, du sulfate de quinine, du sous-nitrate de bismuth, 
du musc, de l’huile de cajeput, de l’ammoniaque, et de quelques autres 
substances médicamenteuses? 

La saignée, en général, a-t-elle produit de bons effets, et, dan$ le 
nombre des individus soumis à la saignée, en est-il beaucoup dont le 
sang n’a pas pu couler? Sous l’influence de quelles circonstances ce 
phénomène a-t-il été remarqué? 

A-t-on entendu dire que, dans le pays, les médecins ou les gens du 
monde aient eu recours avec succès à quelque remède nouveau ? 

Quelles ont été les suites les plus ordinaires de la maladie quant à 
ses effets consécutifs sur les diverses constitutions, dans les cas graves, 
lorsque la maladie ne s’est point terminée par la mort? 

Y a-t-il eu des exemples de rechute ou de seconde attaque après une 
guérison bien établie ? 

Peut-on déterminer si la maladie, par son influence générale, paraît 
laisser sur les constitutions des individus quelque modification impor¬ 
tante ? 

Quels sont les résultats généraux des ouvertures des cadavres, faites 
aux diverses époques de la maladie en particulier et en général, et enfin 
dans les différentes périodes d’intensité de l’épidémie ? 

Dès qu’un exemple de choléra épidémique se présente à l’observation 
médicale, l’homme de l’art doit en avertir l’autorité compétente et pro¬ 
voquer en même temps l’avis consultatif de quelques-uns de ses con¬ 
frères. Cette mesure, toute dans l’intérêt de la science et de l’humanité, 
sera prise sans bruit et sans éclat. Mais que le médecin, poussé par un 
excès de zèle, ne se hâte pas trop de déclarer l’existence du choléra épi- 



( ) 

démique. Qu’il sc tienne sévèrement en garde contre toute méprise. Des 
coliques et des diarrhées violentes, des irritations gastro-intestinales 
qui régnent fréquemment durant les constitutions automnales, cl qui, 
pour offrir quelques analogies avec le choléra, ne sont cependant pas le 
choléra, pourraient facilement induire en erreur. On sait assez que les 
anxiétés épigastriques, les vomissemens, la diarrhée et même les con¬ 
tractures des membres se joignent à des degrés légers, il est vrai, aux 
maladies que nous venons d’énumérer. 

Il ne faudrait pas non plus confondre le choléra épidémique avec le 
choléra sporadique ou indigène, si l’on peut s’exprimer ainsi : celui-ci, 
que l’on observe presque partout en même temps que les maladies de 
l’c'té et de l’automne, est moins aigu, moins grave et moins funeste; 
surtout il ne sc communique jamais d’individu à individu, et il n’at¬ 
taque qu’un très-petit nombre de personnes à la fois. 

Le tableau de la symptomatologie du choléra qui nous occupe peut 
être résumé ainsi, les médecins le reconnaîtront facilement à ces traits .- 

Douleurs et anxiétés épigastriques, vomissemens répétés, selles fré¬ 
quentes ; les matières rendues, composées d’abord de substances nouvel¬ 
lement ingérées, se montrent bientôt fluides, blanchâtres, floconneuses ; 
crampes violentes aux extrémités supérieures et inférieures, refroidisse¬ 
ment du corps, matité du ventre, suppression d’urines, la peau des 
extrémités, et des pieds surtout, pâle, humide et ridée; langue molle, 
humide et froide; expression spéciale des traits, décomposition de la 
-face, visage hippocratique, respiration à peine sensible, affaiblisse¬ 
ment et disparition du pouls. 

Quant à ce qui concerne le traitement, on peut dire qu’en général, 
dans la première période de la maladie, celle qui est caractérisée parle 
refroidissement de la surface du corps et parla concentration de la vie à 
l’intérieur, on doit conseiller les frictions, soit sèches, soit composées; 
le rayonnement du calorique à l’extérieur par tous les moyens disponi¬ 
bles , les bains de vapeur, les divers excitans de la peau, les ventouses, 
les sinapismes, les vésicatoires, etc. 

C’est aussi pour ranimer la circulation à la circonférence que, chez 
les individus jeunes et fortement constitués, on a heureusement employé 
la saignée dès l’imminence et le plus près possible de la période d’inva¬ 
sion de la maladie. 

Dans cette même période on placera avec avantage, à titre de moyens 
internes, les toniques diffusibles que la tolérance de l’estomac pourra 
permettre; les huiles aromatiques combinées et unies au laudanum; 
l’étlier, l’ammoniaque, la poudre de S. James, celle de Dower. 





L’altération spéciale des muqueuses gastro-intestinales a été combat¬ 
tue parle calomel, la rhubarbe, l’aloès, la magnésie, en les isolant, 
en les combinant, en les donnant suivant les indications fournies par les 
individualités. 

A la période nerveuse, à la tendance typhoïde et meme aux muta¬ 
tions , aux transformations du choiera en typhus, on a opposé le quin¬ 
quina, le musc, la valériane, le bismuth, le camphre, l’c'thcr, l’es¬ 
sence de menthe, l’huile de cajeput et la série des moyens à l’aide des¬ 
quels on traite les typhus en général. 

Dans le but d’attaquer isolement les divers symptômes dominans de 
la maladie, on a donné : 

Contre les vomissemens, les boissons froides, la glace, la potion de 
Rivière, l’opium. 

Contre la fréquence des selles, les injections de laudanum dans le 
rectum, les frictions aromatiques sur l’abdomen. 

Contre les douleurs et les contractures des muscles, les frictions avec 
l’huile de térébenthine, l’huile de cajeput; et ces moyens ont paru d’au¬ 
tant plus efficaces qu’ils tendaient à la fois et à réchauffer, ranimer les 
surfaces refroidies de la peau, et à remédier à l’altération de l’innerva¬ 
tion si remarquable dans cette maladie. 

Du reste, pour la description aussi bien que pour le traitement de la 
maladie, l’Académie a cru devoir se refuser à de plus amples détails ; 
elle renvoie le lecteur à ce qu’elle a publié sur ce sujet dans son rap¬ 
port. 

Elle doit insister encore sur la nécessité d'employer les moyens thé¬ 
rapeutiques dès les premières approches du mal. A cet égard, les mé¬ 
decins s’entendront entre eux; ils s’entendront aussi avec l’administra¬ 
tion pour se multiplier sur tons les points, de telle sorte que les malades 
trouvent toujours facilement les secours dont ils auront besoin. 

Pour hâter eu particulier l’assistance que réclament les personnes de 
la classe peu aisée ou indigente, il y aimait tout avantage.à augmenter 
le nombre des médecins et des chirurgiens attachés aux bureaux de 
bienfaisance;’ il serait même bon que cette mesure fût mise de suite à 
exécution. 

II serait souhaitable que tous les médecins voulussent s’astreindre â 
constater exactement la nature de la maladie, à la suite de laquelle ar¬ 
rive le décès quand a lieu cette issue funeste. Ce serait le seul moyen 
de savoir dans le cours de l’épidémie le nombre réel tics victimes. 

Dans des circonstances aussi pressantes, et quand la vie des malades 
dépend de la promptitude et de l’opportunité des secours, les médecins 
se feront une religieuse obligation d’apporter à l’exercice de leur art 



( *'9 ) 

plus d’empressement encore que dans les temps ordinaires. La nuit et le 
jour, à de courtes commeàde longues distances,ilsseronttoujoursprêts. 
Il ne s’agit pas ici de disputer une à une quelques victimes à la mort, 
il faut lui dérober à la fois des populations entières. Les me'decins pui¬ 
seront de nouvelles forces dans le sentiment de la mission qui leur est 
confiée. Il faut que chacun trouve en soi-même le courage de son e’tat, 
et le courage du me'decin consiste à braver les dangers de la maladie au 
milieu des épidémies, de même que le courage du soldat lui fait affron¬ 
ter la mort au milieu des combats. 

CONSEILS AUX. CITOYENS , EN CAS DE MENACE DE LA MALADIE. 

Les devoirs de l’administration et les fonctions des me'decins, dans 
la double circonstance de la menace et de l’invasion de la maladie, 
sont, on vient de te voir, difficiles et pénibles. 

Au milieu de ces conjonctures, la première obligation pour les ci¬ 
toyens, c’est de se prêter avec empressement à seconder les adminis¬ 
trateurs et les me'decins dans la haute tâche qui leur est imposée. Il ne 
faut pas un grand effort de raison pour s’élever à cette conséquence , 
que dans des circonstances semblables le salut de la socie'té est la loi 
suprême, et que pour arriver à sauver des populations entières cha¬ 
cun doit faire le sacrifice d’une portion de son temps et de sa fortune , 
et même de sa liberté'. Ce concours de tous, si facile à exciter entre 
Français, ne manquerait pas surtout dans ces calamites, s’il en était 
besoin. 

L’expc'rience l’a prouve' plus d’une fois : dans les épidémies, lede's- 
ordre et le tumulte ajoutent à tous les dangers. La maladie gagne un 
plus grand nombre d’individus ; les symptômes acquièrent plus de 
gravite’; les secours sont plus difficiles et moins efficaces, et la morta¬ 
lité' prend un funeste accroissement. Que les citoyens s’associent donc 
aux autorités administratives pour éviter ces désastres, ajoutés à tant 
d’autres désastres. En tout temps l’ordre public et la tranquillité gé¬ 
nérale sont une condition nécessaire de la prospérité et du bonheur; 
en temps d’épidc'mie, l’ordre et la tranquillité sont des moyens effi¬ 
caces de préservation et de salut. 

CONSEILS AUX CITOYENS , EN CAS D’iNVASION DE LA MALADIE. 

Tant que nous serons sous l’empire de simples menaces, il ne faudra 
guère, en France , où règne en général une bonne hygiène, il ne fau¬ 
dra guère s’écarter de la vie ordinaire. Il y aura même tout avantage 
à ne rien changer aux habitudes générales, du moins pour les per- 
* i5. 



( MO ) 

sonnes qui sc trouvent en santé' parfaite, et qui ont coutume de vivre 
d’une manière régulière et saine. 

Mais si la maladie venait à éclater, une propreté' plus soigneuse, 
plus recherdic'e que de coutume dans son intérieur, se présenterait na¬ 
turellement comme un des premiers besoins de cette époque. 

L’habitude non interrompue des frictions sèches ou aromatiques, 
l’usage des bains légèrement excitans, un exercice suffisant, niais sans 
grande fatigue, tous moyens capables d’entretenir dans un degré con¬ 
venable les fonctions de la peau, seront d’une grande utilité. 

Il faudrait surtout éviter soigneusement les suppressions de trans¬ 
piration, les refroidissemens, l’exposition à l’humidité, à la pluie, aux 
intempéries de l’àir et plus particulièrement à celles que la nuit amène. 
Que le corps et spécialement les reins, le bas-ventre et les flancs soient 
très-habituellement converts de flanelle, portée immédiatement sur la 
peau ; que les pieds soient par tous les moyens nécessaires garantis du 
froid et de l’humidité : le froid et l’humidité des pieds sont une des 
causes les plus fréquentes du dérangement des fonctions intestinales. 

On s’attachera également à maintenir dans une disposition favorable 
les fonctions digestives. Il faudra trouver dans la nature des aliraens , 
et peut-être aussi dans le choix de quelques substances médicamen¬ 
teuses accessoires, de légers toniques , descxcitans diffusibles à des de¬ 
grés proportionnés aux besoins des diverses complcxions individuelles. 
Une nourriture presque toute animale aura, à titre de préservatif, un 
effet salutaire. Le bœuf et le mouton, le gibier, les œufs, le pain de 
froment, des légumes frais en petite quantité et l’eau rougie , voilà les 
bases générales de toute alimentation salubre. Il faudra éviter les viandes 
non faites, les viandes fumées, les salaisons, le poisson peu frais , la 
pâtisserie forte, les légumes aqueux , les fruits mal mûrs , les crudités. 

De toutes les boissons l’eau rougie est la plus convenable ; mieux 
vaudrait encore le vin étendu dans trois quarts d’eau gazeuse de Bus- 
sang , de Saint-Pardoux, de Saint-Goudon, de Seltz; de légères infu¬ 
sions froides de houblon, de mélisse, de verveine odorante, pour¬ 
ront remplacer l’eau gazeuse. 

Sur toutes choses, il faudra éviter les boissons spiritueuscs et tous 
les excès delà table. Une indigestion, même légère, durant le règne 
du choléra, produit la maladie presque à coup sûr. On l’a observé dans 
divers pays. 

L’abus du vin, de l’cau-dc-vie et des liqueurs spiritucuses cause 
presque inévitablement le choléra. On ne saurait trop le répéter aux 
personnes qui sc livrent quelquefois à ces excès. 

On l’a observé dans les divers pays où cette maladie a régné, tous 



( 221 ) 

les individus places dans la sphère d’activilé qui leur est propre ont eu 
la constitution modifiée de telle sorte qu’il en résultait constamment 
une diminution plus ou moins notable des fonctions cutanées et des 
fonctions digestives. Il sera donc essentiel, en cas de menace, d’aller 
au-devant de cette impression générale, et d’en prévenir le dévelop¬ 
pement. 

Toutes les personnes vivant dans la sphère d’activité du foyer épi¬ 
démique qui échappent au choléra éprouvent cependant, quoiqu’à des 
degrés différées, la fâcheuse influence de l’épidc'mie. Cette influence se 
trahit sur les populations envahies par un malaise général, par des ver¬ 
tiges frequens, par des défaillances poussées jusqu’à la syncope, par 
des maux d’estomac, par la constipation, par des borborygmes, par 
des anorexies, par des inappétences, par une diarrhée légère, en un 
mot, par un trouble universel des fonctions intestinales. Celte influence, 
poussée à un plus haut degré , se trahit aussi par ces lassitudes spon¬ 
tanées, cet anéantissement de forces musculaires qui signalent si fré¬ 
quemment l’imminence des maladies graves, de celles surtout qui ap¬ 
partiennent aux fièvres nerveuses plutôt qu’aux maladies inflamma¬ 
toires. 

Dans une telle modification de la santé publique, les individus pris 
d’indisposition , même légère, se hâteront de réclamer les conseils d’un 
homme de l’art. En médecine comme en morale, il est plus aisé de 
prévenir le mal que de le réparer, et, dans cette circonstance , les se¬ 
cours de la médecine sont particulièrement efficaces contre cet état, qui 
n’est plus la santé et qui n’est pas encore la maladie. 

Aussitôt que l’on se sent atteint des premiers symptômes de la ma¬ 
ladie , et en attendant l’arrivée du médecin, il faudra de suite chercher 
à ranimer l’action vitale affaiblie, à réchauffer les surfaces refroidies 
du corps par tous les moyens possibles ; des bains aromatiques ou 
même spiritueux, avec la précaution de bien sécher et de bien réchauf¬ 
fer le corps après le bain; le rayonnement du calorique sur les diffé¬ 
rentes parties de la peau, en faisant promener, par exemple, sur ces 
surfaces, un fer à repasser suffisamment échauffé ; des sinapismes ré¬ 
pétés en assez grand nombre, et bien d’autres moyens analogues , rem¬ 
pliront ce premier but. 

, A l’intérieur on pourra prendre quelques gouttes d’éther sur du 
sucre, un mélange de deux gouttes d’essence de menthe et d’une goutte 
de teinture de Rousseau dans une cuillerée d’eau sucrée, quatre à cinq 
gouttes d’huile de cajcput dans une demi-cuillerée d’eau de menthe, 
nue cuillerée de sirop d’éther, quelques gorgées de limonade rafraîchie 
ou même des morceaux de glace dans la bouche, pour calmer les vo- 



( 222 ) 

missemcns ; tous ces moyens donneront le temps d’attendre et d’cxé- 
cutcr les prescriptions spéciales des hommes de l’art. 

Des frictions avec l’alcool et l’essence de térébenthine, avecl’huilcde 
cajcput, avec l’esprit-de-vin camphré, remédieront momentanément 
aux douleurs des membres. 

Ce que nous avons dit d’ailleurs du traitement de cette maladie, 
soit dans le rapport, soit dans l’instruction, pourra servir de guide aux 
personnes assez intelligentes pour savoir en profiter. 

Que les individus qui ne sont pas assez sainement logés pour un tel 
état de maladie, ou qui ne seraient pas certains de trouver chez eux les 
secours nécessaires, se hâtent de se rendre dans les c'tahlissemens que 
l’administration aura fait disposer. On en a fait le calcul en Russie ; 
entre les individus de celte classe peu aisée, traités à domicile, et ceux 
de cette même classe traités dans les établissemens salubres préparés 
pour cela, l’avantage a été immense du côté de ces derniers ; la mala¬ 
die durait moins long-temps, les douleurs étaient moins vives, les 
accidcns moins intenses et les guérisons plus nombreuses et plus 
promptes. Pour la guérison de cette maladie il faut souvent des bains 
simples ou composés, des bains de vapeurs aromatiques, et de tels se¬ 
cours ne se trouvent pas aisément dans les maisons particulières. 

Le choléra épidémique n’attaque pas tous les individus sans excep¬ 
tion qui se trouvent placés sous son influence ; il faut, pour en être at¬ 
teint , une disposition particulière du corps , une aptitude déterminée 
à le contracter. C’est cette disposition, cette aptitude, que donnent émi¬ 
nemment la frayeur, la malpropreté, les excès de table ou de tout 
autre genre, l’abus du vin, de l’eau-de-vie et des liqueurs, le refroidis¬ 
sement et l’humidité ; et c’est ainsi qu’en évitant ces causes générales 
d’insalubrité on se garantit du choléra. Cette prédisposition spéciale, 
cette susceptibilité en dehors des circonstances que nous venons d’énu¬ 
mérer, manque chez un très-grand nombre d’individus; elle manque 
chaque jour davantage, à mesure que l’épidémie se porte sur des po¬ 
pulations plus éclairées, plus aisées et plus propres. 

Chaque jour on lit dans les journaux politiques de nouvelles an¬ 
nonces de préservatifs du choléra et de spécifiques contre cette mala¬ 
die. Le public doit se tenir en garde contre ces fastueuses promesses 
de préservation et de guérison. Leur moindre inconvénient serait de 
donner une fausse sécurité , et de distraire l’attention des secours réel¬ 
lement utiles. Si l’expérience faisait connaître un remède plus généra¬ 
lement efficace que ceux que nous connaissons déjà , si elle signalait 
quelque préservatif assuré, l’Académie aurait grande hâte d’en préve¬ 
nir officiellement le public. 



( 223 ) 

A titre de préservatif, nous conseillerons, en outre de tout ce que 
nous avons déjà dit sur la propreté, de se laver fréquemment les mains 
avec une solution affaiblie de chlorure de chaux, une partie de chlo¬ 
rure sur cent parties d’eau : on peut employer également tous les chlo 
rares désinfcctans, des fumigations fréquentes ou même continues par 
les vapeurs de chlore, à l’aide des divers appareils répandus dans le 
commerce, ou même sans ces appareils, en dégageant directement le 
chlore des chlorures par le vinaigre. 

C’est cependant avec mesure, c’est avec intelligence qu’il faut user 
des chlorures. On pourrait, en les prodiguant, donner naissance à des 
surexcitations nuisibles. 

Après l’cpidémie cessée, que l’on se garde bien de suspendre entiè 
renient les mesures préventives. Des faits en grand nombre attestent 
que la maladie s’est reproduite dans le même lieu , quelquefois même 
avec plus d’intensité et plus de gravité que lors de la première invasion. 
Il faut aussi soumettre à une convalescence plus ou moins longue et à 
un régime plus ou moins sévère les pays qui viennent de subir le cho¬ 
léra. La durée de toutes les autres conditions de cette convalescence 
des lieux, s’il est permis de s’exprimer ainsi, devra être réglée par 
les gens de l’art, qui eux-mêmes prendront conseil des circonstances 
dépendantes actuellement de l’épidémie. 

De grands nettoyages exécutés dans l’intérieur des maisons et des 
appartemens depuis l’épidémie, des lavages à grande eau sur les murs 
avec l’eau de chaux, le .lessivage des rideaux, la sérc'nation des meu¬ 
bles, constitueront autant de mesures dont la pratique deviendra in¬ 
contestablement utile. 

Souvent, après l’épidémie, chez les individus qui en ont été atteints, 
et quelquefois aussi sur ceux qui n’ont eu à subir que la simple in¬ 
fluence épidémique, dont nous avons parlé ailleurs, on remarque un 
affaiblissement, une altération considérables des fonctions gastro- 
intestinales, de notables dérangemens dans la digestion; la diarrhée, la 
dyssenterie, une constipation opiniâtré, viennent attester les grands ra¬ 
vages exercés dans l’cconomie par le choléra épidémique. De telles dis¬ 
positions de santé appellent de grands soins. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 

Ilicine. Sa préparation. Depuis la publication de l’article où 
nous faisions connaître, dans notre second numéro, le vertu fébrifuge 
des feuilles de houx et leur mode d’administration, M. le docteur Rous- 



( 224 ) 

seau a recueilli et publié un grand nombre de faits pour établir la pro¬ 
priété de ce médicament. Il résulte des expériences nombreuses, faites 
à l’hôpital de la marine de Rochefort, par MM. Constantin Lepre'dour 
et Triand; à l’Hôtel-Dieu de Paris, par M. Magendie; à la Pitié, par 
M. Louis, et dans la pratique civile, par MM. les docteurs Rousseau, 
Serrurier, Peronaux , Arbey, Collineau, Montcourricr et Delormel, 
que la poudre de feuilles de houx doit être considérée comme un hon 
succédané du quinquina, dans le traitement des fièvres intermittentes. 
Quatre-vingts observations de succès sont consignées dans l’ouvrage que 
publie M. Rousseau : 31 fièvres intermittentes quotidiennes, 24 tierces, 5 
doubles tierces, 19 quartes, 1 double quarte ont cédé à l’administration 
de la poudre de houx, d’après le mode que nous avons indiqué. 

Si la poudre de houx a eu des résultats si avantageux, l’ilicine, prin¬ 
cipe actif de ces feuilles, sera employée avec plus de bonheur encore. 
Plusieurs médecins ont déjà guéri avec l’ilicine des fièvres intermitten¬ 
tes rebelles; en attendant que nous publiions leurs observations, nous 
allons faire connaître la préparation de ce médicament. C’est surtout 
dans les campagnes que l’ilicine nous semble destinée à rendre d’impor- 
tans services, à cause de la facilité que les pratricicns auront à se la pro¬ 
curer en aussi grande quantité qu’elle pourra leur être necessaire, et à 
un prix bien inférieur, pour les malades, à celui des sulfates de quinine 
et de cinchonine. 

Déjà un do nos premiers chimistes, M. Lassaigne, avait analysé les 
feuilles de houx, et y avait trouvé de la cire et de la chlorophylle, une 
matière amère, neutre, incristallisable, indécomposable par les acides et 
les alcalis, de'composable par l’alcool ; une matière colorante jaune, de 
la gomme, de i’acc'tatc et du muriate de potasse, du muriatc, du malatc 
acide, du sulfate et du phosphate de chaux, enfin du ligneux, lorsque 
M. Deleschamps, pharmacien, élève ctsuccesseur de notre savant colla¬ 
borateur', M. Chevallier, a cherché à obtenir le principe amer dégagé 
de toute autre combinaison ; ses essais ont été couronnés d’un plein 
succès. Voici les trois procédés différons qu’il emploie pour parvenir à 
ce résultat. 

Premier procédé. Deux livres de feuilles de houx, préalablement 
séchées et réduites en poudre grossière, sont soumises, par M. Déles- 
champs, pendant deux heures, à une forte ébullition , dans 10 livres* 
d’eau, au moyen de la marmite de Papin, afin d’augmenter l’intensité 
de la chaleur et faciliter par conséquent la dissolution du principe amer; 
après avoir ôté le liquide, les feuilles sont traitées une seconde fois de 
la même manière avec 10 nouvelles livres d’eau, elles sont alors 
complètement privées de saveur. Les liquides résultant des deux 



( 225 ) 

décoctions, réunis et filtres au travers d’une étamine de laine, sont 
évaporés aux trois quarts, puis précipités par le sous-acétate de plomb 
liquide, jusqu’à ce qu’il y ait un léger excès de sel. Après cette ad¬ 
dition, la liqueur à un aspect visqueux et épais; mais mélangée et 
brassée fortement avec un soluté aqueux de deux onces de sous-car¬ 
bonate de potasse, elle reprend un peu de limpidité : cette addition 
ne détruit pas seulement la viscosité du liquide, elle précipite en¬ 
core l’excès d’acétate de plomb qu’il contient. Après avoir filtré et 
lavé le filtre à l’eau distillée, on ajoute une demi-once d’acide sulfuri¬ 
que étendu d’eau, qui forme aussitôt un nouveau précipité blanc ; la li¬ 
queur, devenue acide, est saturée par du carbonate de chaux, filtrée et 
évaporée jusqu’à consistance d’extrait. Ce produit possède toute la sa¬ 
veur amère de feuilles de houx; traité par l’alcool à 40", et la por¬ 
tion claire décantée et évaporée , il donne une matière d’une couleur 
brune peu foncée, attirant l’humidité de l’air avec la plus grande 
promptitude : celte matière est étendue sur des assiettes, séchée à 
l’étuve, puis enlevée en petites paillettes luisantes, qui sont enfermées 
dans un flacon bouché à l’émeri : c’est l’ilicinc. La portion non dissoute 
par l’alcool à 4o° est reprise par une autre quantité d’alcool à 36° et 
laissée en contact avec lui, pendant une demi-heure, à une température 
de 3o° centigrades au-dessus de o ; on filtre et l’on évapore comme la 
première fois, et l’on obtient un produit ne différant de l’autre que 
par une couleur d’un jaune plus foncé. 

Il est avantageux d’employer les cornues pour faire les évaporations 
des liquides alcooliques : de cette manière on retire la plus grande par¬ 
tie de l’alcool employé. 

Par le second procédé, le produit des décoctions, réduit par éva¬ 
poration à consistance d’extrait, est mis en contact avec de l’alcool à 
36°, qui est renouvelé jusqu’au moment où il cesse de se charger de 
quelques principes solubles. Après avoir réuni les diverses liqueurs al¬ 
cooliques, on les évapore dans une cornue de verre, munie d’une al¬ 
longe et d’un ballon tabulé; puis le résidu, amené à siccité, est soumis 
pendant une demi-heure à l’action de l’eau à la température de —J-4°" 
centigrades; on filtre, on précipite par Je sous-acétate de plomb, dont 
ou sature l’excès au moyen d’un courant de gaz acide hydro-sulfurique; 
on réitère la filtration, et, par l’évaporation dans une capsule de 
porcelaine, on obtient un extrait qui, traité par l’alcool, à la chaleur 
de —(- 36° centigrades, est ensuite desséché comme il a été dit plus 
haut. 

Celle seconde manière d’opérer est plus dispendieuse que la précé¬ 
dente , à cause de la perte d’alcool qu’on ne peut éviter pendant les 




( 226 ) 

évaporations successives; elle fournit en outre une quantité moindre de 
produit. 

Le troisième et dernier -procédé est plus cxpe'ditif que les denx 
autres ; il consiste à faire, avec les feuilles de houx, un extrait alcooli¬ 
que qu’on dissout dans l’eau et qu’on traite ensuite par le sous-acétate 
de plomb, l’alcidc sulfurique, le carbonate de chaux; on traite ensuite 
par l’alcool le produit filtre' et évaporé; ondistille et l’on fait dessécher 
le résidu sur des assiettes, comme dans les deux premiers proce'de's. 

L’ilicine, obtenue par l’un ou l’autre de ces trois moyens, est d’une 
couleur brune assez foncée ; elle absorbe l’humiditc' avec une extrême 
rapidité’, ce qui la rend probablement incristallisable; chauffée’dans un 
creuset de platine, elle donne du charbon et décèle la pre'sence d’un al¬ 
cali ramenant au bleu le papier de tournesol rougi par un acide; cet 
alcali provient d’un sel à base de potasse; mise en contact avec les dif- 
fé'rens reacifs, elle piesente les caractères suivans : elle n’est point de- 
composée par les acides, si ce n’est à une température un peu élevée; 
dans ce dernier cas elle prend un aspect noirâtre et dégage une odeur 
d’empyrcumc. Les alcalis n’exercent sur elle aucune action. Le chlore 
ne change ni sa couleur ni ses propriétés chimiques et médicales. Le 
nitrate d’argent, l’hydro-chlorate de platine, l’acétate de plomb , les 
oxalates de potasse et d’ammoniaque ne la précipitent point. Insoluble 
dans l’éther, elle se dissout dans l’alcool à 40°, dans celui à 36 ° et 
même dans l’eau chaude; et ici il est nécessaire de dire que c’est le 
seul point où M. Déleschamps se trouve en opposition avec M. Lassai- 
gne : en effet, celui-ci avait cru remarquer que le principe amer, 
neutre des feuilles de houx, était décomposé par l’alcool, tandis que 
celui-là a observé qu’il était seulement dissout, sans éprouver aucun 
changement dans sa nature intime. 

Sous le rapport pharmaceutique, M. Déleschamps a établi les résu¬ 
més suivans : 

2 livres de feuilles fraîches de houx perdent, par la dessication, 

1 livre 4 onces. 

2 livres de feuilles fraîches de houx donnent, en extrait sec, 3 onces 
3 gros 48 grains. 

2 livres de feuilles sèches de houx donnent, en extrait sec, 5 onces 
3 gros 24 grains. 

2 livres de feuilles sèches de houx donnent, en ilicinc, 1 once 
7 gros 18 grains. 

— Meilleure préparation de la pâte de gomme adragant. — 
M. Mouchon fils, pharmacien à Lyon, trouvant que, quelles que fussent 



( ) 

les proportions de gomme et de sucre, l’on n’avait jamais qu’un produit 
défectueux, propose, pour donner du corps et de la compacité'à la pâte 
de gomme adragant, de joindre de la colle de poisson à sa préparation ; 
après quelques tâlonnemens, il s’est arrête' à la formule suivante : 


■}f. Gomme adragant bien blanche et bien pure.. G4 parties. 
Colle de poisson bien pure ou ge'latine d’os de 

seiche.... , gg 

Eau de fontaine.3,ooo 

Sirop de sucre à 35°. 2,000 

Eau de fleurs d’oranger.’ 128 


Placczpendantquarante-huitheures, avec25oopartied’eau, la gomme 
adragant dans un vase d’e'tain ; faites dissoudre la colle de poisson dans 
les 5oo parties d’eau restantes, à l’aide d’une chaleur ménagée, et passez- 
la à travers un linge serré, ainsi que l’eau mucilagir.euse de gomme 
adragant. Le sirop étant cuit à 35° et bouillant, mélangez le tout et 
faites réduire en remuant sans cesse, jusqu’à consistance de pâte molle. 
Après avoir retiré du feu, placez le produit et l’eau de fleurs d’oranger 
dans un bain-marie d’étain bien évasé, jusqu’à ce que la pâte ait at¬ 
teint le degré de cuisson convenable. Coulez alors dans des moules de 
fer-blancrecouvertsd’unelégèrecouchede mercure ou de beurrede cacao. 

— Nouvelle matière charbonneuse pour décolorer les sirops. — 
La propriété décolorante du charbon animal est on ne peut pas plus 
précieuse 5 mais la cherté de ce produit fait qu’on lui avait préféré dans 
les raffineries de sucre le charbon minéral du schiste bituraeux de Me- 
met, quoique celui-ci ait les graves inconve'nicns de ne pouvoir ni satu¬ 
rer l’excès de chaux qui reste dans le sirop de sucre ou le jus déféqué 
de betterave, ni l’excès d’acide qui peut se développer par la fermen¬ 
tation dans le sucre brut et qui reste dans les sirops lorsqu’on n’a pas 
employé la chaux dans leur traitements Pour obvier à ces désavantages 
majeurs, MM. Payen, Pluvinet et quelques autres chimistes, ont eu 
l’heureuse idée de mêler au charbon de schiste trente centièmes de char¬ 
bon animal; ils ont également reconnu avantageux de joindre trois cen¬ 
tièmes de carbonate de chaux au schiste avant de le charbonncr. 

Le charbon , préparé par ce procédé , décolore très-insensiblement 
plus que le schiste calciné seul et broyé sans addition; de plus il enlève 
complètement la chaux en solution , et en raison du charbon animal et 
de la craie qui y sont unis, il est capable de saturer les acides qui peu¬ 
vent se rencontrer dans les sirops. 

La substance charbonneuse, ainsi composée , jouit d’une propriété 
décolorante plus énergique que le charbon de schiste. 







( 228 ) 

—Huile de cajeput. —M. Caventou ayant avance . à la dernière 
séance de l’academie, que la pre'sence du cuivre dans l’huile de ca¬ 
jeput n’c'tait pas constate'e, et ayant manifeste' l’opinion que la couleur 
verte de cette huile tenait le plus souvent à une matière colorante, 
comme la chlorophylle, M. Guibourt a rèpe'tè ses expériences sur un 
grand nombre de nouveaux échantillons, et toujours il a reconnu la pré¬ 
sence du cuivre en quantité' plus ou moins minime. 

M. Guibourt nous invite à faire connaître ces nouveaux résultats, et 
nous prie de faire les rectifications suivantes à quelques-uns des chif¬ 
fres de l’article qu’il a insc're' dans le dernier numéro du Bulletin de 
Thérapeutique : 

Page 191, ligne 19, au lieu de o grammes, g58, lisez o grammes, 
0958. 

Ibid. ( au tableau ), au lieu de 5 /, 4 de grain par once , lisez s /3 a . 

- au lieu de ■/„ de grain par gros, lisez J /s,. 

- au lieu de */$ de grain par once, lisez ‘/g. 

- au lieu de '/i, de grain par gros, lisez '/g4. 

Page 194 , ligne 7 , au lieu de */ aa de grain par gros , lisez */s,. 

Pareillement M. Guibourt fait l’observation que le caractère annoncé 
de la non-saponification de l’huile de cajeput, par l’ammoniaque, et 
de l’entière et parfaite séparation des deux liquides, après leur agita¬ 
tion , n’est pas constant et varie avec l’ancienneté de l’huile et avec 
l’abaissement de température. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 

Cyanure de potassium à l’extérieur. — Ce nouveau médicament 
est employé dans les hôpitaux avec un succès incontestable. Des névral¬ 
gies faciales très-intenses, des migraines, des céphalalgies rebelles ont été 
guéries, sous nos yeux en peu de jours parla simple application sur le 
point douloureux de compresses imbibées d’une solution de ce sel, dans 
la proportion de quatre grains par once d’eau distillée. 

Un cuisinier affecté, depuis quatre mois, d’un tic douloureux dont 
les accès se répétaient plusieurs fois dans une minute, a été guéri 
en huit jours, à la Charité, dans le service de M. Rullier, parce 
moyen. Rentré une semaine après sa sortie de l’hôpital, avec une réci¬ 
dive de scs douleurs, le même traitement en a triomphé encore. Au¬ 
jourd’hui le malade éprouve quelques ressentimens de scs souffrances , 
mais il n’a plus ces accès effroyables et presque convulsifs qu’il avait 



( 229 ) 

avant le traitement et dont les mots ne pourraient peindre l’intensitc. 

Un autre malade atteint de tic douloureux est soumis en ce moment, 
à l’Hôtel-Dieu, par MM. Re'camier et Trousseau, aux applications de 
cyanure de potassium. La maladie , chez celui-ci, est beaucoup plus 
ancienne : elle date de quinze ans. Tous les trailcmens ont été essayés 
sans succès, même la section du nerf sus-maxillaire ; le malade porte à 
la joue droite une cicatrice d’un pouce de long, trace de la tentative in¬ 
fructueuse qui a été faite pour le guérir. Depuis dix jours que les appli¬ 
cations du médicament ont lieu, il éprouve une grande amélioration ; 
ses accès sont moitié moins nombreux , leur durée et leur intensité sont 
également beaucoup moindres. Nous ferons connaître le résultat définitif 
de celte médication chez ce malade. 

Un succès plus décisif a été obtenu par M. Trousseau, dans le même 
hôpital, dans les cas de migraines et de céphalalgies opiniâtres; toutes 
celles qu’il a eues a traiter ont cédé en peu de jours à l’emploi de ce 
moyen. Nous publierons les faits les plus remarquables recueillis par 
ce médecin. 

— Cyanure de potassium, à l’intérieur. — M. Lombard avait dit 
qu’il était impossible de mettre le cyanure de potassium en contact avec 
les membranes muqueuses sans exposer les jours des malades , à cause 
de l’énergie de ce médicament et de la promptitude de l’absorption par 
cette voie : c’est une erreur qu’il est important de détruire. Le malade 
atteint de névralgie faciale applique, à l’Hôtel-Dieu, sur scs paupières, 
des compresses trempées dans une solution de douze grains de cyanure 
par once d’eau, et il n’éprouve qu’un peu de chaleur au globe de l’œil; 
mais aucun accident n’est la suite de cette application. D’ailleurs une 
preuve plus concluante de l’exagération des craintes de M. Lombard 
peut être donnée : plusieurs malades des salles deM. Andral, à la Pitié, 
ont déjà pris, plusieurs jours de suite, i et i grains de cyanure de po¬ 
tassium à l’intérieur, sans avoir éprouvé d’autre effet que celui qui ré¬ 
sulterait de l’administration de quelques gouttes d’acide hydro-cyaniquc 
médicale. M. Andral emploie ce sel comme succédané de cet acide, 
dans les affections nerveuses et les palpitations; le n" i de la salle Saint- 
Michel , affecté d’une maladie du cœur, en prend jusqu’à 4 grains par 
jour. Il est bon de dire cependant que ce dernier malade prenait vingt- 
quatre gouttes d’acide hydro-cyanique avant de commencer le cyanure 
de potassium. 

— Iodure de fer. — Un des phénomènes les plus saillans que l’on 
observe chez les phthisiques est l’imperfection de l’hématose; c’est 
dans le but de modifier les qualités du sang chez ces malades, et de 
lui imprimer une vitalité plus énergique, que M. Andral leur adrai- 



( 230 ) 

nistrc i’iodurc (le fer à l'intérieur. Depuis peu de jours, il en a com¬ 
mencé l’usage : il a débuté par 2 et 4 grains par jour, et en a élevé 
rapidement la dose jusqu’à i5 et 20 grains. Un jeune homme de vingt- 
un ans, couché dans scs salles, en prend 25 grains dans les vingt-quatre 
heures. Nous constaterons les effets de ce nouveau médicament 

— Coton écru dans les brûlures -M. le docteur Gazenavc vient 

de guérir, par le coton écru, un jeune enfant de quatre ans, brûlé pro¬ 
fondément de toutes la partie droite du corps. Appelé au moment où 
cet enfant venait de se renverser sur lui une grande jatte de café au 
lait bouillant, notre confrère fut effrayé de l’étendue de la plaie, qui 
occupait le bras, le tronc et l’extrémité inférieure ; il crut la mort de 
l’enfant trcs-probable, et c’est sans en attendre aucun succès qu’il tenta 
l’application du coton écru ; il en recouvrit toute la surface de la 
lésion, et se contenta, les jours suivans, pour tout pansement, de 
mettre de nouvelles couches de coton au-dessus de celles qui s’étaient 
imbibées de suppuration. Du dixième au douzième jour, la plus grande 
partie de la croûte formée par le coton étant tombée, l’on trouva la 
presque totalité de la plaie parfaitement cicatrisée. Un petit espace qui 
avait été plus profondément brûlé , à la partie latérale du tronc, sup¬ 
purait encore et présentait des bourgeons charnus : l’application du 
coton fut continuée, et la guérison était complète peu de jours après. 
M. Tavernier a également donné des soins , il y a peu de temps, à. un 
homme ayant trois brûlures profondes, qu’il a traitées , à la fois, par 
trois moyens diffe'rens; il fera connaître , dans un prochain numéro, la 
marche comparative de la guérison dans ces trois differentes plaies. 

Occlusion des narines. — Un enfant avait les narines oblitérées 
par suite de la variole; M. Dupnytren, après avoir rétabli les on- 
vertnres avec le bistouri, les a maintenues écartées au moyen de deux 
petites canules en ivoire, coniques, présentant un petit bourrelet à la 
base, fixées l’une à l’autre au-dessous de la cloison du nez et rete¬ 
nues en place au moyens de deux fils attachés, d’une part, au bord ex¬ 
terne du bourrelet, et ramenés, de l’autre, au synciput, où il les a fixés 
au bonnet du malade. Ces petits cônes ont resté en place jusqu’à cica¬ 
trisation complète. 


VARIÉTÉS. 


— Choléra-morbus de Bussie. — Une lettre écrite de Saint-Péters¬ 
bourg à 1 Académie de Médecine, par un membre de la Commission 
médicale, apprend que le choléra y a perdu de son intensité. La maladie 



. ( * 3 . ) 

paraît différer considérablement du choléra des auteurs : elle est pré¬ 
cédée de céphalalgie, de frissons, de soif, de nausées, et surtout d’un 
sentiment inexprimable de terreur et d’angoisse, à la suite duquel il 
semble y avoir hémostase. Le pouls, contracté et serré, mourant, 
fréquent, annonce la débilité de l’organe central de la circulation, et 
peut-être même, ce que l’on observe lors de l’autopsie des cadavres, un 
épaississement plastique du sang dans ses vaisseaux. 

C’est alors que des vomissemens répétés coup sur coup, que des dé¬ 
jections alvincs non moins fréquentes, diarrhéiques, se manifestent avec 
chaleur et tension de l’abdomen , douleurs atroces dans l’estomac et dans 
les intestins. Voilà, du moins, ce qui a lieu le plus habituellement, 
car souvent les évacuations , tant par haut que par bas, sont nulles. 
En même temps, il y a prostration absolue des forces, avec éréthisme 
anormal du système nerveux, froid glacial de la langue, qui semble 
appartenir à un cadavre; et des extrémités des membres, qui sont 
toutes noires et violemment contractées. Les veines sous-cutanées' sont 
aplaties, la face est profondément altérée, les yeux sont égarés et in¬ 
certains, repoussés dans le fond de l’orbite; les paupières, surtout 
l’inférieure, sont dérpimées. Cet état dure peu de jours, et parfois seu¬ 
lement quelques heures. Si la maladie persiste, alors changement de 
scène : cessation des vomissemens et de la diarrhée, flaccidité, relâche¬ 
ment , impuissance d’action du système musculaire, extrême petitesse et 
même évanouissement complet du pouls, ensemble de symptômes ataxi¬ 
ques , congestion cérébrale, assoupissement. On croirait observer un cas 
de typhus ordinaire des camps. 

Les décès et les guérisons sont à peu près en égale proportion. Du 
reste, une terminaison funeste est presque toujours la conséquence du 
retard dans les secours administrés au patient. 

Quant à la contagion ou à la non-contagion, on ne sait encore que dé¬ 
cider. 

— Choléra-morbas de Pologne. — M. Chamberet, médecin de 
l’hôpital militaire de Lille, et membre de la commission envoyée par 
le ministre de la guerre à Varsovie pour étudier le choléra-morbus, a 
communiqué à l’Académie de médecine quelques-unes des observations 
qu’il a faites durant sa mission. U résulte de cette communication, que 
le choléra-morbus de Pologne doit être regardé comme identique avec 
le clioléra-raorbus de l’Inde, par sa nature, ses symptômes et sa termi¬ 
naison promptement funeste; que les traitemens divers n’ont pas d’in¬ 
fluence marquée sur l’issue de la maladie, et que la mortalité a été à peu 
près égale (5o pour i oo), qu’on ait été traité ou non ; enfin, que le cho¬ 
léra-morbus de Pologne n’est pas contagieux, ce que prouvent toutes les 



( a3» )' 

expériences faites à Varsovie et l’innocuité de la maladie pour tous les 
médecins qui passaient leurs journées entières auprès des lits des ma¬ 
lades ou à faire des autopsies : aucun d’eux n’a eu le choléra. 

— Ehinoplastique. —M. Dupuytrcn, en rendant compte à l’A¬ 
cadémie des Sciences, dans sa séance du 10 octobre, d’un ouvrage de 
M. Dicflemback, sur la rhinoplastique, a parlé avec éloge du procédé 
de chirurgie, qui consiste, après avoir enlevé le lambeau du milieu du 
front, à faire, de chaque côté, une nouvelle incision & la peau, pour 
donner à celle-ci une plus facile extension vers le point où on lui a fait 
subir une déperdition de substance. 

Ce procédé est ingénieux; mais il appartient à M. Delpech, qui l’a 
appliqué, il y a cinq ans, à la réparation de la lèvre inférieure. Quant 
à la rhinoplastique, le procédé opératoire que nous avons vu suivre à 
l’habile professeur de Montpellier est mille fois préférable à celui que 
propose M. Dieffcmback. Au lieu de détacher un lambeau ayant la forme 
d’un trèfle, Rl. Delpech prolonge les incisions à droite, à gauche et au 
milieu, jusqu’à ce qu’elles se rencontrent à angle aigu, et obtient une 
déperdition de substance ayant la forme d’un trident. Cette disposition 
est extrêmement favorable pour la réunion des tégumens, que des points 
de suture viennent assujétir l’un vers l’autre. Il est difficile de mettre 
plus de perfection que M. Delpech dans la rhinoplastique. L’espace nous 
manque pourplus de détailsjnous reviendrons sur ce sujets’il en est besoin. 

Action délétère de l'acide prussique. — M. le docteur Dainiron 
a communiqué au Journal de Chimie médicale l’observation suivante, 
qui prouve avec quelles précautions il faut manier l’acide hydro-cyaniquc. 
Un pharmacien avait, dans un flacon bouché à l’émeri, de l’acide prus- 
sique préparé depuis environ trois mois ; pensant qu’il était décomposé 
et voulant faire nétoyerlc vase, il le débouche et cherche à reconnaître 
par l’odôrat l’état de l’acide : il tombe aussitôt, et reste une demi-heure 
sans donner le moindre signe de vie. Au bout de ce temps il commence 
à respirer, sans pour cela reprendre l’usage de ses sens ; ce ne furent que 
les stimulans et principalement de fortes décoctions de café qui purent 
faire cesser ce fâcheux état : il consomma dans la journée dix-huit onces 
de cette poudre. 

Il est à regretter que les personnes qui ont donné leurs soins à ce 
pharmacien n’aient point connu la vertu précieuse qu’a le chlore de 
neutraliser les effets de l’acide hydro-cyanique; si on lui en eut fait 
respirer et qu’on lui en eût fait avaler une petite quantité, on aurait pu 
peut-être dissiper ces acoidens. 



THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


de l’anatomie pathologique dans ses rapports avec la 

THÉRAPEUTIQUE. 

L’anatomie pathologique est utile à la thérapeutique, puisqu’elle 
aide à la découverte du siège et dé la nature des maladies ; personne 
ne s’avise de le contester. Ce qu’on lui conteste, c’est la prétention 
qu’elle s’est arrogée d’être la seule base solide de la médecine, ou tout 
au moins de compter au premier rang parmi les guides les plus sûrs 
de la pratique ; ce qu’on lui conteste, c’est de se donner pour la source 
principale et la plus féconde des indications. Souvent, en effet,il existe 
dans les maladies tout autre chose qu’une lésion des tissus; et alors 
même que ces lésions figurent au nombre des causes, n’est-ce pas de 
la réaction vitale qu’elles tirent leurs caractères? Peut-on trouver 
ailleurs le principe des mouvemens par lesquels toute altération d’or¬ 
gane se développe et parconrt avec ordre la suite de ses périodes? Il 
n’est pas jusqu’aux changemens de couleur, de consistance et de for¬ 
mes que cette influence ne modifie; enfin, n’est-ce pas surtout avec le 
mode de sentir et de vivre que se mettent en rapport les agens théra¬ 
peutiques? Nous ne parlons ici que des faits où l’anatomie pathologique 
jouit de tous ses avantages, c’est-à-dire des maladies locales dont les phé¬ 
nomènes sont bornés au siège du mal : que ne dirions-nous pas de celles 
qu’un effort de réaction accompagne, et, à plus forte raison, des affec¬ 
tions qui envahissent tout l’organisme, sans que le scalpel le plus 
exercé puisse leur assigner un siège déterminé? 

Ces faits sont nombreux, irrécusables, et l’on doit s’étonner que des 
médecins, sages d’ailleurs et éclairés , aient cédé à l’entraînement de la 
doctrine anatomique au point de les méconnaître ou de les compter 
pour rien ; qu’au lieu d’étudier au lit des malades le tableau vivant de 
la formation et de la marche des maladies, ils aient consumé leur temps 
à accorder les altérations supposées avec les symptômes, et cherché 
dans ce rapport le diagnostic et le traitement de la maladie ; l’on doit 
s’étonner qu’ils se soient assez abusés sur le premier et l’unique objet de 
la médecine pour remplir leurs leçons et leurs ouvrages de longues et 
fastidieuses enquêtes sur les détails des altérations rencontrées après 
la mort, comme si l’art de guérir consistait plutôt à faire des observa¬ 
tions cadavériques qu’à déterminer le mode de traitement qui convient 
à la nature des maladies ; l’on doit s’étonner enfin qu’ils aient porté 



( =34 ) 

leur attention plutôt sur les circonstances d’une nécropsie que sur l’ap¬ 
plication des moyens thérapeutiques sanctionnes par l'expérience. Un 
e'tat de choses si contraire aux progrès de la me'decine ne pouvait avoir 
qu'une duree éphémère) et déjà nous voyons les praticiens revenir à 
des idées plus raisonnables ; ce journal presse ce retour de ses vœux 
et de ses efforts. 

Il existe des groupes entiers de maladies dans lesquelles l’anatomie 
pathologique ne peut fournir aucune indication) ce sont toutes celles 
où l’autopsie ne laisse voir aucune lésion, telles que la plupart des 
névroses, les fièvres d’accès, et généralement les affections qui tuent 
aux premiers temps de leur invasion ; on en voit de semblables sous 
l’influence des épidémies. Il va sans dire que, dans les cas de ce genre, 
la thérapeutique n’a rien à faire de l’anatomie pathologique. Ces af¬ 
fections, très-graves pour la plupart, relèvent exclusivement dans 
leur traitement de l’observation clinique directe, et nullement des 
déductions de l’inspection cadavérique. C’est en vain que la doctrine 
anatomique, à défaut de preuves matérielles, a voulu s’appuyer de 
l’analogie pour les traiter localement d’après les inspirations de l’ana¬ 
tomie pathologique) toutes les fois que ces affections se sont trouvées, 
par leur gravité, au-dessus des autres méthodes curatives connues, la 
médication locale n’a pas eu plus de succès, tandis que la guérison a 
été souvent obtenue avec les autres traitemens avoués par l’expé¬ 
rience. De bonne foi, qu’on nous cite une seule de ces affections que 
les efforts de ce système aient doté d’une méthode thérapeutique plus 
avantageuse que nuisible : car aujourd’hui il est aisé de juger ce qu’on 
a gagné à traiter la syphilis et les affections périodiques auti-emcnt que 
par le précieux empirisme qui les guérit avec un si rare bonheur. Ces 
faits suffiraient pour rabattre de l’importance exclusive concédée à 
l’anatomie pathologique : ils comprennent une foule d’affections fort 
intéressantes, dans lesquelles les investigations cadavériques sont sans 
résultats et la médecine localisante"infructueuse. 

A côté de ces affections, dont le traitement est en dehors ou au-des¬ 
sus de la portée de l’anatomie pathologique, on en voit un grand nombre 
qui laissent à leur suite des altérations incontestables, ou qui sont for¬ 
mées exclusivement, au moins en apparence, par de semblables lésions. 
Nous n’avons pas besoin de dire que dans les premiers figurent les 
affections primitivement générales un peu prolongées, comme les fièvres 
et les éruptions aiguës ; et parmi les secondes, celles qui siègent sur 
des organes particuliers, telles que les inflammations. Plusieurs des 
dernières deviennent souvent générales) mais cette généralisation est 



( i35 ) 

consécutive, et résulte de l’extension de l’affection locale à tout le reste 
de l’économie. Quel doit être alors le rôle de l’anatomie patholo¬ 
gique? 

Nous avons posé en fait qu’à l’égard des véritables fièvres, les lé¬ 
sions locales survenaient comme une conséquence de leurs progrès. En 
voici les preuves : aux époques les plus rapprochées de leur invasion, 
lorsqu’une médication imprudente ou un accident quelconque a permis 
de s’en assurer par l’autopsie, on n’a pu découvrir aucune trace de 
lésion circonscrite à laquelle elles pussent se rapporter ; en outre, on 
sait que la nature et le nombre des altérations après les fièvres n’ont 
rien de caractéristique pour chacune d’elles - qu’ainsi, chez plusieurs 
sujets morts de la même fièvre, elles occupent tantôt un organe, tantôt 
un autre : quelquefois elles les affectent tous ensemble ; plus rarement 
nul n’est visiblement compromis; elles diffèrent d’ailleurs dans les di¬ 
vers cadavres par la couleur, la consistance, la forme et la structure, 
par tous les caractères, enfin , sur lesquels se fonde leur nature, tihez 
les uns, se sont de simples colorations qui varient depuis le rouge 
clair jusqu’au cramoisi ; chez les autres, le tissu organique est entamé ou 
par des ulcérations, ou par la gangrène, ou par des perforations; les 
organes lésés sont quelquefois ramollis, d’autres fois indurés ou dégé¬ 
nérés : toutes ces altérations, et beaucoup d’autres encore, se rencon¬ 
trent suivant la diversité des sujets, à la suite des mêmes fièvres; 
ajoutons que le degré de la lésion est loin de correspondre toujours à 
la gravité et aux périodes de la maladie. Et pourtant, si les lésions 
organiques étaient véritablement les causes des fièvres , nul doute que, 
comme on l’observe dans les pbthisies pulmonaires , par exemple, et 
dans toutes les maladies dont une altération des organes fait le princi¬ 
pal caractère, elles ne fussent constantes et toujours les mêmes. 

A cette instabilité, à ces différences radicales des altérations orga¬ 
niques, après les mêmes affections fébriles, opposez, en les étudiant 
sur les malades, l’invariabilité des causes de chacunes d’elles, la frap¬ 
pante ressemblance de leurs phénomènes , qui les fait reconnaître dans 
tous les temps, dans tous les lieux, sur tous les sujets , malgré des 
nuances fugitives et sans conséquence; la succession régulière de leurs 
périodes, enfin la conformité des traitemens qui les guérissent, et vous 
prononcerez que c’est dans l’observation clinique d’où toutes ces 
connaissances découlent qu’il faut aller puiser l’idée de leur nature et 
la raison de leur traitement. Interrogez ensuite suivant cet esprit leurs 
causes, leurs symptômes , leur marche et leurs terminaisons, et vous 
achevez de vous convaincre que les affections fébriles ne siègent ni sur 
l’un ni sur l’autre système exclusivement, ni dans une partie circon- 
16. 



( a36 ) 

scrite de 1’c'conomie, mais qu’elles atteignent simultanément tous les 
organes, tous les systèmes d’organes, les liquides comme les solides, 
les vaisseaux comme les nerfs; que, tant qu’elles durent, l’organisme 
tout entier est sous l’influence d’une modification morbide, intime, 
profonde, soumise aux iois de la vitalité', que l’anatomie pathologique 
ou l’inspection des organes prives de vie ne peut pas plus repre'senter 
que le cadavre lui-même ne représente l’homme vivant. Une observa¬ 
tion directe et complète, un raisonnement qui rentre toujours dans les 
limites de l’expérience , sont les seuls instrumens légitimés de la déter¬ 
mination de ces maladies et de la recherche de leurs indications. 

Cependant la généralisation des affections fébriles n’est pas si absolue 
qu’elle ne puisse donner lieu à des concentrations pathologiques sur 
quelques organes, d’où naissent les lésions locales, si connues dans le 
cours des fièvres. Ce sont celles dont on trouve les traces après la 
mort, et qui en imposent aux médecins dévoués à l’anatomie patholo¬ 
gique , au point de leur persuader que c’est là la cause de la fièvre, là 
les sources des indications. Nous en avons assez dit pour réfuter cette 
erreur : ajoutons au sujet des lésions partielles dans-les fièvres qu’elles 
ne se détachent que rarement de l’affection générale, et qu’elles restent 
tout-à-fait sous sa dépendance; elles Se déclarent sous ses auspices, 
procèdent avec elle, la suivent dans toutes ses alternatives d’augmen¬ 
tation ou de diminution, et disparaissent enfin avec elle. De là l’obli¬ 
gation générale de négliger les médications locales dans les fièvres 
essentielles, ou plutôt de les fondre dans le traitement de l’affection 
fébrile. 

Est-ce à dire que jamais les lésions locales, suites ou compagnes des 
fièvres, ne méritent de fixer l’attention? Non, sans doute : car il n’est 
pas rare de les voir s’élever à un tel degré d’intensité, qu’elles se trans¬ 
forment en complications aussi graves et plus graves que la fièvre 
même. Qui n’a vu, par exemple, dans le cours d’une affection ty¬ 
phoïde , pendant la durée d’une fièvre éruptive, une bronchite, jus¬ 
que là insignifiante, se changer tout à coup en une pneumonie violente 
qui menace immédiatement les jours du malade ? La gastrite, la co¬ 
lite, l’irritation encéphalique, etc., sont susceptibles delà même dé¬ 
génération. Alors les soins de la maladie locale l’emportent, et l’ana¬ 
tomie pathologique, qui en éclaircie siège et en démontre les ravages, 
sert doublement la thérapeutique, puisqu’elle imprime au traitement 
la direction qu’il doit prendre, et donne, au moins approximative¬ 
ment , la mesure de son activité. Il y a plus : quand la même lésion 
locale dont il s’agit resterait toujours assez faible pour se subordonner 
à l’affection générale, l’anatomie pathologique suggérerait encore des 



( * 3 ,. ) 

indications qui ont leur prix, puisqu’elle invite le praticien à surveil¬ 
ler de près le sie'ge de ces concentrations, à aider leur dissipation, et à 
s’interdire, autant que le permet l’e'tat general de la maladie, l’usage 
des moyens capables de les exalter : l’utilité' des topiques e'molliens 
dans les fièvres graves accompagnées de quelque degré de gastro-enté- 
rite, et l’obligation où l’on est quelquefois de combiner les excitans 
avec des substances qui en diminuent l’action , se fondent sur ces don¬ 
nées. Tels sont, en résumé', les avantages de l’anatomie pathologique 
dans la thérapeutique des fièvres, qu’il n’en résulte que des indications 
secondaires et pourtant importantes, dans les cas graves surtout, où de 
simples négligences causent parfois tant de regrets. 

Il nous reste à parler des affections locales. Celles-ci sont dans la 
condition la plus avantageuse à l’application de l’anatomie pathologi¬ 
que. En effet, elles viennent d’une lésion circonscrite accessible aux 
sens après la mort, souvent même appréciable pendant la vie. Cette 
lésion est le centre et le point d’appui de l’appareil morbide ; c’est 
d’elle que partent tous les symptômes, c’est à elle qu’ils se rapportent ; 
s’il e'tait possible de la connaître et de la de'truire assez tôt, on pré¬ 
viendrait et l’on détruirait par ce seul fait la maladie. Celle-ci une fois 
déclarée, c’est enc re la lésion organique qui fournit la première indica¬ 
tion curative ; tant qu’elle subsiste, la maladie ne peut cesser -, et quoi¬ 
qu’elle semble quelquefois céder à-unc médication dirigée contre les sym¬ 
ptômes généraux, cette guérison n’est qu’un amendement passager, un 
calme perfide sous lequel se cachent ses progrès réels. L’anatomie patho¬ 
logique intervient et assigne avec précision le siège, l’étendue , les rap¬ 
ports de cette lésion organique ; elle en découvre toutes les circonstances 
anatomiques extérieures , ou celles qui sont cachées dans la texture des 
organes, et qu’elle met au jour à l’aide des dissections ou de diverses pré¬ 
parations. Mais ces résultats-, obtenus par la seule inspection du cada¬ 
vre, seraient au moins stériles s’ils étaient appliqués au diagnostic et au 
traitement de ces maladies, sans avoir été vivifiés et animés par leur 
combinaison avec les données qui nous viennent de l’observation di¬ 
recte. Et en effet, après que nous aurons nettement circonscrit sur le 
cadavre le siège d’une lésion organique, qui se flattera de donner de la 
maladie préexistante une juste détermination ? Que saurons-nous de ses 
causes, de son invasion, de ses phases , de sa durée, du traitement 
le plus convenable? que saurons-nous enfin de sa nature? Qu’importe 
d’être assuré qu’après la mort, dans les affections aiguës du poumon, 
par exemple, cet organe est engoué, hépatisé, en suppuration, ou 
tombé en gangrène ? Que gagnerions-nous même à constater chez les 
malades ces sortes d’altérations, si, à côté des signes qui les font 



( 238 ) 

craindre ou qui attestent leur existence, nous négligeons la rechcrclie 
des causes qui nous permettent d’attacher à ces alterations une valeur 
de’finie, et sont les meilleurs guides dans l’application des moyens théra¬ 
peutiques capables d’en triompher ? En se bornant aux notions que donne 
l’anatomie pathologique, le pourquoi des conditions anormales de l’or¬ 
ganisme échappera sans cesse au médecin; en ne suivant que ses inspi¬ 
rations, on arrive à confondre sous la même idée, ét, par conséquent, 
à traiter uniformément toutes les pneumonies ; et cependant, qui ne 
sait que souvent elles sont si différentes dans leur nature, que les unes 
ne guérissent que parles anti-phlogistiques, les autres parles vomitifs; 
celles-ci par l’opium et les anti-spasmodiques x celles-là par les toniques 
et le quinquina ? 

On voit donc que le rôle de l’anatomie pathologique, à l’égard de la 
thérapeutique, est loin d’être aussi brillant que le voudraient les méde¬ 
cins localisateurs; elle ne lui sert de rien dans toutes les affections 
exemptes de lésions circonscrites ; et dans celles dont les lésions de ce 
genre forment le caractère principal, elle ne lui rend que des services 
secondaires, toujours subordonnés à l’observation directe des maladies, 
seule base possible des indications curatives. Fuster. 


DE l’iode , ET DE SES EFFETS THÉRAPEUTIQUES. 

En thérapeutique , on peut procéder de deux manières bien distinc-t 
tes pour arriver à un but, sinon entièrement analogue, du moins éga¬ 
lement utile ; et, soit qu’on donne la préférence à l’une ou à l’autre de 
ces deux méthodes, c’est toujours à l’expérience qu’on doit avoir re¬ 
cours, c’est avec une même impartialité qu’on doit juger les travaux de 
nos devanciers. 

Il y a plus : lorsque, comme nous , on ne s’est constitué ni l’apôtre 
de tel agent thérapeutique, ni le guérisseur de telle affection mor¬ 
bide , on s’impose nécessairement le devoir de juger avec sévérité tous 
les éle'mens de la question ; on place dans la même balance les revers 
et les succès; en un mot on se dit : fais ce que dois, advienne que 
pourra, dût le pharmacologue rayer de ses tableaux la précieuse for¬ 
mule, dût le thérapeute regarder la médication de telle maladie comme 
encore à trouver. 

On peut déjà pressentir quelles sont ces deux manières : un agent 
thérapeutique étant donné, l’iode, par exemple, on peut résumer dans 
ses recherches toutes les applications qui en ont été faites sur l’écono¬ 
mie; qu’il s’agisse de goitre, de scrofules, d’altération, de sécrétion, 
peu importe, tout se rapporte à l’iode ; on trace l’histoire critique de 




( a3g ) 

ses effets, et on s’estime plus ou moins heureux, suivant que l’on constate 
son efficacité' ou qu’on le voit échouer dans un plus ou moins grand 
nombre de maladies. Telle est la première manière. Maintenant, une 
maladie, une individualité' morbide e'tant donnée, on peut faire un 
examen comparatif des diverses mc'dications successivement employées 
pour la combattre ; et tout en tenant compte des circonstances gene¬ 
rales et particulières, on peut arriver à la solution du problème, c’est- 
à-dire à de'terminer si cette maladie est du nombre de celles qu’on 
peut guérir; et dans ce cas , quel mode de médication doit avoir la 
préférence ? 

On conçoit parfaitement que le médecin qui vient d’ enrichir, 
comme on ledit, la thérapeutique d’un agent énergique, concentre 
sur cet agent toutes ses affections, qu’il en préconise les succès à son 
de trompe, et que les revers, quelque nombreux qu’ils soient, ne lui 
paraissent que des exceptions; on conçoit encore que l’auteur d’une 
monographie, qu’une spécialité médicale , suivant l’expression en 
usage, s’abuse presque toujours sur scs moyens et prétende avoir en ré¬ 
serve une foule de ressources pour arrêter les progrès d’une maladie 
qu’il dit avoir étudiée pendant toute sa vie; ce qui fait que le public le 
croit; et que se livrer à une spécialité n’est pas ce qu’il y a de moins 
lucratif en médecine. Mais nous, notre situation est loin d’être la même, 
soit que nous cherchions en effet à éclairer nos confrères sur les avan¬ 
tages et sur les dangers d’un médicament particulier, soit qu’avec eux 
nous prenions une maladie comme objet de nos investigations, nous ne 
pouvons avoir qu’un seul but, qu’un seul intérêt : le but, c’est la re¬ 
cherche de la vérité; l’intérêt, c’est celui de là science. 

Nous ne voulons épouser, qu’on nous passe l’expression, ni tel agent 
pharmaceutique, ni telle lésion morbide; la facilité dans les moyens 
de se procurer tel médicament, l’énergie de ses effets, la généralité de 
son usage ou sa découverte récente, peuvent seuls mériter de préférence 
notre attention; de même pour les maladies, nous nous attacherons sur¬ 
tout à jeter quelque lumière sur la thérapeutique de celles que nos 
confrères rencontrent à chaque pas dans la pratique, et qui trompent si 
souvent leurs efforts. 

Ceci une fois dit sur nos deux manières de procéder, nous choisirons 
la première pour le moment, et afin de lui donner tout l’intérêt possi¬ 
ble , tout le degré d’utilité convenable, nous allons examiner l’histoire 
thérapeutique d’un agent qui réunit précisément les conditions que nous 
avons proposées, savoir : énergie dans les effets, usage très-général, 
découverte récente, etc., etc. ; en un mot c’est de l’iode que nous allons 
nous occuper. 



( 24 » ) 

Un incident assez remarquable se rattache à la decouverte de l’iode. 
Quiconque a e'tudie’ l’histoire generale de la thérapeutique sait qu’il ar¬ 
rive souvent aux médecins d’employer, dans le traitement de certaines 
maladies rebelles, soit une substance connue depuis long-temps dans les 
sciences naturelles, soit même des poisons, uniquement parce qu’on 
n’en a pas encore fait d’application thérapeutique sur l’économie, et 
que leur e'nergie n’est pas constatée. Pour l’iode, il n’en a pas e'te' de 
même, la science a plus fait que le hasard : un corps assez compose' 
(l’e'ponge calcine'e) , administre' d’une manière empirique, déterminait 
ge'ne'ralemcnt de bons effets dans le traitement du goitre ; un me'decin 
instruit se met à la recherche de l’agent auquel est due la guérison ; 
il le découvre : c’est une substance particulière, un corps simple, et 
l’iode entre dans le domaine de la pharmacologie. 

C’est donc contre le goitre que l’iode a été d’abord employé. En 
général cette maladie n’est pas dangereuse; mais il est une des formes 
du goitre qui peut compromettre l’existence, nous voulons parler du 
goitre en dedans : la trachée-artère est enveloppée par la tumeur; elle 
est comme enchatonnée, comprimée, aplatie, et le malade peut périr 
suffoqué. Les secours de l’art avaient été impuissans contre cette forme 
redoutable du goitre : M. Coindet de Genève, qui ne partage avec per¬ 
sonne la gloire d’avoir découvert les effets thérapeutiques de l’iode, 
est cependant parvenu à soulager d’abord, puis à guérir , à l’aide de 
ce médicament, une malade, lorsqu’elle était sur le point d’être suf¬ 
foquée. S’il est moins instant d’attaquer les autres formes du goitre 
avec l’iode, cela n’est pas moins nécessaire, ne serait-ce que pour 
faire disparaître la difformité ; d’ailleurs la tumeur peut aller à plu¬ 
sieurs livres et devenir le siège de plusieurs ulcérations et dégénéres¬ 
cences. 

Mais c’est avec précaution que l’iode doit être employé ; plus d’une 
fois nous aurons à signaler des accidens graves. Dès son premier mé¬ 
moire, M. Coindet remarquait qu’il est des cas où il ne doit jamais 
être employé, tels que la grossesse, la disposition à la ménorrhagie, 
aux maladies de poitrine, menaçantes ou commencées, l’état de ma¬ 
rasme ou de lièvre lente, quelle qu’en soit la cause. On doit le refuser 
également aux personnes délicates, nerveuses ou d’une trop faible con¬ 
stitution. 

Ces observations ont fixé l’attention des médecins ; on a dû néces¬ 
sairement chercher un mode de préparation qui fût en harmonie avec 
les lois de l’économie animale, ou du moins qui ne causât point de per¬ 
turbation notable. 

Pour éviter les accidens déterminés par l’iode, administré à l’inté- 



( a<i ). 

rieur, M. Coindet fit préparer une pommade avec un demi-gros d’hy- 
driodate de potasse et une once de graisse de porc. Il prescrivit d’en 
faire soir et matin, avec gros comme une noisette, des frictions sur le 
goitre même, ou sur les glandes engorgées, dans les cas de scrofules, 
jusqu’à ce que la pommade fût entièrement absorbée. 

Les effets les plus satisfaisans ont suivi l’application de cette méthode. 
Il faut le dire, c’est surtout contre le goitre que l’iode a offert des suc¬ 
cès incontestables; nous nous trouverions trop heureux s’il en était de 
même pour les maladies que nous avons encore à examiner. 

C’est encore à M. Coindet que revient l’honneur d’avoir employé le 
premier les préparations d’iode dans les maladies scrofuleuses ; il y a 
été conduit par la puissante action du médicament sur le système ab¬ 
sorbant. 

Les observations de GimelIe,deKolIey, Sablairolles, Baron, Benaben, 
Goëden, etc., etc., confirment pleinement cette efficacité de l’iode 
contre les affections scrofuleuses; tantôt cette substance a été employée 
en teinture, tantôt en frictions, tantôt on l’a associée aux mercuriaux 
ou aux amers, en raison des indications particulières. 

M. Lugol s’est spécialement livré au traitement des affections scro¬ 
fuleuses par les préparations iodurées; nous allons examiner rapidement 
les indications à remplir : i ° dans la scrofule tuberculeuse ; 2° dans 
la scrofule cutanée ; 3° dans la scrofule du tissu cellulaire ; 4° dans la 
scrofule des os. Quant à ce qu’on nomme la scrofule des membranes 
muqueuses, nous en traiterons ailleurs; cette forme de l’affection ré¬ 
clame une étude à part, et d’ailleurs M. Lugol n’a guère parlé sous ce 
titre que de l’ophthalmie scrofuleuse. 

Pour combattre la scrofule tuberculeuse, M. Lugol a eu recours à 
la pommade d’iodure de mercure, à l’eau minérale iodurée , seules ou 
combinées avec les bains hydro-sulfurés. 

La pommade de proto-iodure de mercure est composée dans les trois 
proportions suivantes : 

Tf. Proto-iodure de mercure, aij. . . . siij. . . . 3iv. 

Axonge récente.|ij. . . . |ij. . . . |ij. 

Cette pommade a un avantage sur la pommade simplement iodurée ; 
elle cause moins de douleur locale; le plus ordinairement, elle n’en 
cause point ou presque point. 

Pour ce qui est du traitement ioduré intérieur, M. Lugol a renoncé 
à l’usage des teintures et des sirops iodurés ; suivant lui, dans ces deux 
modes de préparation, l’iode était précipité en substance sur les parois 
de l’estomac, et de là des accidens fâcheux. 





( 242 ) 

Pour remédier à cette action chimique, il fallait administrer ce re¬ 
mède dissous dans l’eau distillée. Mais comme l’iode est peu soluble 
dans l’eau , sa solution à été aidée par l’iodure de potassium. 

V0ici la composition de l’eau minérale iodurée, selon trois quantités 
graduées avec lesquelles on peut donner l’iode à l’intérieur, à la dose 
progressive de demi-grain, trois quarts de grain, un grain, et ciriq 
quarts de grain par jour. 

N” «. r a. N° 3. 

V^ode .gr. 7t. . . . gr. i. . . . gr. j. 'U 

Iodure de potassium, gr. j '/*". . . gr. ij. . . . gr. ij ‘/» 

Eau distillée. . . . ?viij. .... Jviij .... §viij. 

Pour composer l’eau minérale iodurée, on fait usage d’une solution 

iodure'c, concentrée dans les proportions suivantes : 

Tf Iode.3j. 

Iodure de potassium. . 3ij. 

Eau distillée.|vij. 

Cette solution iodurée contient un vingt-quatrième d’iode ; versée dans, 
seize livres d’eau distillée, elle forme trente-deux bouteilles de huit 
onces d’eau minérale iodurée n° i. En diminuant l’eau distillée, on au¬ 
rait les numéros suivons : 

On commence par six gouttes le matin, à jeun; six gouttes dans 
l’après-midi, une heure avant de manger, dans un demi-verre d’eau 
sucrée. 

Chaque semaine on augmente graduellement la dose de la liqueur 
de deux gouttes par jour, jusqu’à trente gouttes dans les vingt-quatre 
heures. 

Pour le3 enfans au-dessous de sept ans, on commencera par deux 
gouttes deux fois par jour, que i’on augmentera graduellement jusqu’à 
cinq gouttes le matin et autant dans l’après-midi. 

On peut édulcorer l’eau minérale iodurée au goût du malade, avec 
du sirop de guimauve ou tout autre. 

Dans la scrofule cutanée , les ulcères doivent être pansés avec des 
plumasseaux enduits de pommade au proto-iodure de mercure ; mais 
le traitement ioduré intérieur ne doit pas être négligé. On a dit avec 
raison que les symptômes d’irritation doivent être préalablement dis¬ 
sipés : toutefois il est tel état catarrhal qui ne contre-indique pas l’ad¬ 
ministration de l’iode ; il y a plus, cet état ne cède qu’à cette admi¬ 
nistration. Si donc on met le malade à l’usage intérieur de l’iode, on 







( 243 ) 

commencera par demi-grain par jour, et on aidera les effets de l’iode 
par l’emploi des bains hydro-sulfures. 

Dans beaucoup de cas il est necessaire de toucher les ulcères avec la 
solution iodure'e rubéfiante, ou même avec Viode caustiquej les cica¬ 
trices elles-mêmes prennent un plus bel aspect sous l’influence de ces 
lotions. Voici la formule de cette dissolution caustique : 


if. Iode.?j. 

Iodure de potassium. . Jj. 
Eau distillée.§ij. 


Elle forme de petites escharres sur les parties qu’elle touche, mais des 
escharres non gangreneuses. 

Dans la scrofule celluleuse et la scrofule 1 des os, l’afFection scro¬ 
fuleuse peut avoir son siège dans le tissu cellulaire sous-cutané ou plus 
profond, sans qu’il y ait pour cela génération de tubercules. Les abcès 
froids éprouvent un amendement assez rapide sous l’influence des pré¬ 
parations indurées. Dès qu’une ponction a été pratiquée sur le point 
où la peau paraît le plus amincie, dès qu’on a donné issue au pus , or¬ 
dinairement mélangé de flocons albumineux, on doit pratiquer des' 
injections iodurées dans le kysto vidé; les divers engorgemens seront 
combattus par les frictions avec la pommade au proto-iodure de mer¬ 
cure; l’eau minérale iodurée sera administrée , et enfin on prescrira un 
ou deux bains kydro-sulfurés par semaine. 

La scrofule des os détermine souvent ces affections si redoutables 
connues .sous le nom de tumeurs blanches; dans ces circonstances , on 
devra se conduire comme pour les cas de scrofule celluleuse, c’est-à- 
dire qu’on aura recours à la fois au traitement ioduré intérieur et exté¬ 
rieur; l’eau minérale iodurée, ci-dessus indiquée, sera'donnée à l’inté¬ 
rieur ; quant au traitement local, il consistera dans les frictions, les 
injections, s’il y a des trajets fistuleux, avec ou sans carie, des extrémi¬ 
tés articulatoires, et enfin dans les pansemens iodurés. Dubois. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DU TRAITEMENT DE l’eNTORSE PAR LES APPLICATIONS d’eAU 
FROIDE. 

Personne ne peut douter qu’il ne soit avantageux d’obtenir aussi 
souvent qu’on le peut la terminaison par résolution d’une maladie, 





< *44 ) 

quelle qu’elle soit ; mais ce résultat est difficile à obtenir, et on peut 
même dire que ce n’est guère que dans les affections produites par une 
cause externe qu’on peut le tenter avec quelque chance de succès. Aussi, 
parmi les lésions de cette nature, il n’en est aucune, depuis l'érythème 
le plus le'ger jusqu’à la fracture comminutive la plus grave, où le mé- 
decin ne doive commencer le traitement par les résolutifs , afin de pré¬ 
venir les accidens inflammatoires, ou en diminuer l’intensite', s’il ne 
peut les arrêter dans leur début. 

De tous les résolutifs, le plus efficace et à la fois le plus simple , le. 
plus facile à trouver et à employer, c’est l’eau froide. Il y aurait un beau 
travail à faire sur les avantages de ce moyen dans les diverses affections 
chirurgicales; nous nous en occuperons.peut-être dans un autre moment. 
Aujourd’hui nous ne voulons entretenir nos lecteurs que des bons effets, 
de l’eau froide dans l’entorse. 

L’entorse est un des acoidens les plus communs et les plus graves 
il le devient surtout si, dans le principe, on ne la traite par le 
résolutif énergique que nous préconisons. Nous avons vu beaucoup 
d’entorses, nous en avons traité un grand nombre par l’eau froide, 
et nous avons toujours eu à nous louer des services qu’elle nous 
a rendus. 11 faudrait être appelé bien tard pour ne pouvoir tenter 
cette méthode et se borner aux émolliens et aux sangsues, comme'le 
font encore plusieurs médecins, au grand détriment de leurs mala¬ 
des. Pour nous , nous devons proclamer que toutes les fois que l’eau 
froide est appliquée à temps, elle donne au malade la chance de 
se rétablir dans le tiers du temps nécessaire à la guérison par d’au¬ 
tres moyens. La conduite à tenir est bien simple; elle consiste à 
plonger le pied dans un seau d’eau de puits très-froide, à laquelle 
on peut ajouter du sel marin ; l’eau doit dépasser les malléoles ; on 
la renouvelle aussitôt que la température s’en élève. Après y avoir 
maintenu le pied deux ou trois heures, on le retire pour le cou¬ 
vrir encore de compresses mouillées, qu’on imbibe continuellement 
d’eau froide ; on peut alors commencer l’emploi d’une compression lé¬ 
gère et bien uniforme, qui facilite le dégonflement et la résorption du, 
liquide épanché. Ces applications réfrigérantes diminuent la chaleur 
locale, modèrent l’exaltation de la sensibilité, portée souvent au dernier 
point par le tiraillement des ligamens articulaires, distendus outre me 
sure et même souvent déchirés; elles conservent aux tissus leur res¬ 
sort et les empêchent de se laisser pénétrer par un nouvel afflux de liqui¬ 
des. Si l’eau froide n’agit pas immédiatement dans ce cas comme moyen 
curatif, au moins augmente-t-elle de beaucoup les chances d’une termi¬ 
naison favorable, surtout lorsqu’on a mis en usage la saignée générale, 



le repos, la diète et les autres moyens, suivant que la gravite' de l’ac¬ 
cident les réclamé. Les effets des réfrigérans sont d’autant plus mar¬ 
ques qu’on les applique plus promptement ; et pour que ces effets soient 
durables, il faut en continuer l’usage long-temps , sans quoi leur action 
re'percussive n’est que momentanée ; les vaisseaux capillaires distendus 
par le sang réagissent avec force, tant qu’ils éprouvent l’impression du 
froid; mais supprimez les applications réfrigérantes , et la réaction 
s’opère avec une énergie doublée par l’impression même du moyen des¬ 
tiné à la restreindre. 

Obs. I. Une femme de la campagne, heurtée par une charrette, 
fait un violent effort pour conserver l’équilibre et éviter une chute; son 
pied droit, qui supporta seul cet effort, fut contourné en dedans, au 
point que la malléole externe porta sur le pavé, et fut même fortement 
excoriée : en deux heures le gonflement devint énorme. La malade fut 
transportée à l’hôpital fieaujon ; toute l’articulation tibio-tarsicnne était 
tuméfiée et d’un rouge violet ; l’enflure se prolongeait presque jusqu’à 
mi-jambe, au point qu’on supposait qu’il y avait fracture du péroné. 
Des compresses d'eau froide furent appliquées et arrosées sans relâche 
tout le jour et une partie de la nuit; on employa aussi une compression 
modérée. Le lendemain, l’enflure avait presque entièrement disparu; les 
surfaces articulaires se dessinaient sous la peau, devenue flasque tant le 
dégonflement avait été rapide. On s’assura que le péroné était intact; 
on continua le pansement à l’eau froide avec la compression, sans 
s’occuper des petites plaies , qui se cicatrisèrent sans suppurer ; et au 
bout de huit jours la malade pouvait se promener dans la salle en 
faisant exécuter au pied des mouvemens, très-bornés à la vérité, 
mais suffisans pour prouver le bon état de l’articulation et faire 
pressentir une guérison qtoi fut complète en dix-sept jours. Cette en¬ 
torse était très-grave, effrayante à voir, et de nature à faire concevoir 
un pronostic fâcheux ; il est positif que, sans les réfrigérans , cette 
femme serait restée six semaines au lit, comme cela arriva à un homme 
entré presque en même temps qu’elle dans l’hôpital pour une entorse 
beaucoup moins sérieuse, mais qu’il avait traitée lui-même pendant six 
jours parles cataplasmes, les emplâtres de savon noir, et d’autres 
moyens également inopportuns dans les premiers jours de la maladie. 
Citons encore un fait parmi le grand nombre que nous possédons. 

Obs. II. Un colonel en retraite, âgé d’environ cinquante ans, d’une 
structure athlétique, et d’un embonpoint assez marqué, posa le pied à 
faux entre deux pavés, en descendant de son cabriolet ; tout le poids 
de son corps, et il était considérable, porta sur le pied droit et en causa 
la torsion si violente que, sans un grand effort de courage, il aurait 



( 246 ) 

cc'dé à la douleur affreuse qu’il ressentit, et se serait laissri tomber à 
terre. Il se fit de suite transporter chez lui, où, bientôt appelé, nous 
suivîmes la marche que nous avons indiquée plus haut. Malgré le gon¬ 
flement énorme qui était survenu, la résolution s’opéra en quatre 
jours; nous insistâmes sur la compression, moyen nécessaire, à cause 
de l’embonpoint du sujet, pour prévenir l’œdème, et au bout de trois 
semaines le malade ne se ressentait plus de son accident. 

Plusieurs circonstances peuvent empêcher l’emploi du bain réfrigé¬ 
rant : la menstruation, par exemple, un catarrhe pulmonaire préexis¬ 
tant et qui peut faire concevoir des craintes; mais à part ces cas rares 
et exceptionnels, on doit les employer avec promptitude et persévé¬ 
rance ; il est toujours temps d’en venir aux cataplasmes et aux sangsues, 
si le gonflement et l’inflammation ont augmenté, malgré les applications 
d’eau froide continuées pendant douze ou vingt-quatre heures. 

Lorsque les entorses sont compliquées de plaies, quelles que soient leur 
étendue et leur profondeur, les indications sont absolument les mêmes. 
Cette méthode de traitement peut être appliquée également aux contu¬ 
sions et aux plaies de tontes les parties du corps. Si nous nous sommes 
bornés à parler de l’emploi de l’eau froide dans le traitement de l’en¬ 
torse, c’est que l’étendue de cet article ne nous aurait pas permis de 
traiter cette question convenablement. En effet, l’eau froide a été em¬ 
ployée avec succès dans un grand nombre de maladies chirurgicales. 
Les plaies, par exemple, guérissent souvent très-rapidement par la mé¬ 
thode réfrigérante, et sans aucun accident. On en retire de grands avan¬ 
tages dans toutes les plaies graves des membres , de l’avant-bras, de la 
main, de la jambe et du pied, parties où existe un grand nombre de 
tendons et de gaînes aponévrotiques , et où les inflammations sont vio¬ 
lentes et les suppurations dangereuses, ainsi que dans les fractures com¬ 
pliquées de plaies, avec épanchement et infiltration de sang. Nous avons 
vu cette méthode employée à l’bôpitalBeaujon, dans des cas très-variés, 
par MM. Marjolin et Blandin, qui ont eu presque toujours à s’en louer. 
Ils l’ont mis en usage avec succès chez les nombreux blessés qui af¬ 
fluaient dans leurs salles pendant les journées de juillet. A la suite de 
plusieurs opérations, telles qu’ablation de tumeurs, ligatures de vais¬ 
seaux , l’emploi des re'frigérans a été suivi des plus heureux succès. 
Dans la brûlure au premier degré l’utilité de l’eau froide est incontes¬ 
table; mais il faut, comme dans les autres circonstances, qu’elle soit 
employée pendant un temps assez long. Lorsqu’il n’y a qu’une violente 
tuméfaction, et que la peau n’est pas dépouillée de son épiderme, c’est 
un excellent moyen, qu’on doit préférer sans hésitation aux mille et 
une recettes consacrées par la routine. Lorsque l’eau froide ne peut 




( Ai ) 

être employée parce que la peau est trop profondément intéressée, on 
peut recourir avec avantage au coton écru ou au lyplia, suivant la mé¬ 
thode indiquée dans un précédent numéro de ce journal. L’crysipèle 
produit par l’insolation ou par l’action prolongée du feu peut être traité 
de même. 

Nous nous arrêtons ici, persuadés que ce que nous avons dit des bons 
effets de l’eau froide suffira pour faire ressortir l’utilité et l’importance 
de ce moyen thérapeutique, et engagera les praticiens à y avoir recours 
dans les cas d’entorse. Ce moyen est simple, et c’est pour cela peut-être 
que malgré scs succès, depuis long-temps reconnus et vantés, on l’em¬ 
ploie fort peu. On aime les moyens nouveaux et difficiles à manier : 
tout ce qui ne frappe pas l’esprit des malades leur inspire peu de con¬ 
fiance : aussi est-il difficile au médecin de leur persuader qu’ils peuvent 
être aussi bien guéris souvent avec de l’eau froide, la compression , le 
repos , le régime et autres moyens aussi simples, qu’avec des épithèmes 
composés d’herbes à noms barbares, ou au moyen d’onguens qui font 
suppurer les plaies pendant un mois, au lieu de les faire cicatriser en 
huit jours. A. C. Bidou. 


BRULURES TRAITÉES PAR l’kAU -FROIDE , LE COTON JÈÇRU ET LE 
LIN1MENT OLÉO-CALCAIRE SUR LE MÊME SUJET. 

Une fille de quatorze ans , qu’un travail de nuit avait accablée de 
fatigue, s’assied sur le bord de son lit, pose une lumière à ses pieds, 
et s’endort, en se déshabillant, de ce sommeil profond qui n’appar¬ 
tient qu’à la jeunesse, et dans lequel la vie des relations semble éteinte. 
Ce sommeil lui fut bien funeste ; car il ne la quitta qu’au moment oit le 
feu qui la dévorait achevait de détruire les derniers lambeaux de scs 
vêtemens. Le père, éveillé aux cris de cette malheureuse, s’élance sur 
elle, cherche, mais vainement, à étouffer la flamme avec scs mains. 
Il est bientôt forcé de l’abandonner ; ses deux mains étaient déjà brûlées. 
La jeune fille, couvertes de brûlures profondes, surtout à l’abdomen , 
à la poitrine et à la face, expire au bout de quelques heures avec toute 
son intelligence, et sans se plaindre beaucoup, si ce n’est d’un senti¬ 
ment de pression très-forte au ventre, et d’une soif ardente. Nous ne 
vîmes le père que trois jours après. Ses brûlures avaient été pansées 
avec un mélange d’eau de chaux et d’huile. Les douleurs étaient des 
plus vives; un gonflement assez considérable avait envahi les deux 
avant-bras et la jambe droite, qui était également intéressée. La fièvre 
était développée. Quant aux lésions locales, voici en quoi elles consis- 



( 248 ) 

taient : les deux mains, jusqu’au poignet, étaient dépourvues d’e'pi- 
derme, à l’exception de quelques points où cette membrane était en 
partie détachée du derme et en partie adhérente; à la face dorsale de 
quelques doigts se remarquaient quelques cscharres, quelques exco¬ 
riations qui ne pénétraient pas au delà du derme; à la partie externe 
et postérieure de la jambe droite, la peau était détruite en grande par¬ 
tie dans une e'tendue de cinq pouces sur trois ou quatre. Le malade, 
inquiet sur son état, et désirant surtout obtenir un soulagement que ne 
lui procurait pas le moyen auquel il avait eu recours, j’employai le 
traitement suivant : je couvris la plaie de la jambe de coton cardé , 
que je maintins par quelques tours de bande peu serrés ; je fis enlever 
les linges imbibés du mélange d’huile qui couvraient la main droite, et 
les remplaçai par plusieurs compresses trempées dans de l’eau à la 
température de zéro, en recommandant qu’on les renouvelât toutes les 
dix minutes au plus tard, pendant au moins 24 ou 36 heures. Pour 
l’autre main, je fis continuer l’usage du liniment olc'o-calcaire. Au bout 
de deux heures une diminution très-sensible de la douleur se manifesta 
dans la main couverte du réfrigérant ; au bout de quatre la raideur 
qu’accompagne toujours le gonflement de la peau avait presque entiè¬ 
rement disparu dans tout le membre de ce côté; dans l’autre, au con¬ 
traire , meme douleur brûlante, même sentiment de tension, même dif¬ 
ficulté dans les mouvemens, au point que, le lendemain matin, le ma¬ 
lade, qui, jusque-là, à son grand regret, et uniquement pour se confor¬ 
mer à l’ordonnance, avait continué le pansement de sa main gauche avec 
le liniment, ne put résister au besoin qu’il ressentait d’y appliquer des 
compresses trempées dans l’eaufroide comme de l’autre côté, et continua 
même l’usage de ce moyen, pour l’une et l’autre main, au-delà du temps 
fixé, c’est-à-dire pendant quarante-huit heures (t). Alors le gonflement 


. (t) L’utilité de l'application de l'eau froide sur les parties brûlées a été agitée 
dans une des dernières séances de la Société de médecine de Paris, et tous les 
praticiens qui la composent ont été unanimes sur son utilité. MM. Dclens, Ro¬ 
che, Sanson, Gendrin et de Kergaradcc ont pris part à la discussion intéres¬ 
sante de ce point de thérapeutique. Tous ont recours avec le pins grand succès 
à l’application permanente et directe de l’eau froide sur la partie brûlée, quel que 
soit le degré de la brûlure. L’application du froid continuée sans interruption 
pendant douze, vingt-quatre, quarante-huit heures, calme des douleurs, empê¬ 
che l’inOammation de se développer à un haut degré, et si la brûlure est avec 
escharre, celle-ci devient sèche, se détache avec facilité, et il ne se forme pas 
cette suppuration abondande qui épuise les malades, et devient souvent la prin¬ 
cipale cause de la mort. Dans ces cas où les brûlures sont très-étendues, et où il 
y aurait de graves inconvéniens à appliquer le topique sur une très-grande sur- 




( A\ 9 ) 

avait disparu ainsi que les douleurs, et les plaies furent pansées avec 
un linge fenêtre, enduit de cérat saturne et de la charpie. Le vingt-hui¬ 
tième jour, le malade avait repris ses occupations de frangier. La 
plaie de la jambe, qui n’avait exigé aucun soin depuis l’application 
du coton, fut trouvée parfaitement cicatrisée à la chute de celui-ci, et 
n’était douloureuse que quand le malade appuyait son membre sur la 
partie qu’elle occupait. II ne reste plus de cette lésion qu’une tache 
roussâlre à la peau, qui, du reste, est unie dans ce point comme par¬ 
tout ailleurs. A. T. 


CICATRISATION DES PLAIES ARTÉRIELLES SOUS l’xnFLUENCE DU 
LIQUIDE HÉMOSTATIQUE DE MM. TALRICII ET HALHA-GRAND. 


Nous avons déjà fait connaître dans nos 4 e et 6 e livraisons les ex¬ 
périences faites avec le liquide hémostatique dont il est question. Nos 
lecteurs savent qu’une vingtaine de moutons ODt eut l'artère carotide 
ouverte en long, en travers, avec ou sans déperdition de substance, 
et que toujours la simple application de morceaux de coton imbibés de 
la liqueur a suffi pour arrêter l’hémorrhagie. C’était beaucoup de con¬ 
stater cet effet remarquable ; mais cela ne suffisait pas, il fallait suivre 
sur les animaux soumis aux expériences le travail de la cicatrisation 
dans les artères blessées , et c’est ce que nous avons fait. Nous allons 
tâcher défaire bien comprendre ce que nous avons vu. 

Dès que l’application du liquide hémostatique est opéré, il se 
forme aussitôt à l’ouverture faite au vaisseau un caillot noir qui 
en bouche complètement l’entrée. Ce phénomène est le premier 


face do corps. M. Roche a fait presque toujours cesser les douleurs horribles du 
malade par l’application de la glace sur la tête. Les pédiluves froids et l’applica¬ 
tion de l’eau glacée sur les membres sont très-douloureux, et il faut du courage 
pour les supporter ; mais les bienfaits que l’on en retire sont toujours très-mar¬ 
qués dans les brfilurcs. 

Ces topiques sont aussi employés dans d’autres affections. Ainsi M. Gcndrin 
dit, dans le même article des Transactions auquel nous empruntonsccs détails, 
qu’il traite souvent la goutte aiguë par l’application immédiate et continue de la 
glace sur la partie malade, et que ce mode de traitement, qui fait rapidement 
cesser la maladie, ne détermine jamais aucun accident. D’après nos idées sur la 
nature de la goutte nous ne pouvons, malgré cette assurance, approuver uno 
semblable médication ; nous la considérons comme dangereuse. (iV. </ n /J ) 
TOME I. 8 e LIV. 17 


( i5o ) 

qui se passe , et il est commun à toutes les plaies, qu’elles soient lon¬ 
gitudinales, transversales ou autrement. Bientôt deux nouveaux caillots 
se forment à l’intérieur, l’un, supérieur, plus court, l’autre, inférieur 
et du côté du cœur, plus long. Ces caillots sont coniques et adhèrent par 
leur base à la face interne du caillot extérieur, dont ils semblent n’être 
que la continuation. Cette disposition est extrêmement avantageuse : le 
bouchon fibrineux qui ferme la blessure est ainsi retenu et comme rivé ; 
il pourrait peut-être obéir sans cela à l’impulsion du sang. Cependant 
cette continuation des caillots intérieurs avec l’extérieur n’a pas lieu 
dans les plaies en travers, mais dans ce cas, les caillots intérieurs 
prennent extrêmement vite un accroissement tel que les deux bouts de 
la solution de continuité sont bouchés par eux. 

Si la nature est presque uniforme dans la disposition et la forme des 
caillots qu’elle oppose dans les premiers temps à l’hémorrhagie, scs 
procédés son bien différens pour parvenir à une guérison parfaite. 
Voyons en effet ce qui se passe pour la cicatrisation. 

Dans les blessures en long, le caillot extérieur noir sc décolore 
du dixième au douzième jour, s’organise, et devient dense et fibreux ; 
confondu avec la membrane externe de l’artère, dont il ne peut être 
séparé, il forme une espèce de boulon semi-sphérique, du volume 
de la moitié d’un noyau de cerise ; il est là au-dessus de la plaie, qui 
est encore béante à l’intérieur, comme une de ces pièces de cuivre 
rondes que les chaudronniers clouent à l’extérieur des marmites 
trouées. La combinaison intime du caillot avec les membres externes 
de l’artère étant opérée, et sa consolidation étant parfaite, les cail¬ 
lots intérieurs sont résorbés, et la circulation du sang est libre de tout 
obstacle. 

Cependant la boutonnière longitudinale faite par l’instrument reste 
béante à l’intérieur ; ses lèvres sont lisses et fraîches comme si 
l’opération venait d’être faite : on peut les écarter, passer une tête 
d’c'pingle dans toute la longueur de la plaie , et la pousser même 
dans une petite poche que forme la consolidation de la fibrine exté¬ 
rieure. La membrane interne de l’artère est lisse et blanche et sans au¬ 
cune trace d’inflammation. Cette disposition a été constatée assez tard 
après l’expérience; on l’a vue du quarante-septième au cinquantième jour 
chez deux moutons différens, et ily a eu identité parfaite dans les pièces 
anatomiques. La plaie intérieure finit-elle par se cicatriser, et les deux 
lèvres se collent-elles plus tard l’une à l’autre? Un fait semble le prou¬ 
ver; mais il est seul, et jamais l’on ne doit se servir d’un fait isolé 
pour établir une règle quelconque; voici néanmoins le cas dont il est 
question : Un mouton ayant eu l’artère ouverte en long " est mis à 



( *5. ) 

mort le soixantc-dixième jour de l’expérience. On s’attendait à trouver 
une disposition analogue à celle que nous avons décrite; mais on a eu 
de la peine à découvrir la trace de la blessure , et ce n’est qu’en regar¬ 
dant les tuniques du vaisseau à travers le jour que, vis-à-vis un point 
un peu plus opaque que le reste, tenant à un épaississement de l’ar¬ 
tère à l’extérieur, l’on a vu à l’intérieur du vaisseau une ligne longitudi¬ 
nale blanche ayant l’étendue ordinaire de la blessure. Ce cas a beaucoup 
étonné, et nous attendons d’autres pièces semblables pour croire à une 
guérison aussi complète. 

Dans les blessures transversales , la rétraction des tuniques du vais- 
' seau donne aussitôt à l’ouverture une forme ovalaire. Il n’a point été 
vu de caillot extérieur ; mais les deux caillots intérieurs, comme nous 
l’avons dit, prennent très-vite un diamètre suffisant pour arrêter l'hé¬ 
morrhagie. Ces caillots perdent promptement leur forme conique, occu¬ 
pent tout le calibre du vaisseau avec lequel ils contractent des adhé¬ 
rences , de sorte qu’après leur résorption, les tuniques internes sont 
collées ensemble , et l’artère n’est plus, dans le point qu’ils occupaient, 
qu’un cordon tendineux. L’oblitération s’opère quelquefois sans que le 
diamètre du vaisseau soit augmenté ; mais d’autres fois il double ou 
triple de grosseur. 

Dans les blessures avec déperdition de substance, les caillots 
intérieurs et extérieurs se comportent de la même manière que 
dans les blessures longitudinales. Le bouchon fibrineux extérieur est 
également rivé par les deux caillots, qui se prolongent à l’inté¬ 
rieur du vaisseau en haut et en bas; mais la résorption de ceux-ci 
ne s’opère pas comme dans le premier cas : les caillots intérieurs perdent 
leur forme conique comme dans les plaies en travers, et occupent bientôt 
le diamètre du vaisseau; il s’opère alors une adhérence des tuniques in¬ 
ternes de l’artère, et celle-ci est oblitérée dans une étendue égale à la 
longueur des caillots. Une éminence arrondie, dense, ferme , marque le 
point où a été faite la blessure. , 

Quant aux plaies par piqûre , ce sont les mêmes phénomènes que 
dans les plaies longitudinales. Le caillot intérieur est résorbé et la cir¬ 
culation rétablie. 

Si l’artère est coupée transversalement dans sa totalité, comme 
dans les amputations, l’application du liquide hémostatique donne lieu 
à la formation d’un caillot, qui, d’abord mince, prend plus tard un 
plus grand accroissement, et finit par remplir tonte l’extrémité du 
vaisseau coupé. Il s’établit ensuite des adhérences qui transforment le 
tube artériel dans l’étendue de 5 à 6 lignes, en une espèce de cordon 
fibreux. 

‘7- 



( 252 ) 

Ce court aperçu fera sentir, nous l'espérons , les avantages «le l’ex¬ 
périmentation en thérapeutique. 11 est des moyens extraordinaires 
dont on ne comprend pas l’action ; mais est-ce un motif pour les rejeter, 
lorsque les faits parlent assez haut pour imposer une conviction ? 

Le liquide hémostatique de MM. Talrich et Halma-Grand nous pa¬ 
raît une découverte précieuse ; nous n’en connaissons pas encore la 
composition, parce que ces médecins veulent réserver pour eux seuls la 
possibilité de continuer leurs expériences sur les hémorrhagies ; mais 
nous avons constaté ses effets, et nous les faisons connaître : nous 
sommes en cela fidèles à nos principes, qui sont en thérapeutique de 
raisonner moins que d’appliquer. 

Les pièces anatomiques, dont nous offrons la description, ont un 
tout autre intérêt que celui de la curiosité; elles montrent d’une manière 
satisfaisante la marche que suit la nature pour la guérison des blessures 
des artères. Jusqu’à présent on n’avait pu étudier que d’une manière 
très-incomplète le travail réparateur qui fait parvenir à ce résultat ; il 
est facile d’en apprécier la cause : deux seuls moyens certains existaient 
pour arrêter une hémorrhagie grave : la ligature et la compression ; 
mais en les employant, le cours du sang était suspendu, et par con¬ 
séquent il était impossible déjuger des efforts réels de l’organisme pour 
la réparation du désordre. Aucune compression n’étant exercée dans 
l’application du liquide hémostatique, la nature a seule le soin de la gué¬ 
rison j seule elle dispose les caillots, les solidifie, et tous les phénomènes 
qui s’opèrent sont dus à ses efforts curateurs. 

Nous ne finirons pas cet article sans engager MM. Talrich et Halma- 
Grand à continuer, avec le même zèle et la même intelligence, les ex¬ 
périences qu’ils ont commencées. Nous regrettons que ce ne soit en¬ 
core que sur des animaux que les bons effets de leur liquide hémosta¬ 
tique aient pu être constatés. Espérons que les chirurgiens d’hôpitaux 
s’empresseront de leur offrir bientôt l’occasion de juger de son effica¬ 
cité sur l’homme. Il n’est pas de jour où il n’y ait à l’Hôtel-Dieu, la 
Charité ou la Pitié, des cas où leur liquide pourrait être employé. 
L’intérêt de l’humanité le demande ; sachons en effet si, dans une bles¬ 
sure d’artère, dans certains anévrysmes, dans une extirpation d’hé- 
morrhoïdes, ou dans tout autre cas d’hémorrhagie grave, nous ne 
pourrions pas nous reposer sur l’efficacité de ce moyen. La chose est 
importante : pourquoi nos chirurgiens se refuseraient-ils à un essai 
qui ne peut avoir aucun inconvénient, aucun danger, et qui peut avoir 
de grands avantages ? 


J. K. 



( a53 ) 

VACCINE. 


LE VIRUS VACCIN A-T-IL DÛC.ÉNÈRÉ ? 

Tant qu’on a cru que ia vaccine ne laissait aucun accès possible à 
la petite-vérole, il n’est venu dans l’esprit de personne de soupçonner 
que le vaccin eût pu de'ge'ne'rer. Les premiers soupçons écrits à cet egard 
remontent à i8i5ou 1816, deux années fécondes en épidémies vario¬ 
leuses. Ce n’est pas qu’il ne se soit élevé de tout temps quelques voix 
éparses contre une infaillibilité absolue ; mais elles avaient d’autres mo¬ 
tifs , et se perdaient dans la foule. 

Mais à peine fut-il publiquement reconnu qu’il n’était pas absolu¬ 
ment impossible que la variole survînt après la vaccine, qu’on voulut 
savoir la cause de ces exceptions ; et l’on s’en prit à l’affermissement 
du vaccin ; les raisons ne manquèrent pas à l’appui de celte hypo¬ 
thèse.' 

Tout change, tout s’altère avec le temps ; pourquoi le vaccin ne 
subirait-il pas la loi commune P Dès lors les boutons prennent un autre 
aspect; ce n’est plus cette vigueur, cette énergie dont parle Jenner , et 
dont les premiers dessins nous retracent l’image. Les phénomènes de 
réaction, l’engorgement des glandes axillaires, ces alternatives de 
frisson et de chaleur, la fièvre vaccinale enfin , n’est pas non plus 
aussi marquée; les cicatrices vaccinales elles-mêmes sont plus superfi¬ 
cielles ; en un mot, tout annonce que la vaccine se détériore, et que la 
plus précieuse des découvertes est menacée d’un discrédit complet et 
prochain. 

Je reprends chacune de ces objections. Ceux qui argumentent de 
l’analogie citent souvent la lèpre, dont les traces sont presque perdues ; 
la petite-vérole, qu’on dit fort adoucie, quoiqu’elle sache bien re¬ 
trouver de temps en temps son ancienne énergie ; le virus syphilitique, 
dont les ravages ne ressemblent point, dit-on , à l’effrayant tableau 
qu’en ont tracé ses premiers historiens, et notamment Fracastor, mé¬ 
decin et poète tout à la fois. 

Je n’entreprendrai pas de discuter ici s’il s’est fait dans le caractère 
de ces maladies tout le changement qu’on dit ; s’il est bien logique de 
confondre les maladies qui, comme la peste, la plique, la lèpre, sont 
en partie le fruit du climat et de la malpropreté, avec les maladies qui, 
comme la rougeole et la petite-vérole, se jouent des climats et de tontes 
les précautions qu’on prend contre elles. Quand le fait serait vrai, 
quand l’analogie serait exacte, quand on se flatterait de voir tous ces 



( 254 ) 

fléaux s’éteindre un jour, on conviendra que nous sommes encore bien 
près de l’origine de la vaccine pour invoquer contre elle les ravages 
du temps. Et puis , si le virus vaccin a dégénéré', le virus varioleux a 
dû dégénérer aussi, et s’ils se suiveut dans leur détérioration , il est 
permis de croire que leurs rapports ne sont pas changés, à moins 
d’admettre pour les deux une échelle de dégradations toute dif¬ 
férente. 

Mais laissons là les inductions si souvent trompeuses de l’analogie, 
et passons à des preuves un peu plus directes. On dit que les pustules 
vaccinales n’ont ni la même vivacité de couleur ni la même régularité 
de forme qu’elles avaient du temps de Jenner. L’aréole qui les entoure 
serait aussi moins étendue et moins vermeille, l’engorgement moins 
considérable. 11 est vrai que Jenner a fait des boutons vaccins une pein¬ 
ture fort animée; mais croit-on de bonne foi qu’elle convient à tous les 
cas ! Il y aurait de la simplicité à le penser. Quand un artiste veut pein¬ 
dre un fruit, une fleur, que fait-il? Il commence par choisir son mo¬ 
dèle , afin de donner une idée plus parfaite de l’objet que son pinceau 
veut représenter. Guidé par le même instinct, Jenner dut faire la même 
chose, il le fit, et il ne s’en cache pas ( page 34—206 ).(1). 

Je n’ai pas vu les boutons que le comité central de vaccine fit dessi¬ 
ner eu 1800 ; mais j’ose assurer , sans crainte d’être démenti, qu’il ne 
les prit pas au hasard; il les choisit parmi beaucoup d’autres, parce 
que rien n’est plus naturel que ce choix, surtout à l’égard d’un objet 
peu connu. Que penserait-on d’un naturaliste qui, pour donner une idée 
juste d’un animal ou d’une plante, s’attacherait à l’individu le plus 
chétif de l’espèce ? 

Malgré cela, la nature nous offre tous les jours des boutons vaccins 
en tout point comparables à ceux dont les premiers vaccinateurs nous 
ont transmis la description ou l’image; c’est la même marche , c’est la 
même durée, la même vigueur; mais ce même virus, qui se développe 
ici sousdesibellesapparences, prend ailleurs les formes les plus chétives. 
C’est que, dans les corps vivans, l’intensité de l’effet n’est pas toujours 
exactement proportionnée à l’intensité delà cause. Avez-vous affaire à 
des enfans pâles , faibles, malingres : soyez assuré que vous aurez des 
boutons laDguissans, mous, sans vigueur. Au contraire, vos enfans 


(1) Cet article devant faire partie d’un ouvrage que H. Bousquet se propose 
de publier sur la vaccine, il est entré dans des développemens et des citations 
que les dimensions de notre journal ne nous permettent pas de donner. C'est à 
regret que nous faisons ces suppressions; mais elles ne nuisent eu rien, ni à l’élé¬ 
gante clarté du style, ni a la suite des idées de l’auteur. ( Note du He'dacl. ) 





( a55 ) 

sont-ils forts, replets, bien en chair : les boutons seront forts, vigou¬ 
reux, tels enfin que vous les voyez dans ces dessins qui vous font dire 
que le vaccin a dégénéré' j parce que vous avez la bonhomie de croire 
que les premiers vaccines avaient tous des boutons pareils au modèle 
que vous ont lègue' les premiers vaccinateurs. 

Après avoir fait le procès aux boutons, on est passe' à la fièvre vac¬ 
cinale. A la même objection , même réponse. Mais quelle devait 

être le'gère, cette indisposition, dans un temps où l’on ne pratiquait 
qu’un seul bouton à chaque bras, et souvent à un seul bras! Pour s’en 
faire une ide'e, il suffit de savoir que les vaccines de ce temps, comme 
les nôtres , ne changeaient rien à leurs jeux , à leurs habitudes. Le 
docteur Marshall écrivait, en 1779, à Jenner, sous la rubrique deCas- 
tington : « Tous les sujets que j’ai vaccines, au nombre de deux cent 
» onze, n’ont pas e'td empêchés un seul moment de suivre leurs habi- 
» tudes ordinaires. » ( 184) 

Le même dit ailleurs qu’il vaccinait impunément les femmes grosses. 
Certes nos vaccinés ne feraient pas mieux aujourd’hui ; et je ne pro¬ 
mettrais même pas que sur deux cent onze il ne s’en trouvât pas plusieurs 
qui, moins heureux que ceux de Marshall, ne fussent contraints de dé¬ 
roger passagèrement à leurs habitudes. 

II nous reste à examiner les cicatrices que la vaccine laisse après elle. 
Les fauteurs de la dégénérescence soutiennent qu’elles sont moins 
marquées aujourd’hui qu’autrefois ; c’est la conséquence de ce qu’ils 
ont dit des boutons auxquels elles succèdent. Il serait difficile d’en ju¬ 
ger sur la description de Jenner, car il indique les choses plutôt qu’il 
ne les décrit. Si, à défaut de renseignemens, on compare, sous ce rap¬ 
port, les anciens vaccinés avec les nouveaux, on apercevra peut-être 
des différences j mais rien de fixe, rien de propre à lever les incerti¬ 
tudes. Tel a des cicatrices vaccinales très-superficielles, et tel autre en 
a de très-profondes , sans qu’on puisse saisir aucun rapport, ni avec la 
date de la vaccine, ni même avec l’énergie des pustules. C’est ainsi que 
la petite-vérole, au même degré, marque à peine les uns, tandis qu’elle 
défigure les autres. Cela dépend très-probablement de la délicatesse de 
la peau. Le temps a cependant une influence incontestable sur les cica¬ 
trices vaccinales, comme, au reste, sur toutes les autres; et s’il ne par¬ 
vient pas à les effacer complètement, il les atténue, les blanchit, il 
tend enfin à les ramener au ton général de la peau. 

Tout récemment M. le docteur Fiard a élevé une objection dont on 
ne s’était pas avisé avant lui : il a tenté d’inoculer le vaccin à soixante- 
dix vaches environ, sans pouvoir y parvenir, et, de ce mauvais succès, 
il a cru pouvoir déduire que le vaccin a perdu de son énergie. Je con- 




( 256 ) 

viens que c’est jouer de malheur; mais si M. Fiard croit que cette ino¬ 
culation réussissait beaucoup mieux autrefois, il se trompe ; elle a 
échoué et dû échouer de tout temps dans l’immense mojorité des cas : 
il y a de cela plusieurs raisons. 

A la difficulté qu’on éprouve à retrouver le cow-pox, il est à croire 
que toutes les vaches ne sont pas susceptibles de L contracter. En se¬ 
cond lieu, si, comme il est probable, la picote des vaches est sujette 
aux mêmes lois que la variole de l’homme, elle ne revient pas, ou ne 
revient du moins que très-rarement ; ainsi, il peut très-bien se faire 
qu’on tombe, soit à des vaches qui ont eu la picote, soit à des vaches 
qui ne doivent pas l’avoir, deux causes infaillibles d’insuccès. Un troi¬ 
sième tient à la nature même de l’opération. Quand un virus est pro¬ 
pre à une espèce, sans doute il se communique facilement d’un indi¬ 
vidu à un autre individu de la même espèce ; mais s’il s’agit de faire 
passer un virus d’une espèce à une autre espèce, c’est tout autre chose : 
cette transmission, j’ai presque dit cette naturalisation , éprouve tou¬ 
jours plus ou moins de difficultés. 

Finalement, je suis convaincu que, dans l’état actuel des choses , il 
est impossible de dire si l’inoculation du vaccin à la vache est plus ou 
moins difficile en i83o qu’elle ne l’était en 1800. 

Ce n’est, à mon avis , ni dans cette épreuve, ni dans les boutons, ni 
dans la fièvre, ni dans la cicatrice, qu’il faut chercher les preuves de 
cette dégénérescence. La question n’est pas là ; mais nous avons dû 
nous placer sur le terrain de nos adversaires, et supposer avec eux 
qu’il y a un rapport, une connexion étroite et nécessaire entre les ef¬ 
fets de la vaccine ctles signes par lesquels elle se montre à l’extérieur. 
Il est plus probable cependant qu’ils ne peuvent fournir que des pré¬ 
somptions ; encore ces présomptions vont-elles contre l’analogie , l’ex¬ 
périence ayant appris que la petite-vérole la plus confluente et la plus 
grave ne met pas à l’abri de la récidive plus sûrement que la petite- 
vérole la plus discrète et la plus douce. 

Dans tous les cas, la question, disons-nous , est mal posée : on veut 
savoir si la vaccine a dégénéré 5 ne cherchons pas les preuves de cette 
dégénérescence dans ses caractères extérieurs, allons droit au but. Que 
feraient en effet les signes extérieurs, s’il était prouvé que la vaccine 
prévient la petite-vérole aussi bien aujourd’hui qu’autrefois ? 

Pendant long-temps, il semble en vérité qu’on ait tenu à honneur de 
soutenir l’inviolabilité de la vaccine envers et contre tous ; on s’offen¬ 
sait même d’un doute; les faits tant soit peu suspects étaient impitoya¬ 
blement rejetés comme faux ou mal observés. Dès 18o3 , les médecins 
de Londres crurent reconnaître des varioles et des varioloïdes sur des 




( 25 7 ) 

vaccinés ; mais telle e'tait leur confiance dans la vaccine qu’ils doutaient 
de ce qu’ils voyaient; ils n’en croyaient pas leurs yeux. 

Il est arrivé de là que plus tard, loi-squ’il a fallu se rendre à l’évi¬ 
dence, on n’a trouvé rien de mieux, pour justifier une ancienne in¬ 
crédulité, que d’imaginer que le vaccin avait dégénéré. Ainsi l’erreur 
de nos prédécesseurs fait notre embarras. C’est pour avoir d’abord 
trop bien présumé de la vaccine qu’on l’accuse aujourd’hui d’impuis¬ 
sance. 

Sans doute, si on compare ces temps d’illusion avec les temps où 
nous vivons, la comparaison nous sera défavorable; nous venons d’en 
dire la raison. C’est à la réflexion à faire la part des deux époques et 
à rétablir la vérité. 

Il est juste aussi de reconnaître que, dans les premières années de 
la vaccine, les faits dont nous parlons devaient être beaucoup plus 
rares : ceci soit dit sans accuser la vaccine. Ils étaient plus rares parce 
qu’il y avait moins de vaccinés. Personne ne peut s’étonner qu’à mesure 
que le nombre des vaccinés s’est accru, celui des exceptions se soit ac¬ 
cru dans la même proportion. 

Mais pour soutenir que la vaccine a dégénéré, il faudrait que toute 
proportion fût interrompue ; il faudrait que les derniers vaccinés, ayant 
naturellement reçu le plus mauvais vaccin, fussent, par cette raison , 
moins bien préservés que les premiers, qui, dans l’hypothèse , ont né¬ 
cessairement reçu le meilleur vaccin. C’est aussi ce qu’a dit M. Brisset, 
et en cela, du moins, il s’est montré conséquent. 

Malheureusement pour lui, les dernières épidémies varioleuses n’ont 
pas tenu le même langage. M. Honorât de Dignes , MM. Robert, Bous¬ 
quet, Favartde Marseille, disent avoir observé juste tout le contraire; 
c’est-à-dire que les vaccinés résistèrent d’autant mieux à la variole que 
la vaccine était plus récente. M. Honorât fut tellement frappé de la dif¬ 
férence, qu’il a cru pouvoir partager les vaccinés en trois classes, sui¬ 
vant la date de la vaccination. C’est une autre question que nous exa¬ 
minerons en son lieu. 

Je me contente d’observer ici que tout ce qui tend à faire croire que 
l’action de la vaccine s’affaiblit avec le temps dans le corps du vacciné, 
implique contradiction avec l’opinion de ceux qui prétendent que le 
vaccin a dégénéré. En effet, je le répète, si le vaccin a dégénéré, ce 
ne sont pas les premiers, mais les derniers vaccinés qui auraient surtout 
à redouter la variole, puisque la vaccine était sur son déclin lorsqu’ils 
en ont fait usage. 

J’admets que les médecins de Marseille aient trop généralisé leurs 
observations : on remarquera pourtant qu’ils citent au moins ce qu’ils 




( a58 ) 

ont vu, tandis que ceux qui parlent de la dégénérescence du vaccin 
raisonnent plutôt par conjecture : or il y a loin d’une conjecture à un 
fait. J’admets encore que les derniers vaccines n’ont aucun avantage sur 
les premiers, mais au moins m’accordera-t-on qu’ils n’en ont pas moins : 
c’est tout ce que je demande en ce moment. 

Il serait difficile, ce me semble, d’agir avec plus de franchise, avec 
plus de de'sinte'ressement. L’autorité' de ceux qui pensent que la vaccine 
pourrait bien n’avoir qu’une action temporaire e'tant favorable à ma 
thèse, j’y renonce, loin de chercher à m’en prévaloir. Je ne songe 
qu’à égaliser les termes du problème. Pour cela , il ne faut pas com¬ 
parer les premiers avec les derniers vaccines, puisque, par des consi¬ 
dérations étrangères à l’objet en discussion, on peut croire que l’avan¬ 
tage doit rester à ceux-ci ; mais qu’on prenne un nombre égal de vac¬ 
cines aux deux extrémités d’une période donne'e , et qu’on les consi¬ 
dère à la même distance de la vaccination, soit mille vaccines de 1800 , 
et mille vaccines de 1 8i5, je dis que, toutes choses égalés, ceux-ci 
ne seront ni plus ni moins heureux en i83o que ceux-là ne le furent 
en i8i5. 

Si l’on se refuse à cette conséquence, que faire? Examiner encore 
les boutons, la fièvre vaccinale, les cicatrices, etc. ? Non, il faut sou¬ 
mettre la vaccine à de nouvelles e'preuves, et la traiter en i83o , pour 
savoir si elle n’a rien perdu de ses propriétés, comme on la traita en 
1800 , lorsqu’il s’agissait de constater ces propriétés; il faut mêler les 
vaccines avec les varioleux; il faut leur inoculer la variole ; il faut enfin 
les observer sous l’influence des e'pide'mies varioleuses. La dernière par¬ 
tie de cet examen est la plus facile à cause du retour pe'riodique de la 
variole : la correspondance même de l’Académie pourrait y suppléer 
abondamment. Que ne puis-je la mettre tout entière sous les yeux de 
mes lecteurs ! Elle est de nature à satisfaire les plus difficiles : ils y ver¬ 
raient que pour un médecin qui penche vers la dégénérescence du vac¬ 
cin , il en est cent et plus qui la nient ; et je remarque que ces derniers 
sont précisément ceux qui ont fait une étude spéciale de la vaccine, qui 
la cultivent et la pratiquent sans interruption, depuis son introduction 
en France jusqu’à présent. Tels sont MM. Barrey de Besançon, Ne'dey 
de Yesoul, Labesque d’Agen, Dupuy de Bordeaux, Valentin et Ser- 
rières de Nancy, etc. 

Ainsi, soit qu’on regarde aux choses, soit qu’on recueille les opi¬ 
nions , tout concourt à prouver que le vaccin n’a pas dégénéré , et que 
la vaccine n’a rien perdu de sa valeur. Bousquet. 



( ^9 ) 

CHIMIE ET PHARMACIE. 


FORMULES DE PLUSIEURS PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES. 

Les compositions pharmaceutiques qui doivent leurs propriétés au 
fer sont rarement employées en médecine. Il est certain cependant qu’il 
existe un grand nombre de cas dans lesquels on pourrait les prescrire 
utilement. Cela tient d’une part à ce que nous n’avons qu’un petit nom¬ 
bre de ces médicamens, et de l’autre à ce qu’ils n’agissent pas toujours 
de la même manière sur nos organes ; ce qui est dû à la fois à la diffi¬ 
culté de les doser exactement et à la facilité avec laquelle plusieurs 
changent de nature. 

M. Béral a pensé avec raison qu’on recevrait avec quelque intérêt 
la communication des formules de plusieurs médicamens officinaux 
qui, exactement dosés et stables dans leur composition, ne peuvent va*- 
rier dans leur manière d’agir. Yoici les formules que nous empruntons 
au Journal de Pharmacie. 

Préparations chimiques. — Perchlorure de fer liquide. — 
if. Peroxide de fer, 5 onces ; acide hydrochlorique, 19 onces. Mêlez 
dans une capsule de platine, et faites bouillir pendant dix minutes 
pour dissoudre l’oxide ; concentrez la dissolution à 15 onces à l’aide 
d’une chaleur analogue à celle du bain-marie ; laissez refroidir, et filtrez 
au papier. — Cette dissolution a une couleur rouge brun ; étendue 
d’eau, elle est jaunâtre si l’hydrochlorate est neutre, et presque inco¬ 
lore s’il est acide. Elle n’ost pas décomposée par l’action de l’air comme 
celle du protoxide. 

Perchlorure de fer cristallisé. — Pour obtenir ce produit, on verse 
une livre de perchlorure liquide dans une capsule de porcelaine, et 8 
onces de potasse caustique liquide dans une autre ; on pose ces deux 
capsules sur un plateau de verre, et on les recouvre avec une cloche. 
Au bout de 10 à 15 jours, le chlorure cristallise presque en entier sous 
forme de mamelons granulés ; on décante le liquide qui les recouvre, 
et on les fait égoutter en renversant la capsule sur un plateau pour évi¬ 
ter l’action de l’air. Ce chlorure est presque neutre et très-déliquescent. 
On doit le conserver dans un flacon à large ouverture bouché à l’émeri. 
L’emploi du perchlorure de fer, ainsi cristallisé, permet de doser exac¬ 
tement les préparations dont il forme la base médicamenteuse. 

Acétate de peroxide de fer. — If Acide acétique concentré, 16 
onces; peroxide de fer récemment précipité, environ 8 onces. Faites 
chauffer l’acide dans une capsule de platine, et saturez avec l’oxide, 
en ayant le soin d’en mettre en excès. Retirez du feu; laissez refroidir, 



( 160 ) 

cl filtrez au papier. — Celte dissolution est d’un rouge vif, toujours 
acide, et indécomposable par l’action de l’air. On peut la mcler en 
toutes proportions avec l’eau, l’alcool et l’éther; mais avec ces deux 
derniers liquides elle forme un léger précipité au bout de quelques 
li cures. 

Citrate de peroxide de fer. — if Acide citrique cristallisé, 4 on¬ 
ces; eau distillée, 4 onces; peroxide de fer récemment précipité , en¬ 
viron 8 onces. Pesez l’eau et l’acide dans une capsule de platine , et 
chauffez-les ; lorsque l’acide sera dissout et la dissolution bouillante , 
saturez avec l’oxide, en ayant le soin d’en mettre en excès. Laissez re¬ 
froidir, et filtrez. La quantité de citrate liquide devra être de 16 onces. 
Il faudra donc, selon que l’oxide sera plus ou moins humide , ajouter 
de l’eau ou concentrer le médicament. Cette observation s’applique 
aussi à l’acétate, dont la quantité devra être de 24 onces. —Cette dis¬ 
solution a une couleur rouge très-foncée; elle est toujours acide, mais 
moins que la dissolution acétique. Étendu en couche mince sur une 
glace et porté à l’éther, ce liquide salin se solidifie promptement, et se 
détache de lui-même en écailles ou lanières transparentes et d’une belle 
couleur d’hyacinthe. Ainsi desséché, le citrate de fer est soluble dans 
l’eau ; mais il s’y dissout si lentement qu’on croirait d’abord qu’il y est 
insoluble. 

Tartrate de potasse et de fer. — if Bi-tartrate de potasse en pou¬ 
dre, 8 onces; eau distillée, 24 onces; peroxide de fer récemment pré¬ 
paré, q. suffis. Mêlez l’eau et la crème de tartre dans une capsule 
de platine, et portez le mélange au degré d'ébullition. Ajoutez-y alors 
autant de peroxide de fer humide que le liquide pourra en dissoudre ; 
saturez avec suffisante quantité de liqueur de potasse caustique, filtrez 
et concentrez de manière à obtenir 20 onces de liquide. Pour obtenir 
ce sel à l’état solide, après avoir concentré le tartrate liquide jusqu’en 
consistance sirupeuse, on le dessèche sur les parois d’une bassine que 
l’on agite en tous sens au-dessus d’un feu modéré, jusqu’à ce qu’il se 
détache en écailles. — Dans cet état, ce sel est solide, transparent, 
d’une couleur foncée, et très-soluble dans l’eau. Comme il attire un peu 
l’humidité de l’air, il faut le conserver dans un flacon bien bouché. 
On peut l’employer en pilules, s’en servir pour composer des boissons 
ferrugineuses, en faire, comme du citrate, la base d’un sirop et d’un 
saccharolé. 

Acétate d’ammoniaque et de fer liquide. — il Acétate d’ammo¬ 
niaque liquide, \!\ onces; acétate de peroxide de fer liquide, 2 onces. 
Mêlez. — Cet esprit de Mindérerus ferré a une couleur rouge très- 
foncée. 




( 2Gi ) 

Pour préparer l’oxide de fer, indique' ci-dessus sous le nom de per 
oxide de fer récemment précipité , on e'tcnd du perchlorure de fer 
liquide dans une grande quantité' d’eau ; on précipite le fer par l’am¬ 
moniaque^ on lave à grande eau et à plusieurs reprises ; on filtre à 
travers un blanchet, et on soumet le marc à une pression de i oo livres, 
jusqu’à ce qu’il ne passe plus d’eau. On obtient une masse pâteuse for- 
me'e d’oxide de fer et d’eau. 

Préparations pharmaceutiques. — Alcoolé de perchlorure de 
fer. — if Hydralcool, 14 onces ; perchlorure de fer cristallisé, a on¬ 
ces. Dissolvez le chlorure dans le véhicule ; laissez agir pendant 4B 
heures , et filtrez au papier. — Cet alcoolé a une couleur jaune dorée 
et une saveur styptique très-prononcée. Il se mêle à l’eau sans la trou¬ 
bler; l’aime l’altère pas. 

Étkérolé de perchlorure de fer. — if. Éther sulfurique rectifié, 
i 4 onces; perchlorure de fer cristallisé, a onces. Pesez l’éther dans 
un flacon; ajoutez-y le chlorure, et agitez jusqu’à ce qu’il soit dis¬ 
sous. Laissez en repos pendant 24 heures, et décantez ensuite. — 
Cet éther sulfurique ferré, ou teinture de Bcstucheff, a une couleur 
jaune verdâtre. Préparé comme nous venons de le dire, ce médica¬ 
ment sera toujours identique dans sa composition, toujours constant 
dans ses effets. Pour la préparation de cet éthc'rolé, plusieurs pliarma- 
cologistes prescrivent d’ajouter de l’alcool à l’éther. Cette addition est 
indispensable si on emploie du perchlorure liquide, inutile si on se sert 
du cristallisé. 

Sirop de perchlorure de fer. — if Sirop hydrolique simple, 23 
onces; perchlorure de fer cristallisé, 1 once. Pesez le sirop dans un 
flacon, et ajoutez-y le chlorure, qui se dissoudra de lui-même en peu de 
temps. — Ce sirop a une belle couleur jaune dorée, et une saveur fer- 
rugnieuse très-prononcée. Il est inaltérable à l’air. Mélangé avec de 
l’acétate d’ammoniaque, il se colore en rouge, et cette coloration est 
due à de l’acétate de fer formé. 

Alcoolé d’acétate de fer. — ^Hydralcool, i4 onces; acétate de 
peroxide de fer liquide, 2 onces. Mêlez ; laissez agir pendant 48 
heures, et filtrez. — Ce médicament est rouge, acide, soluble dans 
l’eau, inaltérable par l’action de l’air. 

Éthérolé (T acétate de fer. — if Éther acétique, 8 onces ; acétate 
de peroxide de fer liquide, 8 onces. Mêlez ; laissez agir pendant 48 
heures, et décantez. — Cet éther acétique ferré a une couleur rouge 
très-foncée. Il se dissout dans l’eau en partie , et ne la trouble pas. 

OEnolé d'acétate de fer. — if Vin de Chablis privé de son prin¬ 
cipe astringent, iG onces ; acétate de peroxide de fer liquide, 8 scrup. 



( l&'l ) 

Mêlez. — Lorsqu’on emploie du vm blanc en nature pour la prépara¬ 
tion de ce vin clialibé, la matière astringente qu’il contient agit sur 
l’acétate de fer, le décompose, et donne au médicament une teinte 
noirâtre. Pour le débarrasser de cette matière, on y délaie un ou deux 
gros de peroxide de fer nouvellement précipité et bien lavé, on les 
laisse en contact pendant deux ou trois jours, en ayant le soin d’agiter 
le mélange de temps à autre, et on filtre. 

Sirop d'acétate de fer. — if Sirop hydrolique simple, 15 onces ; 
acétate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez. — Légèrement 
acide, ce sirop est presque aussi agréable que celui de vinaigre. Il est 
rouge comme toutes les préparations de fer acétate'. 

Sirop d'acétate d'ammoniaque et de fer. — % Acétate d’ammo¬ 
niaque et de fer liquide, 6 onces; sucre Raguenct cassé en morceaux, 
10 onces. Faites dissoudre à froid ou à la chaleur du bain-marie. 

Alcooléde citrate de fer. — if Hydralcool, i5 onces; alcoolat de 
citron, i once; citrate de peroxide de fer liquide, 2 onces. Mêlez 
d’abord l’cau-de-vic et le citrate dans un flacon, et ajoutez-y ensuite 
l’alcoolat. 

OEnolé de citrate de fer. — if Vin de Chablis privé de matière 
astringente, 16 onces; citrate de peroxide de fer liquide, 8 scrup. 
Mêlez. 

Sirop de citrate de fer. — if Sirop hydrolique simple , 15 onces ; 
citrate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez, et aromatisez 
avec i gros d’alcoolat de citrons. — Ce sirop est rouge et très-agréable 
au goût. Il est acide, mais très-faiblement, et la saveur du fer s’y re¬ 
connaît à peine. 

Saccharolé de citrate de fer. — if Sucre Raguenct réduit en pou¬ 
dre, il onces; citrate de peroxide de fer liquide, i once. Mêlez 
exactement; faites sécher le mélange à l’étuve, et réduiscz-le en poudre. 
On peut aromatiser ce saccharolé avec 6 gouttes d’ole'ule de citron, 
et remplacer le citrate liquide par du citrate en poudre. 

Tablettes de citrate de fer. — if Saccharolé de citrate de fer, 16 
onces; mucilage de gomme arabique, 16 gros. Faites une pâte , et 
divisez-la en tablettes de forme orbiculaire et du poids de 12 grains. 
Chaque tablette contiendra un grain de citrate de fer. 

On peut préparer un tartrate de fer neutre et entièrement soluble, 
dont je communiquerai plus tard la formule. 



( ?63 ) 

CHOLÉRA-MORBUS. 


La commission medicale de Berlin a publie' une instruction sur les 
symptômes , la marche et le traitement du chole'ra-morbus. Cette in¬ 
struction vient d’être traduite par un des rédacteurs d’un journal heb¬ 
domadaire. Nous nous bornerons aujourd’hui à faire connaître quel¬ 
ques-unes des règles de traitement qu’elle donne. 

« Dans le premier temps, l’indication la plus importante est de di¬ 
minuer la rc'plétion du système veineux et des troncs vasculaires des 
cavités splanchniques. On remplit cette indication par une saignée faite 
le plus tôt possible, et répétée suivant les circonstances, en ayant tou¬ 
jours égard aux dispositions individuelles. 

» Chez des sujets jeunes, outre la saignée, on a appliqué avec avan¬ 
tage des sangsues dans la région épigastrique. Quelquefois la saignée, 
faite à des personnes robustes et pléthoriques, lorsqu’il n’existait que 
des symptômes précurseurs, a pu empêcher l’invasion de la maladie; 
chez d’autres, on a obtenu le même résultat, en administrant une tasse 
de café noir, avec cinq à six gouttes de teinture d’opium. 

» Immédiatement après la saignée, on doit recourir aux moyens 
irritans, appliqués sur la peau, pour déterminer un afflux plus consi¬ 
dérable de sang à la périphérie du corps : cette excitation extérieure 
amène non-seulement une moindre re'plétion des vaisseaux intérieurs, 
mais encore des sueurs abondantes favorables. Les principaux irritans 
cutanés sont des bains entiers, à la température de trente degrés Re'au- 
mur; on peut les rendre plus actifs en y ajoutant du vinaigre, du sel 
de cuisine, de la moutarde , etc. Des bains de vapeurs de vinaigre, 
surtout l’aromatique, sont d’un emploi assez facile : il suffit d’envelop¬ 
per le malade de couvertures jusqu'au cou, de le mettre sur une chaise, 
sous laquelle on place des briques chauffées au rouge, qu’on arrose 
avec le vinaigre aromatique. 

» D’après l’indication du professeur Blumenthal, à Gharkow, on a 
beaucoup employé, en Russie, pour les frictions, le liniment suivant : 


if. Thériaque.3 gros. 

Acide nitrique étendue.a onces. 

Huile de térébenthine.3 onces. 

Miel épuré. i once. 

Esprit de vin rectifié. 6 onces. 


On emploie encore avec avantage des sinapismes, rendus plus ac¬ 
tifs, s’il est nécessaire, par l’addition d’acide sulfurique. Le raifort 
pilé est aussi appliqué sur les mollets, la plante des pieds, les bras, 
la région épigastrique. 

» Ce n’est pas sans quelque utilité que les médecins russes ont fait 
couvrir les malades avec de la semence chaude de foin, ou des sachets 
remplis d’avoine torréfiée. 

» On a souvent retiré de bons effets de la cautérisation, à l’aide de 
l’acide sulfurique concentré; elle s’obtient en plaçant sur chaque côté 
de la région épigastrique un petit morceau de toile, large d’un à deux 








( 264 ) 

pouces, qu’on trempe dans cet acide. On le laisse applique' jusqu’à la 
formation de l’escliarre, dont on doit se contenter d’attendre la sépara¬ 
tion spontanée. L’expérience n’a point encore jusqu’à présent parlé en 
faveur de l’emploi des moxas ou du fer rouge. 

» Au lieu d’opium pur, quelques médecins prescrivent la poudre de 
Dower; d’autres, l’extrait de noix vomique, dont les effets ne sont pas 
très-satisfaisans. 

» Le docteur Neumann, de Neustadt, appuyé sur l’expérience qu’il 
a acquise en traitant avec succès un grand nombre de choléras sporadi¬ 
ques, conseille, dans les deux premiers stades du choléra régnant ac¬ 
tuellement, le mélange suivant : 


if. Vin stibié. i gros. 

Esprit muriatique éthéré.a scrup. 

Teinture thébaïque. i scrup. 


Mêlez. A prendre toutcslesdemi-heures, ou chaque heure dix gouttes 
sur du sucre en poudre, sans addition d’eau ou d’autre liquide. 

» Quand les vomissemens ont déjà commencé, une dose de ce médi¬ 
cament est prise immédiatement après chacun d’eux, ou après les ef¬ 
forts que les malades font pour vomir ; il avertit de ne point adminis¬ 
trer le mélange indiqué en trop grande quantité. 

» Dans la convalescence, on conseille les amers et les substances 
aromatiques; lorsqu’il y a constipation habituelle, une émulsion avec 
l’huile de ricin est convenable. » 


VARIÉTÉS. 


Retour de Pologne de M. Legallois. ■— C’est avec joie que les 
médecins apprendront l’arrivée prochaine de M. Legallois à Paris. La 
santé de notre honorable confrère s’est assez raffermie pour qu’il ait pu 
quitter la Pologne : une lettre qu’il a écrite à M. Esquirol apprend qu’il 
est à Dresde en ce moment. 

— Examen dans les Facultés de Médecine. — La Faculté de 
Médecine de Paris avait, d’après les motifs que nous avons déjà fait 
connaître, demandé le rétablissement de l’ancien mode d’examen. Le 
Conseil royal de l’instruction publique, qui avait paru apprécier ces 
motifs, a pris cependant un arrêté qui n’est point conforme à ce que la 
Faculté attendait. Voici le mode d’examen qui sera suivi cette année 
dans les écoles de médecine : le premier examen se passera apres la 
quatrième inscription ; le second après la douzième, et les trois autres 
et la thèse seront subis après la seizième. On annonce une réclamation. 






( a65 ) 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 

MALADIES DE LA VOIX. 

HOU VE AU TRAITEMENT DE QUELQUES AFFECTIONS DE l’orGANB 
DE LA VOIX. 

II y a environ onze mois que je soumis aux lumières de l’Academie 
des sciences un mc'moire sur quelques maladies du gosier affectant par¬ 
ticulièrement l’organe de la voix. J’appelais alors l’attention soit sur 
la nature de ces maladies, soit sur le mode de traitement par lequel je 
les avais combattues avec succès dans plusieurs cas. 

L’expose que je présentai devint l’objet d’un rapport dans lequel on 
voulut bien louer mes efforts et m’encourager à continuer mes expé- 
riences. Aujourd’hui j’apporte des faits nouveaux et des observations 
tellement concluantes que, je n’he'site pas à le dire, il ne me reste plus 
le moindre doute sur l’efficacité' d’un moyen curatif dont l’application 
offre les résultats les plus satisfaisans. Dans l’intérêt de l’humanité, 
comme dans l’intérêt de la science, il m’importait que des faits de cette 
nature fussent constatés d’une manière irrécusable. 

Je n’omettrai rien de ce que je puis dire afin de faciliter les essais à 
quiconque voudra expérimenter après moi ; ainsi pourront s’ajouter des 
faits intéressons à ceux qui me sont propres; ainsi il ne subsistera plus 
aucun doute sur le mode d’administration des astringens, et surtout de 
l’alun dans certaines affections de l’organe de la voix, et je recueillerai 
la satisfaction d’avoir contribué à la guérison de maladies si fréquentes 
et si rebelles à d’autres moyens, autant par la publicité que j’aurai don¬ 
née à mes recherches que par mon expériènee personnelle. 

Une remarque que je ne dois pas négliger de faire avant d’aller plus 
loin, c’est que s’il est indispensable, lorsqu’on s’est pénétré de l’effi¬ 
cacité des gargarismes, de bien connaître les divers modes d’adminis¬ 
tration de l’alun, il ne l’est pas moins de diagnostiquer avec.précision 
• les maladies qui peuvent contre-indiquer ce traitement comme inutile, 
ou même comme nuisible, ainsi que celles dont il doit opérer la guérison. 

La maladie est-elle caractérisée simplement par une atonie dans les 
organes modificateurs de la voix, par la teinte pâle de la membrane mu¬ 
queuse qui tapisse le gosier, jointe à la difficulté du jeu des muscles 
constricteur supérieur du phaiynx,des staphylins, delà langue, etc. ; 
je conseille et j’emploie en toute sûreté le traitement suivant : 

i°des gargarismes répétés trois ou quatre fois par jour, d’après la 
formule ci-jointe : 

■TOM. î. g* liv. 18 



( 266 ) 

if Sulfate (l’alumine, 3j. 

Décoction d’orge bien filtrée, § ij. 

Sirop diacode, 5 G. 

F. S. L. un gargarisme. 

Je marque cette formule du numéro i, et, selon les indications, je 
le porte graduellement jusqu’aux numéros 12,14, >6, et même da¬ 
vantage, en ajoutant à chaque numéro un gros d’alun, c’est-à-dire en 
saturant la décoction d’orge d’un gros de ce sel pour chaque numéro ( i ). 

La dose, élevée seulement jusqu’aux numéros 3, 4 ou 5 , suffit dans 
beaucoup de cas. 

2 0 Pendant les premiers jours du traitement, je fais faire deux ou 
trois fois par jour, sur la région cervicale antérieure ,des frictions avec 
la pommade suivante : 

if. Extrait de belladone, g xij. 

Eau-de-vie camphrée, § iv. 

M. S. L. 

Dans les affections rhumatismales, l’extrait de jusquiamc remplace 
à la même dose celui de belladone. 

Des que l’atonie est diminuée par ce premier traitement, je cherche 
à exercer la voix ; de même que dans la photophobie, après la cessation 
des symptômes dominans, je conseille la lumière du jour. Ainsi j’en¬ 
gage le malade, s’il est chanteur, à faire graduellement plusieurs gam¬ 
mes de suite, et je les indique en même temps que le moyen de régler 
son haleine. 

Si, au contraire, le malade n’est pas musicien, je le prie de décla¬ 
mer à haute voix, ou bien d’émettre différens sons analogues, autant 
que possible, à ceux de la gamme chantante. C’est par suite d’un pa¬ 
reil exercice pendant la convalescence que je suis parvenu à faire chan¬ 
ter des personnes qui, sous le rapport de la voix et de l’oreille, ne se 
croyaient aucune disposition pour le chant. 

On peut remarquer que cette seconde partie du traitement, qui m’est 
propre, diffère essentiellement des conseils donnés en pareil cas par la 
plupart des médecins qui, n’ayant en vue que l’axiome banal, ubi do- 
lor, ibi fluxus , recommandent à leurs malades de ne pas parler, et à 
plus forte raison de ne pas chanter. En ce point comme en beaucoup 

(t) Je ne sais si l'addition d’une si grande quantité de sulfate d’alumine ajoute 
une action plus énergique au gargarisme, arrivé à l’état de complète saturation; 
le liquide no dissout plus le sel qu’on ajoute, et celui-ci doit se précipiter au 
fond du vase. Quoi qn’il en soit, on peut suivre ies formules données , car 
l'expérience prononce, et l'alun, porté en nature sur la gorge, n’a dans ces cas 
aucun inconvénient. ( .Vote du Rtfdact.) 



( 267 ) 

d’autres, les faits sur lesquels je base ma me'thode se trouvent en op¬ 
position avec les théories admises. 

Maintenant si l’on me demande pourquoi les malades doivent parler 
à haute voix lorsque l’aphonie dépend d’un affaiblissement de l’organe 
vocal, je répondrai que c’est parce que chez éux la phonation manque 
des principales conditions nécessaires à l’exercice de cette fonction; 
s’cflbrcent-ils de parler à haute voix ou de chanter, la vitesse de l’ha- 
leine augmente par une plus forte impulsion, donne plus d’intensité à 
tous les sons, et leur imprime en même temps plus d’acuité. Joignez 
à ce premier point le changement qu’éprouvent les organes producteurs 
et modificateurs de la voix dans leur forme et leur consistance, et vous 
trouverez les raisons d’après lesquelles je me suis déterminé ; de là ré¬ 
sulte l’importance pour un chanteur d’avoir le plus grand développe¬ 
ment possible dans l’ensemble de ses organes respiratoires, et surtout 
dans ses poumons ; et pour en citer un exemple puisé dans les contraires, 
ne sait-on pas que si la plupart des sourds-muets succombent à la 
phthisie pulmonaire, c’est que leurs poumons s’affaiblissent, éprou¬ 
vent un arrêt de développement, et tendent même à s’atrophier par le 
seul fait du défaut de l’exercice de la parole. L’anatomie comparée offre 
aussi un grand nombre de faits à l’appui de ce que j’avance. 

Je viens d’indiquer le traitement que j’emploie généralement ; je dois 
maintenant dire quelque chose des modifications qu’il doit subir selon 
les variétés et les complications de la maladie. 

De toutes les causes qui nécessitent des modifications thérapeutiques, 
la plus commune et la plus essentielle en même temps, c’est l’influence 
sympathique de quelques autres organes sur celui de la voix. 

Tous les praticiens savent quelle sympathie remarquable existe entre 
la matrice et l’organe de la voix chez les femmes, tant dans l’état de 
santé que dans celui de maladie. 

Ainsi, à l’approche des règles, pendant leur durée, ou à leur cessa¬ 
tion , on a journellement l’occasion d’observer chez différentes femmes 
des changemens notables dans la voix. Les exemples en sont trop bien 
connus et trop nombreux pour qu’il soit nécessaire d’en citer aucun. 
Toute modification soit physiologique, soit pathologique, dans l’état 
de la matrice, réagit donc sur l’organe de la voix. 

Mais une sympathie moins généralement connue peut-être, moins 
appréciée en médecine , et pourtant non moins certaine que la précé¬ 
dente, est celle qui existe entre les fonctions digestives et la fonction 
qui nous occupe. Ainsi la voix peut facilement être altérée par le seul 
effet d’une atonie des premières voies. J’en ai constaté plusieurs 
exemples curieux, et l’on peut presque chaque jour en acquérir la 

18. 



( 268 ) 

preuve : d’autres sympathies s’observent encore} une alteration quel¬ 
conque des viscères abdominaux, un dérangement dans les fonctions du 
système de la veine porte, l’abus des remèdes purgatifs ou des lavc- 
mens, une transpiration trop long-temps entretenue, on bien supprimée 
brusquement d’une manière quelconque, soit à la périphérie cutanée, 
soit surtout aux pieds, l’usage des pommades anti-dartreuses, anti-sy¬ 
philitiques, anti-scrophuleuses, etc., etc., sont autant de causes di¬ 
verses qui, en altérant l’organe de la voix, obligent le médecin pra¬ 
ticien à modifier le traitement que nous proposons. Or, c’est à l’expé¬ 
rience et à la sagacité médicale à suppléer à tout ce qu’il ne m’appar¬ 
tient pas de détailler. 

Toutefois, puisqu’il peut exister comme symptôme ou comme com¬ 
plication , même d’après les causes que je viens d’énoncer, un gonfle¬ 
ment de la membrane muqueuse pharyngo-laryngientie (i), avec al¬ 
teration dans la qualité et la quantité du mucus, on conçoit comment on 
peut associer au traitement indiqué l’usage du gargarisme d’alun (2). J’en 
ai obtenu un très-heureux résultat, quoique la cause de la maladie eût 
son siège dans les premières voies. 

Mais, puisque je viens d’indiquer l’emploi des gargarismes d’alun 
contre l’altération de la membrane muqueuse pharyngo-laryngienne , 
je dois me hâter de faire connaître comment j’explique non-seulement 
l’effet de ces gargarismes sur cette membrane spécialement, mais encore 
l’effet des astringens en général sur les membranes muqueuses. 

Avant de m’occuper particulièrement des maladies qui affectent l’or¬ 
gane de la voix, j’avais surtout dirigé mes recherches médicales vers 
les maladies qui affectent l’organe de la vue ; c’était même pour moi 
une étude de prédilection. J'avais parcouru l’Italie, l’Allemagne et 
l’Angleterre, où il existe des hôpitaux spéciaux pour les maladies 
des yeux. Ou sait quelle est dans ces différens pays la multiplicité des 
mc'dicamens qu’on emploie dans ces maladies. C’est en observant atten¬ 
tivement les effets de chacun d’eux sur les affections de l’appareil visuel 
que je fus singulièrement frappé des bons résultats obtenus par l’appli- 


(1) Si je dis la membrane muqueuse pharyngo-laryngienne , c’e.t moins 
pour proposer celte expression, que pour éviter la périphrase de membrane mu¬ 
queuse qui tapisse la bouche , le voile du palais, le pharynx et le larynx. 
C’est lç même motif qui me fait dire ailleurs la membrane muqueuse blefar. >- 
ophthalmique. 

(2) Quelques malades éprouvant de la répugnance pour l’alun, à cause de la 
saveur qu’il laisse et des nausées qu’il provoque, pour obvier à cet inconvénient 
je lui ai substitué le sulfate de zinc dans plusieurs cas, et quelquefois celui de 
cuivre, dont j’ai également reconnu l'efGcacité, bien que son action soit un peu 
plus lente. 



( 269 ) 

cation des divers astringens dans les oplilliulmics. A Londres, par 
exemple, où l’onguent golden-oilment , et autres remèdes de cette na¬ 
ture, sont en grand crédit, j’ai vu M. Guthric employer avec le plus 
grand succès contre toutes les oplitlmlmies, meme les plus aiguës, un. 
onguent compose' de la manière suivante : 


Nitrate d’argent fondu. 10 grains. 

Acétate de plomb. i5 gouttes. 

Axonge. 1 gros. 


J’ai eu très-souvent l’occasion d’expérimenter ce traitement d’après. 
M. Guthric, et toujours il m’a réussi. Je pourrais rendre le même té¬ 
moignage de plusieurs autres astringens utiles dans plusieurs autres 
affections, tels que l’alun employé selon la méthode de M. Kapler, 
dans la dysenterie, et l’opium, dont on se sert avec avantage dans le 
même cas; mais ce serait m’éloigner de mon sujet. 

Pénétré de l’idée que la membrane muqueuse blèpkaro-ophthal- 
mique, ainsi que celle de l’eslomac et des intestins, n’était nullement 
différente de la membrane muqueuse phajy'ngo-laiyngienne , je pensai 
qu’il serait peut-être rationnel d’appliquer à certaines affections de l’or¬ 
gane de la voix les remèdes qui guérissent des affections identiques 
d’autres organes. 

Après avoir essayé les différons sels astringens les plus généralement 
employés dans d’autres maladies, j’adoptai de préférence le sulfate 
d’alumine, par la simple raison qu’il me réussit le plus promptement et 
le mieux. 

Ainsi le double motif qui m’a décidé à l’emploi du traitement en 
question, c’est, d’une part, l’identité d’organisation des membranes 
muqueuses dans les diffc'rens organes; et de l’autre, l’identité d’effets 
des astringens sur les mêmes membranes. 

Il est à propos d’indiquer ici comment je conçois ce mode d’action. 
Les astringens me semblent agir sur les membranes muqueuses d’une 
manière chimico-dynamiquc, d’où il résulte diminution de volume des 
vaisseaux capillaires. Ce premier effet eu détermine lui-même un tout- 
à-fait secondaire, qui est l’augmentation de la propriété absorbante des 
vaisseaux lympathiques. Ainsi la sécrétion du mucus se trouve modifiée 
dans sa qualité et dans sa quantité ; la partie la plus fluide est absorbée 
tandis que celle qui l’est le moins se trouve excrétée. C’est par cette 
double action des astringens que se trouve déterminée une sécrétion 
plus abondante. 

C’est au même effet des astringens sur les niembranes muqueuses 
que je dois le conseil essentiel que je donne aux malades, de ne cesser 






( * 7 ° ) 

l’usage des gargarismes que par doses décroissantes graduellement et à 
des intervalles de plus en plus éloignés. Faute de ce soin, il ne serait 
pas impossible qu’une récidive ne survînt, ou tout au moins que la 
guérison ne fut pas radicale. C’est d’ailleurs une méthode sûre et con¬ 
sacrée non-seulement par mon expérience dans ce genre de maladie, 
mais encore par celle de beaucoup de praticiens, dans des affections 
analogues, ou même d’une tout autre nature. Ainsi sont traitées les 
hémorrhagies uréthrales par les injections , et les diverses ophtlialmies 
par les instillations de certains sels, ou oxides métalliques, etc., etc. Je 
ne saurais donc trop recommander la continuation du traitement au-delà 
même de la guérison apparente (i). 

Disons maintenant quelques mots de l’opportunité de ce traitement, 
c’est-à-dire énumérons les principaux cas auxquels il convient spéciale¬ 
ment. Il est bien entendu d’avance qu’il n’est nullement question ici des 
maladies aiguës ou chroniques des poumons, du larynx et-des bronches. 
Nous n’examinons absolument que les altérations des organes pro¬ 
ducteurs ou modificateurs de la voix, pris dans leur ensemble ; or ces 
altérations se rattachent pour nous à quatre espèces différentes, savoir : 

t° A une modification pathologique quelconque de la membrane 
pharyngo-laryngienne ; 

a® A la même cause agissant sur les muscles producteurs de la voix ; 

3“ A la même cause agissant sur les muscles modificateurs ; 

4° Enfin à une influence sympathique. 

J’ai observé que de ces quatre causes générales d’altération de la 
voix, la plus commune était la première, c’est-à-dire une modification 
pathologique de la membrane pharyngo-laryngiennc. Cette observation 
est fondée d’une part sur le résultat des phénomènes physiologiques 


(t ) Au sujet de celte spécialité d’aclion des astringent, je citerai ici unlaît très- 
curieux, qui m’a été communiqué par M. L’Héritier, homme dp lettres. En 1812, 
le nommé Lacroix, soldat au 5 e régiment d’artillerie qpied, désirait se Taire 
réTormer pour cause de myopie. Le degré auquel il était atteint decetle affection 
n'était pas suffisant pour qu’il fut déclaré impropre au service militaire; il voulut 
le compliquer d’une ophthalmie; un juif lui indiqua de s’introduire dans les yeux 
du Vitriol bleu en poudre (sulfate de cuivre). L’effet répandit d’abord pleine¬ 
ment à ce qu’il se proposait; il se déclara bientôt une ophthalmie telle que la fa¬ 
culté visuelle en était réellement altérée : il y avait au commencement douleur 
très-vive, avec sécrétion des plus abondantes ; mais, par l’usage continu de la 
poudre, les yeux devinrent insensibles ’a son introduction. Au bout de quelque 
temps la douleur cessa , la rougeur se dissipa complètement, et Lacroix, au lieu 
d’être myope, se trouva avoir une des meilleures vues du régiment. 



( 271 ) 

exposes dans mon premier Mémoire sur le mécanisme de la voix hu¬ 
maine pendant le chant (i), et d’autre part sur le résultat des faits pa¬ 
thologiques , dont les principaux seront rapportc's dans celui-ci. 

Avant d’en venir à ces faits , je dois dire que j’ai spécialement con¬ 
seille' les gargarismes d’alun dans les cas de diminution de l’influx ner¬ 
veux , et j’en ai fait l’heureuse application to^-les les fois qu’il e'tait 
survenu un enrouement plus ou moins grave par suite d’un refroidisse¬ 
ment, et notamment dans tous les cas d’angine tonsillaire idiopathique. 

Madame Malihran offre un exemple frappant de ce que j’avance. J’ai 
par-devers moi plusieurs observations du genre de celle-ci, que j’ai 
communiquées à l’Academie des sciences dans une lettre du 3o janvier. 
Mais j’ai plutôt en vue les faits dans lesquels on ne remarque aucun 
phénomène inflammatoire , à l’exception pourtant de la douleur et de 
quelques crachats rendus légèrement sanguinolens, par l’effet de la dé¬ 
chirure d’un ou de plusieurs vaisseaux capillaires, surtout pendant les 
efforts de la toux, comme j’ai eu l’occasion de l’observer chez madame 
Malibran et de R...; chez M. de Groslambert, et dans quelques autres 
cas dont il est parle dans mon second Mémoire. C’est par des faits de 
cette nature que j’espère établir Futilité et la vérité des résultats que 
j’ai obtenus ; je me hâte donc d’arriver à leur exposé. 

Si j’ai indique en passant un fait qui en diffère, c’est pour appeler 
sur ce fait l’attention des praticiens, et leur demander si le traitement 
que je propose ne serait pas applicable à certaines inflammations de 
l’appareil vocal. Au surplus, attendons que nous soyons plus riches 
en expériences, et nous déduirons des conséquences beaucoup plus 
importantes. 

En résumé, la thérapeutique doit varier selon la cause morbide et les 
complications antécédentes ou consécutives ; mais lorsque l’altération 
de la membrane pharyngo-laryngienne, ainsi que l’atonie des organes 
modificateurs de la voix, existent simultanément, on peut regarder 
comme toujours utile de recourir à la méthode que nous venons d’in¬ 
diquer , en même temps qu’aux moyens ordinaires. 

Nous allons citer quelques-unes des nombreuses observations que 
notre pratique toute spéciale nous a fournis depuis quelque temps. 


(1) J'avais alors surtout en vue de démontrer l’office des muscles sur laryngiens 
dans la modulation de la voix. Aujourd’hui je crois non-seulement que ces mus¬ 
cles servent à modifier les sons laryngiens, mais encore j’ai de fortes raisons 
pour les supposer pourvus d’une vibration assez semblable à celle queM. Ca¬ 
gnard-Latour appelle vibration labiale, c’esl-K-dirc vibration telle qn’on la 
produit avec les lèvres, lorsqu’on chantant on vout imiter le cor ou quelque 


( 27 a ) 

Obs. I. M. I>elcro, ancien élève de l’École Polytechnique, d'wt 
tempérament lymphatique, âge' de 24 ans, fut pris au milieu de 
l’anne'e 1829, à la suite d’un refroidissement, d’nn mal de gorge qui 
acquit un grand accroissement et entraîna une aphonie complète. En 
vain des cataplasmes, des sangsues furent appliqués ; en vain un vési¬ 
catoire fut entretenu à Chaque bras, et un au cou ; la maladie persista, 
et M. Delcro continua à éprouver un sentiment de constriction à la 
gorge et à rendre des crachats sanguinolens : on était sur le point d’ap¬ 
pliquer deux cautères an cou et un séton à la nuque, lorque M. Delcro 
vint me consulter le 10 janvier i83o. 

L’inspection du gosier et des mouvemeus du larynx me convainquit 
d’abord que la maladie avait son siège à la partie supérieure du tuyau 
vocal j l’absence de ‘la toux, la natnre des mouvemens des muscles du 
pharynx, du voile du palais et de la langue, ainsi que la couleur sui 
generis de la membrane pharyngo-laryngienne, m’eurent promptement 
révélé quelle était la maladie de M. Delcro ; je ne balançai pas à la 
ranger parmi les affections nerveuses. Je recourus en conséquence aux 
gargarismes composés de sulfate d’alumine à dose croissante et de dé¬ 
coction d’orge et de sirop diacodc. Je prescrivis en même temps l’em¬ 
ploi d’une solution d’extrait de jtisquiame dans l’alcool camphré, pour 
frictionner la légion cervicale antérieure du cou. Je recommandai d’a¬ 
bord l’exercice de la voix, puis progressivement son émission plus 
forte, jusqu’à son entier déploiement, et en moins de deux mois j’eus 
la satisfaction non-seulement de fendre à M. Delcro sa voix primitive, 
mais encore de la lui faire recouvrer avec une extension qu’elle n’avait 
jamais eue. 

Obs. II. M. Groslambert, ex-pharmacien en chef des armées sous 
l’empire, âgé de 58 ans, d’un tempérament nerveux, maigre et de 
haute taille, était dans un état complet d’aphonie, lorsque je le vis 
pour la première fois, le 27 avril dernier. Depuis plusieurs années il 
ne pouvait parler, même à voix basse, sans ressentir la plus vive dou¬ 
leur, tant à la région du larynx qu’à celle de la poitrine. La souffrance 
qu’il éprouvait alors était telle que son médecin, ne trouvant pas d’autre 
moyen de le soulager, lui prescrivit de ne plus converser que par signes 
ou par écrit. 

En cinq semaines, les traces de la maladie disparurent dans une 
progression notable, et la voix reprit plus de vigueur qu’elle n’en avait 
eu auparavant. Les gargarismes ont été employés jusqu’au n ’ 12; ar¬ 
rivé là, sa voix était entièrement rétablie. Des bains et des pédiluves 
savonneux ont complété la guérison. 

Obs. III. M. Rondonncau, professeur de droit, âgé de 29 ans, se 



( 2 7 3 ) 

rendit chez moi le zi septembre i83o. Une gastrite, d’abord aigue, 
puis chronique, avait pre'ce'dé la maladie dont il se plaignait, et dont 
voici les symptômes : rougeur etlc'ger gonflement de la membrane mu¬ 
queuse qui tapisse le gosier et la partie supérieure du pharynx ; voix 
rauque, file'e et étouffc'e dans les sons aigus ; les notes surlaryngiennes, 
qui existaient quelques mois auparavant, étaient impossibles ; les notes 
graves laryngiennes étaient émises avec beaucoup d’enrouement; quel¬ 
ques-unes du milieu seulement étaient encore pourvues de quelque so¬ 
norité, mais la voix ne se prêtait pas à chanter; bien qu’il n’y eût pas 
de toux, le malade était obligé de cracher souvent, et ses crachats 
étaient épais et noirs, mais sans odeur fétide. 

Les purgatifs, les frictions, les gargarismes d’alun à dose croissante 
(le sulfate d’alumine a été porté jusqu’à 18 gros), furent dans cette oc¬ 
casion employés avec le plus grand succès. 

Les fonctions des premières voies remises dans leur état normal, la 
voix revint à M. Rondonneau plus forte et plus sonore qu’avant sa ma¬ 
ladie. M. Magendie, qui a visité dernièrement ce malade, a été étonné 
lui-même de la beauté du timbre de sa voix ainsi que de son étendue. 

Obs. IV. M. de Nonjcz, de Fontainebleau , âgé de 23 ans, et d’une 
constitution pléthorique, vint me consulter le 11 juillet dernier pour 
un mal de gorge qui durait déjà depuis plusieurs années. La voix 
était rauque, voilée, assez bien timbrée; cependant dans les sons 
graves le malade éprouvait une envie continuelle d’avaler ; le voile 
du palais était rouge et tuméfié, ainsi que les amygdales (surtout la 
droite); la langue couverte seulement à sa base d’une légère couche 
de mucosité jaunâtre, et la constipation habituelle. Du reste , le 
mécanisme de la voix s’exécutait assez régulièrement; il n’y avait pas 
de toux, et les poumons, les bronches, la trachée et le larynx parais¬ 
saient dans un état tout-à-fait sain. En interrogeant le malade sur les 
causes de celte affection, j’appris qu’elle était due à une suppression 
brusque de la transpiration des pieds. La première indication fut de 
prescrire des pédiluves sinapisc's et acidulés ; des tisanes sudorifiques 
et quelques sels purgatifs furent ensuite administrés au malade ; enfin 
le gargarisme n° i. Le lendemain de l’emploi de ces divers moyens, 
M. de Nonjez vint me voir dès six heures du matin, en se plaignant 
beaucoup de la gorge, qui était effectivement très-enflammée. II en re¬ 
jetait tout de suite la cause sur le gargarisme ; mais il ne me disait pas 
qu’il venait de prendre un bain de vapeur sans mon autorisation ; je 
parvins à le savoir cependant, et à lui prouver que tout le mal résidait 
dans le moyen qu’il avait employé de lui-même, et non pas dans celui 
que je lui avais prescrit. Je l’engageai donc à continuer le traitement 



( * 1 * ) 

avec plus de soin et de confiance; arrivé au gargarisme 11" 12, sa gué¬ 
rison était parfaite. 

Obs. V. Madame de P...., âgée de 29 ans environ, d’un tempé¬ 
rament nerveux et hystérique, vint me consulter au mois de mars 
1801 pour les douleurs assez vives qu’elle ressentait au gosier, même 
dans la simple émission de la voix. Cet état durait depuis plusieurs 
mois, et n’avait cédé en aucune manière aux topiques émolliens et aux 

antiphlogistiques. Madame de P.était d’autant plus inquiète de sa 

position , qu’étant maîtresse de chant dans une pension, elle désespé¬ 
rait déjà de pouvoir continuer ses leçons. 

Je commençai le traitement par quelques bains, et puis je prescrivis 
le gargarisme n° 1 ; mais ce qu’il y eut ici de remarquable, c’est qu’il 
fut impossible à la malade de prendre le gargarisme n° 2 sans éprou¬ 
ver dans la gorge une irritation presque insupportable. Je crus conve¬ 
nable alors de ne point dépasser la première dose, et je me contentai de 
faire prendre à madame de P.de la tisane acidulée avec un peu d’a¬ 

cide sulfurique ( une livre d’infusion de violettes, un scrupule d’acide 
sulfurique, une once de sirop capillaire ; l’acide sulfurique fut porté 
jusqu’à demi-gros), et de lui recommander l’exercice de la voix et le 
régime. Ces moyens suffirent à la guérison , qui s’effectua au commen¬ 
cement du mois de mai. 

Obs. VI. M. le comte de Quinsonas, beau-frère de madame la mar¬ 
quise de R...., dont j’ai mentionné la guérison dans mon précédent 
mémoire, vint me consulter dans le courant d’avril dernier. L’affection 
dont il se plaignait présentait les symptômes suivans : rougeur, gon¬ 
flement , etdouleur à la partie supérieure du tuyau vocal, aphonie in¬ 
complète, grande difficulté et redoublement de douleur dans l’émission 
de la voix; sa maladie avait été entretenue pendant plusieurs années 
par la complication d’un rhumatisme chronique , qui s’c'tait fixé spé¬ 
cialement sur la partie malade. Les sangsues, les vésicatoires, les dif¬ 
férons gargarismes, les fumigations émollientes et les purgatifs ne pro¬ 
duisirent aucun soulagement : les seules eaux du Mont-d’Or rendirent 
pour quelques mois la voix au malade; mais à peine de retour à Paris, 
il la perdit de nouveau, et éprouva des souffrances plus fortes qu’au- 
paravant. C’est dans cet état que M. le comte de Quinsonas se présenta 
chez moi. 

L’inspection du gosier et des monvemens du larynx me convainquit 
d’abord que la maladie avait son siège et se bornait même à la partie 
supérieure du tuyau vocal, puisque les muscles constricteurs du pha¬ 
rynx, ainsi que les muscles du voile du palais et de la langue, se con¬ 
tractaient difficilement. La couleur de la membrane muqueuse, et la 





( 3^5 

qualité des crachats sans toux , me confirmèrent dans cette opinion. Je 
recourus en conséquence aux gargarismes de décoction d’orge à dose crois¬ 
sante de sulfate d’alumine, édulcorés avec le sirop diacode. Je prescri¬ 
vis en même temps l’emploi d’une solution d’extraitdejusquiamedansde 
l’alcool camphré, pour frictionner la région du cou. Je recommandai 
l’exercice modéré de la voix, les bains émolliens tièdes et l’infusion de 
sureau, afin d’activer la transpiration. Une amélioration rapide se ma • 
nifesta ; au bout de six semaines de ce traitement, je fus assez heureux 
pour ôter toute espèce de souffrance au malade, et pour lui faire recou¬ 
vrer la voix, qui est redevenue claire, forte et parfaitement timbrée. 

Obs. VII. Madame Hérold, cantatrice très-distinguée (soprano- 
sfogato), ressentait depuis quelque temps une grande difficulté à émet¬ 
tre les notes du second registre. Elle vint me consulter, et m’apprit 
qu’elle avait été autrefois traitée d’une maladie du gosier par la cauté¬ 
risation. 

Mais soit que cette cautérisation n’eût pas été bien faite, soit qu’elle 
eût été trop forte ou trop prolongée, elle n’avait pas produit d’effet 
salutaire. J’eus donc recours aux gargarismes ; ils furent portés progres¬ 
sivement jusqu’au n° 1 1 , non-seulement sans le moindre inconvénient, ' 
mais encore avec un avantage de plus en plus marqué. Pour seconder 
leur effet, je prescrivis à madame Hérold des bains salés, et j’employai 
enfin la cautérisation : il fut nécessaire aussi d’administrer le sulfate 
de quinine, pour remédier à l’atonie des premières voies. 

Après ce traitement, qui dura six semaines , la guérison fut com¬ 
plète. 

Je pourrais ajouter à cette observation un fait absolument identique, 
que m’a présenté une seconde malade, madame de Y...., et plusieurs 
autres analogues; mais comme ils n’ont offert d’ailleurs aucune particu¬ 
larité essentielle, je m’abstiens de les mentionner. 

Obs. VIII. Mademoiselle d’H...., âgée de 19 ans, réglée à i5, 
était depuis neuf mois atteinte d’une affection du gosier, résultant d’une 
angine tonsillaire. 

Comme je pus voir dans la chlorose la cause de la maladie, je sou¬ 
mis immédiatement la malade aux préparations ferrugineuses, après 
lui avoir prescrit un léger purgatif; je lui fis faire usage en même temps 
de mes gargarismes et des frictions , et je lui ordonnai de prendre tous 
les jours un demi-bain. Bientôt les règles reparurent à leur époque or¬ 
dinaire, mais avec plus de difficulté que de coutume; elles furent 
très-claires, peu abondantes et ne durèrent que deux jours. Le jour 
suivant, au grand étonnement de la famille de mademoiselle d’H...., 
la voix revint, d’abord par intervalles, puis clic se développa graduel- 



( 27 6 ) 

lement, de telle sorte qu’au bout de dix jours elle se trouva complète¬ 
ment rendue à son e'tat normal. Je ne cessai point le traitement, et j’a¬ 
vais tout lieu d’en être satisfait, lorsque deux jours avant le retour des 
menstrues, la voix s’e'teignit de nouveau ; mais le flux e'tant passe', elle 
revint comme la première fois, et ce fut pour ne plus s’éteindre. 

Je dois faire observer ici que les gargarismes, successivement portés 
jusqu’au n° g, ont fait acquérir un tel développement à la voix de ma¬ 
demoiselle d’H..., qu’elle peut maintenant poursuivre, sans le moindre 
effort, deux octaves de notes laryngiennes. 

Il me semble facile démultiplier les exemples de guérisons obtenues 
par les moyens que je préconise; mais déjà l’étendue de cet article com¬ 
mence à sortir des bornes de ce journal : j’ai même été obligé d’abréger 
les observations que j’ai consignées ici. Mon ouvrage sur les maladies 
de la voix, qui est sous presse en ce moment, les reproduira avec tous 
leurs détails et en fournira un grand nombre d’autres; mais j’en ai assez 
dit pour attirer l’attention des praticiens, et pour démontrer d’une 
manière irrécusable l’efficacité du traitement que j’emploie. 

Bennati (i). 


du traitement de l’aphonie chronique par l’application du 

NITRATE d’argent SUR LA MEMBRANE MUQUEUSE DU LARYNX. 

Les médecins comptent quelquefois trop sur les médications générales, 
et pas assez sur les médications topiques. Celles-ci doivent pourtant 
occuper un rang important en thérapeutique : le fait suivant vient 
grossir la liste nombreuse des faits qui démontrent l’utilité des remèdes 
appliqués sur le siège même de la maladie. 

Henriette Maillet, âgée de vingt ans, entra, le ug août 1831 , à la 
salle Saint-Paul de l’Hôtcl-Dieu de Paris, dont je faisais le service en 
l’absence de M. le professeur Rc'camier. Réglée à dix-sept ans , le flux 
menstruel avait toujours été irrégulier et peu abondant. Au mois de juin 


(I) M. le docteur Bennati s’occupe avec distinction du traitement spécial des 
maladies qui affectent l’organe de la voix. Médecin du Théâtre Italien , lié avec 
nos grands chanteurs, et chanteur lui-même, il a étudié avec soin le mécanisme 
de la voix pendant le chant : le mémoire qu’il a présenté il y a deux ans à l’Ins¬ 
titut, sur ce sujet, fait honneur à ses connaissances physiologiques. C’était peu 
que de raisonner, il fallait guérir; et M. Bennati y est parvenu : un très-grand 
nombre d’observations authentiques sont présentées par lui. Nos lecteurs lui sau¬ 
ront grc de la publication du traitement auquel il doit scs succès. 

(/Voie du Rédacteur.) 



( »77 ) 

tic l’annc'c precedente, elle avait éprouvé' une fluxion de poitrine; mais 
elle e'tait parfaitement guc'ric. Les poumons et le cœur c'taient dans le 
meilleur e'tat : jamais la malade n’avaiteu d’hc'moptysie ni aucun symp¬ 
tôme d’hyste'ric. 

La maladie pour laquelle elle réclamait nos soins datait de trois mois. 

A la fin de mai, Henriette ayant ses règles depuis le matin, fit une 
partie de campagne, et se refroidit ; le soir elle se coucha avec un mal 
de gorge et du malaise ; la nuit fut neanmoins calme, mais le matin, 
quand elle se réveilla , ses règles s’e'taicnt supprimées, et elle e'tait com¬ 
plètement aphone. Depuis lors, maigre' tous les traitemens, l’aphonie 
ne s’était pas dissipée; et cette jeune fille, quelques efforts qu’elle fit, 
ne pouvait faire entendre d’autres sons que ceux qu’articule une per¬ 
sonne qui parle tout-à-fait bas. 

Quelques jours après l’apparition de la maladie, un ine'dccin avait été 
appelé ; une première saignée, puis une seconde, avaient été faites sans 
aucun résultat. Deux mois après le début, les règles ne revenant pas, on 
appliqua des sangsues au sic'ge. L’aphonie ne fut en rien modifiée par 
cette application, bien que la menstruation eût reparu sous son influence. 
Ccpendantlc larynx n’était pas douloureux; il n’y avait ni toux ni fièvre, 
et l’on se décida à appliquer un large vésicatoire sur la face antérieure 
du cou. La suppuration fut entretenue quelque temps; cette tentative 
échoua encore : ce fut en désespoir de cause que Henriette Maillet vint à 
l’Hôtcl-Dicu , le 29 août. Peu de jours auparavant, ses règles s’étaient 
montrées juste à l’époque où elles devaient venir, et néanmoins cela 
n’avait produit aucune amélioration dans son état. 

Je pensai que la syncope produirait peut-être un heureux résultat, 
comme je l’ai vu quelquefois dans des cas d’aphonie hystérique; et, 
pour la déterminer , je fis saigner la malade assise sur une chaise. La 
syncope eut lieu en effet ; mais rien d’avantageux ne s’ensuivit : on re¬ 
marqua seulement que la jeune fille poussa un cri aigu au moment où 
la lancette divisa les tégumens. 

J’attendis pendant deux jours l’ef et de la saignée ; mais elle futaussi 
inefficace que celles qui avaient été pratiquées en ville, et que l’appli¬ 
cation de sangsues qui avait été faite aussi quelque temps auparavant. 
L’idc'e me vint d’appliquer des rubc'fians sur la peau du cou, et j’y étais 
porté d’autant plus volontiers que je connaissais un cas de guérison 
produit par l’application d’un sinapisme sur le cou. Ce fait curieux 
appartient à M. le docteur Toirac, qui guérit en effet par ce moyen un 
frotteur qui était aphone depuis quinze jours. Toutefois je fus arrêté en 
pensant que déjà un large vésicatoire n’avait rien produit d’avantageux. 
Une médication topique me parut devoir être tentée de préférence à 



( *7» ) 

toute autre, et je résolus de porter un caustique sur la membrane mu¬ 
queuse du larynx. 

En conséquence je me servis pour porter le caustique du moyen sui¬ 
vant : je pris une baleine d’une ligne et demie de diamètre. et je la 
choisis de ce volume pour qu’elle ne se ployât pas trop facilement. Je 
la fis chauffer sur la flamme d’une bougie, à un pouce à peu près de 
son extrémité, et quand elle fut suffisamment ramollie, je la recourbai 
de façon à former un angle de quatre-vingts degrés ; alors , à l’extré¬ 
mité de la tige de baleine, je pratiquai une coche circulaire et pro¬ 
fonde , et j’y attachai fermement une petite éponge de forme sphérique 
et de six lignes de diamètre. J’imbibai l’éponge d’une solution satu¬ 
rée de nitrate d’argent, jusqu’à ce qu’elle ne laissât dégoutter Ja 
liqueur cau-tique que si on exerçait une compression même légère. 
Gela fait, je fis ouvrir largement la bouche de la malade ; j’abaissai 
fortement la langue avec le manche d’une cuiller; puis j’introduisis le 
porte-caustique. Dès que j’eus dépassé l’isthme du gosier, j’allai heurter 
la paroi postérieure du pharynx avec l’angle de la tige de baleine. Un 
mouvement de déglutition s’opéra aussitôt, qui porta le larynx en 
haut. Je saisis ce moment pour ramener en avant l’cponge , que 
j’avais enfoncée jusqu’à l’entrée de l’œsophage. Par cette manœuvre, je 
revins sur l’entrée du larynx en relevant l’épiglotte, et alors, appuyant 
fortement sur la base de la langue avec la portion de baleine qui se 
trouvait dans la bouche, j’exprimai l’éponge dans le larynx, ce en quoi 
j’étais merveilleusement servi par les convulsions du pharynx et pâl¬ 
ies efforts que faisait la malade pour aspirer l’air, dont j’interceptais 
le passage. Celte opération ne dura pas un quart de minute. Je retirai 
l’éponge, et il survint aussitôt des haut-le-corps, de la toux, des cra- 
chotemens. Après deux ou trois minutes, tous ces phénomènes cessèrent; 
il ne resta que les crachotemens et de la toux. La malade ne ressentait 
à la gorge aucune douleur vive ; elle se plaignait seulement d’un goût 
insupportable. 

Le lendemain , à la visite, il n’y avait aucun changement : elle souf¬ 
frait un peu en avalant. 

Quarante-huit heures après la cautérisation, l’aphonie s’c’tait en partie 
dissipée; la malade avait parlé assez nettement avant la visite avec 
quelques-unes de ses voisines. Lorsque je l’interrogeai, elle me ré¬ 
pondit qu’elle allait mieux, et elle prononça plusieurs phrases d’une 
voix enrouée, mais distinctement et de manière à être entendue à une 
distance dé deux ou trois pas. Puis elle devint aphone, et seulement, 
lorsqu’elle faisait de grands efforts , on entendait un sifflement dans le 
larynx : elle ressentait une légère douleur au fond de la gorge. 



{ a 79 ) 

Je lui recommandai le silence lp plus absolu, et en meme temps je 
prescrivis une boisson émolliente que je l’invitai à boire souvent et à 
petites gorgées. 

Le lendemain matin , troisième jour de la cautérisation, la voix était 
beaucoup moins nette que la veille. Le soir il y eut quelques sons assez 
clairs de produits. 

Le quatrième jour, elle parla avec facilité ; l’aphonie était complète¬ 
ment dissipée et sans retour : la voix était seulement un peu voilée, et 
l’on s’apercevait de temps en temps que le larynx était obstrué par des 
mucosités dont la malade se débarrassait en toussant. 

Le cinquième jour la voix était plus nette et plus éclatante : la douleur 
causée par la cautérisation se faisait encore sentir au niveau du larynx ; 
mais elle était fort supportable, et n’empêchait pas la malade de manger 
du pain et des alimens solides. Enfin , pour terminer, la voix reprit 
rapidement le timbre qu’elle avait avant l’invasion de la maladie, et 
Henriette Maillet sortit parfaitement guérie, le 10 septembre i 83 i, 
ressentant encore une très-légère douleur au point correspondant à la 
partie supcïieuredu larynx. Depuis, la guérison ne s’est pas démentie. 

— Cette observation, tout isolée qu’elle est, nous a semblé digne 
d’être consignée dans ce journal, parce qu’elle est, du moins nous le 
croyons, le seul fait thérapeutique de ce genre que possède la science. 
Nous n’ajouterons que de courtes réflexions, les unes pour indiquer les 
cas exclusifs où nous croyons cette médication indiquée, les autres pour 
justifier une pratique qui peut paraître téméraire aux personnes qui ne 
sont point habituées comme nous à user des caustiques dans les maladies 
des membranes muqueuses. 

Jamais on ne fera de bonne thérapeutique si l’on ne divise les ma¬ 
ladies suivant leur nature et lcurcause, et la plus utile des médications 
dans telle forme phlegmasique d’un tissu peut devenir pernicieuse si on 
l’oppose à une autre forme : aussi ne conseillerons-nous jamais la cau¬ 
térisation du larynx que dans les circonstances spéciales que nous allons 
indiquer. 

Si l’extinction de voix a succédé à des cris prolongés et violens, 
comme cela s’observe quelquefois à la suite de l’enfantement, ou bien 
encore après une vive frayeur; si elle a succédé à un catarrhe aigu du 
larynx, à une angine striduleusc (pseudo-croup), à un rhume ou simple 
ou grave, à un mal de gorge ; si elle a apparu subitement après un 
coup de froid, après une convulsion hystérique, cl si, née sous l’em¬ 
pire des circonstances que nous venons d’indiquer, elle dure plus long¬ 
temps que la cause qui semble y avoir donné naissance, nous conseille¬ 
rons alors la cautérisation du larynx suivant le mode quenousindiquons. 



( 28 o ) 

Toutefois, avant d’en venir à une me'dication que des personnes méti¬ 
culeuses pourraient regarder comme extrême, il sera bon d’user des 
moyens les plus simples et les plus vulgaires. Les saignées du bras et du 
pied jusqu’à syncope, l’application des sangsues au cou, les pe'diluves 
et les maniluves sinapisés, les rube'fians, les ve'sicans appliques sur la 
région anterieure du cou, seront tentes avant d’en venir à la cautéri¬ 
sation. 

La rubéfaction de la peau du cou, à l’aide d’un sinapisme préparé 
avec de l’eau simple ( pour qu’il agisse plus vite et plus profondément), 
nous paraît surtout devoir être conseillée ; et la guérison rapide obtenue 
par M. Toirac, fait que nous avons déjà mentionné, est le plus puis¬ 
sant argument que nous puissions invoquer en faveur de cette méthode, 
d’ailleurs si simple. 

Que si l’aphonie apparaît chez un individu épuise par une maladie 
chronique des organes de la respiration , surtout par une phthisie pul¬ 
monaire , si elle succède à une lésion organique du cartilage du larynx , 
à une destruction, ou à une compression des nerls qui se distribuent à 
l’appareil vocal, etc ., etc. , nul doute que la cautérisation soit aussi 
inefficace que toute autre médication mise en œuvre pour combattre une 
aphonie de ce genre. 

Lorsqu’on prononce le mot cautérisation et qu’on propose de l’exé¬ 
cuter avec une solution saturée de nitrate d’argent, on fait d’abord 
naître dans l’idée du lecteur. une impression de terreur dont nous ne 
nous sommes pas défendus nous- mêmes lorsque nous avons vu employer 
pour la première fois la pierre infernale dans le traitement de ce rtaines 
maladies des membranes muqueuses. Nous croyions que l’application 
du nitrate d’argent, si elle se faisait avec une certaine énergie, devait 
causer une escharrc dont la profondeur était d’autant plus grande que le 
tissu était lui-même plus mou, plus vasculaire et moins pourvu d’épi¬ 
derme; les dires de nos maîtres étaient pour beaucoup dans cette opi¬ 
nion ; ils nous faisaient voir le nitrate d’argent formant une escbarre 
tellement profonde, qu’une seule application de moins d’un quart de 
grain suffisait pour détruire d’énormes bourgeons charnus, saillans 
à la surface d’une plaie, et des rélrécissemens considérables de l’urè¬ 
thre. A côté de l’idée de cautérisation, se plaçait donc tout naturelle¬ 
ment dans notre esprit celle de destruction, et nous ne voyions pas 
que , dans les cas semblables à celui que nous venons de citer, le ni¬ 
trate d’argent agissait à peine comme escliarrotique, mais bien plutôt 
comme résolutif ,' ce que l’inspection des parties et le raisonnement le 
plus simple auraient dû nous démontrer. Plus tard nous eûmes , dans 
une épidémie de diplithcritc (croup, angine maligne, gangréneuse des 



( »8i ) 

auteurs, diphtlie'rite de Bretonneau), l’occasion de voir caute'riser et de 
cautériser nous-mêmes , avec de l’acide hydrochloriquc concentre’, avec 
une solution saturée de nitrate d’argent, la bouche, le pharynx, le la¬ 
rynx d’un grand nombre de malades, et jamais nous ne déterminions 
d’escharre , bien que la cautérisation eût été pratiquée jusqu’à huit ou 
dix fois en quarante-huit heures, chez le même individu. 

Des expériences directes, tentées sur des animaux vivans, nous avaien 
démontré, et avaient démontré long-temps auparavant à M. Bretonneau 
de Tours, que des applications réitérées de pierre infernale sur les 
membranes muqueuses ne produisaient que difficilement des escharres 
plus superficielles et surtout plus faciles àguérir que de simples aphthes. 

Convaincus par notre expérience personnelle de l’innocuité de l’appli¬ 
cation du nitrate d’argent sur les membranes muqueuses, et voyant 
que les médications le plus ordinairement conseillées pour combattre 
l’aphonie venaient d’échouer dans le cas qui nous occupait, nous nous 
déterminâmes aisément à user de cette médication ; mais ce qui nous y 
invitait le plus fortement, c’était la certitude où nous étions que, dans 
les phlcgmasies des membranes muqueuses, l’usage des escharrotiques, 
et, en particulier , de la pierre infernale, est suivi presque toujours 
d’une amélioration rapidej nous avions d’ailleurs guéri naguère, par 
quatre larges applications de nitrate d’argent sur les tonsilles, un jeune 
homme affecté d’une angine chronique, pour la guérison de laquelle les 
chirurgiens les plus habiles de la capitale avaient conseillé l’extirpa¬ 
tion des amygdales. Et pourquoi donc alors hésiter à porter un caustique 
dans le larynx, pour guérir une inflammation chronique de la membrane 
muqueuse qui tapisse cet organe, lorsque la même médication réussit si 
merveilleusement dans les phlegmasies chroniques de l’œil, du pharynx 
et de l’urèthre? 

Reste ,i savoir maintenant s’il s’est écoulé dans le larynx une g.ande 
quantité de solution caustique : il s’en est écoulé fort peu, sans nul 
doute ; mais ce peu a suffi pour produire une prompte et durable guéri¬ 
son. Mais dans le cas même où il n’eût pas pénétré jusqu’à la glotte une 
seule goutte de liqueur caustique, il est évident que la solution a dû 
s’étendre de proche en proche sur ces tissus imbibés de mucus. Que 
si nous admettions que la partie supérieure du larynx a seule reçu l’at¬ 
teinte du caustique, ce qui est impossible , encore concevrions-nous 
oomment, en modifiant la maladie dans un point, nous l’avons en même 
temps modifiée dans les parties voisines ; car lorsqu’ on fait usage d’une 
médication topique, on guérit toute une surface malade, bien que le 
médicament n’ait le plus souvent été en contact qu’avec quelques points 
isolés. A. Trousseau. 


tome 



( 282 ) 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DE l’emploi du nitbate d’argent dans lbs ophtualmies. 

Les ophthalmics sont une des affections les plus frequentes, et qui ont 
le plus excite' l’attention des praticiens, et même des gens du monde. 
Aucune peut-être n’est plus contraire à la thérapeutique dite ration¬ 
nelle; il n’y a guère que les remèdes empiriques, que les médications 
fondées sur l'expérience pure, qui en triomphent franchement. S’il en 
fallait une nouvelle preuve, nous la trouverions dans ce qui s’observe 
depuis quelques mois à la Pitié, dans le service de M. Velpeau. Ce chi¬ 
rurgien a effectivement soumis un grand nombre d’ophthalmies à l’usage 
du nitrate d’argent; au premier abord, celte substance semble être loin 
de convenir aux inflammations d’un organe, aussi délicat que l’œil ; 
cependant toutes ou presque toutes les espèces d’ophthalmies peuvent 
être soumises avec avantage à son emploi. M. Velpeau l’a essayé dans 
les ophthalmics les plus aiguës et les plus vives , soit de la conjonctive 
palpébrale, soit de la conjonctive oculaire, soit de la conjonctive et 
de la sclérotique tout à la fois, avec ou sans ulcération de la cornée ; 
il l’a employé dans les ophthalmics accompagnées de larmoiement acre 
et brûlant, delà plus vive douleur ; dans les ophthalmics déjà ancien¬ 
nes, soit scrofuleuses, soit herpétiques, soit rhumatismales, soit syphi¬ 
litiques. Depuis trois mois environ, M. Velpeau a traité par le nitrate 
d’argent quarante et quelques cas d’ophthalmie de toutes les nuances, 
de toutes les espèces. Nous n’en citerons que quelques exemples. 

Obs. I. Une jeune fille, qui avait déjà eu plusieurs fois mal aux 
yeux, fut admise au n° 20 de la salle Saint-Jean. La conjonctive oculo- 
palpcbrale droite était rouge dans toute son étendue; depuis six jours, 
les paupières, douloureuses et brûlantes, pouvaient à peine s’entr’ouvrir 
au contact de la lumière ; il y avait un larmoiement considérable et 
beaucoup de chaleur dans l’œil. Aucun traitement n’avait encore été 
suivi : le nitrate d’argent fut employé dès le premier jour : la cuisson 
parut un peu augmentée dans le jour ; mais dans la nuit la douleur di¬ 
minua, et le lendemain on put observer déjà une amélioration sensible. 
Trois jours de ce traitement rendirent à l’œil sa blancheur et son éclat 
naturel. La malade est sortie le cinquième jour. 

Obs. II. Une autre jeune personne, âgée de dix-huit ans, couchée 
au numéro 12 de la même salle, y fut admise pour une ophthalmic de 



( 283 ) 

l’œil droit qu’elle portait depuis neuf jours. La conjonctive e'tait egale¬ 
ment rouge dans toute son étendue, et les vaisseaux de la sclérotique 
eux-mêmes étaient le siège d’une congestion assez prononcée. Le lar¬ 
moiement n’était pas aussi considérable que chez la malade précédente, 
et la douleur n’était pas non plus aussi vive. On essaya pendant deux 
jours les émollicns et la pommade de belladone au pourtour de l’orbite, 
pour voir si l’ophtbalmie ne céderait pas au simple repos : aucune amé¬ 
lioration n’ayant lieu, le troisième jour on commença l’emploi du nitrate 
d’argent. Cinq applications ont suffi pour guérir la malade. 

Obs. III. Un homme d’une quarantaine d’années, fort et bien con¬ 
stitué, actuellement à la salle Saint-Louis, y est entré au quatrième 
jour d’une ophthalmie intense, avec commencement de ebémosis, dou¬ 
leur, larmoiement, chaleur vive dans l’œil et la moitié correspondante 
de la tête. On n’a employé ni saignées, ni sangsues, ni aucun autre 
traitement. Le nitrate d’argent a été prescrit le premier jour; mais on 
oublia d’effectuer la prescription. Le lendemain les deux yeux se sont 
trouvés pris : la médication a dès lors été commencée. La première ap¬ 
plication du remède a produit un peu de cuisson , sans augmenter la 
rougeur. Le second jour, les deux yeux étaient sensiblement mieux; le 
♦roisième jour, le blanc de la sclérotique s’est laissé entrevoir; le qua¬ 
trième , il ne restait presque plus d’inflammation ; et le sixième, toute 
l’affection était réduite à un peu plus de sensibilité que de coutume dans 
les deux organes de la vision. 

Obs. IV. A la salle Saint-Gilbert existe encore, en ce moment, un 
jeune homme qui a déjà eu plusieurs fois mal aux yeux, et qui est entré 
pour une ophthalmie nouvelle datant de quinze jours. Sur l’œil gauche, 
l’inflammation était vive, douloureuse, accompagnée de chaleur et d’un 
larmoiement très-abondant; toute la conjonctive était rouge, et la cor¬ 
née d’une couleur vert d’eau. Des sangsues avaient été appliquées, et 
avaient semblé augmenter le mal. Le jour de son entrée, le malade a 
e'té mis à l’usage du nitrate d’argent : en trois jours, son ophthalmie a 
cédé, et aujourd’hui ses yeux sont parfaitement blancs, et ne conser¬ 
vant plus qu’un peu de larmoiement. 

Obs. V. Un autre malade de la même salle y était entré avec une 
double ophthalmie, accompagnée de chémosis datant de quinze jours, et 
portée si loin que des vaisseaux s’étaient déjà développés sur plusieurs 
points dans l’épaisseur de la cornée. M. Velpeau, osant à peine tenter 
le nitrate d’argent dans ce cas, essaya d’abord les sangsues aux tempes, 
la saignée, la pommade de belladone, les collyres laudanisés , et les 



( 284 ) 

moyens c'molliens. Aucun effet avantageux n’en résulta : la préparation 
du nitrate d’argent, au lieu d’aggraver la maladie, a sur-le-champ con¬ 
jure' une partie des symptômes. La conjonctive, qui fournissait beau¬ 
coup de pus , s’est promptement desséchée ; les vaisseaux de la cornée 
ont disparu ; le chémosis s’est graduellement effacé, et la rougeur elle- 
même n’a pas tardé à se dissiper en grande partie ; ce qui en restait a 
été détruit à la fin par l’emploi de l’oxide de bismuth. 

Ophthalmies chroniques. — Les oplithalmies chroniques ne cèdent 
pas moins facilement à ce remède que les inflammations aiguës. 

Obs. VI. Une femme d’une trentaine d’années, affectée d’une double 
ophthalmie, modérément intense, depuis environ deux mois, s’est pré¬ 
sentée au n° 19 de la salle Saint-Jean, ayant ies deux cornées troubles, 
une rougeur et un épaississement modéré de la conjonctive oculaire, et 
un peu de douleur dans toute l’étendue du devant de l’œil. Le nitrate 
d’argent, mis en usage comme dans le cas précédent, a guéri cette 
ophthalmie dans l’espace de sept jours. 

Obs. VII. Un jeune homme, entré dans un état de cécité complète, 
souffrait depuis plusieurs mois, ayant plusieurs ulcérations sur la 
cornée et la tunique vitrée de l’œil droit, entièrement brouillée, et con¬ 
servait avec cela une vive sensibilité et une grande crainte de la lu¬ 
mière. Ses parens le regardaient comme si complètement aveugle qu’ils 
l’avaient déposé dans l’hôpital sans vouloir donner aucun renseignement 
et s ns s’en être informés depuis. Eh bien ! le nitrate d’argent, employé 
après une foule d’autres remèdes, qui n’avaient produit aucune amé¬ 
lioration, a triomphe du mal, a dissipé les ulcérations, la douleur, la 
sensibilité, et le trouble des cornées, au point que ce garçon a fini par 
recouvrer complètement la vue, et par s’en retourner sans guide dans 
son pays. 

Obs. VIII. Un autre jeune homme , affecté depuis huit mois d’une 
ophthalmie scrofuleuse de la conjonctive , traitée de même, a été guéri 
en huit jours. 

Il nous semble inutile de rapporter un plus grand nombre d’exem¬ 
ples , attendu qu’ils se ressemblent presque tous, et que l’important est 
de bien connaître l’emploi du médicament. 

Mode d J application. — Les préparations que le chirurgien de la 
Pitié emploie sont ou une solution ou une pommade : la pommade lui 
paraît plus convenable. Dans les inflammations palpébrales, elle est 
aussi d’un emploi plus commode et plus facile h borner sur les parties ; 



( 205 ) 

clic expose moins le linge à être touché et détruit. La solution est gé¬ 
néralement préférée pour les ophthalmies purement oculaires et quand 
il y a quelque altération de la cornée. Du reste, il arrive souvent que 
la pommade réussit mieux que la solution, et la solution mieux que 
la pommade , dans des cas qui paraissent d’ailleurs semblables. 

La pommade est ainsi composée : 

if Axonge lavée.îij. 

Nitrate d’argent. ... gr. îj. 

Selon qu’elle produit plus ou moins de cuisson, il convient d’en aug¬ 
menter ou d’en diminuer la force ; ainsi on peut ne mettre qu’un demi- 
grain de nitrate par gros d’axonge, de meme que, dans certains cas, 
on peut en employer deux grains. 

La solution doit être dosée de la même manière, c’est-à-dire qu’on 
emploie d’un demi-grain à un ou deux grains de nitrate d’argent par 
once d’eau distillée. Quand on adopte la solution, on verse matin et 
soir deux ou trois gouttes entre les paupières, soit avec les barbes 
d’une plume, soit directement par le goulot de la bouteille, qu’on 
penche avec lenteur et qu’on ouvre avec précaution, en écartant peu 
à peu le pouce ou le doigt qui la ferme. Il faut, pendant que le liquide 
reste entre les paupières, engager les malades à rouler l’œil dans l’or¬ 
bite , pour que toute sa face antérieure sc mette en contact avec le mé¬ 
dicament. Afin que le liquide qui s’écoule ensuite de l’œil ne tombe 
point sur la chemise ou le linge environnant, qui s’en trouverait noirci 
et brûle', il faut avoir une petite compresse pour en absorber immédia¬ 
tement le superflu. 

Pour la pommade, on en prend gros comme la tête d’une épingle 
avec l’extrémité du doigt, et on la porte sur la face interne du bord 
des paupières malades , de manière à en graisser toute l’étendue de ces 
organes. Les mêmes précautions sont nécessaires pour préserver le linge 
des atteintes du médicament. Tous les malades ne le supportent pas de 
la même manière : chez les uns, il en résulte d’abord une douleur assez 
vive j chez d’autres, il cause à peine une sensation désagréable; ceux-ci 
peuvent en supporter deux et même trois applications par jour : chez 
les autres, une suffit ordinairement. Il en est qui ont besoin d’en avoir 
tous les jours sans discontinuer, tandis que chez quelques autres il faut 
suspendre de temps en temps l’emploi de la pommade ou de la solution. 
Il est même une remarque que le chirurgien de la Pitié a faite un bon 
nombre de fois : il continue le nitrate d’argent deux, trois et quatre 
jours; l’ophthalmie diminue , mais d’une manière peu marquée; il cesse 
un jour, deux jours : la diminution devient alors incomparablement 




( a86 ) 

plus sensible, puis l’ame'lioration s’arrête. On recommence alors l’em¬ 
ploi du nitrate d’argent : l’ophthalmie semble se raviver un peu; on cesse 
de nouveau le me'dicament un ou deux jours, et la maladie tombe à un 
degre' bien inferieur. En un mot, ce moyen , comme la plupart des to¬ 
piques actifs, demande d’être beaucoup étudié; il est besoin d’une sorte 
de me'tier pour l’employer avec tous les avantages dont il est suscep¬ 
tible. Du reste il n’a jusqu’à présent aggravé aucune des ophthalmies 
contre lesquelles il a été essayé; quelques'-unes lui ont résisté, mais les 
dix-neuf vingtièmes lui ont cédé; et c’est incontestablement une des 
substances dont on peut tirer le plus de parti dans une foule d’inflam¬ 
mations oculaires, dont M. Velpeau semble vouloir s’occuper d’une 
manière toute spéciale. 


»b l’emploi dtj nithate d’argent en dissolution dans les 

PLAIES. 

Ce n’esf point à titre de découverte nouvelle que nous venons entre¬ 
tenir un instant nos lecteurs de ce mode de traitement, mais seulement 
comme objet d’utilité pratique. Depuis long-temps on connaît l'efficacité 
de la solution de nitrate d’argent dans les pansemens de plaies ou ulcè¬ 
res anciens, dont la cicatrisation est lente ou ne saurait être obtenue par 
les topiques excitans ordinaires, comme les décoctions amères ou aro¬ 
matiques, le vin miellé, le styrax, les solutions de chlorures, etc. 
C’est surtout contre les ulcères fongueux et calleux que la solution de 
nitrate d’argent a été mise en usage; sir E. Home a même fait une 
classe à part des ulcères qu’il faut traiter au moyen de ce topique. 

M. Sanson, de l’Hôtel-Dieü, a, dans ces derniers temps ; trouvé 
plusieurs fois l’occasion de prouver par des faits l’avantage que les 
chirurgiens peuvent retirer du nitrate d’argent en dissolution, employé 
comme topique propre à hâter la cicatrisation des plaies anciennes. Il 
prescrit ordinairement depuis cinq jusqu’à dix grains de ce sel par 
once d’eau distillée; la plaie est dès lors touchée avec de la charpie 
trempée dans cette solution, puis recouverte dans toute son étendue de 
celte même charpie disposée en plumasseaux, qu’on maintient à l’aide 
de compresses et de quelques tours de bandes. Au bout de vingt-quatre 
heures, l’appareil est levé et remplacé par un tout semblable, et l’on 
continue ainsi jusqu’à parfaite guérison. Sous l’influence de ces panse¬ 
mens , bientôt la plaie se couvre de bourgeons charnus d’un rouge ver¬ 
meil , et fournit un pus de bonne nature, et les élémens de la cicatrice 
ne tardent pas à se montrer, non-seulement vers les bords , mais même 



C 287 ) 

au centre de la plaie, et la guérison est prompte et solide. Nous cite¬ 
rons comme preuve les deux faits survans : 

Un homme âgée de vingt-neuf ans, d’une bonne constiution, portait 
à la cuisse droite une large plaie résultant de la chute d’une escharre 
. survenue dans le cours d’un érysipèle plilegmoneux des plus graves. 
Celte plaie, réduite à la largeur d'un pouce, demeura stationnaire, 
malgré l’emploi de substances excitantes et de pansemens méthodiques. 
Chaque jour elle fut couverte de plumasseaux de charpie trempés dans 
la liqueur suivante. 


Tf. Nitrate d’argent fondu. . . . gros xi.. 
Eau distillée. g v. 


Au quinzième jour la cicatrice était complète. 

Un autre jeune homme de dix-neuf ans entra à l’Hôtel-Dieu avec 
une carie de la premièré phalange du gros orteil du pied gauche, suite 
d’un écrasement de cette partie. L’amputation jugée nécessaire fut faite. 
La plaie résultant de l’opération présentait à peine au bout du sixième 
jour quelques traces de cicatrisation , malgré l’emploi du vin miellé et 
d’autres topiques excitans. On fit alors usage d’une solution de cinq 
grains de nitrate d’argent par once d’eau distillée. Dès le lendemain la 
surface de la plaie était bien détergée, et au septième jour elle était 
couverte d’une cicatrice assez solide pour que le malade pût quitter 
l’bôpital et s’appuyer sans douleur sur le pied gauche. 


ACCOUCHEMENS. 

EMPLOI SIMULTANÉ DU SEIGLE ERGOTÉ ET Dli L’iNJECTION DU 
PLACENTA. 

Malgré les récentes et vives discussions élevées au sein de l’Académie 
de médecine sur l’efficacité du seigle ergoté dans le cas de lenteur du 
travail de l’accouchement par inertie , l’action spéciale de cette sub¬ 
stance sur la contractilité de l’utérus n’est mise en doute par 
aucun de ceux qui en ont fait l’épreuve un certain nombre de fois. Ce 
ne peut donc être là l’objet de longs débats j ce qu’il importerait surtout 
de constater d’une manière positive, c’est l’influence du seigle ergoté 
sur l’enfant lui-même , au moment de l’accouchement • nous recom¬ 
mandons spécialement ce point de thérapeutique aux praticiens, en les 
priant de nous faire connaître le résultat de leurs observations. Certes 




( -m > 

un grand nombre d’enfans, dont l’expulsion a e'tc' provoquée par l’em¬ 
ploi du seigle ergote', naissent dans un e'tat de santé satisfaisant; mais 
ceux dont la mort immédiate ne saurait être expliquée par une lésion 
quelconque, évidente, palpable (et il en est quelques-uns), à quoi doi¬ 
vent-ils ce funeste privilège de mourir en naissant? Serait-ce aux con¬ 
tractions brusques, violentes, anormales enfin que provoque le médi¬ 
cament? Serait-ce aux qualités délétères qu’aurait celui-ci sur la frêle 
organisation du foetus ? 

Rien de concluant n’a été dit à cet égard. Nous savons que dans cer¬ 
tains cas on pourrait tout aussi bien accuser de la mort de l’enfant la 
lenteur du travail et le délai apporté dans l’administration du seigle 
ergoté; mais ce qui est bien certain pour nous, c’est que l’accident peut 
avoir lieu lorsque ces circonstances n’existent pas. Nous n’en voulons 
pas conclure que le seigle ergoté soit un médicament essentiellement 
funeste pour l’enfant, et qu’on doive le bannir de la pratique : nous 
voulons seulement, en signalant nos craintes aux accoucheurs, fixer 
leur attention sur ce sujet, et les engager, jusqu’à parfaite solution de 
. la question, à user de ce médicament avec modération, et seulement 
quand l’indication sera bien précise, c’est-à-dire lorsque la lenteur du 
travail sera duc uniquement à l’inertie utérine. 

L’innocuité du seigle ergoté sur les femmes en travail nous paraît 
aussi bien démontrée que sa propriété cxpultrice : aussi le regardons- 
nous comme fort utile, sinon infaillible, soit pour provoquer la sortie 
de l’arrière-faix, soit pour arrêter les hémorrhagies utérines qui sur¬ 
viennent après la délivrance. Des exemples assez nombreux de son 
efficacité ont été publiées dans les journaux par plusieurs médecins, 
et entre autres par un accoucheur fort recommandable de Paris ; le 
docteur Goupil, qui, un des premiers, a administré ce médicament, 
dans les pertes utérines. Nous pourrions en joindre deux autres tout 
'récens, qui nous sont propres ; mais en attendant que nous puissions les 
joindre à l’anaiyse de quelques travaux nouvellement publiés sur l’em¬ 
ploi du seigle ergoté, nous rapporterons le suivant, que nous fournit 
le dernier numéro de la Revue médicale, parce qu’il nous donne l’oc¬ 
casion de rappeler à nos lecteurs un moyen encore peu répandu, l’in¬ 
jection par la veine ombilicale, à.laquelle le seigle ergoté peut être 
associé, comme dans le cas dont nous allons parler, mais qui peut aussi 
bien seule remplir parfaitement l’indication. 

Injection d’eau froide dans le placenta. 

Une dame dont la mère avait éprouvé des pertes considérables chaque 
fois qu’elle avait accouché, et chez qui cet accident s’était manifesté 



( *89 ) 

d’une manière inquiétante lors de sa première grossesse, devint enceinte 
une seconde fois. M. le docteur Pichard, prévenu de ces circonstances , 
administra, vers la fin du travail, un demi-gros de seigle ergoté en 
poudre, dans un verre d’eau rougie. Dix minutes après, l’enfant fut 
expulsé par suite des douleurs naturelles. L’utérus resta contracté lé¬ 
gèrement sur le placeDta ; cependant l’expulsion de cet enfant ne se fai¬ 
sant pas, une seconde dose de seigle ergoté fut donnée au bout de vingt 
minutes; mais elle ne produisit que quelques douleurs sans effet. Enfin, 
trois heures après la sortie de l’enfant, les douleurs ayant complètement 
cessé, et la matrice ne se dessinant pas aussi bien à travers les parois 
de l’abdomen, la crainte du relâchement de cet organe, du décollement 
du placenta, et, par suite, de l’hémorrhagie, engagea l’accoucheur à 
recourir aux injections froides par la veine ombilicale.Trois onces d’un 
mélange de quatre parties d’eau froide avec une de vinaigre fournirent 
les deux premières injections, qui n’eurent aucun résultat; une troi¬ 
sième, de trois onces également, provoqua une sensation de froid dans 
le fond de l’utc'rus et une contraction bien évidente de cet organe. En¬ 
fin une quatrième injection étant faite, il suffit d’opérer une légère 
traction sur le cordon pour amener le placenta. La matrice continua à 
se contracter, et il n’y eut point d’hémorrhagie, malgré la prédispo¬ 
sition bien marquée de la malade. 

L’injection du placenta doit se faire de la manière suivante : après 
avoir laissé la veine ombilicale se dégorger de tout le sang qu’elle peut 
contenir, et l’avoir vidée le plus possible en la pressant entre les doigts, 
on y injecte, avec une certaine force, quatre ou cinq onccc d’eau froide 
acidulée avec du vinaigre, au moyen d’une seringue à hydrocèle ou 
d’une seringue ordinaire, dont le syphon serait assez étroit pour péné¬ 
trer facilement dans l’ouverture de la veine. On attend quelques minu¬ 
tes ; si le décollement du placenta n’a pas lieu, on fait une seconde in¬ 
jection , puis une troisième, si cela est nécessaire, après avoir laissé 
sortir le liquide précédemment introduit. Cette dernière précaution est 
indispensable, attendu que les effets de l’injection, dans ce cas, pa¬ 
raissent résulter de la température du liquide plutôt que de la présence 
du liquide lui-même. A. T. 



( 39 ° ) 

CHIMIE ET PHARMACIE. 


NOUVELLE PRÉPARATION DE PILULES DE SOUS-CARBONATE 
DE FER. 

Un médecin de province a communiqué, il y a quelque temps, à l’A¬ 
cadémie royale de Médecine, la composition de pilules dont il avait 
constaté grand nombre de fois l'efficacité dans la chlorose. Ces pilules 
ayant été employées avec un grand succès par plusieurs praticiens de 
Paris, nous croyons utile de donner, à la suite des formules que l’on a 
fait connaître dans le dernier numéro du Bulletin de Thérapeutique , 
celle qu’un habile pharmacien de la capitale, M. Guillard , emploie 
pour la préparation de pilules de sous-carbonate de fer. 


Voici celte formule : 

if Sous-carbonate de potasse.ï ij. 

Sulfate de fer en cristaux bien purs ... aà 


Triturez ces deux sels ensemble, et faites, suivant l’art, quarante-huit 
pilules bien égales et argentées. 

On donne, en commençant, une de ces pilules matin et soir; puis 
on en porte graduellement la dose à trois, quatre et cinq par jour; on 
n’a pas encore dépassé ce nombre. 

La préparation de ces pilules exige un soin tout spécial de la part 
du pharmacien. Les deux sels, triturés ensemble, se liquéfient promp¬ 
tement, et cela en raison de la double décomposition qui a lieu; l’acide 
carbonique du sous-carbonate se porte sur l’oxide de fer du sulfate et 
forme un carbonate de fer insoluble, tandis que l’acide sulfurique 
s’unit à la potasse pour donner naissance à un nouveau sulfate; mais 
ce dernier sel ne peut absorber toute l’eau de cristallisation qui était 
primitivement contenue dans les deux substances salines employées, 
et il en résulte une telle surabondance de ce liquide, qu’il devient né¬ 
cessaire d’ajouter une forte quantité de poudre absorbante inerte 
( réglisse, guimauve ou gomme arabique), si l’on veut sur-le-champ 
procéder à la division du médicament. Mais alors on a des pilules 
beaucoup plus grosses qu’il ne convient : aussi est-il indispensable de 
procéder d’une autre manière à leur confection. On parvient à dissiper 
l’eau en excès par une trituration prolongée pendant une heure un 
quart ou une heure et demie à peu près; lorsqu’on approche du degré 
de consistance désiré, on ajoute, pour les doses indiquées plus haut, 
dix-huit grains de gomme arabique pulvérisée, afin de donner à la masse 




( 29 * ) 

le degré' de liant sans lequel il ne serait guère possible de la convenir 
en pilules bien faites. On mêle intimement, puis on divise aussitôt, et 
on argente immédiatement; car, si l’on tarde trop, cette dernière opé- 
ration ne se fait qu’avec la plus grande difficulté', à cause de la dureté 
que la pâte pilulaire a bientôt acquise, et des fissures dont sa surface 
se parsème: 

Quelquefois on a remplacé le sous-carbonate de potasse par le bi¬ 
carbonate de soude. La préparation alors est moins longue et plus fa¬ 
cile; mais les pilules deviennent si dures qu’elles s’écaillent par lé 
moindre choc. Quant aux effets thérapeutiques, ils ont semblé plus 
prononcés encore ; cependant ce plus grand degré d’efficacité a besoin 
d’être confirmé par de nouveaux essais. 

On a cherché à remplacer la préparation de ces pilules par le mé¬ 
lange direct du carbonate de fer et du sulfate de potasse dans des pro¬ 
portions semblables ; mais on n’a point obtenu les mêmes résultats. A 
quoi cela tient-il? C’est ce qu’on ne sait pas encore; et c’est à l’expé¬ 
rience à nous éclairer sur ce point. 

Par-dessus chaque pilule, on fait boire une tasse d’un infusé léger 
de bourgeons de sapins du Nord. La quantité de bourgeons qui doit 
être employé pendant l’administration des quarante-huit pilules doit 
être d’une once et demie à deux onces. 

Nous avons vu plusieurs fois des chloroses rebelles à toute autre 
mode de traitement guérir en vingt ou trente jours par celui-ci. 

Il n’est pas besoin d’ajouter que les malades doivent être mis à un 
régime alimentaire tonique, et que toutes les causes débilitantes doi¬ 
vent être éloignés avec la plus grande attention. Cottereau. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


Cautérisation circulaire de la cornée. — Dans notre sixième li-, 
vraison, nous avons parlé des inconvéniens et des dangers de cautériser 
les ulcères de la cornée avec le nitrate d’argent taillé en pointe, et nous 
avons indiqué le moyen de parer à ces inconvéniens. Le procédé que 
nous avons indiqué est bon et applicable à tous les cas; mais si l’on 
avait affaire à des ulcérations nombreuses occupant le pourtour de la ' 
cornée, ou bien à un développement de vaisseaux nourriciers de taches, 
comme cela arrive quelquefois, on pourrait employer le procédé dont 
s’est servi ces jours derniers avec avantage M. Sanson, dans un cas de 
ce genre. Un anneau creux, et d’un diamètre un peu plus grand que la 



( 29 ^ ) 

cornée, est garni de nitrate d’argent dans toute sa circonférence; il est 
porte' sur l’œil au moyen d’une tige recourbée, sur laquelle il est sou¬ 
tenu au travers d’un ophthalmoscopc, destine' à soulever les paupières 
et à garantir le reste du globe. Par ce moyen, tout le pourtour de la 
cornée est cautérisé à la fois ; cependent il faut que le contact ne soit pas 
trop prolongé , car l’on peut donner lieu, comme cela est arrivé chez 
le malade dont il est question, au développement d’une vive inflamma¬ 
tion : cette inflammation a cédé facilement dans ce cas à l’application de 
sangsues à la face interne des paupières, d’après la méthode indiquée 
dans notre première livraison. 

Extrait du dalura strammonium. — MM. Rc'camier et Trousseau 
ont substitué, depuis quelque temps , l’extrait de datura strammonium 
à l’acc'tate de morphine dans le traitement, par la méthode endermique, 
des sciatiques et de quelques névralgies rebelles. Ils trouvent à ce 
médicament l’avantage de ne point bouleverser les malades autant que 
l’acétate de morphine; de ne point donner lieu à de si fortes nausées, 
à des vomissemens et au malaise qui les accompagnent; l’excitation cé¬ 
rébrale est également moindre, et le léger délire qui suit toujours l’em¬ 
ploi des narcotiques énergiques, moins prononcé par le strammonium 
que par le sel d’opium. Voici le mode d’administration qui est suivi 
à l’Hôtel-Dieu : après avoir enlevé l’épiderme avec la pommade am¬ 
moniacale , on taille un petit linge fin et double, de la grandeur et de 
la forme de la petite plaie; alors on étend de un à trois grains d’extrait 
sur une des faces de la compresse, et on applique sur la plaie celle où 
n’est point le médicament ; de cette manière ce n’est que peu à peu , et 
lorsque le linge a été humecté , que l’action du remède se fait sentir, ce 
qui a lieu un petit quart d’heure après le pansement. Cette précaution 
est indispensable; sans elle, la douleur qui résulterait de l’application 
de l’extrait de strammonium serait intolérable. 

Catarrhes de la vessie. —Plusieurs malades, atteints de cette dou¬ 
loureuse et grave maladie, se trouvent réunis dans ce moment à l’Hôtel- 
Dieu, dans les salles de M. Sanson. Ce chirurgien leur fait suivre un 
traitement qui n’est point ordinaire : nous mentionnerons les résultats 
qu’il en obtiendra. Ce traitement consiste dans des injections dans la 
vessie avec de l’eau de goudron, à laquelle il ajoute de six à huit 
. gouttes de laudanum de Rousseau. Lorsque les douleurs au col de la 
vessie sont très-fortes , ce qui arrive souvent, il parvient à les soulager 
en introduisant dans le rectum, seulement au-delà du sphincter, une 
boulette de charpie , enduite d’une pommade composée d'un grain d’a- 
ce'tatc de morphine et d’une once d’axonge. Cette boulette ne gêne nulle- 



( «j3 , 

mont, et est rcjetc'c par les selles. Nous en avons vu de bons effets chez 
un vieillard de ^7 ans, couche' au n° 54 de la salle Sainte-Jeanne. 

Typha dans les brûlures. — Un nouveau fait, observé à l’Hôtel 
Dieu, vient confirmer ce que nous avons dit, dans notre deuxième li¬ 
vraison , sur les avantages du typha dans les brûlures. Un boulanger , 
en ouvrant son four, a été brûlé profondément par la flamme qui en est 
sortie avec impétuosité; le devant de sa poitrine, ses bras, ses aisselles, 
sa figure, étaient profondément brûlés aux premier, second et troisième 
degrés : le typha a été appliqué sur toutes les plaies, et au sixième 
jour la cicatrisation était parfaite dans presque tous les points. 

Blessure de Tiliaque externe. — Ligature. — Il y a trois se¬ 
maines , un charcutier de la rue Saint-Martin, en raclant une table, 
s’est tranché presque entièrement l’artère iliaque externe , immédiate¬ 
ment au-dessus du ligament de Fallope. Heureusement un médecin put 
presque à l’instant même suspendre l’hémorrhagie, en comprimant 
l’aorte et l’iliaque primitive, en attendant l’arrivée d’un chirurgien. 
M. Yelpeau , qui fut appelé, parvint à saisir et à lier les deux bouts 
de l’artère, et à sauver ainsi le sujet d’une mort imminente. Les fils 
des ligatures sont tombés le onzième jour. Aucun accident n’est venu 
compliquer l’état du malade , et aujourd’hui la guérison peut être con¬ 
sidérée comme certaine.—Nous mentionnons ce cas de haute chirurgie, 
parce qu’il est remarquable sous deux points de vue : d’abord, la liga¬ 
ture de l’iliaque externe a bien été faite déjà avec succès un grand nom¬ 
bre de fois pour des cas d’anévrysmes ; mais elle n’avait peut-être pas 
été encore exécutée pour une lésion traumatique récente ; la raison en 
est simple, c’est que les blessures d’un vaisseau de ce calibre entraînent 
presque immédiatement la mort. La seconde particularité qui signale ce 
fait, c’est qu’après la ligature la circulation et la chaleur du membre 
n’ont été qu’un moment suspendues; chose remarquable, en ce que l’or¬ 
ganisme n’avait pas eu ici le temps de préparer les voies collatérales 
comme dans le cas d’anévrysme. 


CHOLÉRA-MORBUS. 

Diminution de Tintensité du choléra. — Le danger que présente 
le choléra s’atténue à mesure qu’il marche vers l’ouest. La mortalité 
est toujours fort considérable parmi les malades; mais leur nombre, par 
rapport à la population, décroît beaucoup. Voici un tableau consolant 
où l’on peut voir combien, sur mille habitans, on a compté de cholé¬ 
riques dans les villes de Lemberg, Mittau, Riga, Poscn, etc. 




( 294 ) 

Pendant lcs-quarantc premiers jours on a compte : 


A Lemberg , su 

1000 habitans, 

47 malades. 

Mittau, 

idem 

3o 

Riga, 

id. 

3o 

Posen, 

id. 

14 

Saint-Pétersbourg, 

id. 

12 

Kœnigsberg, 

id. 

10 

Elhin, 

id. 

9 

Dantzig, v 

id. 

8 

Stettin, 

id. 

5 

Berlin, 

id. 

3 


Le choléra est-il contagieux? Lettre deM. Gaymard.—Rapport 
de la commission médicale de Berlin. — Une lettre écrite de Saint- 
Pétersbourg, en date du 16 octobre, par M. Gaymard à M. Kc'ran- 
dren, apprend que la commission médicale de Russie est sur le point de 
rentrer en France; quelques détails dans lesquels entre M. Gaymard nous 
prouvent qu’il ne considère pas le choléra-morbus comme contagieux. 

« A Moscou, dit-il, l’hôpital d’Ordinka, dontle service médicalcst con- 
fiéà M. le docteur Delaunay, a reçu, depuisle 18 décembre i83o jus¬ 
qu’à la fin de septembre i83i , 587 cholériques et 860 individus 
affectés de maladies diverses. Parmi ces derniers, c’est-à-dire sur 
8O0 malades étrangers au choléra, aucun ne l’a gagné ; et cependant 
l’hôpital n’est formé que d’un seul corps de logis , dont les différens 
étages communiquent entre eiix par des escaliers intérieurs; le même 
linge sert indifféremment à tous les malades ; il en est de même des 
infirmiers. 

» Les parens venaient libremeni voir et même soigner leurs parens 
malades ; et cette mesure, loin d’avoir aucune espèce d’inconvénient, 
a produit les plus heureux effets sur les habitans de Moscou. 

» Il nous est démontré par les pièces que nous avons sous les yeux, 
relatives à la peste qui désola Moscou en 1771, sous l’impératrice Ca¬ 
therine , qu’il n’existe point d’analogie entre la marche du choléra et 
celle de la peste. 

» Le conseil temporaire de médecine de Moscou, présidé par le gou¬ 
verneur-général prince Gallitzin, a bien mérité de son pays, de la 
science et de l'humanité,. Par sa prudence et son courageux dévouement, 
il a su prévenir les émeutes populaires qui ont constamment accompa¬ 
gné les mesures que l’on a cru répressives de la contagion. 

» Je puis vous dire , dans toute la sincérité démon ame, ce que j’ai 
dit à M. de Humboldt, dans une lettre que je viens de lui écrire. 



( ag5 ) 

L'honneur que j’ai d’appartenir au corps de la marine m’en fait, à 
votre egard, un devoir encore plus rigoureux. 

» Je suis venu en Russie sans idées préconçues , cherchant la vérité 
de bonne foi, et ne voulant subir d’autre influence que la sienne. Eh 
bien ! tout ce que j’ai vu et appris m’a convaincu de la manière la plus 
forte que les quarantaines dans l’intérieur des villes, l’isolement des 
quartiers et des maisons, les violences exercées pour arracher les ma¬ 
lades de leur domicile, sont des mesures désastreuses, que tout homme 
ami de son pays doit proscrire avec énergie. Je me résume ; et j’affirme 
que vouloir les quarantaines intérieures et Visolement des quartiers 
et des maisons , c’est vouloir le choléra escorté d’un fléau plus 
redoutable encore, celui des émeutes populaires. 

« Dans une si grande calamité, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est 
de conseiller à tous le calme et le régime, d’organiser d’avance des hô¬ 
pitaux temporaires et des secours à domicile , de laisser librement les 
parens venir soigner leurs parens malades ; et l’on aura infailliblement 
beaucoup moins de malheurs à déplorer. » 

Cependant de grandes autorités ne partagent pas la manière de voir de 
M. Gaymard. Voici commcnts’exprime lacommissionmédicaledeBerlin: 

« La propagation du choléra-morbus, de la mer Caspienne à la Prusse, 
la Pologne et la Gallicie , dans les endroits où le commerce, soit par 
terre, soit par mer, est le plus étendu, prouve évidemment l’existence 
d’un principe contagieux auquel on a pu soustraire les individus en sé¬ 
parant les personnes saines de celles infectées. 

» Sans doute, dans le choléra-morbus comme dans d’autres affec¬ 
tions contagieuses, des personnes ont pu rester long-temps auprès des' 
malades sans en être attaquées. Ces cas sont négatifs, et ne peuvent pas 
être apportés comme preuves de la non-contagion. On doit en conclure 
seulement que tous les individus ne sont pas aptes à contracter cette ma¬ 
ladie , et que son développement nécessite des prédispositions parti¬ 
culières. 

» La contagion est démontrée par l’expérience la plus étendue. L’o¬ 
pinion que la maladie ne se propage pas par un principe contagieux, 
transmis d’individus à individus, mais bien par des miasmes ou un 
principe nuisible développé dans l’atmosphère, suivant des rapports de 
climats, est déjà réfutée par cela que ce fléau a régné, avec la même 
intensité , dans les climats les plus différens : sous l’équateur, dans la 
plus grande chaleur ; sous le cinquante-cinquième degré de latitude 
nord, par un froid de vingt à trente degrés Réaumur. 

» 11 paraît, d’après les observations recueillies jusqu’à présent, que 
le principe contagieux est surtout communiqué, soit par le contact 
immédiat des malades mêmes ( et probablement aussi des personnes 



( --*96 ) 

mortes ), ou de la couche d’air qui les environnent que vicient les ex¬ 
halations pulmonaires, la perspiration cutanée et les matières excrétées; 
soit par les effets d’habillement et autres objets qui se sont trouvés pen¬ 
dant quelque temps en contact immédiat avec les malades. » 

Précautions à prendre dans les autopsies de cholériques. — La 
commission médicale de Berlin recommande la plus grande prudence 
en faisant les autopsies, qu’on doit autant que possible faire en plein 
air. Avant d’y procéder on doit plonger le cadavre dans une solution de 
chlorure de chaux, ou bien l’en arroser seulement. Il faut avoir le 
même soin avant d’explorer les organes des cavités. 

Celui qui est chargé de l’ouverture du cadavre doit se couvrir d’un 
manteau de toile cirée. Il ne doit avoir aucune blessure aux mains. L’ex¬ 
ploration terminée, il doit se laver dans une dissolution de chlorure de 
chaux, dans laquelle il doit nettoyer aussi le manteau et les instrnmcns. 


VARIÉTÉS. 

SORT I)JJ M. LEGALLOIS. 

C’est avec une douleur profonde que nous annonçons la mort de 
M. Legallois; ce courageux ami, que l’amour de la science emportait 
an-devant de tous les dangers, a succombé à vingt-six ans, dans la ville 
de Lcmberg, à la maladie de poitrine qu’il avait gagnée en soignant les 
cholériques de Varsovie. Encore s’il eût pu atteindre le sol de France, 
s’il eût pu mourir dans les bras de sa vieille mère, dont il était le seul 
appui, il eût peut-être trouvé moins amer le funeste prix de son noble 
dévouement ! 

Depuis quelque temps l’affaiblissement de Legallois était extrême ; 
il connaissait parfaitement son état, et il ne se faisait point illusion sur 
le sort qui l’attendait; mais il désirait si ardemment voir la France que 
ce désir lui avait donné une force factice, qui lui avait permis d’entre¬ 
prendre le voyage. Chaque pas qu’il faisait le rapprochait de sa patrie : 
cela avait suffi pour qu’il soutînt quelques jours la fatigue; mais, 
rongé par une'fièvre hectique, et dans le dernier degré de marasme, 
pouvait-il aller bien loin ? Arrivé à Lemberg, ses forces épuisées ne 
lui ont pas permis de continuer son voyage, et il s’est éteint sur le sein 
d’un ami qui, depuis Varsovie, lui prêtait son secours. 

Etrange et cruelle destinée que celle du père et du fils qui, après 
avoir consacré avec honneur leur vie à la science, ont péri tous deux 
prématurément victimes de leur zèle ! 

Di meliora piis ! 



( *91 ) 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


'TRAITEMENT DU BÉGAIEMENT PAR LES MÉTHODES NOUVELLES. 

Le be'gaiement est une affection qui, sans être très-commune, se ren¬ 
contre encore assez souvent ; bien qu’elle n’inte'resse pas gravement la 
santé' de l’individu qui en est atteint, ses conséquences, pour l’homme 
qui vit an milieu de la socie'te', sont assez graves pour que de tout temps 
on ait dû chercher à y reme'dier; et le succès des moyens à lui opposer 
pouvait paraître d’autant plus facile que les organes le'se's, ou plutôt 
dont le jeu est vicie', sont, en partie du moins, exposés sans cesse aux 
regards de l’observateur. Maigre' toutes ces circonstances favorables, c’est 
en vain qu’on chercherait, dans cette foule innombrable d’e'crits sur l’art de 
guérir, un exposé satisfaisant des causes et du mécanisme du bégaiement, 
et encore muins un plan de traitement rationnel et sanctionné par l’ex- 
pc'rience. Dans ce cas comme en beaucoup d’autres, ce ne sont point les 
explications qui manquent, on n’a que l’embarras du choix ; il y a long¬ 
temps qu’on a dit, on a souvent répété depuis, que le bégaiement était 
une névrose ; qu’il était le résultat de la débilité des muscles qui ser¬ 
vent à l’articulation des sons ; ou bien qu’il était dû à une lésion parti¬ 
culière du cerveau, à certaines dispositions physiques de la langue et 
de son frein, à l’implantation vicieuse des dents, à la division de la 
luette, à certains vices de conformation de l’os hyoïde, etc. A quoi ont 
servi ces explications, les longues dissertations des Menjot, des Ber- 
glien, de leurs prédécesseurs et de plusieurs médecins modernes ? A 
mettre en crédit des idées fausses qui ont entravé la marche de la 
science; à recommander pour tout traitement, ou des pratiques bizarres 
ou des formules plus ou moins barbares, destinées à combattre des chi¬ 
mères ; enfin à laisser aux bègues leur infirmité jusqu’à ce que l’âge ou 
quelque circonstance extraordinaire, quelque miracle enfin vînt les en 
délivrer. La science a donc jusqu’à présent plutôt embrouillé la ques¬ 
tion qu’elle ne l’a éclairée. Voyons ce qu’a fait l’empirisme. Il a guéri 
Démosthènes , et cet autre orateur célèbre de la Convention, dont parle 
M. Itard, dans sa dissertation sur le bégaiement; il a guéri cette foule 
de bègues, médecins ou autres, dont on n’a pas parlé, et qui, sans autre 
guide que la simple observation , sans autre moyen qu’une volonté 
ferme , se sont affranchis d’un défaut contre lequel l’art était resté im¬ 
puissant. N’en accusons ni la médecine ni les médecins. Accusons-en 
l’imperfection de nos sens , de nos moyens d’investigation qui n’ont en¬ 
core soulevé qu’à demi le voile qui couvre ce mécanisme si ingénieux 



( 398 ) 

de la parole. Avant-de chercher à expliquer le bégaiement, il faudrait 
reconnaître, dans toutes leurs nuances, les raouvemens plus ou moins 
compliques des muscles nombreux qui servent à la production des sons 
et à leur articulation. Or, comme cela ne nous est pas encore permis , 
expliquons moins et observons davantage ; ne cherchons à voir que ce 
qui est visible : peut-être par ce moyen arriverait-on plus sûrement an 
but que se propose la me'decine, guérir : l’expérience va parler et nous 
prouver qu’il en a été ainsi pour ce qui concerne la thérapeutique du 
bégaiement. 

Voyons ce qne la simple observation, dégagée de toute discussion 
théorique, a pu apprendre sur le mécanisme du bégaiement; quelles 
sont les conséquences qu’on a dû en déduire tout naturellement, et enfin 
si cette voie 11’a pas été la plus courte pour arriver à la découverte 
d’une médication efficace. 

Qu’obscrve-t-on chez l’individu affecté de ce vice de la parole qui 
constitue le bégaiement? un désordre dans les contractions des muscles 
qui servent à l’articulation des sons, suivant l’espèce ou le degré du 
bégaiement. Tantôt ce désordre nous paraît avoir uniquement son siège 
dans l’appareil musculaire p]us spécialement destiné à l’articulation ; 
tantôt il semble s’étendre en même temps aux*muscles chargés de la 
production des sons, ou même à ceux de la respiration. Dans le pre¬ 
mier cas, les inouvcinens de la langiie et les lèvres sont seuls lésés ; 
le bégaiement, ordinairement léger et non continu, se manifeste princi¬ 
palement par de l’hésitation dans l’articulation de certaines syllabes et 
la répétition de certaines lettres. Cette difficulté de la prononciation 
paraît tenir à la position vicieuse de la langue et à des mouvemens 
convulsifs de cet organe et des lèvres. Dans le second cas, non-seule¬ 
ment il y a difficulté de prononcer, par le fait d’un désordre dans les 
mouvemens de la langue et des lèvres; mais on reconnaît un dérange¬ 
ment dans la production des sons, par des inflexions de voix plus ou 
moins bizarres, par des détonations plus ou moins fréquentes, brusques 
et sonores; par des cris rauques ou aigus, avec on sans mouvemens 
convulsifs des muscles de la face, quelquefois même par un mutisme 
plus ou moins complet, plus ou moins prolongé. Dans le troisième 
cas, l’infirmité, portée au plus haut degré, ne se manifeste pas seule¬ 
ment par la difficulté et l’impossibilité d’articuler, elle s’accompagne 
d’un état tétanique ou même convulsif du diaphragme et des muscles du 
col ou des parois thoraciques, et quelquefois même des muscles des ex¬ 
trémités supérieures, état qui, par les contorsions qu’il produit, donne 
en quelque sorte à cette affection le caractère de l’épilepsie. 

On remarque encore que le bégaiement, dans les cas les plus ordi- 



t ^99 ) 

naires, n’est pas continu; que certaines personnes prononcent correcte¬ 
ment, sans hésitation, lorsqu’elles chantent ou déclament; que d’autres 
parviennent à suspendre ce vice de la parole au moyen de l’introduction 
dans la bouche de quelque corps dur, ou bien en parlant, ou respirant 
d’une certaine façon, ou même en soulevant à des intervalles égaux 
un bras, un doigt, pendant qu’elles articulent les syllabes les plus 
difficiles. De ces diverses observations, et de quelques autres qu’il est 
inutile d’énumérer ici, on a dû conclure que le bégaiement n’était pas 
un vice incurable; qu’il fallait soumettre l’exercice de la parole à 
un rythme quelconque que rappellerait sans cesse un mouvement ré¬ 
gulier , apparent, afin de rompre l’habitude vicieuse contracte'e par les 
organes de la voix et de la parole; et que le moyen de faire cesser plus 
sûrement celte habitude serait de mettre l’organe principal dans des 
conditions telles que ses mouvemens ordinaires fussent nécessairement 
entravés et modifiés. C’est aussi ce qu’ont fait les personnes qui ont ob¬ 
servé sur elle-mêmes et tenté de combattre cette infirmité; c’est aussi ce 
qu’ontdû faire les médecins,sans pouvoir se rendre compte, d’une manière 
positive, de l’action de ces divers moyens, dont l’expérience leur démon¬ 
trait l’efficacité; mais ces moyens, toutfavorables qu’ils fussent, n’avaient 
pu être mis à profit que pour un très-petit nombre d’individus. Jusque 
dans ces derniers temps, la plus grande partie des bègues étaient ré¬ 
duits à celte alternative assez fâcheuse de conserver leur infirmité ou 
de s’en guérir e.ux-mêmes. Soit défaut de confiance dans le pouvoir de 
leur art pour le vice du bégaiement, soit indifférence pour une affec¬ 
tion qui le plus souvent est peu grave et destinée à disparaître, ou au 
moins à diminuer un jour spontanément, toujours est-il que les méde¬ 
cins se sont généralement peu occupés de cette partie de la thérapeuti¬ 
que , qui n’e'tait pas moins susceptible que les autres d’acquérir un cer¬ 
tain degré de perfectionnement, ainsi qu’on va le voir. 

Si nous exceptons M. Itard, qui, dès l’annce «817, nous fit appré¬ 
cier le rôle important que joue la langue dans le bégaiement, et dé¬ 
montra la nécessite' d’agir immédiatement sur cet organe, au moyen 
d’un instrument qui pût en entraver les mouvemens, les hommes de 
l’art ne conseillaient que des moyens, ou très-infidèles, ou d’une diffi¬ 
culté d’exécution telle qu’ils devenaient illusoires, excepté pour quel¬ 
ques personnes privilégiées. Alors, comme depuis, on recommandait 
aux enfans, et à ceux dont le bégaiement était léger, de parler et 
de lire lentement, en insistant sur les syllabes qui offraient le plus 
de difficultés, d’observer pendant un certain laps de temps un si¬ 
lence absolu , d’apprendre une langue étrangère ; aux adultes, chez qui 
20. 



( 3oo ) 

cos simples pratiques étaient restc'es sans résultat, ou conseillait d’éltt- 
«lier le mécanisme (le la voix dans les ouvrages de Wallis, d’Amman ou 
de l’abbé de l’Épée, et de mettre à exécution les leçons de ces auteurs ; 
puis de méditer Quintilien, et de s’appliquer, en récitant quelques dis¬ 
cours , à la correction de la prononciation , à une articulation claire , 
à Y ornement, etc. ; ou bien encore on leur faisait donner du cor, ap¬ 
prendre la musique, filer des sons ; on les faisait parler en cliantant, 
comme dans les récitatifs de nos opéras; on leur prescrivait des garga¬ 
rismes toniques, et, en désespoir de cause, des moxas sur les côtés du 

Jusque là, ni la science, ni même l’empirisme n’avaient encore at¬ 
teint le but. Ces divers moyens, employés isolément, et la plupart d’un 
intérêt secondaire, par conséquent peu utiles, et très-rarement applica¬ 
bles, ne pouvaient suffire; il fallait que le traitement du bégaiement de¬ 
vînt assez simple pour être à la portée de toutes les intelligences, et ne 
fût pas seulement profitable à quelques hommes , supérieurs par leurs 
lumières et leur persévérance. Ce traitement, on l’a découvert ; et, 
comme nous l’avons dit en commençant, c’est à l’empirisme que nous 
le devons. 11 suffisait de la simple observation d’un phénomène très-ap¬ 
parent , et jusqu’alors inaperçu : c’est une personne étrangère à l’art de 
guérir qui l’a faite. 

En t 8o.5, à New-York, une dame, en étudiant le mécanisme de la 
parole chez une demoiselle bègue, qu’elie désirait fortement délivrer de 
son infirmité, s’aperçut que, dans le moment où les syllabes difficiles 
devaient être prononcées, la langue restait appuyée sur la paroi infé¬ 
rieure de la bouche au lieu de s’approcher du palais, comme cela a lieu 
chez les personnes qui prononcent correctement. Conduite ainsi tout 
naturellement à conseiller à son élève de relever la pointe de la langue 
au moment de parler, elle eut la vive satisfaction de voir le bégaie¬ 
ment cesser à l’instant. De cette expérience elle conclut qu’elle avait 
découvert à la fois, et la cause du bégaiement, et le moyen de le guc- 
rir. En effet, ayant exercé son élève à parler en tenant ainsi la pointe 
de la langue derrière les dents incisives supérieures, en ayant eu toute¬ 
fois la précaution de lui interdire de parler d’une autre manière, elle 
parvint à obtenir une guérison parfaite. Encouragée par ce premier 
succès, madame Leigh fit l’application de sa méthode sur plusieurs au¬ 
tres personnes, ouvrit même un établissement spécial pour le traite¬ 
ment des bègues , et opéra bon nombre de cures authentiques qui, en 
se multipliant, viendront sans doute confirmer l’utilité de sa décou¬ 
verte , et rendront peut-être son nom digne de figurer à côté de celui 
de l’abbé de l’Épée. 



( 3oi ) 

Pour le physiologiste qui connaît ou au moins suppose le grand 
nombre des organes qui concourent à l’articulation des sons, et la va- 
rie'lc' des mouvemens de tous ces organes, il paraît incroyable qu’il suffise 
d’un simple changement dans la position de la pointe de la langue, pour 
faire cesser le desordre des contractions musculaires qui constituent 
le bégaiement, à tel point que celte heureuse modification n’a pas seu¬ 
lement lieu pour les lettres qui, comme L, T, exigent, pour la pronon¬ 
ciation normale, que la langue prenne cette situation, mais pour toute 
autre , quelle que soit la position que cet organe doive prendre, et la 
part qui lui soit réservée pour l’articuler ; et pourtant cela est ainsi. 
C’est un phénomène qu’il faut admettre jusqu’à nouvel ordre sans ex¬ 
plication. Dire que toute Pefficacitc' de la me'lhodc de madame Lcigh, et 
de celles qui en dérivent, réside uniquement dans cette simple position 
de la langue; ce serait un peu trop s’avancer peut-être ; néanmoins , si 
l’on consulte un instant les faits, on sera moins tenté de considérer 
cette allégation comme un paradoxe. Nous reconnaissons que des bègues 
ont etc guéris par des moyens tout diffe'rens ; mais sur dix qui au¬ 
ront essayé, un seul peut-être aura réussi ; et encore , l’expérience l’ap¬ 
prend , cet homme sera remarquable par une ferme volonté , jointe à un 
développement de facultés intellectuelles cl une instruction qui sont le 
partage du petit nombre; combien de temps encore, d’essais infruc¬ 
tueux, de soins, lui faudra-t-il avant que la guérison soit achevée! Par 
la nouvelle méthode, la plupart des bègues guérissent ; quelques jours, 
quelques heures même, suffisent quelquefois. Remarquons encore que 
parmi les anciens modes de traitement, les plus heureux sont précisé¬ 
ment feux qui associent aux exercices plus ou moins bien raisonnés de 
la voix et de la parole l’emploi de moyens mécaniques propres à gêner, 
à modifier certains mouvemens, certaines positions de la langue qu’on 
ncsavaitpas distinguer, mais que l’on devinait vaguement. Lés cailloux 
de De'mosthènes, dont on rit à présent, ont contribué plus d’une fois à 
la guérison du bégaiement; et les instrumens inventés dans le même 
but, la petite fourche de M. Itard, le refoule-langue de M. Colombat, 
et la lame métallique de M. Hervcz de Che'goin, pour doubler l’arcade 
dentaire inférieure, n’ont pas eu moins de part aux succès obtenus que 
les différens artifices employés conrurremment avec eux. D’ailleurs , 
ces instrumens, dont le premier, ne l’oublions pas, a été employé avant 
que la méthode américaine fût créée, agissent, en dernier résultat, à peu 
de chose près, comme l’enseigne cette méthode. Enfin, des différens. 
procédés qui ont été publiés depuis la découverte de madame Lcigh , 
ceux qui offrent le plus de garanties, par un plus grand nombre de suc¬ 
cès , reposent, non pas exclusivement, mais principalement sur la posi-. 





( 3o2 ) 

lion donnée à la langue. On peut s’expliquer ainsi l'infidélité des autres 
moyens anciennement connus, tant qu’ils ne furent pas associes à cette 
simple précaution. Les suceès nombreux récemment obtenus par l’cm- 
ploit de la mctbode dite américaine, et de celles qui en dérivent, nous 
font un devoir de signaler ce véritable progrès de la thérapeutique, et 
de fournir à nos nombreux lecteurs les renseignemens propres à en ré¬ 
pandre le bienfait, en leur indiquant, avec le plus de clarté possible, 
les caractères distinctifs de chacune de ces méthodes. 

Madame Lcigh ayant enseigné sa méthode, qui était alors im secret , 
aux frères Malbouche, ces messieurs se rendirent dans les Pays-Bas, 
puis en France (en 1828); et là, comme en Amérique , un grand nom¬ 
bre de bègues furent guéris. M. Magendie, à qui nous empruntons ces 
détails, fut chargé par l’Académie de suivre les expériences de ces mes¬ 
sieurs , et put en eonstatcr les heureux résultats. Nous lui devons les 
premiers renseignemens exacts sur la méthode américaine, dont 
M. Malbouche a cessé généreusement de faire un secret. 

Suivant M. Malbouche, la méthode de madame Leigh ne saurait re¬ 
médier à certains cas de bégaiement, dans celui qu’il appelle A’arrière. 
Il ajoute que les guérisons très-promptes qu’elle opère ne se maintien¬ 
nent pas. Il veut donc qu’on traite chaque espèce de bégaiement par des 
procédés distincts : cela est très-logique et peut être nécessaire jusqu’à 
un certain point; cependant les détails qu’il donne sur la meilleure ma¬ 
nière de procéder ne nous prouvent pas la nécessité de moyens très- 
compliqués ou très-variables. Quoi qu’il en soit, nous allons exposer 
les remarques qu’il a faites sur les variétés du bégaiement, et la classi¬ 
fication qu’il en donne. 

Dans la première espèce de bégaiement, dit en avant, quand les 
bègues veulent parler , l’effort au moyen duquel ils portent leur langue 
vers le palais est si grand , qu’ils ferment involontairement, mais d’une 
manière complète, le conduit vocal que représente la bouche dans l’in¬ 
stant où il devrait laisser passage au son. II en résulte des efforts plus 
ou moins grands, plus ou moins pénibles, qui n’ont pour résultat que 
de porter la langue en avant, comme nous sommes portés à le faire 
quand nous éprouvons un sentiment de strangulation. Celte manière de 
bégayer cède assez facilement; souvent même le bègue le fait cesser en 
reprenant haleine. 

Dans la seconde espèce de bégaiement, la langue reste en haut; mais 
ses mouvemens ne coïncident pas avec la production de spn vocal ; il 
en résulte la répétition rapide et comme convulsive des syllabes incom¬ 
plètement prononcées. Il n’y a pas alors voix étouffée, suffocation ; il 
y seulement défaut de coïncidence; mais comme la langue retombe sans 




( 3 o 3 ) 

cesse, le bègue est obligé, pour la relever, de faire un grand nombre 
de mouvemens et de les répéter jusqu’à ce que l’organe soit dans la si¬ 
tuation propre à l’aiticidation. Cette espèce de bégaiement se confond 
avec le bredouillement : on peut quelquefois la surmonter en parlant 
avec lenteur et régularité. 

Une troisième espèce, plus fréquente, consiste dans la difficulté des 
mouvemens de la langue en arrière. Les mouvemens de rétraction sont 
seuls difficiles, et coïncident en général avec un état de raolléssc et d’é- 
paisissement de l’organe. Pendant l’exercice de la parole, les muscles 
du visage se contractent, il y a perte de respiration, arrêts prolonges , 
cl même des hoquets. Les lettres les plus difficiles à prononcer sont : 
13 , D, F, G, P, T, S; mais le K, le P et le T, qui exigent le plus 
fort mouvement en arrière , sont les plus réfractaires. Quelques bègues 
prononcent toutes les lettres facilement, et ne bégaient que pour ces 
trois dernières. M. Malbouclie donne à cette espèce le nom de bégaie¬ 
ment d 'arrière. Voici comment il classe les diverses variétés du bc'- 



Impossibilité momentanée d’articuler; • • 

1 2° Doublement précipité dés syllabes; 

3 “ Arrêt de la parole par habitude d’esprit; 

4 ° Bredouillement; 

5 ° Difficulté pour les lettres d’avant; 

6° Zézaiement ; 

7° Difficulté pour les lettres de haut; 

8° Difficulté pour les lettres d’arrière; 
g° Difficulté pour les articulations K, P, T. 

Suivant M. Malbouche, la respiration seule ne peut produire le bé¬ 
gaiement, et l’on a pu s’occuper de cet élément de la parole, attendu 
qu’il se régularise de lui-même dès que le bégaiement diminue. Sous ce 
rapport, M. Malbouche est en opposition avec plusieurs auteurs, entre 
autres MM. Arnold et Cormack, qui, attribuant à la respiration une 
très-grande influence sur le bégaiement, recommandent, comme moyen 
sûr et fondamental du traitement de cette affection, l’un, d’imiter pen¬ 
dant l’articulation ce qu’on fait lorsqu’on bourdonne un son continu, 
lorsqu’on reste, par exemple, en chantant sur la syllabe fêêêêêê du mot 
fête; l’autre, de faire au moment de parler une forte inspiration, et 
de répéter une à une toutes les lettres pendant l’expiration. Il ne nie pas 
qu’en faisant reprendre baleine aux bègues, on parvient à leur faire 
articuler quelques mots; mais c’est là, ajoute-t-il, un artifice par lequel 
on tourne la difficulté sans la vaincre. Il est donc bien plus important; 




occuper spécialement ae l’organe de la voix, dont l’action est vi- 
ée, et de lui opposer directement les moyens curatifs, ainsi qu’aux 
autres parties qui concourent à la prononciation. 

Madame Leigh recommande aux bègues d’élever seulement la pointe 
de la langue; M. Malbouchc trouve plus convenable de leur faire sou¬ 
lever et appliquer la totalité de l’organe contre la voûte palatine , parce 
que, dit-il, ils s’aperçoivent ainsi des mouvemens qu’ils doivent faire 
pour prononcer; ils les distinguent et parviennent, par de fréquens 
exercices , à les reproduire, imparfaitement d’abord, puis correctement 
et sans peine. La certitude qu’ils acquièrent alors de pouvoir guérir leur 
donne de la confiance, et celle-ci le courage nécessaire pour s’exercer 
continuellement. Lu guérison des bègues, dit-il, n'est plus douteuse dès 
qu’ils peuvent contracter Vhabitude de tenir la langue appuyée 
contre le palais. Les lèvres, qui concourent assez puissamment à l’ar¬ 
ticulation des sons, méritent également qu’on régularise leurs mouve¬ 
mens. Règle générale, il fant qu’elles soient retirées de manière que la 
bouche paraisse agrandie. Ainsi placées, elles ne doivent faire que trois 
sortes de mouvemens : d’arrière en avant, d’avant en arrière , et d’é¬ 
cartement pour ouvrir la bouche; et aussitôt que le son a été articulé, 
on doit les retirer en arrière et les laisser dans cette position jusqu’à la 
prochaine articulation. 11 faut que cette position des lèvres domine toutes 
celles qu’elles doivent prendre pendant la parole. 

On doit d’abord faire lire le bègue lentement, en prononçant toutes 
les syllabes; et, pendant qu’il lit, surveiller la.position de la langue et 
lui faire remarquer à la. moindre hésitation que cette position est vi¬ 
cieuse; bientôt il parvient à s’en apercevoir de lui-même et y remédie 
aussitôt. Il faut qu’il arrive à prononcer toute espèce de mot et de syl¬ 
labe en-tenant ainsi sa langue relevée. La parole formée de cette ma¬ 
nière offre un caractère particulier : elle est empâtée; mais à mesure 
que le bègue est plus sûr de ses mouvemens Ge défaut diminue et finit 
par disparaître ; mais pour cela il est nécessaire qu’il fasse tous ses eU 
orts pour prononcer aussi nettement que possible en détachant du 
palais la langue le moins possible. C’est la règle invariable, infailli¬ 
ble pour guérir du bégaiement. 

Il existe une condition sans laquelle le traitement serait sans effets : 
c’est que le bègue cesse toute occupation et qu’il se voue à un silence 
complet hors le temps de ses exercices.On l’exerce syllabe par syllabe ; 
quand il est arrêté par une, on lui indique comment il faut la surmon¬ 
ter, et il doit s’en occuper sans cesse jusqu’à ce qu’il y soit parvenu ; 
après quoi on le fait lire en lui recommandant de s’attacher moins au 
sens de ce qu’il lit qu'à la position de sa langue, et aux mouvemens 



( So 5 ) 

qu’elle doit faire pour articuler. Après cet exercice, il parlera quelque 
temps seul, fera un récit de quelque e'tendue, et enfin , quand, confiant 
en lui-même, il aura vaincu sa timidité', il essaiera de converser, 
d’une manière très-lente d’abord, et peu à peu il s’appliquera à donner 
à sa conversation le caractère qui'lui convient. Par ce système d’exer¬ 
cices , les organes de la parole éprouvent un tel changement que les 
muscles nombreux qui les forment en partie obéissent sans retard à la 
volonté, et qu’un changement notable dans le ton et le timbre de la 
voix se manifeste. Ce changement est considéré comme un des signes 
les plus certains d’une parfaite guérison. Il ne suffit pas, pour assurer 
le succès du traitement, de l’observation de ces préceptes, si le sujet 
n’est pas doué d’une volonté ferme, s’il n’est pas susceptible d’une at¬ 
tention forte et soutenue. On a remarqué que les personnes qui ont peu 
d’instruction , les paysans, les ouvriers, sont en général plus faciles à 
guérir que la plupart des gens du monde et les enfans. M. Malbouche 
cite à cette occasion un cultivateur, bègue au. plus haut degré, qui ob¬ 
servait si scrupuleusement le silence qu’on lui avait prescrit qu’il ne 
parlait que par geste, et préférait s’égarer dans les rues de Paris plutôt 
que de demander celle qu’il habitait ; il consacrait la plus grande partie 
des nuits au travail; après avoir dormi quelques instans , il se réveil¬ 
lait et recommençait son exercice : aussi sa guérison fut-elle prompte¬ 
ment complète. 

Sur cent bègues, M. Malbouche en a guéri les cinq sixièmes. La du¬ 
rée du traitement a varié de trois à six semaines. Deux seulement ont 
exigé deux mois. Cinq ou six n’ont pas conservé tous les résultats pos¬ 
sibles, faute de s’être soumis à un traitement suffisant. Cinq autres 
n’ont obtenu qu’une amélioration plus ou moins marquée ; il n’y en a 
que trois qui n’ont rien obtenu. M. Malbouche attribue ces insuccès à 
des causes étrangères au traitement. On conçoit en effet que cette mé¬ 
thode , comme toute autre, aussi bonne qu’on peut la supposer, échouera 
nécessairement contre un manque absolu de confiance, contre une 
grande faiblesse de volonté et certaines lésions incurables. Néanmoins 
les résultats obtenus par la méthode américaine primitive, et modifiée 
par M. Malbouche, sont assez beaux pour encourager les praticiens à 
répéter les mêmes expériences, et à étendre les bienfaits de celte dé¬ 
couverte en la perfectionnant. 

Plusieurs médecins ont, dans ce but, étudié et mis en pratique ce 
nouveau mode de traitement, on le soumettant à des modifications plus 
ou moins importantes, qui en ont accru les avantages; d’autres, igno¬ 
rant encore ou ne tenant pas compte de ces pratiques nouvelles, ont 
aussi publié depuis le résultat de leurs recherches, et conseillé de 



( 3o6 ) 

nouveaux moyens au moins d’association et l’emploi me'thodique de plu¬ 
sieurs moyens déjà connus. Au nombre de ces derniers, nous mettrons 
M. Serres d’Alais, et parmi les premiers nous citerons M. Colombat, 
qui dirige avec succès un établissement spécialement destiné au traite¬ 
ment des bègues. 

M. Serres distingue deux, espèces de bégaiement. Dans l’une, qu’il 
considère comme une danse de Saint-Guy des muscles modificateurs des 
sons, la volonté a perdu son influence sur les mouvemens de la langue 
et des lèvres; dans l’autre, qui consiste en une raideur tétanique des 
muscles de la voix et de la respiration, et surtout de ceux du larynx 
et du pharynx, il existe, outre un grande difficulté de prononcer, 
une suffocation plus ou moins fréquente. Le traitement qu’il propose 
est le suivant. Quand il y a bégaiement léger, il suffit de prononcer 
brusquement chaque syllabe. Ainsi, pour dire courage , on émettra 
cou d’une manière sèche et rapide, ra et ge seront prononcés avec 
la même rapidité, en ayant soin de mettre entre chaque syllabe des 
distances aussi égales que possible. Si le bégaiement est très-pro¬ 
noncé, il faut joindre à cette prononciation brusque une gymnastique 
particulière, qui consiste à faire précéder l’émission du son articulé d’un 
mouvement brusque des bras. Ce procédé a réussi chez l’auteur lui- 
même qui était très-bègue ; mais nous pensons qu’il doit échouer sou¬ 
vent , par la raison qu’on n’y tient pas compte d’une manière spéciale 
de la situation à donner à la langue ; il ne fait pas moins d’honneur à 
M. Serres, qui a déjà donné d’autres preuves de sa sagacité. Nous n’en 
dirons pas plus sur ce procédé, attendu que les principes sur lesquels 
ils se fondent se rencontrent dans la méthode adoptée et publiée depuis 
par M. Colombat ; mais modifiés heureusement et combinés à ceux de 
la méthode américaine.Cctte méthode de M. Colombat, que recommande 
un assez grand nombre de succès, réunit les pi incipaux avantages de 
celles dont nous avons parlé ; aussi allons-nous en faire connaître les 
parties essentielles. 

Le bégaiement, ou modification particulière des contractions des 
muscles de l’appareil vocal, est, ditM. Colombat (avec MM. Rullier, 
Voisin, Astrié et Serres), une affection essentiellement nerveuse qui a 
pour cause un manque de rapport entre l’influx nerveux qui suit la 
pensée, et les mouvemens au moyen desquels on peut l’exprimer par la 
parole. Chez les bègues, l’irradiation cérébrale qui commande aux mus¬ 
cles de l’articulation se meut avec tant de rapidité, que ceux-ci, suffo¬ 
qués en quelque sorte par la cause incitante, tombent dans l’état téta¬ 
nique et convulsif qui constitue le vice de la parole dont il est question. 
Leur mesure de mobilité étant dépassée par l’excès d’innervation, ils 



( 3o-7 ) 

se trouvent dans un e'tat de faiblesse momentané’. Par cette théorie, 
contre laquelle, par parenthèse, les argumens ne manqueraient pas, et 
par plusieurs considérations sur les divers phénomènes qui accompagnent 
le bégaiement, entre autres l’influence marquée de la déclamation ou 
du chant sur cette anomalie de la parole, M. Colombat fut conduit à 
penser que si une idée accessoire, si un rhythme quelconque venait à 
diminuer l’exubérance relative des idées principales, en soumettant à 
une précision mathématique les mouvemens qui doivent les exprimer, 
ceux-ci deviendraient réguliers, le spasme cesserait, et tous les organes 
vocaux se trouveraient en harmonie d’actioti avec la succession des 
pensées et le temps nécessaire pour les émettre. En conséquence, lé 
point fondamental du traitement doit être dé faire parler rhythmique- 
ment, comme dil l’auteur; mais, comme ce moyen n’exerce son heu¬ 
reuse influence sur le bégaiement que dans le milieu des mots et de 
certaines phrases, d’autres moyens sont nécessaires pour surmonter 
l’hésitation que le bègue éprouve quand il va parler, et pour profité! 1 
des avantages de la mesure. Ces moyens consistent en une gymnasti¬ 
que pectorale, gutturale, linguale et labiale, qui consiste à faire 
d’abord une forte inspiration et à retirer ensuite la langue dans 
le pharynx , en portant , autant que possible , la pointe renversée 
de cet organe vers le voile du palais, un peu avant la base de la 
luette; en même temps qu’on écarte transversalement les lèvres, 
de manière à éloigner leur commissure, comme si l’on voulait 
rire; il faut encore avoir soin de ne parler qu’après l’inspiration , 
et garder, autant qu’on le pourra , une grande quantité d’air dans 
la poitrine , dont on augmentera la capacité en portant ■le haut 
du corps en avant et les épaules en arrière. Aussitôt qu’à l’aide de 
ces diverses actions combinées la syllabe rebelle est prononcée, il faut que 
la langue et tous les autres organes qui servent à l’articulation repren¬ 
nent leur position naturelle pour parler ensuite en mesure. Cette gym¬ 
nastique vocale agit tout à la fois physiquement et moralement; physi¬ 
quement , parce que i 0 l’inspiration faite à propos suspend la constriction 
spasmodique des cordes vocales, et sert à amasser une assez grande 
quantité d’air dans la poitrine; 2" la position de la langue entièrement 
opposée à celle que le bègue présente pendant l’articulation des sons 
rend le bégaiement impossible ; 3 ° la tension des lèvres fait cesser l’es¬ 
pèce de tremblement convulsif qui a lieu quand le bègue prononce une 
lettre labiale, et s’oppose à cette espèce de moue qu’il est dbligé de faire 
en parlant.Elle agit moralement, car, faite avec intention, elle devient 
par cela même, comme la mesure, une nouvelle idée accessoire qui 
ajoute à l’idée principale, rétablit l’harmonie entre la volonté et ia puis- 



( 3o8 ) 

Sancc (l’execution des muscles, des organes vocaux. Suivant les cas , 
qii’il est impossible de distinguer ici, il devient necessaire de joindre 
d’autres artiGces qui varient suivant l’espèce de bégaiement ; ainsi chez, 
quelques bègues on fait usage du refôule-langue, qui a pour but de 
porter cet organe vers la Voûte palatine quand la volonté ne suffît pas 
pour la maintenir dans cette position , etc. 

Voici comment on doit faire l’application de cette méthode : il faut 
d’abord explorer avec soin la cavité buccale, afin de s’assurer s’il n’existe 
pas de vice de conformation, une lésion organique quelconque. On en¬ 
gage ensuite le bègue à tirer, à faire mouvoir la langue en tout sens, 
en haut, en bas, en avant, en arrière, à gauche, à droite ; on examine 
l’état du filet; si par sa trop grande longueur il paraît nuire au jeu de 
l’organe, il faut en faire la section. Après cet examen attentif de la 
bouche, on dit au bègue de chanter ; s’il le fait sans bégayer, on peut 
être certain que son bégaiement est susceptible.de guérison ; ensuite on 
le fait lire et parler, et l’on constate ainsi l’espèce et le degré du bé¬ 
gaiement. Après aVoir décidé par cet examen attentif s’il est besoin ou 
non du secours de quelque moyen accessoire, comme du refoule-langue, 
ou de changer le son de certaines consonnes, ainsi que nous le dirons tout 
à l’heure, on commence la série d’exercices que l’élève doit parcourir, 
en ayant soin de lui apprendre d’abord , en l’imitant soi-même, l’arti¬ 
culation artificielle des lettres qu’il prononce avec le plus de difficulté. 
(Nous donnerons plus tard ces exercices et le mode d’articulation des 
lettres indiquées par M. Colombat. ) On devra faire répéter ces divers 
exercices jusqu’à ce que toute hésitation ait absolument disparu, sans 
oublier jamais la précaution de battre la mesure sur chaque syllabe, en 
rapprochant le pouce de l’index, afin de régulariser les mouvemens de 
la langue, et de modifier, avec les autres moyens déjà indiqués, les 
contractions spasmodiques des muscles des organes vocaux. Quand le 
bègue est dans l’impossibilité de prononcer certaines leitres, il faut lui 
apprendre l’articulation artificielle de toutes les lettres suivant les prin¬ 
cipes que nous donnerons plus tard ; et pour faciliter l’articulation de 
certaines syllabes, il faut changer d’abord leur son naturel, en ajoutant 
une lettre facile , comme l’e muet, Vf, le v; ainsi, au lieu de dire ba, 
p a, tra , on prônoncç b va , pfa, fera , puis, peu à peu, on rend à ces 
syllabes leur son propre. 

Quand les bègues, dit M. Colombat, paraissent avoir bien compris 
la manière de parler rhylhmiquement, on les engage à parler lente¬ 
ment, en syncopant la première syllabe des mots, et en conservant les 
inflexions naturelles de la voix, afin d’éviter la monotonie du langage 
mesuré et ne roulant que sur la même note; on leur recommande 



( 3og ) 

encore de se rappeler l’articulation artificielle des lettres difficiles 
pour eux , et de faire une profonde inspiration , en même temps qu’ils 
doivent tendre transversalement les lèvres de manière à éloigner 
leur commissure, et retirer la langue dans le pharynx, tout en ayant 
soin de porter le sommet renverse de cet organe vers le voile du palais, 
avant d’articuler les syllabes rebelles et de commencer à parler. II 
faut encore, et cela est de la plus haute importance , que l’élève ne 
perde jamais de vue la méthode , et en applique les principes à tout 
moment chez lui comme devant des auditeurs étrangers ; c’est le seul 
moyen de rétablir l’harmonie et la régularité des mouvemens des or¬ 
ganes de la parole, perverties par une longue habitude vicieuse. Au 
bout de peu de temps , le bègue peut s’exprimer sans bégayer ; mais il 
aurait tort, se croyant guéri, de suspendre ses exercices; il doit con¬ 
tinuer pendant plusieurs mois l’application des principes qui lui ont été 
enseignés ; l’habitude qu’il en aura contractée lui en fera faire instincti¬ 
vement l’emploi. 

Nous terminons là l’exposé des nouvelles méthodes du traitement du 
bégaiement. Nous aurions pu y joindre celle qu’a proposée M. Deleau , 
qui repose sur ce principe, fixer l’attention des bègues sur toutes les 
positions que prennent les organes de la parole pendant la formation 
des sons; mais nous avons pensé que, moins complète que les précédentes, 
et n’ayant pas comme elles la garantie de succès nombreux, elle devait, 
quoique très-ingénieuse, intéresser moins vivement nos lecteurs. 

A. TAVEnwiEn. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


REMARQUES PRATIQUES SUR l’oPHTHAI.HIE AIGUE. 

On a bien raison de dire que c’est seulement par les détails et par 
une expérience de tous les jours que l'on connaît complètement un ob¬ 
jet quelconque ; qu’on en pénètre toute la sphère. Mais c’est surtout 
dans le traitement des maladies que ce précepte est d’une rigoureuse 
application. Suivez la clinique de deux praticiens, et comparez au bout 
de quelque temps les résultats qu’ils ont obtenus l’un et l’autre , vous 
serez étonné, toutes choses égales d’ailleurs, des succès de l’un et des 
revers essuyés par l’autre. D’où vient cette différence? Souvent de ce 
que le premier n’a rien négligé des petites choses, des plus légères cir¬ 
constances ; et celles-ci ont pourtant décidé la cause et l’issue de la ma¬ 
ladie. Il y a en effet telle marche d’une affection pathologique, tel 



( 3.o ) 

symptôme ou caractère peu prononcé, qui sont néanmoins la clef Ae la 
maladie. Mais il n’y a que le regard très-exercé d’un habile praticien 
ou le coup d’œil du génie qui puisse les saisir. A la vérité, il est 
presque impossible, dans l’immensité des cas pathologiques, de recon¬ 
naître cette foule de caractères saillans, obscurs, fugaces ou cachés, et 
les applications pratiques qui en dérivent ; c’est là ce qui constitue la 
nécessité des branches spéciales, aujourd’hui si cultivées au grand 
profit de la science. Galien soutenait qu’une seule maladie pouvait oc¬ 
cuper la vie entière d’un médecin, et Galien avait raison ; ce qui ne 
l’a pas empêché de bâtir un système aussi complet que subtil sur l’en¬ 
semble de nos maladies. Toujours est-il que, dans toute espèce de trai¬ 
tement , les principes généraux ne conduisent pas toujours au but : ce 
sont des jalons éloignés qu’on perd de vue à chaque instant. L’attention 
réfléchie sur les détails, l’influence bien observée des petites choses , 
l’habitude, la sagacité, le je ne sais quoi, sont souvent de meilleurs 
guides pour arriver au but. 

Prenons pour exemple le traitement de l’oplithalmie aiguë : certes 
il est peu de maladies mieux connues dans leurs effets et dans la médica¬ 
tion qui leur convient. Eh bien ! j’ai vu nombre de praticiens échouer, 
par cela même qu’ils négligeaient de rechercher, d’apprécier une foule 
de choses peu importantes en apparence, et cependant décisives poul¬ 
ies résultats. Précisons davantage notre assertion, et citons des faits pour 
l’appuyer et la développer. 

L’ophthalmie aiguë est une inflammation franche et décidée; son in¬ 
tensité , qui se calcule depuis la simple rougeur de la conjonctive jus¬ 
qu’à l’inflammàtion de'sorganisatrice de l’œil, en règle seule les diffé¬ 
rences. Quelles que soient ces dernières, le traitement anli-phlogistique 
est, d’un accord unanime, le seul qui convienne, au moins tant que la 
maladie est dans sa période d’acuité. Sur ce principe très-général, nous 
ferons les remarques suivantes. 

La première est pour la saignée. On n’ouvre pas assez souvent, dans 
cette maladie, les vaisseaux de la grande circulation. La saignée géné¬ 
rale et réitérée chez les sujets robustes a ici des avantages marqués 
( Ophthalmiam solvit venœ sectio. Hipp. ) La saignée du pied, si 
employée autrefois, est maintenant presque abandonnée dans le 
traitement de l’ophthalmie aiguë, et il serait difficile de motiver cet 
abandon. Non-seulement déplétive , mais puissamment révulsive, 
cette saignée maintient l’inflammation dans des limites modérées; 
ce qui n’est pas un petit avantage. Elle calme les céphalalgies si in¬ 
supportables, et hâte ainsi la guérison. Les effets qu’elle produit sont 
quelquefois d’une étonnante rapidité. J’ai vu des ophthalmies sur- 




( 3it ) 

aigues redescendre à un degré très-modéré d’inflammation quelques heu¬ 
res après une saignée de pied abondante. J’en citerais plusieurs exem¬ 
ples remarquables si je ne roulais rapporter ici que des résultats. 

Ji’emploi des sangsues , et leur emploi immodéré, a été sans doute la 
cause principale de l’oubli où est tombée la saignée générale dans le 
traitement de l’ophthalmie aiguë. On ne peut nier que des sanguisu- 
gies réitérées ne soient d’une efficacité journalière et démontrée dans 
le traitement de cette maladie; mais, outre qu’il y a des cas où la sai¬ 
gnée générale doit être préférée à la saignée locale, ou du moins la pré¬ 
céder, l’application des sangsues exige encore des soins particuliers. 
De tbus les modes de leur application , le plus irrationnel, le moins mé¬ 
thodique , est certainement de les poser au-dessous de la paupière infé¬ 
rieure , à la tempe et près de l’œil enflammé. La raison physiologique, 
la marche de l'irritation, et une constante expérience, font voir com¬ 
bien ce mode est pernicieux. C’est augmenter le mouvement fluxion- 
naire, c’est appeler l’irritation ; et la congestion sur l’organe irrité, c’est 
enfin donner à la maladie un degré d’extension qu’elle n’avait pas au¬ 
paravant.En effet, rien de plus commun que de voir, le lendemain d’une 
application de sangsues ainsi faite, l’œil malade gonflé dans sa totalité, 
la rougeur augmentée, et le ebémosis se manifester. Qui croirait que 
des praticiens instruits tombent journellement dans cette erreur? Elle n’a 
pas même été évitée par le docteur Lawrence, dont on vient de traduire 
les leçons sur les maladies des yeux. Cependant, objectera-t-on, on 
applique des sangsues dans l’intérieur même de l’œil sans qu’il en ré¬ 
sulte aucun effet fâcheux. Rien de plus vrai ; mais remarquez d’abord 
qu’on n’emploie jamais qu’une ou deux petites sangsues; en second lieu, 
que la face oculaire de la paupière inférieure paraît beaucoup moins 
sensible à l’action de certains stimulons que sa surface externe. D’ail¬ 
leurs l’expérience estlà, et quand elle a prononcé, son arrêt estsans appel. 
J’ai souvent appliqué une sangsue sur la conjonctive palpébrale, sans 
déterminer, en aucun cas, un surcroît d’irritation; loin de là l’hémor¬ 
rhagie terminée, la rougeur et la douleur étaient sensiblement dimi¬ 
nuées. Au contraire , de nombreuses sanguisugics autour des paupières 
ont constamment augmenté la douleur et le gonflement. 

L’application rationnelle des sangsues est à l’anus, surtout si le ma¬ 
lade a eu des hémorrhoïdes, ce qui est commun dans les cas d’ophthalmie 
aiguë, sans cause bien connue. On peut aussi les appliquer au cou , non 
pas comme on le fait généralement, en masse, à la région mastoïdienne, 
mais dans une ligne verticale, parallèle au trajet des vaisseaux jugu¬ 
laires : de cette manière on obtient sans danger une révulsion très-pro¬ 
noncée; car, quoi qu’en disent certains praticiens, il est certain que des 



( 3 . 7 . ) 

sangsues placées à la tête déterminent souvent un raplus sanguin à celte 
partie. Le vulgaire meme, dont les réflexions faites d’instinct ne doi¬ 
vent pas toujours être négligées, dit, avec raison , que dans ce cas les 
sangsues font monter le sang à la tête. 

Les médecins ont également observé que, dans toutes les inflammations, 
aussitôt qu’une saignée a été pratiquée, il en résulte un soulagement 
presque immédiat, mais qui ne se soutient pas ? Ce soulagement est dû à 
la soustraction d’une partie du stimulus sanguin sur la sensibilité. Un 
pareil phénomène se remarque aussi dans l’ophthalmic aiguë. Le point 
essentiel est d’obtenir la continuation de ce mieux, ce qui n’est pas 
toujours facile : on voit l’irritation locale, un moment abaissée, re¬ 
prendre son premier degré d’intensité, la rougeur et le larmoiement 
continuer et même augmenter. Dans ce cas, et à l’imitation de quel¬ 
ques praticiens , j’ai recours à ce que j’appelle l’application perma¬ 
nente des sangsues. On met d’abord de quatre à huit sangsues à la ré¬ 
gion mastoïdienne , je suppose; quand l’écoulement du sang a eu lieu , 
on pose deux autres sangsues au-dessous des piqûres précédentes; puis, 
quand elles ont suffisamment suinté , on en place deux autres, et ainsi 
de suite, jusqu’à trente ou quarante, selon la force du sujet, en sorte 
qu’il n’y ait aucune interruption dans le cours du sang. Cette espèce de 
saignée , prolongée ainsi pendant vingt-quatre ou trente-six heures, en • 
lève subitement la maladie, ou du moins la ramène à un degré peu re¬ 
doutable. Si le malade est délicat, nerveux, peu sanguin, rien de plus 
évident que la soustraction du sang doit être modérée et faite selon la 
mesure de scs forces vitales ; mais un commencement de pâleur et de 
faiblesse ne doit pas arrêter, car l’expérience démontre que, la saignée 
suspendue trop tôt, le raptus de sang à la tête et le mouvement fluxion- 
naire ne tardent pas à se manifester de nouveau. 

Ma seconde remarque sur le traitement de l’ophthalmie aiguë a trait 
à l’emploi des cataplasmes émolliens. Il est très-positif que celte pra¬ 
tique a toujours de fâcheux résultats. La chaleur, l’humidité, le poids 
du cataplasme, la compression, quoique légère, que l’on emploie pour 
le maintien de ce topique; la nécessité où l’on est de le lever à chaque 
instant pour donner cours aux larmes âcres et purulentes qui s’écoulent 
continuellement de l’organe enflammé ; tout concourt à rendre dange¬ 
reux l’emploi des cataplasmes émolliens dans le cas d’ophthalmie aiguë. 
Il est fâcheux que cet usage soit encore vulgaire dans beaucoup de pays. 
On voitmêmeà Paris des praticiens y recourirsans en connaître ou sans en 
■calculer les dangereux effets. En vain dira-t-on qu’il s’agit ici d’une 
inflammation, et que tous les émolliens sont indiqués : l’identité n’est pas 
la même, car l’expérience a démontré que non-seulement l’usage des 



( 3x3 ) 

cataplasmes émollicns sur un œil enflamme prolonge la maladie, mais 
que, relâchant outre mesure les vaisseaux de la conjonctive, ils favo¬ 
risent une ophthalmie chronique dont la guc'rison sera difficile à obtenir. 
Les collyres aqueux, d’une température douce et fraîche, sont les médi- 
camens les plus convenables, comme l’eau de laitue, une le'gère décoc¬ 
tion de têtes de pavot, une infusion à froid de racine de guimauve. L’eau 
de roses , de me'lilot pure, la décoction de fleurs de sureau, si commu¬ 
nément employés, sont trop excitantes quand l’ophthalmie est dans son 
acmé; bien plus encore, cette foule de collyres qu’on trouve dans tous 
les formulaires et où entrent l’extrait de saturnè, l’alcool, etc. Je me 
suis souvent: servi avec succès d’une préparation faite avec quelques 
onces d’eau de laitue, dans laquelle on a délayé et battu un blanc 
d’œuf. J’ai vu aussi du lait caillé bien frais appliqué sur les yeux 
résoudre assez promptement cette redoutable inflammation. L’essentiel 
est de bassiner souvent l’œil malade, soit pour en tempérer l’ardeur, 
soit pour délayer et enlever les larmes qui l’inondent, et dont l’âcreté 
est telle quelquefois qu’elles laissent sur la joue une longue trace d’ex¬ 
coriation. 

On a beaucoup vanté, depuis quelques années, l’emploi des opiacés 
dans l’ophthalmie ; mais, comme il arrive toujours, ce précepte, donné 
trop généralement, est devenu bientôt banal. Le fait est qu’aucune pré¬ 
paration d’opium ne convient dans le traitement de l’ophthalmie.aiguë 
J’en ai varié les doses et le mode de préparation de bien des manières, 
j’ai constamment remarqué que l’excitation produite par cette substance 
augmentait les accidens. Les mêmes effets ont été observés en Angle¬ 
terre , et le docteur Lawrence , dont j’ai cite précédemment l’ouvrage, 
ne manque pas d’en défendre l’usage. 

Une autre remarque à faire pour le traitement de l’ophthalmie aiguë 
est de signaler le préjugé de couvrir l’œil d’un bandeau plus ou moins 
serré. Ce pernicieux usage commence à disparaître à Paris ; mais il est 
encore général dans certains départemens. Aussitôt qu’un œil est en¬ 
flammé , on le couvre d’une compresse épaisse et d’un bandeau pour la 
maintenir. 11 faut bien, objecte-t-on , défendre l’organe irrité de la lu 
mière vive, des courans d’air, de la poussière, etc. Eh ! qui vous di- 
de l’exposer à ces agens d’une activité dangereuse? Mais comment ne 
pas voir que couvrir constamment un œil enflammé, c’est, d’une part, 
y entretenir une chaleur singulièrement nuisible; de l’autre, exalter 
la sensibilité à un point tel que l’œil ne pourra de long-temps supporter 
un faible degré de lumière ? Si la compresse est mouillée, elle se re¬ 
froidit promptement, et ce froid devient lui-même une cause d’irrita¬ 
tion. Bien plus, chez certains sujets lymphatiques, ce refroidissement 




; 3,4 ) 

local détermine un coryza qui souvent augmente et certainement entre¬ 
tient les accidens inflammatoires. Au lieu de couvrir l’feil, tenez le ma¬ 
lade dans un endroit clos et dont les volets sont à demi fermés ; em¬ 
pêchez tout éclat de lumière, évitez les couleurs vives et contrastées , 
sans pourtant que l’obscurité soit complète, et vous verrez que l’œil 
supportera sans peine ce léger degré de stimulation. Un bain d’air 
frais et une lumière douce, tel est le précepte dont il faut s’écarter le 
moins possible dans le cas d’ophtlialmie aiguë. Tout au plus convient- 
il d’abriter légèrement l’œil malade pendant la nuit, surtout si c’est l’hi¬ 
ver et quand l’atmosphère est humide et brumeuse. 

Toutes ces précautions, je le répète, sont plus importantes dans la 
pratique qu’elles ne paraissent d’abord; quiconque les néglige n’aura 
que des succès éventuels et des revers multipliés. Si guérir est le but 
qu’on doit se proposer, il ne faut rien oublier pour l’atteindre; or qui 
veut la fin veut les moyens. . Réveillé-Paiuse. 


TOXICOLOGIE. 

DU CUIVRE ET DES EHPOISONNEMKNS P A. Il LES PRÉPARATIONS 
DE CUIVRE. 

Les oxides et les sels qui proviennent du cuivre donnent annuelle¬ 
ment lieu à un assez grand nombre d’empoisonncmens(i).Lesuns, qui 
se manifestent quelquefois au même moment sur un grand nombre de 
personnes, sont le résultat de l’insouciance et de la malpropreté avec 
lesquelles on entretient les instrumens culinaires fabriqués avec ce mé¬ 
tal. Les autres sont dus à l’introduction des sels cuivreux dans l’éco¬ 
nomie animale (ü), soit dans l’intention d’empoisonner, soit dans le but 
de se suicider. 


(i) Un Tait des plus curieux arrive en ce moment à notre connaissance. 

Madame Lep., ayant conservé pendant huit ans, dans une caisse, des 

objets en alliage d’argent et de cuivre, qui s'étaient recouverts de vert-de- 
gris, fut forcée, par suite d’un changement de domicile, dq retirer ces objets de 
la caisse ; la poussière qui s’en éleva, et qui n’était cependant pas en très-grande 
quantité, fut suffisante pour que tous les symptômes de l'empoisonnement se ma¬ 
nifestassent avec une extrême rapidité. Un vomissement fit en quelques heures 
cesser les accidens. 

(•ijKous croyons devoir réfuter ici l’opinion émise par quelques auteurs, que 
l’empoisonnement par les sels de enivre est rare; appelé par l’autorité judiciaire 
dans plusieurs circonstances, nous avons été à même de reconnaître le contraire 
de celto assertion. 




3i5 ) 

Les poisons qui dérivent du cuivre, et qui ont été classés parmi les 
poisons irritans, sont : les oxides de ce métal; le sous-deuto-carbo- 
nate de cuivre; le deuto-acétate de cuivre , qui est encore connu 
sous les noms de verdet cristallisé, de cristaux de Venise ; le vert- 
de-gris du commerce, qui est un mélange de deuto-acétate de cuivré, 
de deutoxide de cuivre , d’eau et de traces de carbonate de cuivre et 
d’ammoniaque : par suite de la falsification qu’on fait subir à ce sel, il 
contient quelquefois du plâtre qu’on y a mêlé dans le but de diminuer sa 
valeur; le deuto-sulfate de cuivre, connu sous les noms de couperose 
bleue, de vitriol de Chypre. de vitriol de cuivre; le sulfate de cuivre 
ammoniacal; le deuto-nitrate de cuivre; enfin Yammoniure de cuivre. 
Le cuivre à l’état de métal ne peut être considéré comme poison, quel 
que soit son état de division. Ce n’est donc pas à cause de ses propriétés 
vénéneuses que chez différées peuples, et particulièrement en Suède, où 
le cuivre est un dos produits les plus abondans du sol, on a proscrit le 
cuivre des cuisines, et fait défense de l’employer à des ustensiles et à 
des vases destinés à contenir les alimens ou bien à les préparer, mais 
à cause de sa prompte altération et des soins qu’exige son emploi. C’est 
par la même raison que des déclarations, lettres-patentes et ordonnan¬ 
ces de *777, 1781, 1791, et du 17 juillet 1816, défendent l’emploi 
du cuivre dans divers cas, et pour la préparation des divers ustensiles, 
les boîtes des laitières (1), les balances des marchands de sel et de ta¬ 
bac, les brocs des marchands de vinaigre, les cannelles des marchands 
de liqueurs, etc., etc. 

Ces lois et ordonnances ne sont peut-être pas aussi complètes qu’elles 
le devraient, et des re'glemens positifs sur les instrumens en cuivre, 
sur l’étamage, nous paraissent, d’après nos observations, tout-à-fait 
nécessaires (2). 

Les oxides et les sels de cuivre dont nous avons donné les noms sont 
tous vénéneux, et ils agissent plus ou moins promptement sur l’écono¬ 
mie animale, selon qu’ils sont plus ou moins solubles. Ils déterminent 


(1) Quelques recherches que nous avons faites nous ont fait connaître le Tait 
suivant: Des plaintes nombreuses, sur les accidens causés par le lait étant par¬ 
venues à M. Lenoir, lieutenant de police, il fut fait des expériences qui démon¬ 
trèrent que le mauvais entretien des boîtes de cuivre dans lesquelles on appor¬ 
tait alors le lait à Paris était la cause de ces accidens. 

(a) Quelques essais que nous avons faits sur les vases éramés nous portent à 
croire que cette opération, qui est assez souvent mal faite, et avec des étains 
impurs, 11’est pas une garantie assez sûre pour la santé publique. Nous avons é;é 
conduit à faire ces essais par la lecture du chapitre iv du I" volume du Ta¬ 
bleau de Paris, par Lcmercicr. 



( 3.6 ) 

alors des lésions plus ou moins graves, lésions qui, dans divers cas 
déterminent la mort. 

Propriétés générales des sels de cuivre ; caractères pour les re¬ 
connaître. — Les sels de cuivre sont facilement reconnaissables : cris* 
tallisés ou hydratés, ils sont colorés en vert ou en bleu; leur saveur 
est marquée; elle est âcre et métallique; mis en contact avec l’eau, ils 
s’y dissolvent,, et la solution qui en résulte est bleue ou verte. 

Les solutions des sels de cuivre soumises à l’action de divers rcactifc 
présentent les phénomènes suivans : 

i° Traitée par une petite quantité d’alcali volatil (l’ammoniaque li¬ 
quide) , il y a précipitation; mais le précipité qui en résulte est bleu⬠
tre et pulvérulent ; il se redissout très-promptement si on ajoute un 
excès d’ammoniaque : la liqueur acquiert alors une coloration d’un 
beau bleu auquel on a donné le nom de bleu céleste; 

a° Soumise à l’action de la potasse ou de la soude, la solution est 
précipitée; le précipité, qui est un oxide de cuivre, est floconneux, 
de couleur bleu ciel; 

Mise en contact avec le ferro-cyanate de potasse, la solution est 
décomposée ; il y a formation d’un précipité d’hydro-cyanate de cuivre 
de couleur rouge marron ; 

4 ° Traitée par l’acide gallique, il y a formation d’un précipité dé 
gallate de cuivre de couleur brune ; 

5 ° Soumise à l’action de l’acide hydro-sulfurique ou d’un hydro¬ 
sulfate , il y a formation d’un précipita noir de sulfure de cuivre; 

6° Mise en contact avec la solution d’arse'niate de potasse, on ob¬ 
tient un précipité d’arséniate de cuivre d’une couleur vert d J herbe-, 

7" Traitée par l’hydriodate de potasse, il y a précipitation d’un 
iodure de cuivre de couleur jaune brunâtre. 

Le caractère le plus saillant est le suivant : si, dans une solution de 
cuivre, on plonge une lame de fer bien décapée, cette lame se recou¬ 
vre d’une couche-métallique de couleur rouge , qui donne à cette lame 
de fer toute l’apparence du cuivre. 

La manière dont se comportent les solutions de cuivre avec les réac¬ 
tifs ne peuvent pas permettre de les confondre avec les solutions des 
autres sels métalliques; en effet, les solutions préparées avec les sels 
de nickel, qui se rapprochent le plus des sels de cuivre, sont précipi¬ 
tées en bleu verdâtre par l’hydro-cyanate de potasse, en vert pomme 
par la potasse et la soude; enfin, ils ne donnent pas à la laine de fer 
la couleur rouge métallique cuivrée. 

Caractères des sels de cuivre. — Les caractères des sels de cuivre, 
caractères à l’aide desquels ces sels peuvent être distingués entre eux, 



( 3. 7 ) 

doivent être étudiés avec soin par ceux qui se livrent aux opérations de 
médecine légale ; en effet, il arrive souvent que, dans les cas de suspi¬ 
cion d’empoisonnement, on représente au médecin et an chimiste des 
sels de cuivre saisis soit au domicile, soit sur les individus accusés de 
ce crime. Nous allons donner en peu de mots les caractères des combinés 
de cuivre que nous avons indiqués comme pouvant être la cause d’em- 
poisonnemens. 

Oxide de cuivre. — I/oxide de cuivre est rarement la cause de 
l’empoisonnement, par la raison qu’on a rarement ce combiné dans le 
commerce; le seul qu’on y rencontre est en écailles noirâtres; elles pro¬ 
viennent du travail du cuivre, et se détachent lorsqu’on bat ce métal 
après l’avoir chauffé. Cet oxide contient du métal non oxidé. Soumis à 
l’action de la chaleur au rouge et avec le contact de l’air, il acquiert 
une nouvelle quantité d’oxigène. Traité par les acides, il fournit des 
dissolutions qui se comportent avec les réactifs , ainsi que nous l’avons 
dit. 

Sous-deuto-carbonate de cuivre. — Les vases de cuivre qui se 
trouvent en contact avec l’air humide ou avec l’eau et l’air, ou l’eau 
aérée, se ternissent; le métal s’oxide à la surface, et peu à peu l’oxide 
formé se convertit, à l’aide de l’acide carbonique contenu dans l’air, 
en sous-deuto-çarbonate de cuivre hydraté, qui a une belle couleur 
verte : c’est ce produit qui est mal à propos nommé vert-de-gris par 
le vulgaire, et qui est la cause du plus grand nombre d’accidens. Ce 
sous-deuto-carbonate de cuivre détaché du vase, introduit dans un petit 
tube de verre fermé à l’une de scs extrémités, fournit, lorsqu’on le 
traite par un acide, du gaz acide carbonique, qui se dégage, et une 
solution de cuivre qui, avec les réactifs , donne lieu aux phénomènes 
que nous avons indiqués. 

Le deuto-acétale de cuivre est cristallisé en pyramides tétraèdres 
tronquées; sa couleur est d’un beau vert bleuâtre; il est'peu soluble 
dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau chaude, soluble dans l’alcool ; 
exposé au contact de l’air, il s’effleurit; chauffé fortement dans un tube 
de verre ou dans une petite cornue, il fournit de l’acide acétique ou 
vinaigre radical, et laisse pour résidu du curvre divisé et mêlé de poudre 
(le charbon ; dissous dans l’eau et soumis à l’action d’un courant de gaz 
hydrogène sulfuré, le cuivre est précipité à l’état de sulfure, la liqueur 
retient de l’acide acétique mêlé d’hydrogène sulfuré; réduit en poudre 
et traité par l’acide sulfurique, il est décomposé, il y a dégagement 
d’acide acétique et formation de sulfate de cuivre. 

Vert-de-gris du commerce. Ce combiné est en masses amorphes, 
d’un bleu clair, offrant des marbrures blanchâtres. Mis en contact avec 



( 3i8 ) 

J’eau, il se dissout en petite quantité dans ce liquide ; si on l’épuise par 
des lavages répétés, on voit que la dissolution n’est pas complète, mais 
qu’en général il y a dissolution des cinqi^nte-six centièmes, et un résidu 
qui forme les quarante-quatre parties complémentaires. Be'duit en pou¬ 
dre et mis en contact avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, on re¬ 
connaît qu’il y a tout à la fois dégagement d’acide carbonique et d’acide 
acétique. 

Sulfate de cuivre. — Ce sel, qui est des plus abondans dans le 
commerce, est avec excès d’acide; il est d’un bleu foncé; exposé au 
contact de l’air, il s’cflleurit et se recouvre d’une couche bleuâtre ; en 
contact avec l’eau, et il s’y dissout, la solution se comporte avec les 
réactifs comme les solutions de cuivre ; mais si on y ajoute de l’hydro- 
cblorate de baryte jusqu’à ce que l’addition de ce sel ne détermine 
plus de précipité, on obtient un précipité blanc, insoluble dans l’eau et 
dans l’acide nitrique, et qui consiste en un sulfate de baryte formé pav 
l’union de l’acide sulfurique du sulfate de cuivre avec l’oxide de baryum 
de l’hydro-chlorate de baryte ; l’oxide de cuivre, dans ce cas, se com¬ 
bine à l’acide hydro-chlorique : on obtient alors, par évaporation, de 
l’hydro-chlorate de cuivre. 

Nitrate de cuivre. — Ce sel cristallise en paralle'lipipèdcs allongés, 
d’une belle couleur bleue ; il est très-soluble dans l’eau , il attire l’hu¬ 
midité de l’air et se résout en liqueur; réduit en poudre et traité par 
l’acide sulfurique, il décompose l’acide nitrique. On peut recueillir cet 
acide dans l’eau, le saturer par la potasse et obtenir du nitrate de po¬ 
tasse. La solution de nitrate de cuivre se comporte avec les réactifs que 
nous avons indiqués pour faire reconnaître ces sels, de la même ma¬ 
nière que les autres solutions de cuivre. 

Si, au lieu d’avoir les sels à l’état solide, on les avait en solution, il 
faudrait faire évaporer le liquide, examiner le résidu et le traiter par 
l’acide sulfurique; si on avait affaire à un carbonate, il y aurait déga¬ 
gement d’acide carbonique; à un acétate, dégagement d’acide acétique; 
à un nitrate, dégagement d’acide nitrique; le sulfate à son tour donnerait, 
par l’hydro-cblorate de baryte, un précipité insoluble dans l’acide ni¬ 
trique; il faudrait cependant examiner si les acides dégagés ne vien¬ 
draient pas d’autres sels mêlés aux sels de cuivre. 

On peut encore, si le liquide cuivreux était coloré, précipiter le 
cuivre par l’acide hydro-sulfurique, puis recueillir le précipité, qui 
est du sulfure de cuivre, pour le convertir en sulfate à l’aide de l’acide 
nitrique. 

Procédés pour reconnaître la présence du cuivre dans les alimens, 
dans les matières du vomissement, etc.—Le moyen le plus simple 



( 3ï9 )' 

mettre en pratique pour reconnaître la présence du cuivre dans une sub¬ 
stance alimentaire consiste à incinérer la substance (prenons pour exem¬ 
ple un potage , de la soupe) dans une capsule ou dans un creuset de 
platine : lorsque l'incinération est complète, on retire le vase de dessus 
le feu, on le laisse refroidir, on réduit le produit de l’incinération en une 
poudre très-fine, on le traite dans une fiole à médecine , ou, ce qui 
vaut mieux, dans une capsule de porcelaine, par de l’àcide nitrique pur 
qu’on met en excès ; on expose le mélange à l’action de la chaleur, et 
on continue de chauffer jusqu’à ce que presque toute la totalité de l’a¬ 
cide soit évaporée et qu’il ne reste plus qu’une masse pâteuse ; ori traite 
ce magma par l’eau distillée, on expose à l’action du feu; et, lorsque 
la liqueur est prête à bouillir, on retire le vase, on laisse refroidir, on 
filtre pour séparer les parties qui n’ont pas été attaquées, on lave le 
filtre , et, dans la liqueur filtrée qu’on peut concentrer si elle est trop 
étendue, on verse un léger excès d’alcali volatil et quelques gouttes 
de solution de carbonate d’ammoniaque, qui précipitent les sels terreux 
et le cuivre ; mais ce dernier est redissout par l’excès d’aleali. On filtre, 
on lave le filtre et on fait évaporer la liqueur qui contient le cuivre en 
dissolution, s’il en existait dans la substance examinée : on fait évapo¬ 
rer à siecité, à une douce chaleur, puis on traite le résidu par une quan¬ 
tité convenable d’acide sulfilrique étendu ; lorsque la dissolution est 
opérée, on précipite le métal par du zinc pur, on le recueille, on le 
lave bien exactement, on le fait sécher ét on en prend le poids. 

Il n’est pas aussi facile de déterminer auquel acide le cuivre reconnu 
dans une substance alimentaire était combiné, à moins qu’on n’ait à sa 
disposition une grande quantité de la substance à examiner, ce qui 
n’arrive pas toujours. En effet, plusieurs substances qui ont servi 
à masquer le poison peuvent Contenir des acides acétiques sulfurique 
et carbonique ; mais il est, ce nous semble, peu important, lorsqu’on, 
a reconnu dans une substance alimentaire quelconque ou dans les 
produits du vomissement, l’existence d’un sel soluble de cuivre, de 
reconnaître l’acide qui le constitue, ptiisque tous les combinés de 
cuivre, solubles dans l’eau ou dans un liquide, sont vénéneux et peu¬ 
vent donner lieu à des accidens plus ou moins graves, et même causer 
la mort. 

Symptômes de Vempoisonnement par le cuivre. — Secours à 
donner. — Les symptômes que présentent les sujets empoisonnés par 
les sels de cuivré sont les suivahs : goût âcre, styptiqne , métallique ; 
sentiment de Strangulation; langue sèche et aride; évacuations fré¬ 
quentes , et souvent d’une grande fétidité ; hoquets ; sécrétion salivaire 
augmentée et excitant à cracher incessamment ; nausées, suivies ordi- 



( 3-20 ) 

naircmcnt de vomissemens répétés , plus ou moins abondans et consis¬ 
tant en matières qui peuvent être diversement colorées, ou même mêlées 
de sang, ne faisant point effervescence lorsqu’elles sont projetées sur le 
sol, ne faisant jamais tourner au vert la couleur du sirop de violette, 
et jouissant quelquefois de la propriété de rougir la teinture de tourne¬ 
sol , mais toujours à un très-faible degré. Lorsque les évacuations n’ont 
pas lieu, malgré la fréquence et la force des nausées, le malade éprouve 
des tiraillemens d’estomac continuels. Douleurs vives dans le tube di¬ 
gestif, légères d’abord, mais augmentant graduellement d’intensité, au 
point de devenir bientôt insupportables; constipation, et parfois, au 
contraire, déjections alvines abondantes, et dans certains cas sanguino¬ 
lentes; ténesme; abdomen quelquefois météorisé, et excessivement dou¬ 
loureux; respiration difficile; anxiétés; pouls petit, serré, accéléré, 
et, chez certains sujets, irrégulier et intermittent ; soif inextinguible ; 
excrétion de l’urine très-difficile; céphalalgie violente, vertiges; froid 
glacial des extrémités; crampes; convulsions partielles ou générales , 
syncopes; débilité qui va jusqu’à la prostration des forces la plus com¬ 
plète; altération des traits, sueurs froides , souvent du délire ; mort. 

Tous les symptômes que nous venons d’énumérer ne se montrent pas 
ordinairement chez le même individu; nous avons même vu les accidens 
cesser après des vomissemens abondans et répétés : le malade, il est 
vrai, était faible , abattu ; mais du moins les nausées, les coliques, les 
crampes ne se faisaient plus sentir dans les cas de ce genre : le repos , 
l’usage des adoucissans, la diète , suffisaient pour donner lieu à un 
prompt rétablissement des sujets. Chez un de nos savans les plus distin¬ 
gués, M. Dub.. qui fut empoisonné par une préparation cuivreuse, 

et que nous avons pu observer pendant toute la durée du mal, les suites 
furent des plus fâcheuses, et, pendant quelques mois, il se trouva en 
proie à des douleurs très-violentes. 

Les lésions de tissu, qui résultent de l’action des oxides et des sels 
de cuivre, ont fait l’objet des recherches de savans praticiens , et il a 
été reconnu que le tube digestif est surtout le point dans lequel elles 
existent. En effet, la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins 
est enflammée, et quelquefois même l’inflammation s’étend à toutes les 
tuniques dont se composent ces organes ; il y a formation d’escharres, 
qui, en se détachant, donnent lieu à des perforations par lesquelles les 
liquides ingérés s’épanchent dans la cavité abdominale. On peut d’ail¬ 
leurs, pour avoir de plus amples détails à cet égard, revoir l’article de 
l’empoisonnement par l’arsenic dans le troisième numéro du Bulletin 
de Thérapeutique les lésions produites parce poison, différant à pente 
de celles que déterminent les sels et oxides cuivreux. Dans tous les cas. 




( 3^i ) 

les accidens et la mort, qui les termine, sont dus non-seulement à l’ac¬ 
tion irritante exercée par le poison sur le canal alimentaire, mais en¬ 
core k l’action sympathique sur l’appareil sensitif. 

Lorsqu’on se trouve appelé pour un empoisonnement occasioné par 
l’ingestion d’une préparation cuivreuse, on doit administrer sur-le- 
champ une eau albumineuse (i), que l’on compose en battant dix ou 
douze blancs d’œufs dans une pinte d’eau : on la fait prendre au malade 
par verre'es toutes les deux minutes. Cette abondante boisson a pour but 
principal de déterminer le vomissement, qu’on peut d’ailleurs favoriser 
encore par la titillation de la luette au moyen d’une barbe de plume. 
Dans le cas où l’on ne parviendr ait pas à faire naître les contractions de 
l’estomac, on devrait vider sans retard cet organe au moyen des instru- 
mens appropriés, comme la seringue décrite par Cadet de Gassicourt, 
ou celle à double courant, avec laquelle des essais ont été tentés par 
MM. Cooper et Dupuytren. On ne pourrait recourir à l’emploi de l’é¬ 
métique pour provoquer les vomissemens que chez les sujets qui n’é¬ 
prouveraient pas de douleurs violentes à l’épigastre ; autrement, le re¬ 
mède ajouterait encore au mal. 

On a encore; proposé l’emploi du gluten pulvérulent délayé dans 
l’eau, et le décocté de noix de galle ; mais nous doutons fort qu’on pût 
se procurer le premier de ces deux médicamens, car il est peu de 
pharmaciens où il se rencontre à cause de son usage excessivement rare. 
Quant au second, il se prépare en faisant bouillir quelques inslans une 
once de noix de galle concassée dans une livre d’eau commune, et en 
passant ensuite au travers d’un linge fin le liquide, que l’on coupe avec 
partie égale d’eau de gomme et que l’on donne par petits verres conve¬ 
nablement rapprochés. Mais assurément il est beaucoup plus facile et 
plus expéditif de préparer le soluté albumineux que nous avons con¬ 
seillé. Si, par hasard, on manquait d’œuis à l’instant où l’on en aurait 
besoin, nous croyons qu’on devrait y suppléer en recourant à des dé¬ 
codés mucilagineux : ceux de gomme, de racine de guimauve, de 
graine de lin, mériteraient, suivant nous, la préférence. 

Quelques substances ont été proposées comme antidotes des sels de 
cuivre , et parmi elles on doit citer en première ligne le sucre , la li¬ 
maille de fer, les sulfates alcalins, etc. 

Des expériences faites sur le sucre par le savant professeur Orfila, 
expériences suivies avec toute l’habileté et l’exactitude qui caractérisent 


( I ) Comment l’ean albumineuse agit-elle en pareille circonslancc ? Elle ne pré¬ 
cipite pas tolalemen! les solutés aqueux des différons sels de cuivre. Des rceber- 
rlies entreprises à ce sujet par l’un de nous ne sont pas encore terminées. 



( 322 ) 

les recherches de cette célébré toxicologie, ont démontré jusqu’à i’e'vi- 
dence que cette substance n’exerce pas la moindre action chimique sur 
le vert-de-gris, qu’elle n’empêche aucunement ce produit d’agir comme 
caustique, et qti’enfin elle ne peut servir de contre-poison. 

Les sulfures, quoique recommandés par un homme du plus haut mé¬ 
rite , ne sont cependant pas convenables : il n’en serait sans doute pas 
de même de l’acide hydro-sulfurique liquide ( eau hydro-suif urée). 
Nous croyons que ce dernier médicament pourrait être employé avec 
quelques succès dans l’empoisonnement qui fait l’objet de cet article, 
surtout si on l’administrait après avoir déterminé le vomissement. 

Quant à la limaille de fer, il a été reconnu de la manière la plus 
authentique qu’elle ramenait les préparations cuivreuses à l’état de cui¬ 
vre métallique (i); mais cette opération ne fatiguerait-elle pas l’esto¬ 
mac ? Ce mode de médication doit, avant d’être adopté, être examiné 
de nouveau avec attention. Ce qui pourrait du reste nous faire penser 
qu’il y a moins d’inconvénient qu’il ne semble à donner la limaille de 
fer à haute dose, c’est que, chez plusieurs femmes chlorotiques , l’un 
de nous a fait prendre des quantités assez fortes, chaque jour, comme 
demi -gros, un gros, deux gros, et cela pendant douze ou quinze jours 
quelquefois; cependant cette médication, loin d’être suivie d’accidcns , 
a souvent au contraire été couronnée du succès. 

Quel que soit le moyen employé pour remédier à l’empoisonnement 
qui nous occupe, lorsque la substance vénéneuse a été expulsée des 
voies digestives et que le cortège des symptômes alarmans a disparu, 
on doit s’occuper de prévenir les accidens inflammatoires qui peuvent 
se manifester. Pour cela, on a recours au traitement antiphlogistique, 
comme nous l’avons indiqué en traitant de l’empoisonnement par l’ar¬ 
senic. Nous devons renvoyer au même endroit pour le détail des soins 
divers que réclament le traitement et le régime pendant la durée de la 
convalescence. A. Chevallier et Cottereau. 


(t) Une expérience, faite par l’un de nous, avec M. Barrucl, a prouvé qu’un set 
de cuivre (le sulfate ), ajouté à du bouillon contenu dans une marmite de fonte, 
était complètement décomposé , et que le bouillon ne contenait pas la moindre 
trace de cuivre. Cette expérience, provoquée par un rapport fait en province, au 
sujet d’une accusation d’empoisonnement, a sauvé la vie de l’homme qui était 
en état de prévention. (Yoy. Journ. de chi/n. méd., etc., tom. vi, pag. \ SI et 
suivantes. ) 




( 3a3 ) 

CHQLÉRA-MORBÜS. 


RELATION HISTORIQUE ET MÉDICALE DU CHOLÉRA-MORBU^ DII 

POLOGNE, PAH M. BRIERRB DE BOISMONT, DOCTEUR EN MÉDE¬ 
CINE, MEMBRE DU COMITÉ CENTRAL DE VARSOVIE , ETC. (l). 

L’ouvrage de M. Brierre de Boismont était vivement désiré par le 
public medical ; cet ouvrage a paru, et il n’a point trompé notre attente. 
C’est la première et probablement ce sera une des meilleures histoires 
du' elioléra-morbus, faite par un médecin français, ayant été sur les 
lieux pour voir la maladie, pour étudier ses formes , reconnaître les 
causes qui le produisent et le propagent, afin d’apprécier les meilleures 
méthodes de traitement employées pour le combattre. 

Ce qui frappe d’abord en lisant cette production, c’est l’impartialité, 
et, j’ose dire, la bonne foi, la probité scientifique qui en font la base. 
On s’aperçoit tout d’abord que c’est l’œuvre d’un médecin qui n’est sous 
le joug de Yipsa dixil d’aucun systématique. Sans prévention aucune, 
l’auteur s’est contenté de voir et de bien voir, d’observer avec soin, 
avec sagacité, avec justesse. Il a recueilli des faits nombreux, il les a 
exposés clairement, méthodiquement; il les a analysés avec discernement, 
puis il en a tiré des conséquences d’autant plus légitimes et fondées, 
qu’il n’est guidé par aucun penchant vers telle ou telle doctrine. Ce 
que nous disons est si peu exagéré qu’on trouve souvent des observa¬ 
tions qui peuvent amener des conclusions différentes ; et il ne faut pas 
s’en étonner : dans une pareille maladie, le médecin, sage interprète 
de la vérité, ne vous a pas promis des certitudes, et encore moins des 
hypothèses; il vous a promis des faits, il les a promis nombreux, 
exacts, précis, positifs, et il a tenu sa parole. « Ecrire les événemens 
qui se sont passés sous nos yeux, dit M. Brierre de Boismont, et dont 
j’ai eu le triste avantage d’être le premier témoin avec M. Legallois , 
voilà le but que je me suis proposé. » Ce but a été atteint et tel qu’il 
devait l’être. 

Voici maintenant l’économie de ce livre : après avoir parlé en général 
de l’apparition du choléra-morbus en Pologne, l’auleur fait la remarque 
essentielle que cette maladie n’avait pas paru dans l’armée polonaise 
avant la bataille d’Iganie, 10 avril i 83 i. Ce fait est si positif que, 


(I) TJm volume in-8° , chei Gcrmer-Baillèrc, rue de l'Ecolc-de-Médecine , 



( 3H ) 

lorsque les premiers symptômes de l’épidémie se déclarèrent, plusieurs 
médecins nièrent l’existence du choléra-morbus; mais M. Brierrc de 
Boismont, qui l’avait reconnu et signalé avec soin*, maintint son opi¬ 
nion , et l’événement neprouva que trop qu’il avait complètement raison. 
Les observations particulières sont courtes, mais substantielles et précises; 
ce qui est à remarquer à notre époque, où l’on fait un si étrange abus de 
ce moyen pour grossir un ouvrage ou un mémoire des plus médiocres. 

Le tableau de la maladie est surtout fait avec un soin particulier ; rien 
n’y est omis, rien n’y est oublié, et l’on peut s’en faire l’idée la plus 
exacte. Nous pouvons en dire autant des lésions cadavériques, du dia¬ 
gnostic, du pronostic, et des causes occasionellcs, tant physiques que 
morales. On voit que M. Brierre de Boismont n’a rien épargné pour 
étudier la Pologne et les Polonais, et que, pour mieux connaître ces 
dentiers, il s’est presque identifié avec leurs mœurs et leurs usages. Ce 
qu’il dit sur la question tant controversée de la contagion porte le ca¬ 
ractère d’une sage réserve; il se contente d’exposer les faits qui militent 
en faveur de l’un et de l’autre sentiment. « Cependant, dit-il, quelles 
que soient les opinions que l’on admette, il est un fait qui domine tous 
les autres : c’est l’importation de la maladie par les grandes réunions 
d’hommes. » L’auteur conclut néanmoins, tout en reconnaissant qu’il 
y a ici d’immenses difficultés, que le choléra-morbus est le résultat des 
décompositions animales et végétales; qu’il n’est pas immédiatement 
contagieux, mais qu’une fois produite, la maladie s’attache à l’espèce 
humaine, la suit dans ses grands mouvemens; enfin que dans certaines 
circonstances les individus atteints du choléra-morbus sont un foyer 
d’émanations miasmatiques pour les hommes robustes qui vivent 
avec eux, et qui, quoique bien portans , peuvent aussi devenir un foyer 
d’infection pour ceux qui les approchent. 

Tout ce que dit l’auteur sur les mesures et les cordons sanitaires, et 
les moyens prophylactiques, ainsi que sur le traitement, mérite aussi 
de fixer l’attention du lecteur. Partout la même discussion approfondie 
des faits, la même plénitude de bon sens et de réserve, le même carac¬ 
tère de vérité, d’impartialité, que nous avons déjà remarqué. L’auteur 
n’exprime jamais son opinion particulière qu’après l’avoir environnée 
de preuves incontestables. 

Telle est l’analyse très-succincte de cet ouvrage important. Nous le 
recommandons aux lecteurs de notre journal et à tous les médecins ja¬ 
loux d’avoir des notions justes sur une maladie qui préoccupe aujour¬ 
d’hui tous les esprits et captive l’attention publique. Us y trouveront 
science et conscience /deux qualités assez rares dans beaucoup de livres 
modernes. Celui-ci fait honneur, non-seulement à l’auteur, mais à la 



( 325 ) 

médecine française, dont M. Brierre de Boismont a été un des dignes 
représentans dans la noble cause de la Pologne. 


Choléra-morbus de Moscou. — Dans une période de neuf mois, 
du commencement de janvier à la fin de septembre i831,629 malades 
al teints du choléra ont été reçus à Moscou, dans l’hôpital d’Ordinska; 
sur ce nombre, 324 sont morts et 2o3 ont été guéris. Le tableau sui¬ 
vant donnera une idée exacte de la marche, tantôt brusque et rapide , 
tantôt lente et presque insensible de la maladie. 4 

Malades. Morts. Guéris. 


Janvier. . 

Mars. . 
Avril. . 
Mai. . . 
Juin. . . 
Juillet. . 
Août. . 
Septembre 



8 

3 

4 


74 
5 a 
5o 


— M. Gucneau de Mussy a donné lecture à l’Académie d’une lettre 
adressée à M. Degérando , par un habitant notable de Hambourg. L’au¬ 
teur de cette lettre affirme, avec toutes les personnes qui se sont trouvées 
sur les divers théâtres de l’épidémie, que les quarantaines et les cordons 
sanitaires sont des précautions plus nuisibles qu’utiles. Cette ville, qui 
compte 120,000 habitans, a été divisée en 1 2 sections, à chacune des¬ 
quelles ont été attachés des médecins et des pharmaciens, de manière à 
ce que les malades puissent recevoir des secours aussitôt après l’invasion 
de la maladie. Un hôpital spécial de !\ 00 lits a été établi. Une souscrip¬ 
tion au profit des veuves et des orphelins a produit en vingt-qnatre 
heures plus de 60,000 francs. Du g octobre au i3 novembre il y a eu 
■j 13 malades et 4°5 morts. La maladie attaque de préférence la classe 
pauvre, les personnes débiles, celles qui étaient adonnées aux boissons 
alcooliques, qui commettaient des excès. Elle s’est développée surtout 
dans les quartiers malsains, bas et humides. Cependant la classe aisée 
n’a pas été à l’abri de ses atteintes. 


— Choléra-morbus de Sunderland. — Le choléra continue à 
Sunderland : le nombre des malades s’élevait le 21 novembre à 68 ; 












( 3zG ) 

i 5 (l’entre eux avaient subi le jour même les atteintes de la maladie. 
Dans la journée il y avait eu io guérisons et 6 morts. Le 22 novembre 
il y a eu 4 guérisons et 5 morts. 

— Choléra-morbus en Hollande. — On annonce comme une chose 
sûre l’invasion du choléra en Hollande. C’est dans une île peuplée de 
3,ooo habitans (l’île d’Araeland), distante de vingt lieues d’Amsterdam, 
que la maladie s’est, dit-on, montrée. 


VARIÉTÉS. 


— Départ de M. Magendie pour Sunderland. — M. le profes¬ 
seur Magendie vient de partir, en qualité de commissaire de l’Acadé¬ 
mie des sciences, pour aller à Sunderland étudier la marche du choléra- 
morbus. 

Questions de Prix. — Parmi les questions de prix que la Société 
Hollandaise des sciences à Harlem a proposé pour 1 83 1 , il en est 
quelques-unes du plus haut intérêt thérapeutique. De ce nombre sont 
les suivantes : 

— Transfusion du sang. — La transfusion , mise en pratique il y a 
deux siècles en France, était complètement oubliée à cause de ses suites 
fâcheuses. Plusieurs expériences heureuses sur ce sujet, tentées récem¬ 
ment en Angleterre, ont réveillé l’attention des médecins et méritent 
d’être examinées avec une sérieuse et consciencieuse attention. 

C’est pourquoi la Société demande, i° un compte exact des expé¬ 
riences faites dans ces dernières années sur la transfusion , surtout chez 
l’homme, et des effets qu’elle a produits dans les diverses affections 
pour lesquelles on l’a employée; 2 0 La transfusion est-elle utile, et 
mérite-t-elle d’être mise eu pratique de préférence à d’autres moyens ? 
et si elle est digne d’être reçue parmi les secours de l’art de guérir, quels 
sont les cas où elle doit être employée? 3° Quelles sont les précautions 
à prendre pour assurer la réussite de cette opération, soit dans les cas 
où elle a été employée, soit dans ceux où il serait avantageux qu’elle le 
fût? 4° Quelle est la meilleure méthode et les meilleurs instrumens pour 
la pratiquer? 

— Iode. —L’iode a été employé sous différentes formes dans une foule 



( 3'2 7 ) 

<lc maladies externes et internes ; mais on n’est pas unanime sur scs 
avantages. Plusieurs médecins lui ont reconnu d’excellens effets; d’au¬ 
tres ne lui ont reconnu aucune action dans les scrofules, maladie pour 
laquelle il est généralement préconisé ; enfin un certain nombre lui ont 
vu produire des accidens graves, et même la mort. La société demande 
« un mémoire raisonné qui soit fondé sur l’expérience, où les propriétés 
médicales de l’iode soient examinées avec toute l’exactitude possible, et 
qui indique tout à la fois les maladies internes et externes où il convient 
de l’employer. » 

— Salicine. —Quelles sont les propriétés médicales de la salicine? 
Qu’a-t-elle de commun avec la quinine et la cinchonine ? Dans quels 
cas peut-elle les remplacer? Déterminer par des observations prises au 
lit des malades quelle est la meille.ure manière de l’administrer, soit 
seule , soit en la combinant avec d’autres substances. 

•— Salicine. — Quelle est la meilleure méthode, la plus parfaite et la 
moins dispendieuse pour préparer la salicine? Quellessontles espèces de 
saules et de peupliers qui en fournissent la plus grande quantité? Quels 
sont les caractères et les moyens de connaître sa pureté? Et quelle est la 
nature des corps composés que la salicine peut former avec d’aulrés 
substances? 

Le prix pour chacune de ces questions est une médaille d’or de 1 5o 
florins ; et de plus, si le mémoire en est jugédigne, une gratification de 
i5o florins de Hollande. Les réponses, écrites en hollandais, français, 
anglais, latin ou allemand , doivent être adressées franc de port, avant 
le i cr janvier i833, à M. Yan Marum, secrétaire général de la so¬ 
ciété. 

— La Société royale de Médecine de Toulouse propose pour sujet du 
prix à décerner en 1 83a la question suivante : 

Déterminer, par Vobservation des malades et par des expérien¬ 
ces sur les animaux , les diverses propriétés médicales du tartre 
stibié. 

Le prix est de la valeur de 3oo fr. Les mémoires doivent être en¬ 
voyés avant le i er avril 1 832, à M. le docteur Ducasse fils, secrétaire 
général de la société. 

— La Société de médecine de Lyon décernera, en i 832 , une mé¬ 
daille d’or de 3oo francs à l’auteur du meilleur mémoire sur cette 
question, dont la solution devra principalement reposer sur des observa¬ 
tions cliniques : Existe-t-il des médicamens antispasmodiques spé- 



( 3a8 ) 

ciaux ? Dans les cas de l’affirmative, quels sont-ils et quel est leur 
mode d’action? Les mémoires devront être envoyés avant le i cr juin 
183a, au sccre'taire général, M. Dupasquier. 


—Suicides aux différens âges. — Une question qui peut intéres¬ 
ser la médecine légale a été traitée dans un des derniers cahiers des 
Annales d’hygiène. M. Guerry, qui a dépouillé de huit à neuf mille 
procès-verbaux relatifs aux suicides qui ont eu lieu à Paris dans une 
période de trente-quatre ans, de 1796 à i83o , a cru pouvoir établir 
quelques lois d’après lesquelles ils se produisent. 

Ainsi le suicide philosophique ou prémédité a lieu pendant la nuit 
et un peu avant l’aurore. 

Le suicide accidentel a lieu pendant le jour, parce que c’est surtout 
alors que se développent les causes occasionelles, les querelles, les 
nouvelles fâcheuses, lespertes au jeu, l’intempérance, etc. 

A chaque âge l’homme fait choix de moyens particuliers pour se don¬ 
ner la mort. Dans la jeunesse il a recours à la suspension, que bientôt il 
abandonne pour les armes à feu ; à mesure que la vigueur s’affaiblit, 
il revient aux premiers moyens, et c’est par la suspension que périt le 
plus ordinairement le vieillard qui met fin à son existence. 

Voici un tableau qui fera connaître le genre le plus fréquent de sui¬ 
cide aux différens âges. 

Pistolet. Suspension. 


De 10 à ao ans. 61 

De ao à 3o. a83 

De 3o à 4o. i8a 

De 40 à 5o. . . . •. 15o 

De 5o à 60. t6i 

De Go à 70. 126 

De 70- à 80.. . 35 

De 80 à 90. 2 


68 

5i 

94 

188 

a56 

a35 

108 


— Il s’est glissé dans notre dernier numéro quelques erreurs typographiques 
qu’il est important de corriger; ainsi, page 266, ligne 1S, au lieu de : la pom¬ 
made suivante, lisez : le Uniment suivant. — Page 287, ligne II , au lieu de : 
nitrate d’argent , gros xl , lisez : grains xl. — Page 289 , ligne 6 , au lieu de • 
l'expulsion de cet enfant, lisez : de ce corps. 











( 3a 9 ) 

THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


RECHERCHES SUE l’aPPLICATION EXTÉRIEURE DU CYANURE DE 

POTASSIUM DANS LE TRAITEMENT DES CÉPHALALGIES ET DES 

DOULEURS NERVEUSES DE LA FACE. 

M. Lombard, de Genève, a fait connaître, au commencement de 
cette anne'e, quelques observations sur l’emploi du cyanure de potassium 
dissous dans l’eau et applique' sur la tête dans les névralgies de la face 
et les tics douloureux. En répétant ces expériences, nous avons obtenu 
des résultats qui confirment ses premiers essais, mais en même temps 
nous avons pensé à étendre l’usage du cyanure au traitement de la cé¬ 
phalalgie, maladie beaucoup plus commune que le tic douloureux. La 
publication de ces faits ne sera point sans intérêt à une époque où plu¬ 
sieurs médecins s’occupent de recherches du même geurej nous les fe¬ 
rons connaître avec quelques détails, en commençant par ce qui regarde 
l’administration extérieure du cyanure de potassium, et par l’étude de 
scs effets immédiats lorsque le médicament est appliqué sur la peau. 

De Vadministration extérieure du cyanure de potassium. 

Le cyanure de potassium peut être appliqué sur la peau , recouverte 
de son épiderme, ou sur la peau dont le derme a été mis à nu par une 
vésication préalable. 

Dans le premier cas, on peut se servir de la solution aqueuse, de la 
solution alcoolique et de la solution éthére'e. Nous n’avons employé 
que les deux premières , la quantité de cyanure de potassium qui se 
dissout dans l’éther nous ayant paru trop faible. 8 ou i o grains de 
cyanure de potassium pour une once de liquide suffisent ordinaire¬ 
ment par jour ; mais il est quelquefois nécessaire de doubler la dose du 
véhicule et d’augmenter la proportion du cyanure : on ne peut alors 
employer que l’eau, car l’alcool ne dissout pas une quantité suffisante 
de ce médicament.Quelle que soit la dissolution dont on fait usage, on 
doit avoir soin d’en imbiber des compresses ou une ouate de coton, que 
l’on place sur les parties malades , et que l’on remplace aussitôt qu’elles 
sont sèches. Il faut aussi, dans quelques cas seulement, prolonger l’u¬ 
sage de cette médication deux ou trois jours après la guérison , si tou¬ 
tefois elle a été difficile à obtenir. 

Dans le petit nombre de cas où nous avons appliqué le cyanure de 
potassium sur le derme dénudé, nous l’avons mêlé à parties égales dans 
tome i. 11" liv. aa 



( 33o )' 

du cèrat, et employé à la dose d’un à deux grains au plus. Cette ap¬ 
plication n’a jamais été renouvelée, à canse de son action caustique. 

Des effets immédiats du cyanure de potassium appliqué 
sur la peau. 

Toutes les fois qu’une solution de cyanure de potassium est appliquée 
sur une partie quelconque de la peau, elle produit un sentiment de froid 
assez vif, qui se dissipe aussitôt que l’équilibre de température est éta¬ 
bli et que l’évaporation cesse de se faire. Mais, une demi-heure après 
le début de l’expérience , on éprouve un picotement, une espèce de 
démangeaison qui n’a rien de désagréable et qui se prolonge aussi long¬ 
temps que dure le contact du liquide; la peau devient rouge, surtout 
lorsqu’on se sert de la dissolution alcoolique. Cet érythème disparait 
aussitôt que l’on a cessé l’application du liquide, si toutefois son con¬ 
tact avec la peau n’a pas dépassé vingt-quatre ou quarante-huit heu¬ 
res; mais lorsque la dose a été très-élevée, que les applications ont été 
répétées pendant cinq ou six jours, il peut survenir un érythème, un 
eczéma, comme l’observation du tic douloureux que nous faisons con¬ 
naître en fournit un exemple. 

Indépendamment de ces phénomènes locaux, il peut s’en manifester 
de généraux. Le pouls et les inspirations paraissent éprouver un ralen¬ 
tissement que nous avons observé dans quelque circonstance dès la pre¬ 
mière demi-heure qui suit l’application du cyanure de potassium. Ce 
ralentissement est variable chez ceux qui sont atteints de fièvre, mais il 
paraît constant citez les personnes dont la santé n’est point altérée. 
Des observations faites sur nous-mêmes lorsque nous étions levés, et dans 
une salle dont la température était de dix ou douze degrés, nous ont 
appris qu’une solution alcoolique et saturée de. cyanure de potassium, 
appliquée sur le front, peut déterminer, avec le ralentissement de la 
circulation, du froid dans diverses parties du corps et de la tendance 
au sommeil. Ces phénomènes n’ont pu être convenablement consta¬ 
tés chez les malades qui restent couchés pour la plupart, et qui renou¬ 
vellent le liquide à des intervalles assez éloignés. Lorsque le cya¬ 
nure de potassium est appliqué sur le front, quelques gouttes peuvent 
s’introduire entre les paupières ; leur contact avec la surface de l’œil 
fait éprouver une vive douleur, surtout lorsqu’ou se sert de la solution 
alcoolique; mais cette sensation douloureuse dure à peine une minute, 
et n’est jamais suivie d’aucune espèce d’accident. Nous nous sommes 
introduit l’un et l’autre cinq à six gouttes de cette solution dans les yeux, 
et bien qu’en même temps nous eussions sur le front des compresses 
imbibées de cyanure de potassium, nous n’avons éprouvé que les mo- 



( 33. ) 

difications décrites plus haut ; il est à remarquer pourtant que c’est 
dans une circonstance semblable que nous avons pour la première fois 
observé le ralentissement de la circulation. 

Le cyanure de potassium en poudre, pur ou mélangé avec du cé- 
rat, produit une douleur extrêmement vive lorsqu’il est appliqué sur 
le derme dénudé : la sensation de brûlure qu’il détermine se prolonge 
pendant plusieurs heures, et lorsqu’au bout de ce temps on examine la 
plaie, on trouve une escharre presque égale à celle que produirait une 
quantité moitié moindre de potasse caustique. Ce sont là les accidens 
qui nous ont empêché de multiplier nos expériences sur le cyanure ap¬ 
pliqué de cette manière. 

Du cyanure de potassium dissous dans Valcool ou dans Veau, et 
appliqué sur la tête dans les céphalalgies. 

En cherchant à classer les céphalalgies dans un ordre qui permît 
d’apprécier l’influence du cyanure de potassium, nous avons cru de¬ 
voir adopter une distribution fondée sur les symptômes concomitans, 
quelle que fût du reste leur influence sur les céphalalgies; les phénomènes 
remarquables que nous avons observés dans celles qui sont accompagnées 
de fièvre nous ont engagé à les étudier à part, et nous avons fait un groupe 
des céphalalgies apyrétiques , que nous avons sous-divisées suivant 
qu’elles étaient compliquées de gastralgie , de dérangement dans la 
menstruation , de trouble dans la respiration , dans la circulation, ou 
qu’elles existaient sans dérangement simultané dans les fonctions des 
organes. Une seule céphalalgie de ce. dernier genre s’est présentée à 
notre observation, ce qui tient à la fois à ce que le plus grand nombre 
de nos faits ont été recueillis dans un hôpital, et à ce que l’on considère 
à tort comme primitives et sans complication la plupart des céphalées 
désignées sous le nom de migraines. 

Il est très-ordinaire de rencontrer des maux de tête coïncidant avec 
des pesanteurs d’estomac, un appétit désordonné, de la difficulté dans 
les digestions et du trouble dans les règles, qui sont ordinairement pâles, 
moins abondantes et moins exactement périodiques. Dans les céphalal¬ 
gies de ce genre, nous avons employé quatre fois le cyanure de potas¬ 
sium : dans trois cas la guérison a été durable; dans.Ie quatrième, le 
soulagement n’a duré que quelques jours. Les trois femmes dont le mal 
de tête n’a point récidivé purent être guéries de leurs maux d’estomac, 
soit par lesous-carbonatede fer, soitpard’autresmcdications.L’uned’elles 
était âgée de 15 ans ; elle n’avait jamais été réglée, ses maux d’estomac 
duraient depuis cinq ans, et la céphalalgie, qui n’avait para que trois 



( 33a ) 

ans plus lard, était presque continuelle et ne restait jamais un seul jour 
sans reparaître. La dose de cyanure de potassium ne fut jamais portée 
au-delà de huit grains dans l’intervalle d’une visite à l’autre.Trois jours 
suffirent pour la guérison de la céphalalgie. Cette jeune fille resta en¬ 
core un mois à l’hôpital, prenant chaque jour un gros de sous-carbonate 
de fer; par cette médication énergique, les douleurs d’estomac furent 
entièrement guéries , et les maux de tête ne reparurent plus pendant le 
cours du traitement. 

Chez la seconde, âgée de 4-7 ans, les douleurs d’estomac dataient de 
plus de vingt ans ; il y avait des flueurs blanches très-abondantes avant 
et après l’époque des règles, qui étaient pâles et irrégulières. La cépha¬ 
lalgie, fixée surtout aux tempes, où la malade éprouvait un sentiment 
de constriction, était plus douloureuse à droite qu’à gauche ; elle était 
]>resque continue, troublait le sommeil et s’accompagnait de l’inflamma¬ 
tion de la conjonctive du côté droit. Quatre grains de cyanure de po¬ 
tassium dissous dans une once d’eau produisirent, au bout de sept heu¬ 
res d’application , un soulagement notable; la tète devint moins pesante, 
la vue moins troublée; les battemens des artères temporales devinrent 
moins violens ; il suffit de douze heures de traitement pour guérir la 
céphalalgie, qui ne reparut plus pendant quatorze jours que la malade 
passa encore à l’hôpital. Il est à remarquer que les applications de cyanure 
furent continuées pendant sept joiirs , en augmentant chaque jour d’un 
grain, et que les maux d’estomac ainsi que les flueurs blanches guérirent 
sous l’influence du sous-carbonate de fer, porté jusqu’à la dose de qua¬ 
rante grains en vingt-quatre heures. 

Nous avons considéré comme une simple migraine la céphalalgie que 
nous venons de décrire ; il reste toutefois des doutes sur le diagnostic, 
car cette douleur de tête, fixée surtout du côté droit, coïncidait avec 
une paralysie incomplète du membre supérieur gauche , dans laquelle 
se faisaient sentir aussi de très-vives douleurs ; mais l’extension du mal 
à la tempe du côté gauche, la persistance de la paralysie, l’effet heu¬ 
reux du traitement, nous ont engagé à rapprocher celte céphalalgie de 
celles qui accompagnent ordinairement les gastralgies. 

La troisième femme, affectée aussi de douleurs d’estomac, avait une 
céphalalgie qui offrait cela de singulier qu’elle était soulagée par la po¬ 
sition déclive de la tctc. La malade ne jouissait pasd’un instantde repos; 
ses maux de tête duraient depuis un an et demi, et pendant quatre mois 
elle était'restée, nous dit-elle, le tronc dans son lit et la tête sur sa 
chaise. Il existait en même temps un cancer ulcéré de l’utérus, qui n’a¬ 
vait jamais produit d’autre symptôme local que des flueurs blanches peu 
fétides et assez abondantes. Deux jours suffirent pour obtenir une gué- 



( 333 ) 

rison complète, dont on prévint les récidives en continuant pendant cinq 
jours l’application du cyanure de potassium , à la dose de six à huit 
grains; les maux d’estomac furent guéris, et les flueurs blanches dimi¬ 
nuèrent par l’emploi de divers me'dicamens. 

A ces observations, nous pouvons ajouter celle d’une femme de 35 ans, 
qui vint à l’Hôtel-Dieu pour y être traitée d’uue dysenterie sporadique, 
qui fut guérie en huit jours par l’emploi du sulfate de soude. Cinq 
jours après cette guérison, elle souffrait violemment d’un mal de tête 
qui durait depuis deux mois et qui allait en augmentant. On se servit 
d’une solution alcoolique, avec huit grains de cyanure de potassium : 
pendant les deux premiers jours il n’y eut aucune amélioration ; le troi¬ 
sième la douleur disparut des tempes; le quatrième la guérison était 
complète. 

Nous avons dit plus haut qu’une seule femme traitée par le cyanure 
de potassium n’éprouva qu’un soulagement momentané; elle ne nous parla 
de ses maux d’estomac qu’au moment de son départ; probablement le 
mal de tête eût été traité avec autant de succès que celui des autres., si 
par du sous-earbonatc de fer ou tout autre moyen nous eussions guéri- 
la gastralgie. Quoi qu’il en soit, la douleur augmenta le premier jour;• 
elle fut soulagée les deux jours suivans, et le quatrième elle revint avec 
sa force première et ne fut plus modifiée. 

Cette impossibilité de modifier les céphalalgies après quelques jours 
de l’emploi du cyanure de potassium , qui cependant avait paru utile 
'au début, se représentera dans deux autres circonstances que nous ferons, 
connaître. 

Il résulte des observations que nous venons de rapporter que , dans 
les céphalalgies compliquées de maux'd’estomac, on peut toujours es¬ 
pérer du soulagement, mais que celui-ci ne peut être durable si les 
gastralgies ne se dissipent elles-mêmes ; il est donc nécessaire de cher¬ 
cher à guérir l’affection gastrique par un traitement approprié. Le sous- 
carbonate de fer, dont nous ferons connaître les effets dans un mémoire 
auquel nous travaillons en ce moment, nous paraît être le médicament 
que l’on doit préférer. 

Nous n’avons traité qu’une seule céphalalgie, suite de la suppression 
des règles : c’était chez une demoiselle de 31 ans : une vive frayeur fit 
cesser les menstrues au moment où elles coulaient. Pendant les cinq se¬ 
maines qui suivirent cet accident, elle ressentit au sommet de la tête de 
vives douleurs, qui furent continues, et lui permirent à peine quelques 
instans de sommeil. Le retour des règles , qui eurent lieu deux fois dans 
cet intervalle , ne lui fit éprouver aucun soulagement; elle prit inutile¬ 
ment des bains de pieds excitans; elle s’appliqua sur la tête des cata- 



( 334 ) 

plasmes narcotiques, sans que la douleur fût modifiée. Deux jours suf¬ 
firent pour la guérison, en employant une solution de huit grains de 
cyanure de potassium dans une once d’eau. 

Peu de temps après il entra à l’Hôtel-Dieu une femme de 3o ans qui, 
dans un cas à peu près semblable, ne lut pas si heureusement traitée. 
Elle était accouchée depuis quinze jours, et éprouvait une douleur de 
tête dans la région sincipitale. Cette douleur, qui était survenue au mo¬ 
ment de l’accouchement, prenait tous les jours un peu plus d’intensité. 
Les lochies coulaient fort peu. Il y avait de la fièvre. M. Récamier 
prescrivit dix-huit grains d’ipécacuanha et une infusion de mélilot. 
L’écoulementlochial se rétablit, la fièvre disparut, toutes les fonctions 
reprirent leur activité; mais le mal de tête persista. Le cyanure de po¬ 
tassium fut appliqué sans succès ; il en fut de même d’un vésicatoire 
ammoniacal que l’on mit derrière l’oreille droite, et qui fut pansé deux 
fois avec un demi-grain de sulfate de morphine. Un large vésicatoire 
appliqué sur la nuque dissipa le mal en quarante-huit heures. 

Souvent les céphalalgies sont symptomatiques des affections du cœur. 
Chez une daine atteinte d’une hypertrophie du ventricule gauche et 
d’une mélrite chronique, des applications de cyanure de potassium em¬ 
ployées pendant trois jours, calmèrent les douleurs de tête; plus tard 
elles furent impuissantes, et, malgré l’augmentation des doses, la cé¬ 
phalalgie revint avec son intensité première. 11 en est de cette malade 
comme de celle dont la gastralgie persista, et dont la céphalée ne fut 
soulagée que pendant les premiers jours de la médication. Il en est du 
cyanure de potassium comme de tout autre médicament : on ne saurait 
bien apprécier ses effets qu’en tenant compte des lésions concomitantes 
qui jouent si souvent le rôle de cause, et qui ne permettent qu’une faible 
amélioration tant qu’elles exercent leur influence. 

Le cyanure de potassium n’a été qu’une seule fois mis en usage dans 
une céphalalgie, suite d’exostose à la tête, et dépendant d’une affection 
syphilitique générale. La dose de cyanure était de dix grains dans une 
solution alcoolique; elle exaspéra les douleurs au point de les rendre 
insupportables. Il est à remarquer que la jeune fille sur laquelle ce mé¬ 
dicament avait été employé éprouvait de plus vives douleurs lorsqu’elle 
avait sur la tête quelque chose d’humide. Nous voudrions présenter 
quelques observations du même genre : celle-ci ne peut faire présumer 
que d’une manière incertaine ce qui pourrait arriver en général dans 
les céphalalgies syphilitiques. 

Il est une forme de céphalalgies évidemment rhumatismales ou gout¬ 
teuses , sur lesquelles M. le professeur Récamier a souvent appelé notre 
attention, et dont il a souvent observé l’allure spéciale , soit dans les, 



( 335 ) 

hôpitaux., soit dans sa pratiqne particulière. Elles ont cela de remar¬ 
quable qu’elles alternent souvent avec des douleurs évidemment rhu¬ 
matismales, ou que, fixées long-temps à la tête, elles ne quittent cette 
partie du corps que pour se porter sur quelques jointnrcs ou ailleurs. 
Nous avons connu un officier anglais qui, pendant vingt-cinq ans, 
éprouva tous les mercredis, de quatre en quatre semaines , une mi¬ 
graine qui durait exactement onze heures. La migraine conserva cette 
singulière et invariable périodicité tantque le malade habita les Antilles. 
Il revint en Europe en 181 5, et, depuis lors jusqu’en 1829 , la cépha¬ 
lée affecta une marche plus irrégulière : elle cessa et fut remplacée par 
des attaques de goutte. Deux femmes, l’une âgée de. 25 ans, l’autre de 
46, entrèrent dernièrement à l’Hôtel-Dieu, et lorsqu’elles furent gué¬ 
ries de la phlegmasie intestinale qui les avait fait entrer à l’hôpital , 
elles appelèrent notre attention sur une céphalalgie violente qui avait 
débuté long-temps avant la maladie accidentelle qu’elles venaient d’éprou¬ 
ver , et qui persistait avec la même iutensité. Chez toutes les deux l’ap¬ 
plication sur le front de compressses imbibées d’une solution de huit 
grains de cyanure de potassium dans une once d’eau fit disparaître le 
mal de tête au bout de quarante-huit heures ; mais une douleur vive se 
manifesta chez l’une dans l’avant-bras, chez l’autre dans l’épaule gauche 
et les deux genoux. La douleur de l’avant-bras fut combattue inutilement 
par l’application du cyanure de potassium sur le lieu malade. Elle ne put 
être débusquée que parl’extrait de datura stramonium que l’on mit sur 
le derme préalablement dénudé. Elle quitta l’avant-bras pour se mon¬ 
trer à l’épaule ; combattue par le même moyen, elle revint à la tête , 
mais avec une force beaucoup moindre. Là nous l’attaquâmes de nou¬ 
veau avec le cyanure de potassium, et cette fois elle quitta la tête pour 
ne paraître plus nulle part. Nous, croyons devoir, avant de passer 
outre, appeler l’attention du lecteur sur un fait qui est peut-être resté 
inaperçu : c’est l’inefficacité du cyanure de potassium appliqué ailleurs 
que sur la tête, comparée à l’utilité du même moyen employé contre 
les céphalalgies, quelle que fût leur cause. Cinq fois nous avons fait usage 
d’une solution de cyanure de potassium contre des douleurs : pour une 
douleur de cou ( torticolis), pour un rhumatisme de l'épaule, pour une 
douleur névralgique de la poitrine, pour une douleur rhumatismale de 
l’avant-bras, enfin pour une névralgie sciatique, et toujours nous avons 
complètement échoué. Quelle est la cause de cet insuccès ? Nous nous 
le sommes souvent demande sans pouvoiry répondre d’une manière satis¬ 
faisante. Serait-ce parce que les tégumens du crâne et de la face sont plus 
voisins du cerveau, sur lequel le cyanure exerce son action sédative? 
Serait-ce plutôt parce que les os de ces régions sont recouverts d’une pe- 



( 33G ) 

tite quantité de parties molles, et que l’action du cyanure, n’ayant point 
à s’exercer à une grande profondeur, ne se dissémine pas dans la masse 
des tissus ? 

Nous n’avons pas toujours été aussi heureux dans le traitement des 
céphalalgies rhumatismales que chez les deux femmes dont nous avons 
parlé en dernier lieu; nous avons échoué sur une demoiselle de 20 ans, 
dont la céphalalgie, changeant de place, avait ordinairement pour siège 
la partie postérieure et supérieure de la tête. Les premières applications 
du cyanure de potassium, à la dose de dix grains par jour, et dissous 
dans l’eau, produisirent du soulagement pendant quelques jours ; plus 
tard, elles furent sans effet, et le mal de tête reparut avec toute son in¬ 
tensité. 

On essaya les vésicatoires recouverts de sels de morphine, qui n’cu- 
rent pas un effet plus avantageux. Peut-être aurions-nous mieux réussi 
avec le sous-carbonate de fer, qui souvent a guéri des maux de tête qui 
avaient précédé et qui accompagnaient des gastralgies. 

Céphalalgies pyreliques. 

La première personne affectée de céphalalgie pyrétique que nous 
ayons traitée par le cyanure de potassium était une femme de 3o ans. 
Elle éprouvait depuis douze heures les symptômes d’un catarrhe bron¬ 
chique aigu, lorsque quatre sangsues furent appliquées en arrière des 
malléoles ; on les fit saigner abondamment à l’aide d’un pédiluve : elles 
11 e calmèrent cependant ni la fièvre ni le mal de tête. Six heures plus 
tard, l’application d’une once d’eau tenant en dissolution quatre grains 
de cyanure de potassium , soulagea la douleur au bout d’une heure : 
c’était sur le soir; le lendemain la céphalalgie était complètement dissi¬ 
pée et la fièvre guérie ; le catarrhe ne fut point modifié. 

La disparition simultanée de la fièvre et du mal de tête, suite pos¬ 
sible de l’application des sangsues et de la marche naturelle de la ma¬ 
ladie, ne fixèrent point notre attention ; il en fut de même dans l’obser¬ 
vation suivante. 

Une fille de 29 ans, sujette depuis trois ans aux douleurs d’cstomac, 
et n’ayant pas eu scs règles depuis trois mois, vint à l’Hôtel-Dieu avec 
de vives douleurs abdominales, compliquées de fièvre et de céphalalgie. 
Il n’y avait que quinze jours que ces premiers accidens s’e'taicnt mani¬ 
festés; on lui fit prendre de l’ipécacuanha, du tartre stibié, du sulfate 
de soude; on lui mit un vésicatoire entre les épaules. Pendant ce trai¬ 
tement compliqué, le cyanure de potassium, à la dose de huit grains 
dans une once d’eau, fut appliqué sur le front et continué pendant deux 
jours. Ce temps écoulé, le mal de tête était légèrement soulagé et la 




( 33 7 ) 

fièvre guérie. Des circonstances indépendantes de notre volonté nous 
ayant obligé de suspendre le cyanure de potassium, le mal de tète re-. 
parut. Trois jours plus tard on reprit la médication locale, et après 
l’avoir continuée deux, jours, la guérison fut complète. Les particula¬ 
rités que nous venons de rapporter furent indiquées dans nos notes, sans 
que nous eussions aperçu l’influence que le cyanure pouvait exercer sur 
la fièvre. 

La troisième observation, par son évidence, appela notre attention 
sur la simultanéité de ces deux phénomènes. Une femme (car ce sont seu¬ 
lement des femmes que nous avons traitées ), une femme de 2 5 ans vint 
à l’Hôtcl-Dieu pour y être traitée d’un abcès aux grandes lèvres. Cet 
abcès guérit de lui-même ; mais la céphalalgie dont il était accompagné, 
entretenue probablement par la suppression des règles, survécut à sa 
guérison. Cette douleur, extrêmement vive, se faisait sentir surtout 
sur les côtés de la tête ; elle était accompagnée de rougeur de la face, de 
hattemens dans les tempes et dans le front, de plénitude du pouls. On 
appliqua quatre sangsues en dedans des cuisses; on fit une saignée de 
deux palettes sans obtenir aucun soulagement. Le cyanure de potassium, 
à la dose de huit grains , continué pendant deux jours, produisit un 
soulagement notable ; les circonstances nous ayant obligé de le cesser, 
la céphalalgie reprit son intensité première. Il se déclara une fièvre in¬ 
termittente quotidienne, reparaissant tous les matins avec frissons, 
chaleur et sueurs. Le troisième jour, après la cessation du cyanure de 
potassium , on reprit l’usage de ce médicament : la douleur de tête fut 
diminuée et la fièvre cessa de paraître ; les applications continuées pen¬ 
dant deux jours produisirent une guérison complète. 

Ces trois observations, rapprochées les unes des autres, nous mon¬ 
traient que, dans le cours d’une fièv re symptomatique, la céphalalgie pou¬ 
vait être guérie par le cyanure de potassium, et que la fièvre elle-mcme 
était modifiée sous l’influence de ce moyen : nous pensâmes donc à es¬ 
sayer ses effets dans les fièvres intermittentes accompagnées de céphal¬ 
algie. Depuis ce temps, il ne s’est présenté à notre observation qu’une 
seule fièvre intermittente, si toutefois l’on peut donner ce nom à une 
fièvre quotidienne irrégulière, suite d’une phthisie pulmonaire au der¬ 
nier degré. La céphalalgie durait depuis deux mois; elle était très- 
douloureuse et presque continuelle. On fit pendant quatre jours des 
applications avec une solution aqueuse de huit grains de cyanure de 
potassium : au bout d’un jour le mal de tête était guéri, le frisson moins 
fort et moins long, la chaleur moins vive. Tous ces accidens reparurent 
avec la cessation du cyanure de potassium. Un tel accord entre le ré¬ 
sultat des observations que nous avons eu l’occasion de faire sur les 



( 338 ) 

céphalalgies pyrétiqucs, nous permet d’espérer que le cyanure de po¬ 
tassium pourra servir dans les fièvres intermittentes ; cette conséquence 
paraîtra plus juste si l’on se rappelle que dans quelques campagnes on 
emploie simplement, pour guérir les fièvres intermittentes, du vin 
blanc, dans lequel on fait infuser la seconde écorce du pécher, dont 
l’acidè hydro-cyanique est la partie la plus active. Nous nous propo¬ 
sons de donner suite à ces idées, et nous ferons connaître le résultat de 
nos expériences dans un mémoire sur les effets du cyanure de potassium 
administré à l’intérieur ( 1 ). 

Nous n’avons employé le cyanure de potassium que dans un seul tic 
douloureux ■ il existait chez un homme de 47 ans. Le nerf sous-orbi¬ 
taire avait été coupé, deux ans auparavant, pour guérir les cruelles dou¬ 
leurs dont il était le siège. Ces douleurs avaient disparu aussitôt après 
l’opération , et pendant onze mois ne s’e'taient point fait sentir; mais au 
bout de ce temps elles étaient revenues, et les accès avaient acquis chaque 
jour plus d’intensité et plus de fréquence. Lorsque ce malheureux vint 
à l’hôpital, il était tourmenté parla faim et ne pouvait manger, tant vive 
était la douleur produite par le mouvement de la mâchoire et des lèvres : 
ses accès reparaissaient plusieurs fois en une minute, quand le malade 
voulait parler ou avaler; ils se faisaient sentir deux ou trois fois tous 
les quarts d’heure lorsqu’il gardait le x’epos. On fit sur la joue malade 
et sur le côté correspondant du front des applications continuelles avec 
une solution aqueuse de douze, vingt-quatre, quarante, cinquante grains 
de cyanure de potassium dans deux onces d’eau : au neuvième jour du 
traitement, tous les accès, graduellement diminués, avaient cessé de pa¬ 
raître. Le septième jour, il était survenu sur le front un eczéma qui 
disparut en deux jours ; cependant il restait toujours une douleur fixe 
contre laquelle le cyanure fut impuissant : on eut recours, pour le gué¬ 
rir, à d’autres moyens, tels que l’avulsion de dents érodées et couvertes 
de tartre, à l’application d’un vésicatoire recouvert d’hydro-chloratc de 
morphine. Ces moyens, en diminuant les douleurs fixes, n’ont pu les gué¬ 
rir; et le malade, après quarante jours de traitement, étant encore sujet à 
quelques attaques qui reparaissent tous les deux ou trois jours, nous nous 
sommes décidés alors à pratiquer la section des nerfs, et la guérison s’en 
suivit immédiatement. Malgré cette persistance des symptômes, il n’en est 
pas moins constaté qu’à son entrée à l’hôpital il ne pouvait ni manger ni 


(f ) A irai dire, nous n’avons pas l’espérance de guérir par ce moyen les lièvres 
intermittentes miasmatiques qui ne cèdent guère qu’au quinquina ; mais bien 
celles que modifient ordinairement les saignées, les révulsifs, les éinéto-catai- 
tliiques, les narcotiques, etc., etc. 



( 33 9 ) 

parler sans avoir des accès horriblement douloureux, et que depuis l’em¬ 
ploi du cyanure de potassium il a pu reprendre tontes ses fonctions et se 
trouver quelquefois dans un e'tat de calme assez satisfaisant pour se croire 
comple'tementgue'ri. Ce fait d’ailleurs se range à côte'de ceux qu’a publics 
M. Lombard, et nous renvoyons au mémoire de ce me'decin. Toutefois 
nous insisterons sur l’innocuité des applications de solution de cyanure 
de potassium sur le derme, et sur le peu de fondement des craintes de 
M. Lombard, qui semble redouter de graves accidens si l’on outre¬ 
passe pour chaque once de véhicule la dose de quatre à six grains. 

Application du cyanure de potassium sur le derme dénudé. 

Le cyanure de potassium, appliqué sur le derme dénudé, a été em¬ 
ployé chez trois femmes; l’une d’elles était phthisique à un degré assez 
avancé; elle avait une douleur intermittente qui paraissait siéger dans 
les nerfs lombaires, et que l’on n’avait pu soulager que momentanément 
par l’acétate de morphine appliqué sur le vésicatoire. Le cyanure de 
potassium produisit le même effet. 

La seconde avait un rhumatisme chronique occupant plusieurs arti¬ 
culations. Les douches de vapeur, l’hydro-chloratc de morphine sur les 
vésicatoires, avaient été employés avec quelque succès; à la suite de 
l’application du cyanure de potassium, l’amélioration fut progressive 
comme auparavant sans qu’il fût possible d’apprécier si la marche avait 
été plus lente ou plus rapide. 

Dans le troisième cas, il produisit une guérison étonnante par sa 
promptitude : une femme de 46 ans avait depuis huit jours une scia¬ 
tique très-douloureuse, qui s’étendait depuis la sortie du nerf jusqu’à 
la partie externe du pied, rendait la marche extrêmement difficile et 
douloureuse, et ne permettait aucun sommeil à la malade. Deux vésica¬ 
toires ammoniacaux d’une surface égale à celle d’une pièce de quinze 
sous furent mis, l’un à la partie externe et moyenne du tarse droit, 
l’autre au-dessus de la malléole correspondante; le premier fut recou¬ 
vert d’un grain de cyanure de potassium : le lendemain le mollet seul 
était douloureux; le deuxième vésicatoire fut pansé comme le premier 
l’avait été la veille : dans la journée toute douleur disparut; les mouve- 
mens redevinrent libres, et la guérison fut complète après trente-six 
heures du traitement. 

Ce succès était propre à encourager ; mais la possibilité de remplacer 
par d’autres moyens un médicament si douloureux, et dont l’application 
est toujours suivie d’une esebarre, nous ont empêché de répéter nos 
essais. 



( 34o ) 

En résumé, il résulte des faits que nous avons cités et des comparai¬ 
sons établies entre eux, que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec 
des gastralgies sont toujours soulagées momentanément, et qu’elles peu¬ 
vent être guéries d’une manière durable, si la gastralgie l’est elle-même; 
que l’on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de 
tête, suite d’une suppression des règles, survit à sa propre cause ; que- 
dans tous les cas où elle dépend d’une affection du cœur, on ne peut 
espérer qu’un succès momentané, si la maladie primitive reste toujours, 
la même ; que probablement le cyanure de potassium est nuisible dans, 
les céphalalgies, suites d’exostoses syphilitiques ; enfin que celles qui 
accompagnent les fièvres peuvent être le plus souvent soulagées par cette 
médication, qui paraît agir directement sur la fièvre elle-même. Un 
médicament qui compte autant de succès lorsqu’il est convenablement 
appliqué, doit prendre rang parmi les moyens habituels que la méde¬ 
cine met en usage ; une seule chose peut l’empêcher de prendre l’ex¬ 
tension convenable, c’est qu’il s’altère au bout de deux ou trois mois. 
Il n’est pas d’ailleurs d’un prix très-élevé, car il coûte moins que le 
sulfate de quinine, et nous avons lieu de nous étonner de ne le trouver 
à Paris que dans deux ou trois pharmacies. 

Quoi qu’il en soit, nous avons déjà commencé la même série d’expé - 
rienccs avec de l’eau de laurier-cerise, et nous ferons incessamment 
connaître à nos lecteurs les résultats que nous obtiendrons. 

Trousseau et Bonnet. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DE L’INFLAMMATION DE LA RÉTINE ET DE SON TRAITEMENT. 

L’inflammation de la rétine est une maladie assez rare et dont on ne- 
trouve pas de description spéciale dans les auteurs. Ses caractères pro¬ 
pres n’y sont point indiqués ; il en est de même de son traitement. 

L’inflammation de cette membrane nerveuse est annoncée par une 
exaltation excessive de la sensibilité ; l’œil ne peut supporter la lumière 
la plus faible, le jour le plus doux, sans ressentir les plus violentes 
douleurs ; et celles-ci ne semblent pas du tout en rapport avec la rougeur 
très-légère de la conjonctive oculaire et palpébrale. Les malades ont 
une véritable horreur de la lumière ; ils ne savent quels moyens em- 



(34. ) 

ployer peur l’e'vitcr. Sont-ils lèves, leur tête est baissée, leurs mains 
sont fortement appliquées sur les yeux, dont les paupières sont fortement 
contractées. C’est avec une peine extrême que le chirurgien parvient à 
les écarter pour examiner l’état du’globe oculaire dont la pldogose exté¬ 
rieure est très-faible; celui-ci se tourne convulsivement en haut pour fuir 
•le contactdes rayons lumineux; la cornée transparente se cache sous la 
paupière supérieure, et c’est avec beaucoup de difGculte's qu’on peut 
apercevoir cette cornée. Les malades sont-ils couchés, ils se cachent sous 
les couvertures de leur lit, enfoncent la tête dans leurs oreillers pour 
éviter la moindre lumière. La pupille est considérablement rétrécie , et 
quelquefois réduite à une ouverture excessivement étroite II n’y a 
point d’écoulement de larmes, ni de pus , ni rien qui indique un état 
inflammatoire extérieur. 

Jusque dans ces derniers temps, on a employé contre cette maladie 
le traitement ordinaire des ophthalmies, et particulièrement les saignées 
générales, locales, les pédiluves, etc. ; mais ces moyens abrègent en gé¬ 
néral fort peu la durée de l’affection, et n’apportent qu’un soulagement 
très-faible aux souffrances aiguës qu’éprouvent les malades. Il faut, 
dans ces cas, un calmant spécifique en quelque sorte de la sensibilité 
de la rétine. M. Dupuytren fait usage, avec le plus grand succès , de 
la belladone, donnée soit à l’intérieur, soit en application extérieure sur 
l’œil : c’est le stupéfiant dont il a retiré le plus d’avantages, il l’admi¬ 
nistre ordinairement à l’intérieur , en pilules ou dans une portion sous 
forme d'extrait, à la dose d’un grain et même plus par jour, en le di¬ 
visant en plusieurs portions égales. Il emploie «à l’extérieur la poudre 
de feuilles de belladone à la dose de trois ou quatre grains, appliquée 
sur la conjonctive. L’extrait de belladone, ou cette poudre dissoute dans 
un collyre et appliquée sur l’œil, modifieraient probablement aussi la 
maladie d’une manière avantageuse. 

Voici quelques observations qui prouvent l’efficacité de ce moyen. 

Observation I. Le nommé Jules Charretier, âgé de dix-huit ans, 
travaillant sur les ports, était sujet, depuis un an environ, à de fré¬ 
quentes ophthalmies , lorsqu’il fut pris, en novembre 1829, d’une atta¬ 
que beaucoup plus forte que celles qu’il avait eues jusqu’à ce jour. Les 
douleurs de l’œil devinrent extrêmement violentes; l’aspect de la lu¬ 
mière était insupportable; le malade ne pouvait entrevoir le moindre 
jour sans éprouver les plus violentes douleurs. Lorsque nous le vîmes 
pour la première fois à l’Hôtel-Dieu, il était ramassé dans son lit, la 
tête enfoncée dans son oreiller et recouverte par ses couvertures, afin 
d’être plus à l’abri de la lumière. Lorsqu’il sortait de celte attitude, et 
qu’il se mettait sur son séant, il portait de suite scs deux mains à ses 



( 34a ) 

yeux fermes, et les comprimait fortement. Les paupières e'taient écar¬ 
tées avec beaucoup de peine; le globe de l’œil, tourné convulsivement 
sous la paupière supérieure, ne laissait qu’entrevoir la cornée transpa¬ 
rente ; la pupille était très-rétrécie ; la rougeur de la conjonctive très- 
légère et sans nulle rapport avec la sensibilité excessive que témoignait 
le malade. M. Dupuytren reconnut à ces signes une inflammation de la 
rétine : il prescrivit d’abord, dans l’espace de quelques jours, deux sai¬ 
gnées générales qui amenèrent quelque soulagement dans les fortes 
douleurs que le malade éprouvait dans la tête, mais n’eurent que très- 
peu d’influence sur celle de l’œil. Ce fut alors que l’on lit usage de la 
poudre de belladone à l’intérieur, à la dose de quatre grains par jour 
dans une potion. Quelques jours après on laissa la poudre , et on admi¬ 
nistra l’extrait de belladone en pilules à la dose d’un grain. A dater du 
commencement de l’emploi de ceicmède, auquel on n’en adjoignit au¬ 
cun autre, les douleurs de l’œil diminuèrent, le malade put supporter 
une faible clarté d’abord; quelques jours après, il pouvait distinguer 
les objets qui étaient autour de lui et les traits des personnes qui le vi¬ 
sitaient. On continua pendant quelque temps encore l’usage de l’ex¬ 
trait de belladone à la dose seulement d’un demi-grain par jour di¬ 
visé en deux pilules : la vue du malade revint bientôt dans son état 
normal. 

Observation II. Le nommé Graux, âgé de dix-huit ans, était at¬ 
teint d’une ophthabnie légère lorsqu’il entra à l’Hôtel-Dieu, à la meme 
époque que le malade précédent. Depuis six à sept mois environ il 
avait cette inflammation de la conjonctive oculaire des deux yeux; 
elle semblait de nature scrophuleuse. Quelques taies existaient sur la cor¬ 
née transparente. Les douleurs que cette ophthalmie lui faisaient éprou¬ 
ver étaient légères et ne l’empêchaient pas de se livrer à ses occupations 
habituelles, lorsque tout à coup ces douleurs devinrent excessives, 
sans que pour cela la rougeur parût sensiblement augmentée. Le ma¬ 
lade ne pouvait supporter la moindre lumière sans souffrir cruellement; 
les paupières se contractaient avec force, ne pouvaient être écartées, ni 
la cornée être vue qu’avec une extrême difficulté, à cause de la direc¬ 
tion continuelle dû globe de l’œil en haut; le malade présentait enfin , 
de la manière la plus évidente, les symptômes de l’inflammation de la 
rétine. On employa chez ce malade le même traitement que chez le 
précédent, c’est-à-dire la poudre de belladone à l’intérieur d’abord, 
qu’on remplaça bientôt par l’extrait de cette substance : on obtint les 
mêmes résultats. A peine le malade eut-il fait usage de ce remède qu’il 
commença à pouvoir supporter la clarté du jour, puis la lumière arti¬ 
ficielle , et quelques jours après l’œil était revenu à l’c'tat dans lequel il 



( 343 ) 

était avant l’invasion de la rétinite. La rougeur de la conjonctive était 
rcstéependant la durée de celle-ci comme elle était auparavant. 

Observation III. Une jeune fille, âgé de dix-sept ans environ, entra 
à l’Hôtel-Dicu à la fin de décembre 1828 ; elle présentait une rougeur 
légère de la conjonctive oculaire, mais une très-vive sensibilité de l’œil 
et l’impossibilité de supporter la moindre lumière sans éprouver les 
plus grandes douleurs, Les paupières, contractées convulsivement, 
étaient écartées difficilement. Il y avait en même temps céphalalgie très- 
forte. On administra, pour tout traitement et chaque jour, un grain 
d’extrait de belladone divisée en quatre pilules. Dès le lendemain, la 
malade présentait une amélioration notable ; les douleurs étaient dimi¬ 
nuées d’une manière sensible; les paupières étaient moins contractées 
et s’écartaient plus facilement. Le troisième jour, elle put supporter la 
lumière sans beaucoup de difficulté. Enfin au bout de quelques jours 
de l’emploi de ce remède, continué sans interruption, les douleurs dis¬ 
parurent complètement, et la vue revint à son état habituel. 

Alex. Paillard. 


NOUVEAU MODE DE TRAITEMENT DE M. DUPUYTREN , CONTRE LA 
RETRACTION PERMANENTE DES DOIGTS PAR SUITE DE I.A CRIS¬ 
PATION de i.'aponEvrose PALMAIRE. 

La maladie désignée dans les auteurs, sous le nom de crispatura 
lendinum , et qui consiste dans une rétraction graduelle des doigts vers 
la paume de la main , n’a jamais été combattue par des moyens effi¬ 
caces. Cela tient à l’ignorance dans laquelle on est toujours resté sur le 
siège, la nature et la cause de la maladie. Une description rapide des 
symptômes de cette affection, description suivie de l’exposé de ses ca¬ 
ractères anatomiques, nous mettra facilement sur la voie du traitement 
convenable à lui opposer. La théorie que nous allons développer sera 
d’ailleurs confirmée par plusieurs observations concluantes. 

La rétraction des doigts dont nous parlons est lout-à-fait différente 
de celle qui survient à la suite des plaies, des fractures, des inflamma¬ 
tions simples des capsules synoviales articulaires, des capsules syno¬ 
viales tendineuses, ou des inflammations rhumatismales goutteuses de 
ces mêmes parties. Elle arrive sans avoir été précédée d’aucune maladie 
du doigt, développée spontanément, ou d’aucune violence extérieure 
quelconque. On la remarque particulièrement chez les personnes qui 
manient souvent des corps durs et agissent long-temps avec eux, surtout 
quand ces corps prennent un point d’appui sur la paume de la main. 



( 344 ) 

Ainsi M. Dupuytren l’a vue sc développer chez un marchand de vin , 
<|ui, e'tant oblige' par sa profession de de'guster souvent des vins , e'tait 
dans l’habitude de donner dans le cours de la journée un grand nombre 
de coups de poinçon aux pièces qu’il recevait ou visitait. Ce poinçon, à 
manche gros et dur, contondait très-fortement lj, paume de sa main. Il 
l’a vue également se développer chez un homme de cabinet qui cachetait 
journellement un grand nombre de lettres avec de la cire à cacheter, et 
mettait à cette occupation un grand soin et un amour-propre tout parti¬ 
culier. Le manche du cachet appuie dans cette manœuvre, comme on le 
sait, sur la paume de la main , et contond cette partie. On voit cette af¬ 
fection se développer chez des maçons ou chez d’autres personnes obli¬ 
gées de soulever avec la pointe du doigt de pesans fardeaux; enfin, dans 
d’autres cas, on ne peut découvrir aucune cause appréciable de la mala¬ 
die ; mais, ce qui est bien certain, c’est que, dans la plupart des cir¬ 
constances, des corps volumineux et durs ont été reçus souvent dans la 
paume de la main, et ont exercé sur cette partie des contusions plus ou 
moins fortes et répétées. 

La maladie commenee ordinairement par le doigt annulaire, et s’étend 
peu à peu aux doigts voisins et particulièrement au doigt auriculaire. 
Elle gagne quelquefois le doigt du milieu et l’indicateur, mais cela est 
rare. M. Boyer dit ne l’avoir jamais vue à l'indicateur ou au pouce. 
Elle augmente par degrés insensibles. Les malades éprouvent d’abord 
un peir de raideur dans la paume de la main et de la difficulté à éten¬ 
dre les doigts. Bientôt ces doigts restent fléchis au quart, au tiers ou à 
moitié. La flexion augmente peu à peu , et souvent arrive au point que 
l’extrémité libre de ces doigts vient s’appliquer à la paume de la main. 
Dès le commencement de la maladie une corde se fait sentir sur la face 
palmaire de la main et de la base des doigts; cette corde est plus tendue 
quand on fait effort pour la redresser, et elle disparait presque entière¬ 
ment au contraire quand ils sont lout-à-fait fléchis : elle est de forme 
arrondie, et sa saillie la plus grande se rencontre à la hauteur de l’arti¬ 
culation âe la première phalange avec le métacarpien correspondant. 
Les extrémités de cette corde se terminent insensiblement, d’une part, 
vers le doigt, à la hauteur delà seconde phalange; d’un autre part, à 
la paume de la main, vers son milieu, et quelquefois cependant vers 
son extrémité supérieure. La peau située dans la direction du doigt 
forme des plicatures ou arcs de cercle dont la concavité est placée en 
bas, la convexité en haut, et dont le premier emboîte en quelque sorte 
la base des doigts ,■ et est à son tonr emboîté par des arcs plus élevés. 
Cics plis diminuent insensiblement et atteignent ordinairement le milicn 
de la main. Les symptômes que nous venons d’indiquer sont les mêmes 



( 345 ) 

pour chacun des doigts à mesure qu’ils sont affectes; mais jamais ils ne 
sont plus prononces que pour l’annulaire, qui est ordinairement le pre¬ 
mier et le plus fortement atteint. Les articulations des doigts, sans en 
excepter la première phalange, avec le métacarpien correspondant, res¬ 
tent parfaitement mobiles dans le sens de la flexion, mais elles ne peu¬ 
vent être étendues au-delà d’un certain point, quels que soient les efforts 
que l’on fasse; les doigts résistent tellement à ces efforts qu’on les cou¬ 
perait plutôt que de les faire céder. M. Dupuytren dit avoir vu suspen¬ 
dre des poids de cent, et même de cent cinquante livres à l’espèce de 
crochet que forme le doigt, sans que pour cela son angle de flexion fût 
ouvert d’une ligne. Du reste, la maladie commence, se développe, et 
atteint son plus haut degré sans que les malades éprouvent aucune dou¬ 
leur. Les efforts mêmes que l’on fait pour redresser les doigts en causent 
très-peu, et même point quand ils ne sont pas portés outre mesure. 
Cette maladie est seulement incommode ; elle rend la préhension des 
corps difficile, et quelquefois même met dans l’impossibilité d’exercer 
certaines professions; c’est principalement ce dernier motif qui pousse 
les personues qui en sont atteintes à chercher à s’en faire guérir. 

Pour arriver à un traitement approprié, il fallait bien connaître le 
siège précis de la maladie : or nous allons voir qu’il a été ignoré jus¬ 
qu’à présent. Ainsi on a cru qu’elle était produite par l'épaississement, 
l’endurcissement et la rigidité de la peau. M. Boyer l’attribué en 
grande partie à cette cause ; mais cette membrane, obligée qu’elle est 
d’obéir au mouvement des doigts, n’est que retirée sur elle-même par 
suite de la rétraction des doigts; et la dissection prouve, ainsi que nous 
le verrons tout à l’heure, qu’elle est étrangère à la maladie. On a ad¬ 
mis ensuite un état spasmodique, un état de contraction du corps des 
muscles de la face antérieure de l’avant-bras; mais cette opinion n’est 
pas mieux fondée, car on peut se convaincre qu’ils jouissent de la plus 
entière liberté de se contracter et d’obéir à la volonté. On a accusé une 
maladie des tendons des muscles fléchisseurs des doigts, une inflamma¬ 
tion , un épaississement, un racornissement de ces cordons fibreux : il 
y a bien, ainsi que nous le verrons, un racornissement, une crispation, 
mais ce ne sont point ces tendons qui en sont le siége.On a pensé à une 
pldegmasie chronique des coulisses tendineuses, à un relâchement, à une 
destruction des gaines qui les forment, et qui, cessant alors de tenir 1rs 
tendons renfermés, leur permettraient de faire en avant la saillie que nous 
avons vue aux faces palmaires des doigts et de la main : l’impossibilité de 
redresser les doigts étant un des caractères essentiels de la maladie, il est 
évident qu’elle ne tient pas à cette cause.D’autres personnes ont pensé que 
la maladie dépendait d’une altération des surfaces articulaires, à leur 
tome i. iV LIV. 23 




( 346 ) 

usure, à leur déformation, à leur ankylosé : la dissection prouve le con¬ 
traire. Enfin on a cru qu’une disposition particulière des ligamens laté¬ 
raux pouvait la déterminer; cette dernière opinion mérite un peu d’atten¬ 
tion. Il y a long-temps queM. Dupuytren a fait remarquer (et on trouve 
cette disposition anatomique décrite dans sa thèse inaugurale) que les li¬ 
gamens latéraux des articulations étaient placés plus près delapartiean- 
térieure que de la partie postérieure des phalanges, de telle sorte qu’ils 
permettent, favorisent et déterminent plutôt les flexions que l’extension. 
Il résulte de celte disposition que, dépouillées de leurs tendons et de 
leurs coulisses tendineuses, les articulations se fléchissent naturelle¬ 
ment; mais elles peuvent être très-facilement redressées, étendues, ce 
qui est tout-à-fait impossible dans la maladie dont nous nous occupons. 

Les causes que nous venons de rapporter sont, pour la plupart, insi¬ 
gnifiantes, invraisemblables, souvent contradictoires. La dissection 
des parties affectées pouvait seule éclairer en cette circonstance. 
M. Dupuytren a long-temps cherché l’occasion de profiter de cette 
ressource; elle s’est enfin présentée. Un vieillard, qui portait depuis 
longues années une rétraction des doigts de la main, rétraction surve¬ 
nue sans causes connues et par degrés insensibles, mourut. M. Dupuy¬ 
tren fit dessiner cette main , ensuite ilia disséqua. La peau qui formait 
les plis dont nous avons parlé fut d’abord enlevée; alors les plis dis¬ 
parurent , et la peau était d’épaisseur et de consistance naturelles : ce 
qui prouve que les plis lui avaient été communiqués et qu’ils n’é¬ 
taient pour rien dans la production de la maladie. L’aponévrose pal¬ 
maire était intacte, mais tendue , rétractée, diminuée, manifestement 
de longueur. De sa partie inférieure naissaient des espèces de colonnes, 
qui se rendaient sur les côtés des doigts rétractés. Les efforts que l’on 
faisait pour redresser ceux-ci augmentaient la tension de ces colonnes , 
de ces espèces de cordes, ainsi que celle du tendon du palmaire grêle. 
M. Dupuytren soupçonna alors que l’aponévrose palmaire pouvait être 
pour quelque chose dans la production de la maladie. Ne voulant ce¬ 
pendant pas s’en tenir à ces apparences, quelque fortes qu’elles parus¬ 
sent , il coupa en travers le tendon du fléchisseur d’un des doigts ré¬ 
tractés , et conserva intacte l’aponévrose : la rétraction des doigts per¬ 
sista dans toute sa force. C’est alors qu’il coupa en travers les pro- 
longemens de l’aponévrose, qui se rendaicnf à un des autres doigts 
rétractés; mais il laissa intact son tendon fléhisseur, et le doigt put à 
l’instant même être redressé sans effort et comme dans l’état naturel. 
Il continua cependant ses dissections , et il remarqua que les tendons 
n’avaient point changé de volume ni de forme ; que les articulations 
étaient intactes, ainsi que les synoviales des tendons, les ligamens sans 



( 347 ) 

cliangemens de forme , de volume, de rapports et de situation ; les os 
parfaitement sains à l’intéricur comme à l'extérieur. Dès lors plus de 
doute, et il put regarder comme de'montre' que la crispation de l’apo¬ 
névrose palmaire était la seule et unique cai|se de la rétraction des 
doigts. 

Si on examine dans l’état sain l’aponévrose palmaire , on trouve que 
cette membrane, née supérieurement du ligament carpien antérieur et 
du tendon du palmaire grêle, se termine inférieurement par quatre 
faisceaux qui vont se rendre à l’extrémité supérieure des premières pha¬ 
langes , et s’insérer au ligamentmétacarpien transverse antérieur, après 
s’être bifurqué pour le passage des tendons des fléchisseurs : ce sont 
ces prolongcmens qui s’étendent et font fléchir les doigts. Les fibres les 
plus nombreuses et les plus fortes de l’aponévrose sont longitudinales ; 
ce sont elles qui, en se crispant, sc racornissant, jouent le principal 
rôle dans la maladie. En coupant ces prolongemens digitaux de l’apo¬ 
névrose , on restitue aux doigts leur liberté ; mais sous eux, on ren¬ 
contre les vaisseaux et les nerfs qui vont se rendre aux doigts. Il faut 
bien éviter de les comprendre dans l’incision des prolongemens; car il 
en résulterait de graves inconve'niens, ainsi qu’on doit bien le sentir. 
Heureusement, quand les doigts sont ainsi rétractés, ces prolongcmens 
de l’aponévrose palmaire étant très-tendus, forment une espèce de pont 
sous lequel passent ces vaisseaux, ce qui laisse un assez grand espace 
pour faire les incisions nécessaires pour le débridement, sans craindre 
autant de couper ces parties importantes. L’aponévrose palmairea d’a¬ 
bord pour usage de contenir les muscles et les tendons qui se rendent 
aux doigts; mais elle en a d’autres encore, c’est de tendre à ramener 
sans cesse, et sans le secours des muscles, les doigts dans l’état de 
demi-flexion, qui est aussi leur état de repos. Cette dernière fonction 
est bien évidente chez certains animaux, et en particulier chez les oi¬ 
seaux qui se perchent; chez eux, l’aponévrose plantaire est douée 
d’une grande puissance d’élasticité, en vertu de laquelle la flexion pst 
opérée avec force. L’exagération de cette fonction donne naissance chez 
l’homme à la maladie que nous décrivons. 

La peau est unie à l’aponévrose palmaire par un tissu dense, fibreux, 
et qui contient peu de graisse. Cette union intime explique parfaitement 
bien les plis qu’on observe à la peau quand la crispation de l’aponc- 
vrose détermine le rétraction des doigts. 

L’ignorance dans laquelle on était sur la nature et sur le siège de la 
maladie a toujours empêché d’arriver à un traitement convenable ; les 
moyens qui ont été employés ont tous successivement échoué, et 
cette maladie était regardée comme incurable. Les saignées locales, les 



( 348 ) 

cataplasmes émollicns pendant la nnit, et le jour les bains adoucissans, 
les onctions et les frictions huileuses, les douches de vapeur , d’eau sul¬ 
fureuse, alcalino-savonneuse, etc., les pommades résolutives mercu¬ 
rielles n’y font rien. L’extension continuelle, à l’aide de diverses ma¬ 
chines plus ou moins ingénieuses imaginées à cet effet, n’a pas mieux 
réussi. On a enfin pratiqué la section en travers du tendon que l’on 
présumait être le siège du mal, et l’on n’en a retiré aucun avantage. 
M. Pupuytren l’a vu faire deux fois sans aucun succès. Un des ma¬ 
lades fut même sur le point de perdre la vie, à cause des accidens in¬ 
flammatoires avec étranglement qui survinrent à la main et à l’avant- 
bras ; mais il ne retira, ainsi que l’autre, aucune amélioration dans sa 
situation. Enfin l’inutilité de toute espèce de traitement était bien re 
connue, puisque M. Boyer conseille, dans son grand ouvrage de chir- 
rurgie, de n’attaquer cette maladie par aucune opération (i).Le célèbre 
Astley Gooper, au rapport de M. le docteur Bennatti, donnait dernière¬ 
ment le même conseil à M. Ferrari, maître de piano, qui le consultait 
sur la rétraction des doigts de l’une de ses mains, laquelle rétraction 
l’avait forcé de renoncer à l’exercice de sa profession. 

Mais la cause du mal étant une fois bien reconnue et bien constatée, 
on pouvait espérer trouver le remède à employer. L’essai que M. Du- 
puytren avait fait sur le cadavre du vieillard atteint de cette rétraction 
des doigts promettait beaucoup. La section de ces brides de l’aponé¬ 
vrose palmaire, formées par ses proiongemens qui se rendent aux 
doigts, lui semblait bien être le remède efficace contre cette maladie. Il 
ne manquait à cet illustre chirurgien que des occasions d’appliquer la 
méthode qu’il avait conçue. Elles ne tardèrent pas à lui être offertes , 
et prouvèrent qu’il avait vu très-juste; les deux observations suivantes 
vont le démontrer. 

Obs. I. M. L..., marchand de vins en gros, quai de la Tournelle, 
n° 25, ayant reçu un grand nombre de pièces de vins du midi, pièces 
qui sont ordinairement très-volumineuses, et voulant aider ses ouvriers 
à les ranger, essaya de soulever l’une d’elles, en plaçant la main gauche 
au-dessous du rebord saillant .formé par l’extrémité des douves. Il res¬ 
sentit au même instant un craquement et une légère douleur dans la 
partie interne de la paume de cette main. Il conserva quelque temps 
après de la sensibilité et de la raideur dans la paume de cette même 
main. Cependant peu à peu ces symptômes se dissipèrent, il n’y fit 
donc d’abord que peu d’attention ; cependant au bout d’un certain temps 


(t) Ce mal est sans remède, dit ce respectable praticien. ( Truité des mala¬ 
dies chirurgicales, tom. xi, page SC. 



( 3^9 ) 

il s’aperçut que le doigt annulaire tendait à se rétracter cl à s’incliner 
vers la paume de la inain , sans pouvoir être relevé autant que les au¬ 
tres ; la douleur n’existant plus, il négligea encore cette légère diffor¬ 
mité commençante. Toutefois celle-ci persista à augmenter de mois 
en mois, d’année en année, au point qu’au commencement de 1831, 
l’annulaire et le petit doigt étaient tout-à-fait fléchis et couchés sur la 
paume de la main, la seconde phalange pliée sur la première, et l’ex¬ 
trémité de la troisième appliquée sur le milieu du bord cubital de la 
surface palmaire. Le petit doigt, moins fléchi, était néanmoins incliné 
d’une manière invariable vers la paume de la main. La peau de cette 
dernière partie était plissc'c et entraînée vers la base des deux doigts 
rétractés. 

M. L... consulta alors plusieurs médecins ; tous pensèrent que la ma¬ 
ladie avait son siège dans les tendons fléchisseurs des doigts affectés, et 
qu’il n’y avait de remède efficace que la section de ces organes : les uns 
voulaient couper les deux tendons à la fois, les autres n’en voulaient 
couper qu’un seul. M. le docteur TVIailly, consulté, pensa comme eux 
sur la nature de la maladie ; mais, répugnant à la section des tendons, il 
conseilla au malade de consulter M. Dupuytren. A peine ce professeur 
eut-il vu le malade, qu’il déclara que l’affection avait son siège non 
dans les tendons, mais dans l’aponévrose palmaire crispée, et que des 
débridemens pratiqués sur les prolongemens qui se rendent aux doigts 
suffiraient probablement pour guérir le malade. Celui-ci se détermina 
à l’opération ; elle fut pratiquée de la manière suivante par M. Dupuy¬ 
tren, aidé de M. le docteur Mailly et Max, le 12 juin 1831 : 

La main du malade étant solidement fixée, il commença parfaire 
une incision transversale de dix lignes d’étendue vis-à-vis l’articulation 
métacarpo-phalangienne du doigt annulaire. La peau fut d’abord divi¬ 
sée, l’aponévrose palmaire le fut aussi ; et, avec un craquement sen¬ 
sible à l’oreille, l’incision était à peine achevée que l’annulaire se re¬ 
dressa et put être étendu aussi facilement que dans l’état naturel. 

Une autre incision transversale fut faite au petit doigt vis-à-vis l’ar¬ 
ticulation de la première phalange avec la seconde j elle dégagea seule¬ 
ment son extrémité de la paume de la main : le reste demeura dans le 
même état. Une deuxième incision transversale fut faite aussi vis,à-vis 
l’articulation du petit doigt avec son métacarpien, et procura un déga¬ 
gement sensible ; enfin une troisième incision transversale, pratiquée 
vers le milieu de la première phalange, le renilit complet : le doigt fut 
parfaitement redressé. On pansa avec de la charpie ; on mit l’annulaire 
et le petit doigt dans l’extension, à l’aide d’une machine appropriée et 
fixée sur le dos de la main. Quelques symptômes d’inflammation sur- 



( 35o ) 

vinrent au dos de la main ; un empâtement et un engorgement inflam¬ 
matoire se manifestèrent sur ce point, et furent accompagnés de dou¬ 
leurs assez vives : des lotions fréquentes avec de l’eau froide, dans la¬ 
quelle on avait mis de l’acétate de plomb liquide, suffirent pour dissiper 
les accidens. Le i5 juin, on lève le premier appareil ; la suppuration 
n’est pas encore établie, mais la douleur est modérée. Le 16, la sup¬ 
puration est bien établie. Le 17, il n’y a plus de symptômes inflamma¬ 
toires, et le travail de la cicatrisation des plaies commence; celles-ci ne 
purent cependant être complètement fermées que le 2 juillet. La cica¬ 
trisation suivit dans toutes ces plaies une progression successive et en 
rapport avec le degré d’influence que l’extension exerçait sur chacune 
d’elles. Le malade conserva pendant un mois encore l’usage de la ma¬ 
chine extensive : les doigts reprirent leur souplesse par degrés, et le 
malade fut parfaitement guéri. 

Gbs. II. Le nommé Deraarteau ( Jean-Joseph), âgé de 4.0 ans, cocher 
de fiacre, entra à l’Hôtcl-Dieu deParis dès les premiers jours de décem¬ 
bre 1831. Il avait vu, depuis quelques années, ses doigts annulaire et 
auriculaire des deux mains se retirer insensiblement vers la face pal¬ 
maire. Celte maladie était survenue spontanément, sans douleurs, et sans 
aucune violence ou maladie antérieure. Le doigt auriculaire de chaque 
main était fléchi au quart à peu près, mais la flexion du doigt annu¬ 
laire était portée au point que ce doigt faisait angle droit avec la paume 
de la main ; il était impossible au malade de les redresser lui-même, 
et aucune puissance n’aurait pu y parvenir sans rompre ou déchirer 
les doigts. En redressant les phalanges autant qu’on le pouvait, on aper¬ 
cevait une espèce de corde qui se prolongeait du doigt annulaire à la 
paume de la main, et la tension de cette corde augmentait dans la pro¬ 
portion des efforts que l’on faisait pour redresser le doigt. La peau de 
la paume de la main formait plusieurs plis disposés en arc de cercle qui 
s’emboîtaient les uns dans les autres, et dont la concavité était tournée 
vers la base des doigts. 

La section des prolongemens digitaux de l’aponévrose étant le seul 
moyen à employer pour guérir le malade, M. Dupuytren pratiqua 
cette opération le 5 décembre i83i. Une seule main fut opérée : c’était 
la droite. 

Une incision demi-circulaire et transversale, de dix lignes d’c'tenduc 
à peu près, fut faite à la base du doigt annulaire de la main droite et 
sur sa face palmaire, afin de couper les prolongemens digitaux de l’a¬ 
ponévrose. Un craquement très-sensible à l’oreille signala l’instant de 
cette section. Une autre incision transversale fut faite à un pouce et un 
quart de la première, au-dessus d’elle et plus en dedans, dans la 



( 35 . ) 

paume de la rnaih ; elle eut à peu près huit lignes d’étendue, et servit 
à séparer de sa base les prolongemens digitaux de l’apone’vi-ose, qiii se 
rendent au petit doigt. Immédiatement après on vit ces doigts se re¬ 
dresser et reprendre leur rectitude ordinaire. Un pansement simple fut 
l'ait, de la cliarpie mise sur la plaie et les doigts étendus sur une plan¬ 
che placée à la face postérieure de l’avant-bras, de la main et des doigts, 
et fixés dans cette position par des lacs dont l’anse embrassait l’extré¬ 
mité de chacun d’eux, et dont les bouts étaient attachés à des digita¬ 
tions correspondantes de la planche.On laissa l’appareil en place pendant 
trois jours; aucun accident inflammatoire ou nerveux ne se manifesta 
pendant ce temps. 

Le 8 décembre, on leva le premier appareil. Le malade n’éprouvait 
que de légères douleurs, et il les rapportait lui-même à l’état d’exten¬ 
sion où se trouvaient les parties depuis quatre jours. Les plaies étaient 
couvertes de pus entremêlé de quelques caillots de sang ; les doigts af¬ 
fectés étaient dans un état d’extension complet, et ne se distinguaient 
des autres que par les plaies qu’on voyait à leur surface. Cependant 
M. Dupuytren crut sentir, sur un des côtés de l’annulaire, ufi reste lé¬ 
ger de prolongement de l’aponévrose palmaire , et regretta de n’avoir 
pas fait une incision plus large. Il se propose désormais de faire une in¬ 
cision pluS grâtide à la peau , afin de pouvoir couper plus largement les 
prolongemens digitaux de l’aponévrose palmaire. Le g, la suppuration 
est bien établie. Nous rendrons compte du résultat définitif de cetté 
opération et de celle qui sera pratiquée sur l’autre main. 

Les faits que nous venons de rapporter établissent d’ufie manière in¬ 
contestable que la rétraction des doigts tient, dans le cas et avec les 
signes que nous avons indiqués, à une crispation de l’aponévrose pal¬ 
maire , et particulièrement à celle des prolongemens que cette aponé¬ 
vrose envoie à la base des doigts; que cette maladie put être guérie 
par la section en travers de ces prolongemens et de la partie de l’apo¬ 
névrose qui les fournit. 

Mais il ne faut point oublier, dans cette circonstance, que les cas 
analogues ne se ressemblent pas sous tous les rapports, et que toutes 
ces méthodes ne leur sont point applicables ; que les meilleures peuvent 
être dépréciées, déshonorées même par de fausses applications : telle 
serait, par exemple, celle que l’on ferait de la méthode que BI. Du¬ 
puytren vient d’imaginer dans la rétraction des doigts, produite par la 
crispation de l’aponévrose palmaire, à celle produite par des rhuma¬ 
tismes, la goutte, des panaris, des plaies, des entorses, des fractures, 
des ankylosés, etc. On sent que celte méthode échouerait inévitablement 
dans ce cas, et que ce ne serait pas elle qu’il faudrait en accuser, 



( 35a ) 

mais bien le défaut de discernement de celui qui l’aurait aussi fausse¬ 
ment appliquée : il faut donc toujours s’assurer auparavant de la na¬ 
ture de la maladie que l’on a à traiter. P. D. 


MALADIES DE LA PEAU. 


UN MOT SUR LF. DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT DE LA GALE. 

La gale est une maladie dont le traitement est le plus ordinairement 
simple et facile. On a vanté, pour la combattre, une foule de moyens, 
dont quelques-uns, il est vrai, sont dangereux, d’autres plus efficaces, 
mais la plupart rationnels, sans inconvénient, et d’un effet plus ou 
moins prompt, mais généralement sûr. Comment se fait-il donc que si 
souvent encore on s’adresse aux premiers, absolument comme si les 
autres étaient entièrement inconnus ? Sans rechercher la cause de cette 
bizarrerie, que d’ailleurs on rencontre tant de fois dans l’exercice de 
la médecine, croyons qu’elle dépend de ce qu’en effet les moyens que 
la pratique des hôpitaux a généralement désignés comme étant les meil¬ 
leurs , sont peu répandus, et arrêtons-nous un instant sur le traitement 
de cette maladie, qu’il importe non-seulement de guérir, mais encore 
de guérir promptement. 

Avant tout, disons ce que c’est que la gale ; c’est une éruption es¬ 
sentiellement contagieuse, caractérisée par des vésicules discrètes, 
légèrement acuminées , transparentes au sommet, un peu plus larges à 
la base, et accompagnées d’un prurit plus ou moins intrfbse. 

Je reproduis ici ces caractères, parce que l’expérience a prouvé bien 
des fois que si, dans un grand nombre de cas , cette maladie est très- 
facile à reconnaître, souvent aussi le diagnostic est très-difficile. Les 
conséquences d’une erreur ne peuvent jamais, je l’accorde, être bien 
graves pour l’individu, ni compromettre son existence ; mais elles 
peuvent cependant avoir des résultats fâcheux. D’abord la réputation 
du médecin peut être compromise ; ensuite son jugement, si par hasard 
il était faux, pourrait faire prendre des mesures injustes, comme cela 
est arrivé tant de fois, faire renvoyer un commis, un domestique, etc., 
ou bien , d’un autre côté, inspirer une sécurité perfide, aux dépens de 
laquelle la maladie peut se répandre et infecter une famille, une maison 
entière , une pension, etc., etc. 

C’est surtout avec le prurigo que la gale peut être confondue, 
d’autant mieux que ces deux affections sont accompagnées de dénian- 



( 353 ) 

gcaisons tics-vives. Mais, indépendamment de plusieurs autres carac¬ 
tères différentiels, il en est un principal qui ne peut laisser le moindre 
doute. Dans le prurigo, ce sont des papules , des boutons pleins, ne 
contenant ni pus ni sérosité. Dans la gale , ce sont des vésicules , et 
alors même que celles-ci auraient été pour la plupart déchirées par l’ac¬ 
tion des ongles, en y regardant bien, on retrouve toujours entre les 
doigts et aux poignets, au ventre, etc., quelques petits soulèvemens 
de l’épiderme, déterminés par une collection séreuse, en un mot, quel¬ 
ques vésicules. 

Il est uue affection vésiculeuse qui en impose souvent aussi pour 
la gale ; c’est Y eczema simplex, d’autant mieux que souvent il est lo¬ 
cal , répandu sur les mains, et surtout entre les doigts. Ici, non-seu¬ 
lement la vésicule n’est plus la même, puisqu’elle est aplatie dans 
l’eczéma et acuminée dans la gale, mais encore il est un moyen de 
diagnostic généralement sûr ; c’est celui-ci : dans la gale, les vésicules 
sont en général éloignées ; on en trouve une ou deux à côté l’une de 
l’autre, puis il faut aller en chercher autre part, à d’autres doigts, au 
poignet, où elles sont aussi discrètes, disséminées. Dans l’eczéma, au 
contraire, elles sont toujours groupées ; il semble, en examinant de 
près , qu’il y ait, comme on le dit dans le monde, des milliers de bou¬ 
tons entre cuir et chair. t 

La gale une fois reconnue, si le malade peut se traiter sans aucune 
précaution, sans avoir besoin de se cacher, le médecin doit naturelle¬ 
ment donner la préférence aux moyens qui sont tout à la fois et les plus 
prompts et les plus sûrs. Le traitement que j’ai vu à l’hôpital Saint- 
Louis réunir le mieux ces diverses conditions, comparé à beaucoup 
d’autres, c’est le suivant : i“ une tisane appropriée à la constitution 
du malade, amère et légèrement tonique s’il est faible et âgé, rafraî¬ 
chissante, au contraire , s’il est jeune et vigoureux, etc.; i° une fric¬ 
tion matin et soir, sur tous les points occupés par les vésicules, avec 
un paquet ( d’une demi-once) de la pommade sulfuro-alcalinc suivante : 


il Soufre sublimé. 2 parties. 

Sous-carbonate de potasse .... 1 partie. 

Axonge.8 parties. 

Mêlez. 


3° un bain simple tous les deux jours ou tous les jours. La durée 
moyenne de ce traitement est de douze jours. 

Cette pommade est bien préférable à une autre qui a été essayée aussi 
à l’hôpital Saint-Louis, sous le nom de sülfuro-savonneuse , et qui est 
composée ainsi qu’il suit : 





( 354 ) 

if Soufre lave'. ] 

Savon blanc. j aa. ftj. 

Faites dissoudre le savon râpe' dans l’eau, en triturant; passez à travers 
un tamis, 'ajoutez le soufre. La dure'e moyenne du traitement paraît 
avoir e'te' de neuf à dis jours; mais ici il faut remarquer que l’action de 
cette pommade a e'te' constamment aidce par les bains Sulfureux. 

Enfin j’ai vu plusieurs fois, dans les salles de M. Biett, la gale dis¬ 
paraître promptement sous l’influence de la pommade suivante, dite de 
Crolius. 


if Acide sulfurique. 200 grammes. 

Axonge.• . 5 o grammes. 

Mêlez. 

Quelquefois les malades ne veulent point s’astreindre à des frictions 
sur toute la surface du corps ; ces frictions d’ailleurs peuvent devenir 
irritantes chez certaines personnes, chez les femmes, les jeunes filles. 
On peut avoir recours à la Poudre de Pyhorel. 

C’est du sulfure de chaux broyé , que l’on divise en paquets de 
demi-gros. Matin et soir, on emploie un paquet, avec lequel on fait 
faire des frictions dans les paumes des mains seulement, en \e âê- 
layant avec une très-petite quantité d’huile d’olive. La durée moyenne 
de ce traitement, qui ne convient guère d’ailleurs que dans les cas dé 
gale récente et peu étendue, est de quinze à vingt jours. 

Souvent les malades se refusent à toute espèce de frictions : on peut 
dans ce cas avoir recours au Uniment de Jadelol ( qui cependant con¬ 
vient spécialement aux enfans ), ou mieux aux lotions de M. Du- 


puytren. 

if Sulfure de potasse.§iv. 

Acide sulfurique.3O. 

Eau.ibjû. 


Les malades doivent laver deux fois par jour avec cette dissolution 
les parties qui sont couvertes de vésicules, en ayant soin toutefois de 
ne se servir dans le commencement qu’en très-petite quantité de cette 
lotion, qui ne peut être supportée d’ailleurs par les personnes trop irri¬ 
tables , dont la peau est fine et très-délicate. 

Enfin le médecin est souvent obligé de s’abstenir de tonte espèce 
de préparation sulfureuse. Pour y suppléer, on peut choisir entre 
une foule de pommades qui ont été proposées et préconisées ; la plus 
célèbre de toutes et aussi la plus nuisible, c’est sans contredit l’on- 










( 355 ) 

guent mercuriel; d’abord il est au moius d’un usage aussi mal¬ 
propre qu’une pommade sulfureuse quelle qu’elle soit, et d’un autre côte' 
il peut déterminer d’assez graves inconvéniens pour qu’on ne doive ja¬ 
mais y avoir recours dans le traitement de la gale, même chez les pau¬ 
vres. Cependant, dans les campagnes et souvent encore à Paris, c’est lui 
qui partage, avee la quintessence anli-psorique , tout l’honneur du 
traitement de cette maladie, et aussi tous les inconvéniens attachés à des 
préparations mercurielles, appliquées dans une très-grande étendue, 
à des intervalles très-rapprochés, sur une peau déjà irritée. Aussi le 
moindre désavantage qui puisse résulter de l’emploi de ces moyens, 
c’est de compliquer la maladie première de plusieurs symptômes acci¬ 
dentels , souvent très-douloureux j difficiles à guérir, et qui, par une 
fatalité bien singulière, viennent encore par leur présence encourager à 
insister sur l’emploi des moyens qui en ont été la cause; car alors on 
ne manque pas de dire, avec un air de satisfaction et de triomphe : 
Voyez, c'est la gale qui sort!... Mais souvent ces préparations dé¬ 
terminent des engorgemens des glandes salivaires, des salivations, 
quelquefois même des glossitcs, etc. 

Elles doivent ôtre bannies à jamais du traitement de la gale. D’ail¬ 
leurs elles peuvent être remplacées avec avantage par une foule de 
moyens, parmi lesquels je me contenterai de citer la pommade d’ellê- 
bore dont M. Biett a obtenu de très-bons résultats. 


if Poudre de racine d’ellébore blanc. . . 3j. 

Axonge.§j. 

Huile essentielle de citron.gouttes xx. 

Mêlez. 


D’après un très-grand nombre de cas observés et recueillis à l’hôpi¬ 
tal Saint-Louis, à l’aide de cette pommade, qui n’a jamais donné lieu 
à aucun accident, la durée moyenne du traitemeut est de treize jours et 
demi. 

Quelle que soit la pommade ou la lotion à laquelle on ait recours, le 
traitement sera singulièrement activé si, au lieu de bains simples, on fait 
prendre au malade des fumigations sulfureuses, ou bien encore des bains 
sulfureux. Il est même des circonstances où les malades ne veulent ou 
ne peuvent faire ni frictions ni lotions : on peut les traiter par les bains 
seulement. A l’aide des bains sulfureux , la durée moyenne du trai¬ 
tement, qui n’entraîne jamais le moindre inconvénient, est de vingt- 
cinq jours. Il n’en est pas de même des fumigations, dont on a trop, 
vanté les merveilleux effets; elles sont quelquefois utiles, il est vrai, mais 
seulement comme auxiliaires, etsurtout chez les vieillards; mais seules, 
elles constituent un traitement dont la moyenne est de trente-trois jours, 





( 356 ) 

à une fumigation par jour. Or, un pareil traitement est très-pénible, 
et souvent ne peut pas être supporte'. 

Il est inutile d’avertir que ces données générales doivent être modi¬ 
fiées de mille manières, suivant les circonstances et les individus. Ainsi 
on ne débutera pas par des frictions, des lotions irritantes , cliez un ma¬ 
lade jeune, fort, vigoureux, atteint d’une éruption très-étendue, et 
dont la peau est vivement irritée. Il devra être préparé pendant quel¬ 
ques jours, par des boissons délayantes, des bains simples ou e'mol- 
liens au besoin, et même par des applications de la même nature. On 
a vanté dans ces derniers temps les frictions huileuses comme pouvant 
suffire pour amener une guérison solide. C’est surtout dans ces cas 
qu’elles peuvent être tentées, et principalement chez les femmes , chez 
toutes les personnes irritables, à peau fine et délicate. 

C’est dans les circonstances analogues que l’on est obligé de s’abstenir 
pendant tout le traitement des bains sulfureux ou alcalins , qui, au con¬ 
traire, peuvent devenir très-utiles dans certaines gales invétérées, qui 
résistent avec opiniâtreté, surtout chez les individus à peau sèche, 
dure , chez les vieillards, etc. C’est principalement alors qu’on peut 
espérer de bons résultats de l’emploi des fumigations sulfureuses. 
D’ailleurs on peut augmenter ou diminuer la force des bains sulfu¬ 
reux ou alcalins, suivant l’état de l’éruption , suivant l’inflammation 
de la peau, en variant la quantité de sulfure de potasse ou de sous- 
carbonate de potasse, depuis quatre jusqu’à huit onces, et en y ajou¬ 
tant au besoin une décoction émolliente. 

Enfin, chez les enfans, il suffit le plus ordinairement de quelques 
lotions d’eau de savon aidées de bains sulfureux légers, et, au besoin, 
du Uniment de Jadclot. 

Je ne terminerai point sans dire un mot de cette nécessité que l’on 
a crue long-temps, et que quelques personnes croient encore indispen¬ 
sable , de saigner et de purger pour guérir radicalement la gale. 
Oui, on guérit très-bien la gale sans saigner, ni purger; mais , oui 
aussi, il est souvent très-utile de débuter dans le traitement par une 
émission sanguine , surtout chez les individus forts et robustes. Cette 
médication, en même temps qu’elle calme singulièrement l’irritation de 
la peau , prévient aussi une foule de complications qui peuvent être le 
résultat des moyens de traitement, et permet d’agir d’une manière plus 
profnpte et plus sûre. Quant au besoin que les malades auraient d’être 
purgé, il est moins général, et bien que quelquefois il faille adminis¬ 
trer quelques purgatifs, surtout après un séjour plus ou moins long 
dans les hôpitaux , cette manière de faire est applicable à une foule de 
cas, et n’a rien de spécial pour la gale. Alp. Gaze inave. 



( 35 7 ) 

THÉRAPEUTIQUE ÉTRANGÈRE. 


ALLEMAGNE. 

DU TRAITEMENT DE LA GONORRHÉE. 

Un habile praticien, M. le docteur Eisenmann, d’Erlangen, a publié, 
en i 83 o, le premier volume d’un ouvragé sur la gonorrhée considé¬ 
rée dans toutes ses formes et toutes ses suites (i); nous allons en ex¬ 
traire ce qui est relatif au traitement de cette maladie. 

Avant d’entrer dans les détails thérapeuthiques, nous dirons seulement 
que M. Eisenmann a observé que la matière de l’écoulement gonor- 
rhoïque a toujours une réaction alcaline , c’est-à-dire qu’elle brunit le 
papier de curcuma et verdit le papier de tournesol, tandis que le pus 
des chancres et ulcères vénériens a constamment une réaction acide. 
Cet auteur prétend en outre que la gonorrhée n’est jamais une maladie 
générale, tandis que la syphilis proprement dite a un tout autre carac¬ 
tère et devient toujours constitutionnelle ; on conçoit que si ce caractère 
de l’alcalinité de la matière gonorrhoïque était bien constant, et que le 
caractère acide du pus des chancres le fût également, ce serait un 
moyen de diagnostic aussi commode qu’utile pour reconnaître les cas 
dans lesquels un traitement mercuriel est indispensable , de ceux dans 
lesquels les moyens propres à arrêter l’écoulement sont seuls nécessaires. 
Voici, du reste, quels sont les moyens de traitement qu’emploie 
M. Eisenmann : 

Traitement prophylactique. Il conseille avec raison les lotions et 
les injections avec l’eau chlorée tiède j il les regarde comme le moyen 
le plus propre à prévenir l’infection à la suite d’un coït impur. 

Traitement curatif. On sait que M. le professeur Delpech prescrit 
le poivre cubèbe à toutes les périodes de la maladie ; M. Eisenmann 
s’élève contre cette méthode, et je pense, comme lui, que pendant la 
période inflammatoire il peut y avoir des inconvéniens à faire usage de 
ce médicament. Il combat également l’usage des purgatifs drastiques 
que Louvricr avait recommandés. Voici quel est le mode de traite¬ 
ment dont il a retiré les meilleurs effets et qu’il adopte : 

i° Il prescrit à l’intérieur des injections suffisamment étendues d’eau 
cblorc'e j il donne à l’intérieur l’acide hydro-chlorique étendu, à la 


(1) Der trippen in allen seinen formed und in allen seinen Jolgen , 1er vol. 
in-8", Erlangen, 1830. 



( 358 ) 

dose d’un demi-gros par jour, dans une décoction mucilagincuse ; ce 
dernier moyen a pour résultat d’abre'ger la duree de la maladie et d’en 
diminuer la violence. Lorsque la gonorrhée cause de vives douleurs 
et est accompagnée d’éréthisme, M. Eisenmann fait faire alternative¬ 
ment des injections avec l’eau chlorée et avec l’eau de laurier-cerise 
dans laquelle on ajoute une décoction de guimauve (3 gouttes). 

Mais si la gonorrhee est très-douloureuse, que l’inflammation soit 
très-vive, il faut faire des applications de sangsues à l’anus et au pé¬ 
rinée ; l’auteur proscrit, quelle que soit la violence du mal, toute 
application froide. Dans la troisième période de la maladie , il admi¬ 
nistre le sel ammoniac à la dose d’un gros dans une de'coction e'mol- 
liente, en y ajoutant une certaine quantité d’opium ou d’une autre sub¬ 
stance narcotique ; il n’allie pas constamment les médicamens narcoti¬ 
ques au sel ammoniac. Il fait prendre une cueillerée à bouche toutes 
les heures de la décoction émolliente qui contient ce sel. Lorsque la 
maladie est à son déclin, M. Eisenmann administre le baume de co- 
pahu, combiné de la manière suivante : 


if Baume de copahu. % 6 

Huile de menthe poivrée.gouttes iv. 

Huile de gérofle.gouttes j. 

Teinture d’opium simple. 3 ij. 

M. S. L. 


On donne 3o gouttes de ce mélange sur du sucre pendant la journée. 

Cette préparation a l’avantage d’empêcher les dérangemens de la di¬ 
gestion et de prévenir la diarrhée. 

Lorsque le malade est peu irritable, d’une complexion plus molle, 
ce que l’auteur croit pouvoir reconnaître à la fluidité plus grande de la 
matière de l’écoulement, il prescrit la préparation suivante : 


if Hydro-chlorate de fer ammoniacal.gr. v. 

Poudre de gomme ammoniaque.gr. iij. 

Poudre de racine de sénéga.gr* v. 

Poudre de réglisse. 3 j. 

Mêlez, faites douze paquets égaux. 


On prendra toutes les trois ou quatre heures un de ccs paquets dans 
du pain à chanter. 

M. Eisenmann regarde les bubons qui accompagnent la gonorrhée 
comme peu importans; rarement ils suppurent, ils cèdent aux c'mol- 
liens et aux sangsues; lorsqu’ils suppurent, le pus, selon cet auteur , 









( 35 9 ) 

a toujours un réaction alcaline. Tels sont les traits principaux qui ca¬ 
ractérisent la méthode que M. Eisenmann regarde comme prc'fc'rablc 
pour le traitement de la gonorrhée. La formule qu’il a donnée pour 
l’administration du copahu nous fournit l’occasion d’en consigner ici 
une autre, qui est egalement en usage en Allemagne, et à laquelle nous 
avons eu plusieurs fois recours, lorsque nous n’avions pu parvenir à 
arrêter l’écoulement devenu chronique, par la potion de Chopart ou 
par le copahu uni à la magnésie. Yoici cette formule : 


if Beaume de copahu.une once. 

Esprit de nitre duloifié.six gros. 

Teinture d’opium.un gros (i). 

Teintnre de lavande composée.un gros. 


La dose d’esprit de nitre dulcifié est énorme dans cette espèce de 
teinture de copahu : aussi n’est-ce qu’avec précaution qu’il faut faire 
usage de cette préparation ; je l’indique, ici seulement comme un dernier 
moyen que l’on pourrait tenter pour arrêter un écoulement rebelle ; 
mais il faut que l’estomac soit en bon état. On l’administrera à la dose 
d’une cuillerée à café deux ou trois fois par jour dans un verre d’eau 
sucrée. 

Lorsqu’on administre le baume de copahu , le goût détestable de ce 
médicament et les rapports qui suivent son introduction dans l’estomac 
fatiguent et dégoûtent beaucoup les malades; la potion de Chopart ne 
peut pas souvent être supportée par eux : on a ordinairement recours 
alors aux bols faits avec le baume de copahu et la magnésie calcinée, 
à raison d’un gros de magnésie par once de baume. Quelquefois cette 
dernière combinaison , bien préférable à la potion , mais qu’il faut 
prendre à doses assez fortes, fatigue encore beaucoup les malades. 11 
m’a semblé qu’en associant le poivre cubèbe au baume de copahu , à 
l’opium et à la magnésie, les malades supportaient mieux ce mélange. 
Yoici la formule que je prescris ordinairement : 


Baume de copahu.une once. 

Magnésie calcinée. i gros. 

Opium..4 grains. 

Poivre cubèbe.. . 3 gros, 

' Sirop diacode.Q. S. 


Faites des bols d’un demi-gros chacun. On en prend deux le matin, 

(4 ) Le gros de la teinture d’opium de la Pharmacopée de Prusse contient 
40 gt. d’opium; la teintnre d’opinm de la Pharmacopée française ne contient 
que 4 gr. d’opium par 45 gouttes. 












( 36o ) 

et deux le soir en se couchant. On peut élever la dose jusqu’à cinq bols 
à chacune de ces époques de la journée. 

Dans certains cas, il est utile de donner le baume de copahu en lave¬ 
ment ; il est bon dans ce cas de remplacer, dans la potion de Chopart, 
le sirop de guimauve par du sirop diacode. On prescrit alors de mettre 
deux ou trois cuillerées de cette potion dans un demi-lavement ou un 
quart de lavement, fait avec de l’eau d’amidon. On prend matin et soir 
un de ces demi-lavemens ; mais il faut avoir eu soin, avant de prendre 
les demi-lavemens, de vider le rectum avec un lavement ordinaire de 
décoction de graine de lin ou de racine de guimauve. 

On arrête souvent ainsi des écoulcmens qui ont résisté à tous les au¬ 
tres moyens conseillés en pareil cas. 

ITALIE. 

PHOSPHATE ACIDE DE QUININE. 

Le professeur Harless, de Bonn, avait observé que le posphaté de 
quinine, légèrement acide, était un médicament beaucoup moins irri¬ 
tant que le sulfate de quinine, ou que cet alcaloïde à l’état libre. Le 
phosphate , disait-il, était mieux supporté par les estomacs irritables , 
par les personnes nerveuses, ou bien par celles qui sont sujettes, soit à 
des congestions sanguines , soit à des inflammations. M. Harless ajou¬ 
tait enfin que le phosphate ne produit pas ce malaise qui suit souvent 
l’ingestion du sulfate ; qu’il n’y a point autant d’accélération des mou- 
vcmens du cœur et nulle irritation des bronches ou des poumons, 
comme on l’observe souvent lorsqu’on fait prendre la quinine combinée 
à l’acide sulfurique. 

Le phosphate de quinine étant peu soluble, c’est sous la forme de 
pilules ou en poudre qu’on l’administre ordinairement; la dose est de 
un à quatre grains. 

Le docteur Const. Papa Spiridion Zaviziano di Arta, médecin grec, 
que M. Magliari, rédacteur de YOsservatore Medico, nous signale 
comme un des soutiens les plus distingués de l’université de Naples , a 
fait avec succès l’essai du phosphate de quinine, non-seulement contre 
des fièvres intermittentes ordinaires, mais encore contre deux cas de 
fièvre pernicieuse ; il partage l’opinion du docteur Harless sur les avan¬ 
tages que présente le phosphate de quinine. Voici les trois observations 
qu’il a rapportées : 

Obs. I. Au mois d’août, dit M. Sp. Zaviziano, je fus appelé au¬ 
près d’un enfant de huit ans, atteint depuis le printemps d’une fièvre 
périodique intermittente, qui présentait le type d’une fièvre tierce 



( 36i ) 

double. J'appris des parens que l’usage de la quinine et du sulfate de 
quinine, administrés à larges doses, et continués pendant long-temps, 
n’avaient produit aucun effet. Je fis prendre au jeune malade, avant 
l’accès, un grain et demi de phosphate de quinine, divisé en trois par¬ 
ties, d’un demi-grain chacune) «t, à mon grand étonnement, l’accès 
n’eut pas lieu, et la guérison fut prompte et sûre. 

Obs. II. Dans le courant de l’été dernier, je fus appelé au début de 
la maladie chez une dame âgée de cinquante-six ans, atteinte d’une fièvre 
pernicieuse avec vomissemens. Sans perdre de temps, je lui administrai 
quatre prises de phosphate de quinine, d’un grain chacune; il n’y eut 
pas d’autre accès après que la malade eut pris ce médicament, et elle 
ne tarda pas à se rétablir entièrement. 

Obs. III. Il y a quelque temps, dit le même médecin, je fus voir 
une dame d’environ cinquante ans, attaquée d’une fièvre pernicieuse 
asthmatique. Encouragé par les succès précédens, je lui fis prendre 
quatre doses de phosphate acide de quinine , d’un grain chacune, et 
j’obtins de même le plus heureux succès. (Observatore medico.) 

PÉDILUVES MERCURIELS. 

Le docteur Fortunato Tambonea retiré de nombreux succès despé- 
diluves mercuriels, que MM. Delmas, Verducci, Nataryanni et d’au¬ 
tres encore avaient employés déjà avec avantage. 

Sur douze observations recueillies par ce médecin, il signale deux 
cas remarquai)les : au bout de vingt-neuf pédiluves, le premier malade 
qui avait des exostoses, des tumeurs de mauvaise nature, des ulcéra¬ 
tions des glandes du cou, avec un dépérissement général, futprisd’une 
salivation assez légère, qui força cependant d’interrompre le traite- 
tement ; mais dix autres bains suffirent pour consolider la guérison. 

Le deuxième malade était dans un état déplorable ; atrophié du bras 
et de la jambe gauches avec ankylosé de l’articulation du coude, et tu¬ 
méfaction considérable du genou, ulcération de toutes les glandes du 
cou , perte de la luette, ulcération du voile du palais, aphonie, dou¬ 
leurs ostéoscopes intolérables, dépérissement général, et fièvre hectique 
le soir; tels étaient les graves symptômes qui caractérisaient l’état de ce 
malade; il avait en outre subi divers traitemens à l’hôpital des Incura¬ 
bles de Naples, et à celui de Solmona. Au bout de quinze pédiluves, il 
y avait déjà une amélioration remarquable. Après le quarante-neuvième 
bain de pieds, qui fut le dernier, les tumeurs avaient disparu, les 
douleurs avaient cessé, les ulcères étaient cicatrisés, et les membres 
atrophiés semblaient avoir repris un’peu de vie et d’accroissement, en¬ 
fin le malade était guéri. 



C 36a ) 

Les pédiluves mcmiriels peuvent contenir depuis un grain par pinte 
de liquide jusqu’à' huit grains de sublime' pour la même quantité' d’eau; 
du moins c’e'tait la proportion que Beaumé indiquait pour les bains dn- 
tive'ne'riens entiers qu’il recommandait. Mais on peut élever graduelle¬ 
ment ce baume à la dose du sublimé. De Feu mon. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 

— Préparation de l'acide prussique. — Procédé de Clark. — 
Idées de M. Robiquet. — Cyanure de potassium. — M. Clark pense 
que les divers moyens mis en usage jusqu’alors pour se procurer cet 
acide sont trop compliqués pour être employés par les pharmaciens, 
et il propose d’y substituer un procédé qu’il regarde comme beaucoup 
plus simple et exempt d’iconvéniens. Ce procédé consiste à prendre : 

Acide tarlrique. i gros. 

Cyanure de potassium.... 3a grains. 

Eau distillée. .. 1 once. 

L’acide étant dissous dans l’eau, et la dissolution introduite dans un 
flacon bouché, M. Clark ajoute le cyanure de potassium, il bouche le 
flacon , agite le tout, plonge le flacon dans de l’eau froide ,pour obvier 
au dégagement de chaleur, puis il laisse en repos pendant douze heu¬ 
res, afin que la crème de tartre qui se produit puisse se précipiter: ce¬ 
la étant fait, on décante le liquide surnageant, et on le conserve dans 
l’obscurité. 

Selon M. Clark, il résulte de cette réaction,’ 

Crème de tartre. i gros 19 grains. (On en doit re¬ 

trancher cinq qui restent en so¬ 
lution dans le véhicule. ) 

Acide hydro-cyaniquc. . i3 grains. 

et qui, étant étendu dans une once d’eau, le met au même degré de 
concentration que l’acide prussique médicinal préparé par le procédé 
de Vauquelin. 

M. Bobiquet ne voit aucun avantage à adopter cette méthode. Le 
premier mérite d’un médicament, surtout lorsqu’il s’agit d’un remède 
aussi énergique, est d’être d’une composition bien constante, et il est 
fort douteux que, par son procédé, M. Clark obtienne un acide toujours 
identique et toujours comparable à celui qu’on obtient par les autres 






( 363 ) 

procédés. M. Clark n’ajoute au cyanure de potassium que la quantité 
précise d’acide tartrique nécessaire pour transformer toute la potasse 
en bi-tartrate de potasse ; mais qui ne sait que ces décompositions faites 
à froid ne sont jamais complètes, et que, tors un très-petit nombre 
d’exceptions, elles ne s’achèvent que sous l’influence d’un excès du 
corps précipitant, lorsque le précipité n’est pas tout-à-fait insoluble? Il 
est donc plus que probable qu’une portion de cyanure de> potassium de¬ 
meure intacte dans la liqueur, et que par contre il y reste aussi de l'a¬ 
cide tartrique, outre le peu de crème de tartre que la liqueur est sus¬ 
ceptible de retenir. Ainsi, voilà trois corps qui viendront s’ajouter à 
l’acide prussique, et en altéreront nécessairement les qualités. Ce n’est 
pas tout, car nous n’avons point fait mention de la cause la plus grave 
d’altération ; je veux parler de la pureté du cyanure de potassium. Il 
n’est aucun doute que, préparé par la méthode que prescrit M. Clark, 
ce produit ne soit très-variable. En effet, l’auteur, après avoir décom¬ 
posé par la chaleur le ferro-cyanure de potasse , reprend le résidu par 
l’eau, dissout, fait évaporer et cristalliser, sèche à une douce chaleur, 
et conserve son cyanure dans des flacons bouchés. Mais qui ne connaît 
la prompte altérabilité du cyanure de potassium mis en contact avec 
L’eau , et sa conversion partielle en sous-carbonate ? Ainsi le cyanure de 
M. Clark sera donc plus ou moins mélangé de sous-carbonate, et dès- 
lors on ne pourra plus compter sur le dosage. 

Depuis qu’on connaît la transformation, à l’aide de la chaleur,, de 
l’hydro-fcrro-cyanate de potasse en cyanure de potassium , M. Robi- 
quet se sert de ce dernier produit pour la préparation de l’acide prus¬ 
sique; mais pour être certain de la pureté et du degré de concentration 
de l’acide prussique, il ne cherche point à séparer par avance le cya¬ 
nure de potassium du fer et du charbon qui lui sont mélangés. 11 le 
conserve tel que le produit la chaleur, et il n’en opère la solution dans 
l’eau qu’au moment même de l’employer. Il filtre la dissolution con¬ 
centrée , la verse dans une petite cornue, ajoute la quantité d’acide 
sulfurique nécessaire, et il chauffe très-légèrement en prenant la pré¬ 
caution de faire passer la vapeur prussique sur du chlorure de calcium. 
Il obtient donc , comme par la méthode de Gay-Lussac, cet acide 
anhydre, et il l’étend ensuite de trois ou cinq parties d’eau, selon qu’il 
veut l’avoir au quart ou au sixième. Il est ainsi tout-à-fait indépendant 
de l’altération que pourrait éprouver le cyanure de potassium. M. Ro- 
biquet a été le premier à mettre le cyanure de potassium en usage ; il 
le livrait toujours à l’état qu’on appelle charbonneux, c’est-à-dire tel 
qtt’il sort des cornues, parce que c’est le seul moyen de le conserver 
pur, et c’est ainsi qu’il a conseillé de l’employer pour la préparation 



( 364 ) 

de l’acide prussique; mais on a voulu l’avoir blanc pour s’éviter la- 
peine de le filtrer ; pour l’obtenir dans ce degré de pureté, il poussait 
jusque là la fusion complète, et en maintenant cette fusion pendant un- 
certain temps, une portion de cyanure de potassiinn surnage le fer et le 
charbon qui occupent le fond de la cornue. Après refroidissement, iï 
détachait cette couche avec soin ; mais ce cyanure, le seul qui soit 
vraiment pur, et le.seul qu’on devrait employer en médecine , lors- 
qu’on veut le substituer à Vacide prussique , ce cyanure était néces¬ 
sairement d’un prix assez élevé, et on n’a point tardé à en trouver, dans 
le commerce, de blanc et à bon marché.Pour satisfaire à ces deux con¬ 
ditions, et cependant éprouver le moins d’altération possible, M. Robi- 
quet fait dissoudre le cyanure charbonneux dans une très-petite quantité 
d’eau; il se produit un grand abaissement de température. Il filtre, il 
fait évaporer immédiatement et promptement dans une capsule de pla¬ 
tine; et lorsque le tout est réduit à siccité, il pousse à la fusion. 

M. Tilloy a prétendu qu’il suffisait de dissoudre le cyanure de po¬ 
tassium dans l’eau pour qu’il subisse une complète décomposition, c’est 
une erreur; la réaction est assez lente, et elle s’arrête à un certain de¬ 
gré. M. Robiquct a conservé des dissolutions même très-étendues pen¬ 
dant plusieurs mois, et il s’en fallait de beaucoup que tout le cyanure- 
de potassium fût décomposé. 


CHOLÉRA-MORBUS. 


NOTE SUE LE TRAITEMENT DU CHOLÉRA PAIt l’hüILE DE CAJEPUT. 

Dans une note que j’ai remise à l’Académie, au mois d’août dernier, 
je lui faisais connaître que, d’après les lettres reçues du Bengale, un 
praticien très-répandu avait employé fréquemment l’huile de cajrput 
dans le traitement du choléra. Le succès de l’huile du melaleuca ea- 
juputi avait été presque conslant, toutes les fois qu’elle avait été admi¬ 
nistrée de bonne heure dans les prodromes de la maladie, et surtout à la 
période de concentration des forces, celle du froid. Je faisais remarquer 
en même temps que ce médicament était très-usité dans l’Inde, à l’in¬ 
térieur, en potions dans les affections hépatiques et dans les coliques- 
intestinales, et à l’extérieur, dans les douleurs névralgiques. 

Cette communication donna lieu à une discussion très-vive où quel¬ 
ques membres, justement indignés du trafic honteux que quelques char¬ 
latans cherchaient à faire aux dépens delà crédulité publique, envelop¬ 
pèrent dans la même proscription et l’abus scandaleux que voulait faire 



( 365 ) 

le charlatanisme, et l’emploi raisonne' que nous avions recommandé 
dans l’espoir d’assurer une nouvelle conquête , à la thérapeutique. 

L’huile de cajeput fut présentée comme un poison, et surtout comme un 
poison qui devait être absolument rejeté du traitement du choléra, comme 
si tous les mc'dicamens énergiques administrés sans prudence et sans con¬ 
naissances médicales, ne pouvaient devenir des poisons dans les mains 
des gens du monde ; tandis que le praticien instruit sait rendre inno¬ 
cent et faire profiter à la thérapeutique les poisons les plus énergiques. 
II fallait donc attendre les résultats de l’expérience; et dès lors j’an¬ 
nonçais que des essais étaient commencés sur ce moyen thérapeutique, 
dans les lieux où régnait le choléra. Je reçus à la fin de septembre de 
M. Sanson, qui était parti, sous les auspices du ministère , pour exé¬ 
cuter ces expériences sous les yeux des médecins du pays, huit obser¬ 
vations de malades traités par l’huile de cajeput, dans le grand hôpital 
des cholériques de Berlin; MM. Merat, Lodibert, Baruel, Hernandez- 
Bouriat, avaient bien voulu me fournir les échantillons nécessaires et 
dont l’authencitc' n’était pas douteuse. 

l)e nouvelles observations me sont encore parvenues; elles ont été 
faites par M. Strebel, médecin chargé d’un traitement de cholériques à 
Aroalienthrof, et par M. Bremer, envoyé à Danlzick. Je veux seulement 
aujourd’hui faire connaître les résultats sommaires des phénomènes ob¬ 
servés durant l’administration de l’huile de cajeput ; les observations 
avec tous leurs détails seront plus tard publiées. On ne peut tirer au¬ 
cune induction des deux premiers malades sur lesquels on administra le 
cajeput ; les difficultés sans nombre qui furent suscitées par des préven¬ 
tions défavorables firent qu’on choisit d’abord des malades totalement 
abandonnés : ils moururent sans qu’on pût observer l’action du médi¬ 
cament. 

Sur les six autres malades observés au grand hôpital de Berlin, et 
tous jugés atteints de la maladie au plus haut degré, ainsi que le fait 
voir d’ailleurs le détail de ces observations, quatre guérirent : les deux 
qui ont succombé ont présenté dans le cours de la maladie les symptômes 
du typhus, qui dans cette épidémie a si souvent compliqué le choléra 
et accru la mortalité. Des vingt-huit faits observés par M. Strebel, et 
dont neuf sont rapportés en détail, deux malades seulement sont morts, 
et vingt-six ont été guéris. Dans le même temps il perdit onze malades 
sur vingt-cinq qu’il traita par les autres méthodes. M. Bremer a aussi 
obtenu de nombreux succès de l’emploi de ce moyen. 

L’effet immédiat de l’huile de cajeput, donnée à la dose de douze, 
quinze, vingt-cinq gouttes, et quarante gouttes dans une tasse d’infusion 
thc'iforme, a été en général d’occasioner un sentiment de chaleur dans 



( 366 ) 

l’estomac, sensation portée une fois jusqu’à la sensation de brûlure; cire 
n’a pas été plus marquée dans deux cas où elle a c'te' donnée, quoiqu’il 
y eût déjà douleur épigastrique, et gastrite manifeste. Mais quand elle 
n’existait pas antérieurement, elle n’a pas produit de douleur épigas¬ 
trique aiguë. À cette première impression a succédé une chaleur géné¬ 
rale, et dans les cas les plus graves une vive agitation ; la potion a été 
quelquefois vomie, mais le plus souvent les vomissemens et les selles 
ont cessé. 

M. Strebel faisait ordinairement précéder le cajeputpar un émétique. 
M. Bremer l’unissait dans une potion à l’huile de succin. 

Ordinairement succédait à la première prise un sentiment de bien- 
être; la tête était plus légère, la figure moins tirée , le pouls se rele¬ 
vait, la peau devenait moins violette, moins froide, la cyanose dispa¬ 
raissait successivement, ainsi que les sueurs froides; la diaphorèse 
s’établissait, les vomissemens et les selles diminuaient, ainsi que les 
crampes. Les phénomènes maladifs venant à se reproduire, on revenait au 
médicament, et on faisait boire des infusions chaudes de camomille et de 
mélisse. Par suite des préventions conçues contre la méthode de traiter 
le choléra par les stimulans diffusibles, et en particulier contre le caje- 
put, les premières observations ont été faites d’une manière timide ; 
on a cessé promptement le médicament; ou bien on l’a associé à du 
calomelas; mais les faits observés ensuite par MM. Strebel et Bremer 
sont plus francs ; le cajeput a été douné à chaque retour de symptômes, 
et à la dose de quarante gouttes, quelquefois combiné avec l’huile de 

Dans deux des six premières observations, une gastrite évidente est 
survenue quelques jours après l’administration du cajeput; elle a été 
combattue, et a facilement cédé à l’application de sangsues à l’épigastre 
etaux boissons délayantes. Dans un autre cas une pneumonie du poumon 
avait nécessité la saignée, qui a procuré un prompt soulagement. Doit- 
on accuser de ces accidens l’huile de cajeput ? Nous ne pouvons pro¬ 
noncer; mais nous dirons que, dans les nombreux faits observés par 
MM. Strebel et Bremer, ces accidens ne se sont pas produits, tandis 
qu’on les a observés, souvent même lorsqu’on n’avait pas donné le caje¬ 
put. D’ailleurs n’y aurait-il pas un immense avantage à substituer une 
gastrite facile à guérir aux accidens si promptement mortels du choléra? 

Des faits recueillis jusqu’ici, et de l’opinion particulière des méde¬ 
cins qui ont fait les essais dont nous venons de parler, on peut tirer les 
conséquences suivantes : 

i° Le cajeput peut être administré avec sécurité et hardiesse, mais 
dans les conditions voulues, dans la période de concentration, de froid , 



( 3 6 1 ) 

de collapsus; et alors ce me'dicament a de'termine' une prompte réaction 
qui a été favorable. 

2 ° L’effet de cette réaction a etc le plus ordinairement de rappeler 
l’exercice des fonctions anéanties $ la circulation s’est ranimée , les 
sueurs froides ont fait place à la chaleur de la peau, à la diaphorèse ; 
les sccre'tions urinaires se sont rétablies, les vomissemens et les selles 
ont disparu, enfin les crampes et l’altération profonde des traits et 
l’embarras de la tête ont peu à peu cessé. 

3° Ces faits observés constamment peu après que les malades avaient 
pris l’huile de cajeput autorisent à ranger ce médicament parmi les 
stimulans diffusibles et les diaphoniques. 

4° Il semble qu’on ait guéri par ce moyen plus sûrement et plus 
promptement que par aucune autre méthode. 

5° Les accidcns inflammatoires ne sont point à craindre ici spéciale¬ 
ment , et on les combattrait aisément par les saignées. 

Enfin cette médication et Je moyen proposé pour la produire méri¬ 
tent d’clre étudiés sans prévention ; nul doute qu’entre les mains de pra¬ 
ticiens qui sauront en apprécier les effets et les diriger, elle sera d’une 
grande utilité, surtout si on la combine avec les autres ressources que 
peut fournir une expérience raisonnée. 

Quant aux résultats des autopsies cadavériques, elles démontrent que 
quand la maladie a duré un certain temps, et que la réaction est sur¬ 
venue, il y a une immense injection des capillaires des intestins , pous¬ 
sée jusqu’à leurs dernières ramifications : on voit aussi un grand dé¬ 
veloppement des follicules et des glandes de Peyer qui sont tuméfiées, 
saillantes, d’une demi-ligne à une ligne de diamètre, grisâtres, et dont 
l’orifice large est béant et marqué par un point noir. Toutes ces circon¬ 
stances peuvent sans doute établir qu’à une certaine époque le choléra 
consiste essentiellement dans une phlegmasie de l’estomac et des intes¬ 
tins , tandis que des ouvertures nombreuses de cholériques qui ont 
succombé dans les premières atteintes, ont montré qu’il n’y avait alors 
aucune altération appréciable du tube intestinal. Or, c’est avant le 
développement de cette phlegmasie que le cajeput doit être administré 
pour rompre la première perturbation vitale , celle qui se manifeste par 
une concentration ou par un colapsus, souvent mortel immédiatement. 
Le cajeput, le succin, le Colombo, les potions camphrées, le sulfate de 
quinine, lesuccinate d’ammoniaque ont tous été donnés dans le but de 
détruire cette perturbation et de prévenir la réaction funeste qui doit en 
être la suite, en provoquant une réaction prématurée plus modérée , 
physiologique, pour ainsi dire, et que l’art pourrait diriger : c’est donc 
parmi les stimulans diffusibles qu’il faudrait ranger cette action qui, 



( 368 ) 

d’après des expériences modernes, ne s’exercerait pas moins sur les 
fluides et sur le sang en particulier que sur les solides, modifiant ainsi 
d’une manière generale les diverses fonctions de l'économie. 

Chantourelle. 

— Statistique de la mortalité' du choléra-morbus. — La morta¬ 
lité du choléra-morbus est bien moins effrayante qu’on ne se l’imagine 
communément. Nous avons déjà fait connaître combien le nombre des 
personnes atteintes des ravages de cette maladie diminuait à mesure 
qu’elle s’approchait de nous; le tableau suivant indiquera le chiffre 
exact de la proportion des morts qui ont eu lieu dans les villes dési¬ 
gnées depuis l’invasion du choléra jusqu’au soixante-huitième jour de 

On a compte à Lembcrg.. sur i ,000 hab. 5 "] morts. 

Mittau. Id. . . 37 

Riga. Id. . . 32 

Posen. Id. . . 19 

Dantzig. Id. . . 14 

Kœnisberg. Id. . . 14 

Pétersbourg. . . Id. . . i3 

Ubing. Id. ..11 

Stettin. Id. . . S 

Berlin. Id. . . 5 

Vienne.. . Jusqu’au48 e jour. Id. . . 3 

Breslau.. . Jusqu’au 36'joui. Id. . . 6 

Magdeboui g. Jusqu’au u8 c jour. Id. . . 6 

Hambourg. Jusqu’au 28 e jour. Id. . . 3 

VARIÉTÉS. 

— Emploi de la calamine pour prévenir les cicatrices dans la 
petite-vérole confluente. — Un jeune homme de vingt-deux ans, 
parvenu an dixième jour d’une variole confluente , était épuisé par des 
ulcérations de six à sept pouces d’étendue, sur les hanches, les fesses 
et le coccix, provenant de ce que les draps du lit adhéraient à la sur¬ 
face suppurante des pustules. M. George eut l’idée de couvrir et de te¬ 
nir constamment couvertes toutes les surfaces dénudées d’une couche 
épaisse de calamine préparée et pulvérisée. Au bout de quatre jours, 
l’épiderme était reformé dans tous les points, et le malade guérit 
promptement. Es examinant plus tard ces parties, on ne put découvrir 
aucune trace de cicatrice, non-seulement des ulcérations, mais même 
des nombreuses pustules qui les environnaient. M. George rapporte, 
dans la Gazette médicale de Londres, plusieurs autres cas semblables 
qui viennent confirmer l’efficacité de la calamine dans ces circonstances. 












( 36g ) 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


C0NS1DÉBATI0NS PBATIQUES SUE l’eMPLOI DU PBOTO-IODUBE DB 
MEBCUBE DANS LE TBAITEMENT DES SYPHILIDES, PAB M. BIETT, 
MÉDECIN DE l’hOPITAL 8AINT-LOUIS. 

De toutes les combinaisons de l’iode, celles qui ont e'te' étudiées avec 
le plus de soin, et sur lesquelles on a acquis les connaissances les plus 
certaines, sont les iodures de mercure. Introduits dans la thérapeutique 
presqu’en même temps que l’iode, ils ont e'te' examinés par plusieurs 
praticiens célèbres, qui ont distingué avec beaucoup de soin les cas 
dans lesquels ils pourraient être employés avec avantage. 

L’époque précise de l’introduction des iodures de mercure dans la 
thérapeutique remonte à 1821. Je crois les avoir employés le premier à 
l’hôpital Saint-Louis, dans la division Saint-Mathieu ; mais la première 
idée appartient évidemment au respectable professeur Odier de Genève. 
Au mois de septembre 1814-. au moment de faire un voyage en Italie, 
je m’arrêtai quelques semaines à Genève, et j’assistai à plusieurs séan¬ 
ces de la Société de médecine de cette ville. Dans l’une de ces séances, 
M. Odier montra à ses confrères un échantillon d’iode combiné au mer¬ 
cure. La découverte de M. Courtois était connue depuis peu en Europe. 
M. Odier prédit le succès de la combinaison iodurc'c qu’il présentait. 
Selon ses prévisions, elle devait être un jour un des me'dicamcns les 
plus énergiques. J’avais conservé le souvenir des paroles de ce prati¬ 
cien si vénérable ; mais distrait par d’autres soins à mon retour à P. ris, 
j’ajournai l’occasion de commencer quelques expériences. Ce ne fut que 
lorsque la belle découverte de M. Coindet fut annoncée dans les jour¬ 
naux scientifiques que les paroles de M. Odier me revinrent à la pen¬ 
sée. J’obtins , peu de jours après , de M. Hemyr, chef de la pharmacie 
centrale, plusieurs échantillons de combinaisons d’iode et de mercure à 
diverses proportions, le deuto-iodure et le proto-iodure. 

Essayées d’abord à des doses légères, ces deux substances produisi¬ 
rent des effets remarquables dans quelques ulcérations syphilitiques. 
Le deuto-iodure dut être employé avec plus de précautions, ses effets 
étant plus énergiques et plus actifs. Le proto-iodure sembla au con¬ 
traire beaucoup plus facile à manier. Les surfaces sur lesquelles le mé¬ 
dicament était appliqué éprouvaient une modification rapide, sans qne 
la sensibilité fût excitée au-delà de certaines limites. Ces me'dicainens 

TOME I. u5 




( 3 7 o ) 

furent employés plusieurs années de suite avec des succès réels. Nous 
ne nous bornâmes pas â en faire usage dans les affections syphilitiques, 
ils furent essayes dans divers genres d’affections du système dermoïde. 
C’est ainsi que le deuto-iodure fut employé' avec des avantages suivis 
dans quelques formes dé psoriasis, particulièrement dans les psoriasis 
diffusa et inveterata, le lupus. Le proto-iodure fut egalement mis en 
usage dans la mèritagre et P acné et dans quelques affections papu¬ 
leuses. Ces expériences étaient connues d’un grand nombre d’élèves; 
elles avaient été suivies même par des praticiens distingués ; avant 
1824, ces expériences avaient été mentionnées dans plusieurs ouvrages 
généralement connus. On doit donc s’étonner que depuis on ait présenté 
à l’Institut des formules dans lesquelles on indique ces préparations 
iodurées comme si elles étaient connues et employées seulement depuis 
1828. Dès 1822, le célèbre Brcra, de Padoue, avait préconisé l’em¬ 
ploi des iodures de mercure, ainsi qu’on peut le voir dans les formules 
nombreuses qui ont été publiées cette même année, et qui ont été tra¬ 
duites en français. 

Depuis 1826 nous avons tenté l’usage de ces préparations iodurées à 
l’intérieur. Le proto-iodure a d’abord été employé avec les précautions 
convenables, aux doses les plus minimes, en observant avec soin les 
effets qu’il produisait sur les organes digestifs. En etudiant peu à peu 
son action, on a pu s’assurer qu’il ne portait qu’une excitation très- 
légère sur la muqueuse du conduit alimentaire; que presque jamais il 
ne déterminait d’irritation , ne donnait lieu à du dévoiement ni à des 
coliques un peu marquées. 

Son action étant ainsi étudiée, il a été facile d’appliquer ce médica¬ 
ment à plusieurs maladies syphilitiques delà peau. C’est sur ces formes 
particulièrement que ce médicament a été surtout dirigé , car les mala¬ 
dies syphilitiques primitives se modifiant souvent sous l’influence du 
régime, des boissons émollientes et des soins de propreté, il eût été dif¬ 
ficile de tirer des conséquences rigoureuses de ses effets dans des cas de 
ce genre. Dans les affections syphilitiques , au contraire, où le système 
dermoïde est profondément altéré , la nature fait peu d’efforts , et le 
régime seul exerce peu d’influence, quoi qu’en aient pu dire des prati¬ 
ciens qui se sont par trop passionnés pour des méthodes nouvelles. 

Le [iroto-iodure a été employé dans des cas de syphilides tubercu¬ 
leuses , de syphilides papuleuses, de syphilides pustuleuses, de sy¬ 
philides serpigineuses, dans quelques cas plus graves encore où ces 
formes étaient compliquées d’ulcérations du derme ou d’altérations 
des os. Dans le plus grand nombre fie ces cas, les modifications ob¬ 
tenues ont été très-promptes; c’est ainsi qu’au bout de six à dix jours 



C H 1 > 

on a vu souvent des tubercules assez volumineux, et répandus en grand 
nombre sur la péiiphérie du corps sc flétrir, s’effacer, et marcher rapi¬ 
dement à la résolution. Ces effets sont obtenus presque toujours avec 
des doses légères : quinze ou vingt grains du médicament, par exemple, 
introduits dans l’économie animale, suffisentd’abordpour produire ces 
effets généraux. Il est vrai de dire aussi que, dans quelques cas très-peu 
nombreux, la modification n’a point lieu; l’affection reste la même, 
et le médicament échoue complètement ; mais les cas de ce genre 
sont si rares que je puis dire qu’on n’en peut compter, sur plus de 
cent cinquante observations, que trois exemples , et encore ces cas 
avaient résisté à plusieurs autres traitemens faits avec tout le soin et 
toute la persévérance possibles. 

J’ai dit que le proto-iodure avait quelquefois réussi dans des cas de 
syphilis constitutionnelle très-grave, très-ancienne, et dans lesquels 
plusieurs systèmes étaicnt.simultanéinent affectés, le système dermoïde, 
le système muqueux et le système osseux. Voici un de ces cas : 

Un vieillard de soixante-dix ans, chez lequel la maladie était très- 
ancienne , et S’était reproduite à diverses reprises par des symptômes 
différons, fut admis à l’hôpital Saint-Louis dans l’été de i83o. Il avait 
des ulcérations de la plus mauvaise nature, coupées à pic, réunies par 
des lambeaux de peau flétrie, à bords durs, calleux ; de plus, 
le coronal était profondément carié vers le bord de l’orbite droit; une 
fistule profonde sillonnait la peau et pénétrait dans l’épaisseur de la 
propre substance de l’os, largement carié. Cet homme fut mis à l’usage 
du proto-iodure de mercure, dans la seule vue d’examiner si le médi¬ 
cament exercerait une action quelconque sur une maladie aussi grave, 
et que l’on pouvait considérer comme incurable. Quel fut notre étonne¬ 
ment quand nous vîmes les ulcérations s’améliorer, perdre leur aspect 
grisâtre ; leurs bords calleux se ramollir, s’étendre, et commencer une 
cicatrisation qui, quoique irrégulière, n’en fut pas moins solide ! Au bout 
de six semaines la fistule du front se cicatrisa sans qu’il fût possible de 
s’assurer si quelque exfoliation de la table externe du coronal avait eu 
lieu. 

Dans deux autres cas de syphilides tuberculeuses graves, répandues 
sur la totalité de l’enveloppe tégumentaire, on avait essayé l’iode, suivant 
la méthode de M. Bichon, et quoique l’usage de ce médicament énergi¬ 
que eût été continué chez l’un de ces malades près de deux mois , et 
chez l’autre environ cinquante jours, il n’y avait eu aucune modifica¬ 
tion appréciable dans la couleur et la forme des tubercules. A peine 
avait-on commencé l’emploi du proto-iodure, après quelque temps de 
repos, que ces tubercules marchèrent promptement à une résolution 

25. 



( 3 7 2 ) 

complète, et la guérison se maintint chez l’un et chez l’autre; car plu¬ 
sieurs mois après ils furent encore examinés sans qu’on put retrouver 
la moindre trace de la maladie. 

Dans un cas très-intéressant, que j’ai observé avec mon honorable 
confrère M. Miquel, la forme tuberculeuse syphilitique était très-remar¬ 
quable : toute la peau en était couverte chez un homme d’un âge mûr, 
et chez lequel il paraissait difficile de remonter à des symptômes pri¬ 
mitifs bien caractérisés : aussi niait-il jusqu’à un certain point la possi¬ 
bilité de la nature syphilitique de l’éruption ; toutefois le proto-iodure 
fut employé , et son administration surveillée par M. Miquel; à peine 
un mois s’était-il écoulé que toute l’éruption avait marché vers une 
résolution complète , en ne laissant d’autres traces qu’une teinte livide 
sur les points qui avaient été le siège des tubercules. 

Il serait facile de présenter ici une masse considérable de faits ; je 
les réserve pour les leçons cliniques que je me propose de publier dans 
peu de mois; elles auront, je l’espère, un certain intérêt pour les pra¬ 
ticiens qui s’occupent de thérapeutique, et qui ont appris dans l’étude 
des maladies chroniques à appliquer avec soin et discernement les res¬ 
sources si nombreuses et trop négligées de la matière médicale. Je rap¬ 
procherai ces faits par groupes , et j’en tirerai des indications rigou¬ 
reuses dont il sera facile de constater la vérité par des recherches sem¬ 
blables; car ces expériences , que j’ai faites dans le but d’étendre le 
domaine de la thérapeutique , ne présentent rien de difficile; elles sont 
simples, faciles à suivre, et les effets peuvent être constatés avec exac¬ 
titude, pour peu qu’on prenne soin d’observer les faits et de tenir 
compte des médicamens. 

Le proto-iodure de mercure a été d’abord essayé à la dose d’un grain 
par jour; mais bientôt j’ai acquis la certitude qu’il pouvait être pris, sans 
aucune espèce de danger, à des doses plus considérables; et c’est ainsi 
que, dans plusieurs cas, je l’ai porté jusqu’à six grains. Cependant, en 
général, cette dose est trop forte , et il est inutile d’ailleurs d’y arriver, 
puisqu’on obtient des mod fications non équivoques , par des doses 
beaucoup plus faibles. Chez plusieurs individus , les modifications 
ont été obtenues à la quantité d’un seul grain par jour, continué pen¬ 
dant quarante-cinq ou cinquante jours. Chez d’autres elle a été 
portée à deux grains; mais la modification n’c'tait pas proportionnel¬ 
lement plus rapide qu’à un grain. Dans quelques cas graves, et chez 
les sujets peu susceptibles dont les organes digestifs ne présentaient 
d’ailleurs aucune apparence d’irritation ni même de disposition à 
s’irriter, la dose a été portée à quatre grains par jour, en divisant en 
plusieurs prises. Chez ceux-ci, nous avons quelquefois observé un gon- 



( 3 7 3 ) 

flement des gencives peu marque', mais assez pour ne point insister sur 
l’emploi du me'dicament ; jamais de ptyalismes complets, tels que ceux 
qu’on observe à la suite de l’emploi des frictions mercurielles avec 
l’onguent napolitain ou avec la pommade citrique. Chez d’auties, nous 
avons observé aussi quelques légères coliques accompagnées d’un peu 
de diarrhée ; mais ce symptôme est difficile à bien observer dans les 
hôpitaux, c’est-à-dire qu’on ne saurait toujours l’attribuer à telle ou 
telle médication, parce qu’on voit souvent plusieurs malades, qui ne 
sont pas sous l’influence de la même méthode thérapeutique , éprouver 
les mêmes accidens : ce qui tient sans doute au régime quelquefois peu 
convenable auquel les malades des hôpitaux sont assujétis. Ce seul 
doute doit rendre très-circonspect sur les inductions à tirer de l’action 
immédiate des médicamens sur les organes digestifs. 

Il ne nous a pas paru possible d’adopter une quantité absolue de 
proto-iodure pour obtenir une guérison complète. En général nous 
avons continué l’usage du remède pendant quelques jours, et quelque¬ 
fois deux semaines après la résolution complète des éruptions. Jusqu’à 
présent il n’y a pas eu de récidives bien caractérisées. Chez la plu¬ 
part des individus jeunes, forts, et chez lesquels le traitement est con¬ 
tinué sans interruption, nous avons porté la dose totale jusqu’à un gros 
et demi ou deux gros ; chez d’autres, un gros a suffi pour produire 
toutes les apparences d’une guérison complète. Il en est chez lesquels 
nous avons pu la constater plus de deux ans après. 

Non-seulement le proto-iodure a été introduit dans les voies diges¬ 
tives avec avantage, mais encore nous l’avons appliqué quelquefois avec 
un succès très-remarquable dans les ulcérations du système muqueux. 
C’est ainsi que, chez un soldat suisse très-vigoureux et dans la fleur de 
l’âge, une ulcération syphilitique très-grave, qui occupait la paroi pos¬ 
térieure du pharynx, les piliers du voile du palais, et même le pourtour 
de la glotte, car la voix était profondément altérée, s’est modifiée avec 
une rapidité extraordinaire par des applications de proto-iodure dé¬ 
layé dans du miel rosat. Cette ulcération , de forme très-grave, puisque 
nous avons pu craindre qu’elle ne fut de nature cancéreuse, avait ré¬ 
sisté à plusieurs traitemens méthodiques suivis avec la plus grande 
exactitude et une persévérance à toute épreuve de la part du malade et 
du médecin; elle avait constamment résisté aux applications du collyre 
de Lanfranc, aux gargarismes avec le deuto-chlorure, avec la liqueur 
de Labarraque, etc. ; elle se cicatrisa parfaitement et d’une manière 
solide par les applications de proto-iodure de mercure. 

Chez un valet de chambre anglais, qui est encore dans les salles du 
pavillon Saint-Mathieu, des ulcérations également très-graves de la 




( 3 7 4 ) 

paroi postérieure du pharynx et du voile du palais ne se sont cicatri¬ 
sées que par les applications du proto-iodure de mercure; elles avaient 
résisté; a un traitement par la liqueur de Van-Swiétcn et les sudori¬ 
fiques. 

Chez une femme âgée, quej’ai observée avec mon excellent ami, M. le 
docteur Alphée Cazenave, des ulcérations du plus mauvais caractère 
occupaient toute la gorge; le voile du palais, le pharynx et la langue 
même étaient profondément silonnés. La déglutition était très-difficile, 
surtout celle des liquides; la guérison paraissait impossible, puisque 
plusieurs praticiens recommandables avaient tenté de vains efforts. Ces 
ulcérations cédèrent cependant à des applications faites plusieurs fois 
par jour avec le proto-iodure de mercure. Ces faits se multiplieraient 
à l’infini si nous voulions seulement en rapporter le sommaire.- Je fi¬ 
nirai ces considérations purement pratiques, par quelques formules 
auxquelles nous nous sommes plus particulièrement arrêté, après des 
essais multipliés pour la recherche des doses. 

Dans les cas simples, le proto-iodure dé mercure est donné sous 
foi'mepilulaire,mêlé avec une substance inerte, la poudre de guimauve, 
par exemple. Voici la composition des pilules que nous employons le 


plus ordinairement : 

Of Proto-iodure de mercure. . . 5 j. 

Poudre de guimauve .... 3 j. 

F. 7a pilules. 

Autre formule. 

if. Proto-iodure de mercure. . . 3ij. 

Thridace. 315 . 

Extrait de gayac.3 j. 

Pour faire 48 pilules. 


On commence par une seule pilule les trois premiers jours, et on aug¬ 
mente graduellement tous les deux ou trois jours d’une pilule, selon les 
indications éventuelles, jusqu’à trois ou quatre par jour en divisant en 
deux prises, l’uné le mâtin à jeun, l’autre une heure après le repas, 
ou le soir avant le coucher. En général nous n’employons simultané¬ 
ment avec ces pilules que des infusions assez peu énergiques ; nous pré¬ 
férons toutefois celle de saponaire , dont les malades ne se dégoûtent 
pas) oti y ajoute un peu de sirop de gomme ou de capillaire. 

Dans quelques cas, quand la maladie est ancienne, que l’éruption 
est accompagnée d’une teinte flétrie, nous préférons à la poudre de 
guimauve celle de gayac ou bien l’extrait de ce bois : les proportions 






( 3 7 5 ) 

sout les mêmes. Enfin, dans les cas où les syphilides de diverses for¬ 
mes coïncident avec des altérations du système .osseux ou des douleurs 
osléoscopes, nous combinons le proto-iodure avec l’extrait d’aconit ou 
la thridacc, et nous avons vu de ce mélange des effets réellement utiles. 

Quand on emploie le proto-iodure de mercure en applications sur des 
ulcérations du système muqueux à la gorge, par exemple, on le délaie 
dans la proportion d’un douzième dans du miel rosat. 

Je ne parle pas ici de l’application du proto-iodure sur le système 
dermoïde, j’en ai dit quelques mots dans la première édition du For¬ 
mulaire de M. Ratier, publié en 182a. Plus tard je présenterai dans 
ce journal quelques considérations sur l’emploi du deuto-iodurc de mer¬ 
cure et sur quelques autres méthodes essayées comparativement. 


POUDRE DE SANCY, REMÈDE CONTRE LE GOÎTRE, APPROUVÉ PAR 
l’académie DE MÉDECINE. 

Bazièrc est un honnête Normand qui, pendant quinze ans, a voi¬ 
ture' fort paisiblement toiles et cotons sur les routes de la Bretagne. 
L’intérêt de son commerce l’appelait, tous les ans, à Rouen, où il 
avait coutume de se pourvoir. Or il y a là un de scs frères que le ciel 
a doué d’une fille grande, bien.faite, et fraîche comme on l’est à dix- 
huit ans. Elle eût passé pour jolie si n’eût été un énorme goitre qui dé¬ 
rangeait l’harmonie de scs traits. Quel dommage, disait le bon oncle, 
que ma nièce ait un si vilain cou ! L’année d’ensuite nouveau voyage à 
Rouen, nouvelle visite au frère. O miracle ! ô surprise ! mademoiselle 
N.... n’a plus de goître! Après les premiers épanchemcns de la joie , 
Bazière interroge, il questionne tout le monde , il veut savoir quel est 
l’habile médecin qui a opéré ce prodige, car il lui réserve le plaisir 
d’en faire un second sur une demoiselle, sa voisine, que tous les dons 
de la fortune ne peuvent consoler de l’infirmité qui l’afflige. Chaque 
mot qu’il eDtend ajoute à son étonnement. Cet habile médecin est une 
bonne femme, autrefois religieuse et maintenant rendue à la vie séculière. 
Il demande son nom, elle s’appelle madame de Sancy; son adresse, elle 
demeure rue des Canettes, Muni de ces renscigncmens, Bazière va droit 
au lieu désigné. Hélas! madame de Sancy a quitté la ville, elle habite 
un petit village dans les environs de Gournay, à dix lieues de Rouen. 
Dix lieues ! c’est bien loin ! Néanmoins, soutenu par le désir d’être utile, 
Bazière monte à cheval, il arrive, il voit madame de Sancy, et lui de¬ 
mande en grâce quelques paquets de sa poudre. « Hélas, dit-elle, je 



( 3,6 ) 

suis si vieille que je n'ai plus la force de la préparer, C’est un travail 
très-fatigant. Eh quoi ! reprit notre voyageur, aurai-je fait tant de 
chemin pour rien! Veuillez du moins me donner votre recette; vous 
êtes pieuse, elle ne doit pas être perdue. — Je l’ai refusc'e à des per¬ 
sonnes qui me tenaient de plus près que vous. —Tant pis. Le ciel, qui 
vous a rendue depositaire d'un si pre'cieux secret, n’entend pas "qu’il 
pe'risse avec vous. Sans doute vous en avez fait jouir beaucoup de mal¬ 
heureux ; mais soyez persuadée que, s’il est doux de faire du bien pen¬ 
dant sa vie, il est consolant au moment d’en sortir de laisser après soi 
les moyens de le continuer. » Telles furent à peu près les paroles de 
Bazière. La bonne vieille, touche'e, remit sa réponse au lendemain. Ba- 
zière revint à l’heure indiquée. « Je suis parvenue, lui dit-elle, jus¬ 
qu’à l’âge où vous me voyez sans vouloir communiquer mon secret à 
personne; mais je sens que ma fin approche. Je n’ai pas de proches 
parens, vous me paraissez un brave homme; et puis, je ne vous le ca¬ 
cherai pas, la Providence m'a fait connaître cette nuit sa volonté dans 
un songe : elle m’a dit que c’est à vous que je léguerais mon plus pré¬ 
cieux héritage. Mais, ajouta la bonne vieille, j’y mets une condition : 
c’est que, si vous laites payer le riche, vous n’exigerez rien du pauvre. » 

Après avoir accepté le traité, Bazière reçoit avec transport les in¬ 
structions de sa bienfaitrice et regagne scs foyers. Adieu commerce! 
adieu Bretons! La fortune cette brillante enchanteresse, se présente à 
hii dans ce qu’elle a de plus séduisant; il croit la voir dans la capitale 
de sa province, il y court. Il rencontre un médecin auquel il lait part 
des mille projets qui lui passent par la tête ; cependant il apprend qu’il 
y a, dans le couvent d’Ernemont, trois demoiselles qui ont des goitres; 
il offre de sa poudre à la sœur Saint-Cyprien, elles guérissent toutes 
les trois. Dès lors Bazière, ne doutant plus de l’heureuse destinée qui 
l'attend, cherche un plus grand théâtre : le voilà à Paris. Dirai-je les 
rencontres qu’il y fait, les séductions dont il est entouré, les illusions 
dont il se nourrit, le désespoir de sa famille, les traverses qu’il éprouve, 
et son inébranlable fermeté? Non; je n'ai que trop cédé au plaisir de 
tracer l’histoire de mon héros. On me pardonnera peut-être quand on 
saura que son remède est le seul, je le répète, le seul que l’Académie 
ait approuvé, après deux rapports faits à la distance de trois ans l’un 
de l’autre, et par des commissaires différens. 

Commençons par le premier. Au mois de décembre 1826, l'Acadé¬ 
mie fut consultée par le ministre de l'intérieur sur une poudre dite de 
Sancy, nouveau remède contre le goître. La commission des remèdes 
secrets était alors composée de MM. Portai, Itard, Baffos, Réveillé- 
Parise, Boudet, Henry fils, Burdin aîné, et Guéneau de Mussy, rap- 




( 3 77 > 

porteur. Les goitres c'tant fort rares à Paris, elle crut pouvoir chercher 
des sujets d’expériences partout où elle pourrait espe'rer d’en trouver, 
pensant avec raison que la seule chose essentielle e'tait de re'unir des 
faits dont l’exactitude ne pût ê:re contestée. Il y avait alors à Ver¬ 
sailles un re'giment de Suisses où les goitres e'taient très-communs ; elle 
se mit en rapport avec le chirurgien-major, M. Kœmpfer, et le pria de 
vouloir bien essayer le nouveau remède. M. Kœmpfer s’y prêta de la 
meilleure grâce du monde. Il a soumis sept militaires à ce traitement 
et une dame de trente-deux ans. La commission adressa la même 
prière aux correspondons de l’Academie qui résident à Rouen ; elle 
en a reçu sept nouvelles observations, dont quelques-unes sont accom¬ 
pagnées de circonstances remarquables. 

Enfin la commission elle-même a traité deux goitres, les seuls qu’elle 
ait rencontrés. Ainsi nous avons en tout dix-sfept faits; mais ils présen¬ 
tent tous, dit le rapport, une conformité vraiment remarquable et 
que Von obtient bien rarement quand il s'agit des effets d'un re¬ 
mède. 

« En les rapprochant, nous voyons que la poudre de Sancy a opéré huit 
» guérisons complètes, et que, dans tous le cas où l’on n’est pasar- 
» rivé au même terme, il n’a jamais fallu en accuser l’impuissance du 
» remède, mais l’interruption du traitement, causée, soit par la répu- 
» gnance des malades, soit par leur déplacement, soit par d’autres 
» causes indépendantes de l’action du médicament. C’est ce qui a été 
» particulièrement constaté sur les militaires traités à Versailles. Deux 
» d’entre eux ont été complètement guéris au bout de deux ou trois 
» mois, l’un d’un goitre de trois ans, l’autre d’un goitre si ancien qu’il 
» ne pouvait se rappeler l’époque à laquelle il avait commencé; mais 
» tous ont éprouvé une action qui, si elle s’est fait attendre plus ou 
» moins long-temps, une fois manifestée , a été constamment progres- 
» sive tant que le traitement a continué. 

» En un mot, la commission n’a pas eu connaissance d’un seul 
» cas où la poudre de Sancy se soit montrée sans action sur les engor- 
» gemens de la glande thyroïde et du tissu cellulaire environnant. Elle 
» ne croit pas devoir noter comme une exception le cas d’une dame de 
» quarante-huit ans, portant, depuis un grand nombre d’années, un 
» goitre volumineux, et qui, à la fin de juillet dernier, faisait, de- 
» puis deux mois, usage de la poudre de Sancy, sans avoir obtenu 
» aucun résultat. D’autres faits autorisent à ne pas désespérer de 
» voir encore des effets curatifs se manifester ; et il convient d’ailleurs 
» d’observer que cette dame n’a pris la poudre que deux fois chaque 
» jour. » 



’( 3 7 8 ) 

La duree du traitement, dans les cas où il a e'té continue' jusqu’à 
une guérison complète, a varié depuis deux mois jusqu’à deux ans. 
En général, l’action du médicament a été d’autant plus tardive et plus 
lente, que le goitre était plus ancien , plus dur, et qu’il affectait da¬ 
vantage le corps même de la glande thyroïde. Sur le nombre, il s’en 
est trouvé un qui était mou et indolent, et, quoiqu’il fût assez considé¬ 
rable, quoiqu’il existât depuis plus de dix ans, quoiqu’il eût résisté 
aux préparations d’iode, il a suffi de trois mois pour le dissiper com¬ 
plètement. 

Ce n’est pas le seul exemple où cette poudre ait réussi là où l’iode 
avait échoué j mais ce qui établit entre ces médicamcns une différence 
capitale , c’est, dit le rapport, que l’usage prolongé de l’iode amène 
un amaigrissement considérable, fond, atrophie les glandes mam¬ 
maires , tandis que le remède de Bazière n’a aucun de ces inconvé- 
niens. 

Ici le rapport rappelle une observation communiquée par M. Blan¬ 
che , médecin en chef de l’hospice général de Rouen. Une jeune per¬ 
sonne de treize ans portait, depuis plusieurs années, un goitre assez vo¬ 
lumineux, qui faisait encore des progrès sensibles. Elle sc soumit au 
nouveau traitement, et obtint une guérison complète, laquelle, il est 
vrai, se fit attendre dix-huit mois. Mais M. Blanche remarque que la 
menstruation s’établit dans cet espace de temps, et que les seins prirent 
le développement que comportaient l’âge et la force de celte jeune de¬ 
moiselle. 

II n’entre pas dans le plan de cette note de rappeler des observations 
particulièresj néanmoins nous en choisirons une seule, c’est la der¬ 
nière. Nous abrégeons. M Ile de C., issue d’un père goitreux, âgée de 
vingt-huit ans, portait, depuis l’âge de sept ans, un goitre fort dur, 
et du volume d’une grosse orange. Elle avait tout lait pour s’en débar¬ 
rasser. Non-seulement elle avait usé des préparations d’iode, aux¬ 
quelles elle avait fait le sacrifice de sa gorge, mais encore elle employa 
jusqu’à la cautérisation , tant la guérison lui tenait à cœur. Ayant en¬ 
tendu parler de la poudre de Sancy, elle voulut en essayer. Pendant les 
quinze premiers jours, point d’effet apparent ; mais, de la troisième à 
la cinquième semaine, la tumeur diminua sensiblement. Dès le mois de 
juillet (le traitement avait été commencé en mai), elle était réduite au 
tiers. Malheureusement, à mesure que la peau s’affaisait et revenait sur 
elle-même, les cicatrices, résultat de la cautérisation, devenaient tel¬ 
lement hideuses que M lle de C. se relira à la campagne, et suspendit 
volontairement le traitement, précisément parce que le succès en était 
trop réel et trop rapide. 



( 379 ) 

Tel est le premier rapport lu en séance, le i septembre 1828, après 
un examen de vingt mois. 

La conclusion finale était qu’il « y a lieu d’appliquer au sieur Ba- 
» zière les dispositions favorables du décret du 18 août 181 o, et à 
» inviter le ministre de l’intérieur de traiter avec lui afin que le pu- 
» blic puisse profiter d’un remède qui, tout en paraissant doué d’une 
» assez grande efficacité pour la guérison des goitres, s’est montré jus- 
» qu’à présent exempt de tout inconvénient. » 

Il faut expliquer ces paroles. La loi réserve aux seuls pharmaciens 
l’autorisation de vendre des médicamens, et cette disposition est sans 
doute fort juste ; elle se paie assez cher. D’un autre côté, si un homme 
étranger aux sciences médicales découvre on trouve par hasard un re¬ 
mède utile , il est juste aussi qu’il tire parti de sa découverte. Dans cet 
état de choses, le législateur a compris qu'il était du devoir du gou¬ 
vernement d’acheter ce remède et de le répandre, après avoir toutefois 
indemnisé convenablement le possesseur, comme il indemnise le proprié¬ 
taire auquel il enlève sa maison, dans des vues d’utilité générale. 
C’est le cas où se trouve Bazière. Reste que la législation n’admet pas 
de remède secret. Si vous dites en avoir un, l’autorité le fait examiner; 
s’il est bon, elle l’achète ; elle le défend s’il est mauvais, dans l’intérêt 
du public, auquel elle doit protection. 

Il s’agissait donc d’acheter la poudre de Sancy. C’était la première 
fois que l’académie entendait une pareille proposition. Elle ne fut ni 
rejetée ni accueillie. M. Double, appuyé par M. Larrey, ou M. Larrey 
appuyé par M. Double , crut que dix-sept faits ne pouvaient justifier la 
conclusion de la commission. En vain fit-on observer que si les faits 
étaient peu nombreux, ils déposaient tous, sans exception, de la bonté 
du remède, ce qui est presque sans exemple en médecine ; l’académie 
se rangea de l’avis des opposans, et il fut arreté que l’on poursuivrait 
les expériences. Toutefois il ne parut pas juste que Bazière en fit les 
frais, et l’on demanda à titre d’indemnité 1,200 francs, qui furent ac¬ 
cordés sur-le-champ par l’administration de l’époque. 

Cependant le temps de dissoudre la commission était venu, elle se 
sépara en léguant à une autre la tâche qu’elle avait commencée. La nou¬ 
velle commission se compose de MM. Portai, Émery, Lodibert, Capu- 
ron, Chomel, Guibourt et Loiseleur des Longchamps. 

Elle a fait son rapport, le i3 décembre 1831 , trois ans après le 
premier. Dans ce long espace de temps, elle n’a pu réunir que six 
goitreux. Trois ont obtenu une guérison complète, et il est à remar¬ 
quer que l’un de ces goitres était ulcère'. Un autre a éprouvé une amé¬ 
lioration sensible. Enfin, sur les deux derniers, la poudre de Sancy, 



( 38o ) 

dit le rapport, n’a produit que peu d’effet, mais , ajoutc-il, il est juste 
de faire observer que le traitement a e'te' abandonne' au bout de deux 
mois. 

S’il en est ainsi, il est évident qu’on ne peut rien conclure de ces 
deux cas; il faut les considérer comme non avenus. Car la poudre de 
Sancy agit lentement, et si l’on se rappelle le premier rapport, on sait 
qu’un malade a dû en continuer l’usage pendant 18 mois pour arriver 
à une entière guérison. A la vérité, ce n’est pas l’ordinaire : le temps 
moyen est de quatre à six mois. 

Il nous reste à parler du mode d’administration de ce médicament. 
La dose est de soixante grains, divisée en trois paquets, que le malade 
prend dans la journée, le matin, à midi et le soir. Mais il paraît qu’on 
peut en prendre une quantité plus considérable, non-seulement sans 
inconvénient, mais avec avantage. Une femme, que Bazière avait con¬ 
duite chez un des membres de la commission , fit l’aveu qu’elle en avait 
pris jusqu’à six paquets par jour. Le goitre diminuait à vue d’œil. 
Néanmoins Bazière, craignant le résultat de cette imprudence, en pré¬ 
vint le médecin dont nous parlons, qui laissa faire, et le malade se 
guérit très-rapidement. 

Un point important, c’est que le malade doit avaler la poudre à sec , 
c est-à-dire sans liquide et sans véhicule d’aucune espèce, autre que la 
salive qui afflue dans la bouche. On dit que ce mode d’administration 
est fort désagréable, au point qu’il s’est trouvé des malades qui ont pré¬ 
féré leur infirmité au dégoût que leur causait le remède. Mais que 
faire? se soumettre : Qui veut la fin veut les moyens. 

A l’égard de la composition de la poudre de Sancy, c’est encore un 
secret. Nous savons cependant qu’elle est formée de huit substances, 
sept végétales et un sel à base alcaline. Les unes sont fort connues et 
autrefois fort employées contre le goître, les autres sont inusitées : dans 
ce nombre est une espèce de fougère. Du reste, il n’y a point d’iode à 
l’état libre, quoi qu’on en ait dit. On a cru que plusieurs de ces sub¬ 
stances étaient inutiles, et qu’elles pouvaient être supprimées sans 
inconvénient. L’expérience a été faite, et, s’il faut s’en rapporter 
au possesseur du secret, l’effet du remède n’a pas été le même. Cela 
n’est pas difficile à croire. Qui peut apprécier a priori la part de 
chacun des principes constiluans d’un corps composé? Si, en chimie, 
la combinaison de deux substances donne quelquefois un pro¬ 
duit doué de propriétés toutes différentes de celles de ses c'iémens, 
pourquoi en serait-il autrement en thérapeutique? Aussi, je l’avoue, 
quand un homme honnête, digne de foi, me transmet une recette, 
à laquelle il attache tel ou tel effet, je commence par m’y conformer 



( 38 . ) - 

aveuglement, sauf à juger ensuite de son élégance. Après tout, la 
me'decine n’est ni un art de luxe, ni un art d'agrément. C’est en dou¬ 
tant de tout, c’est en rejetant l’autorité’ du passé, c’est en mutilant 
les traditions cl les recettes les mieux consacrées, c’est en élevant 
sans cesse les sens au-dessus de la raison, que la médecine-pratique est 
tombée dans cet état d’impuissance et de déconsidération où nous la 
voyons. 

Yoilà tout ce qu’il nous est permis de dire aujourd’hui d’une nou¬ 
velle ressource qui ne nous est encore connue que par les rapports de 
l’Académie royale de médecine, et par des confidences particulières ; 
mais il est à croire qu’elle fera bientôt partie du domaine public, et les 
lecteurs de ce Bulletin en seront instruits des premiers. La seconde 
commission , d’accord en cela avec la première, a proposé à l’Acadé¬ 
mie, et l’Académie a proposé au gouvernement, de faire l’acquisition 
de la recette de la poudre de Sancy au prix de cinq mille francs , 
somme, à la vérité, fort modique ; mais l’indemnité du possesseur n’est 
pas iri dans ce qu’il aura de l’autorité; elle est dans le jugement de 
l’Académie et dans l’influence que ce jugement peut exercer sur l’usage 
du nouveau remède. 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 

REMARQUES PRATIQUES SUR l’oPHTIIALMIE CHRONIQUE. 

Dans l’article précédent, où il a été question de l’ophtlialmie aiguë, 
j’ai fait remarquer que le praticien était guidé par un diagnostic 
certain ; il n’en est pas de même pour l’ophthalmie chronique. La 
ligne qui sépare celle-ci de la première n’est pas toujours tracée d’une 
manière positive. Certes, en prenant les deux extrêmes, ce diagnostic 
est facile; mais diminuez la violence de l’ophthalmie aiguë , augmentez 
nn peu le degré d’irritation de l’ophthalmie chronique, et vous arriverez 
au point où le caractère incertain de la maladie réduit le praticien au 
doute. Ce doute est tourmentant, parce que l’induction pratique n’est 
alors ni formelle ni précise. Ces cas sont nombreux et d’un traitement 
difficile. En etfet, l’ophthalmie conserve-t-elle un caractère assez pro¬ 
noncé d’irritation , les moyens toniques accroîtront inévitablement cet 
état; l’ophthalmie an contraire est-elle tout-à-fait chronique, les caïmans, 
les émollicns prolongés, augmenteront cette disposition en relâchant 
la conjonctive, en facilitant la dilatation des vaisseaux de cette mem¬ 
brane ; de là la persistance de la rougeur de l’œil, la gcnc des raouve- 



( 38a ) 

mens, la faiblesse de la vision, etc. Ajoutons que bien souvent une 
ophthalmic chronique, éminemment caractérisée, reprend de temps en 
temps le type aigu, sous l’influence des agens extérieurs, et quelquefois 
sans cause manifeste et appréciable. 

On voit donc : i° que la distinction de l’ophthalmic en aiguë et en 
chronique n’est pas aussi facile, aussi tranche'c qu’on le croit et qu’on 
l’annonce dans la plupart des traites de chirurgie ou de me'decine ocu¬ 
laire; 2° que cette distinction est néanmoins très-importante pour obte¬ 
nir un succès définitif. 

Afin d’aider le lecteur praticien dans le choix des moyens à employer 
et l'empêcher de tomber dans une sorte de banalité routinière trop com¬ 
mune , nous poserons quelques principes dont les applications se feront 
ensuite d’ellcs-mêmes. 

Un des plus c’videns est que tout organe qui a été phlogosé conserve, 
dans un temps plus ou moins limité, un degré anormal de sensibilité, 
qui rend cet organe très-impressionnable à l’action des agens exté¬ 
rieurs. Cette disposition, qu’on ne remarque pas assez, rend les réci¬ 
dives fréquentes ; elle donne aux maladies un caractère tout particulier 
de chronicité. Ainsi, tel individu sujet à des esquinancies, à des cory¬ 
zas, à des hémoptysies, en un mot à des inflammations quelconques, se 
trouvant exposé à l’action des causes morbifiques, toutes choses égales 
d’ailleurs, éprouvera la maladie dont il a été le plus souvent atteint. 
Cela doit cire ; d’une part, l’organe précédemment affecté s’est affaibli; 
il a perdu de sa tonicité, de sa force de réaction; de l’autre,il est de¬ 
venu en meme temps plus sensible, plus impressionnable, double cause, 
qui entretient et augmente l’imminence morbide. Ajoutez que plus l’af¬ 
fection maladive se répète, plus l’organe qui en est le siège est exposé 
à en être atteint de nouveau ; c’est ce que l’expérience démontre chaque 
jour. Or, si cet effet a lieu pour tous les organes de l’économie, à plus 
forte raison doit-il se manifester dans l’œil, doué d’une exquise sensibi¬ 
lité, toujours exposé à l’action des corps extérieurs, et dont les malades 
désirent instamment l’exercice, pour peu que la maladie diminue d’in¬ 
tensité. C’est là précisément ce qui rend en général l’ophthalmie persis¬ 
tante , ce qui fait que le traitement en est difficile et la guérison par¬ 
fois impossible. S’il ne s’agissait, ainsi que le croit le vulgaire, et comme 
on le dit dans certains livres, que d e fortifier l’œil par des collyres 
stimulons et toniques, rien ne serait plus aisé que la guérison d’une 
ophthalmie chronique; mais il n’en est rien; et ce qui la rend opiniâtre, 
rebelle à tous les moyens curatifs, facile à reparaître, est cette perma¬ 
nence d’excès de sensibilité oculaire dont je viens de parler, et dont au¬ 
cun auteur, que je sache, n’a fait mention. Quelques praticiens s’a- 




( 383 ) 

percevant que les collyres stimulans qu’ils emploient n’ont aucun succès, 
en augmentent encore l’activité, persuadés qu’ils sont que la faiblesse 
seule de l’œil entretient la maladie. Mais l’événement ne tarde pas à les 
détromper5 l’irritation, la rougeur, le larmoiement, augmentent bien¬ 
tôt en proportion de la stimulation; heurenx encore si l’ophtbalmic 
chronique ne reprend pas le caractère aigu, si la sensibilité de l’organe 
ne va pas jusqu’à îa photophobie. Cet effet, dit-on, n’est que momen¬ 
tané; oui, dans certains cas, quandTirritabilité oculaire'est peu élevée, 
mais non quand cette irritabilité est prononcée ; distinction importante 
que le praticien doit saisir. 

Il est si essentiel de ne jamais perdre de vue la sensibilité extra-nor¬ 
male dont je parle, qu’une ophthalmie aiguë ou chronique, parfaitement 
guérie, peut reparaître au même degré d’intensité qu’elle avait. si le 
malade ne ménage pas sa vue; il n’est pas même aisé de fixer la durée 
de ces précautions et de ces ménagemens : la seule règle est de les pro¬ 
portionner au degré de violence et de persistance de l’inflammation qui 
a précédé. Je pourrais rapporter ici une infinité d’exemples à l’appui 
de cette assertion ; je me contenterai d’en citer deux fort brièvement. 
Après beaucoup de soins et de précautions, j’avais obtenu la guérison 
d’une ophthalmie chronique, dont un homme de lettres était atteint de¬ 
puis long-temps. Il me fit appeler de nouveau : la maladie avait reparu 
après une lecture de trois heures, faite à un jour assez vif. Une dame 
vint à Paris pour se faire traiter d’une ophthalmie chronique, qui gê¬ 
nait singulièrement la vision ; elle guérit. Certaines précautions, et no¬ 
tamment l’usage très-modéré de sa vue, lui avaient été fortement recom¬ 
mandés. La malade n’en tint aucun compte; la veille même de son dé¬ 
part elle fut au spectacle, de tous les excitans d’une vue délicate le plus 
actif et le plus dangereux. Dès le lendemain, l’inflammation de l’œil 
reparut au même degré d’intensité, et il fallut recommencer un traite¬ 
ment qui avait duré près de quatre mois. 

A la vérité l’ophthalmie chronique n’est pas toujours accompagnée 
de cette grande irritabilité dont je parle : il arrive quelquefois qu’elle 
n’est entretenue que par une simple dilatation, un état variqueux des 
vaisseaux de la conjonctive. Celles-ci sont d’une guérison bien autre¬ 
ment facile à obtenir que les autres, bien que la rougeur de l’œil étant 
plus intense, la maladie semble par cela même beaucoup plus grave. 
Les individus lymphatiques, surtout quand ils sont jeunes , sont ceux 
chez lesquels en général les vaisseaux de la conjonctive acquièrent com¬ 
munément cet état atonique : aussi les guérisons sont-elles ici facilement 
obtenues, bien qu’on ne doive employer les topiques stimulans qu’avec 
ménagement. Deux inconvénicns peuvent en être la suite; il est possible 



( 384 ) 

que l’inflammation passe de l’e'tat chronique à l’e'tat aigu ; puis il peut 
se former des taies, des albugos, qu’on ne fait disparaître que par un 
traitement aussi long que me'thodique : encore est-il douteux bien sou¬ 
vent qu’on puisse rendre à la corne'e sa transparence primitive. 

Ainsi, toutes les fois qu’il s’agit de guérir une ophthalmie chroni¬ 
que , que le praticien s’attache donc à distinguer s’il n’y a qu’une simple 
dilatation atonique des vaisseaux de la conjonctive, avec peu ou point 
de sensibilité', ou bien si cette sensibilité' est encore très-prononcée. 
Dans le premier cas, les collyres et les pommades astringentes, dont 
on trouve partout la composition, obtiennent un rapide et plein succès : 
pour peu qu’on les emploie avec une certaine discrétion , la guérison 
est assurée. C’est ici le triomphe des empiriques et des charlatans, em¬ 
bouchant journellement la trompette de la renommée, pour débiter leurs 
drogues et publier leurs miracles. Le malheur est que la spéculation 
étant purement mercantile, la santé des citoyens finit toujours par être 
compromise. 

Mais quand l’ophtlialmie chronique est accompagnée d’un excès de 
sensibilité, la guérison exige d’autres soins. Ce cas de pathologie ocu¬ 
laire est un des plus difficiles. Il exige , de la part du praticien, de la 
prudence, de la sagacité, une grande habitude de ce genre d’affections; 
du côté du malade, beaucoup de patience et de résignation. En effet, 
je ne crains pas de le répéter, si, voulant calmer la sensibilité, on a 
recours à l’emploi prolongé des adoucissans, l’œil s’affaiblit, devient 
tendre, comme dit le peuple, et ne peut supporter un degré modéré 
de lumière. Veut-on augmenter la tonicité des vaisseaux, fortifier l’or¬ 
gane, un degré d’irritation incommode se manifeste tout d’abord, degré 
qui s’augmente si l’on persiste dans l’emploi des stiraulans : il est mal¬ 
aisé de bien gouverner entre ce double écueil. Voici la marche que j’ai 
coutume de suivre quand cette ophthalmie n’est entretenue ni par un 
principe spécifique, ni par une lésion organique. 

Si le malade est jeune encore, s’il a la figure colorée, s’il est sujet à 
des raptus de sang à la tête, je prescris une application d’une dizaine 
de sangsues , cinq de chaque côté, le long du trajet des veines jugu¬ 
laires; je fais entretenir la liberté du ventre, non par des purgatifs ac¬ 
tifs , mais par des laxatifs réitérés, opérant une révulsion douce et con¬ 
tinuée sur le canal intestinal (t). Les yeux sont fréquemment baignés 


(i)Ce point est assez difficile à obtenir chez certains sujets, comme le savent 
très-bien les praticiens. Une cuillerée de mélasse et deux cuillerées d’huile 
d’olive battues ensemble et prises régulièrement le soir et le malin m’ont sou¬ 
vent réussi. Lo célèbre Dcsault s’est guéri d’une ophthalmie chronique en pre- 


( 385 ) 

dans une décoction de tête de pavots, puis dans une infusion de thé. 
Si la sensibilité de l’œil diminue , je fais ajouter quelques gouttes d’exp¬ 
irait de saturne aux liquides précédens , et je passe ensuite à l’emploi 
d’une eau légèrement alumineuse. Parvenu à ce point du traitement, 
j’observe de nouveau, et avec soin quel est l’état de l’œil. Si la rou¬ 
geur, si la sensibilité, si le resserrement de l’organe sous l’influence 
de la lumière sont diminués, j’ai recours à des moyens plus actifs^ dont 
je parlerai dans un instant. Si, au contraire, les vaisseaux de la con¬ 
jonctive restent engorgés , une saignée tout-à-fait locale me paraît in¬ 
dispensable. On la pratique, soit en passant légèrement une lancette ou 
un petit couteau à cataracte sur la conjonctive palpébrale, soit en ap¬ 
pliquant une sangsue sur çette surface. Préfère-t-on le premier moyen , 
il faut renverser 1a paupière, faire glisser sur la muqueuse qui la ta¬ 
pisse l’instrument tranchant, laisser couler quelques gouttes de sang, 
abslerger l’œil, le laver avec un peu d’eau fraîche et l’abandonner à 
l’air libre. Quant au second moyen, il est bon de prévenir ceux qui 
s’en effraieraient que la douleur est absolument nulle, et qu’aucune 
congestion secondaire n’est à craindre. J’ajouterai que la sangsue reste 
peu de temps appliquée, l’afflux de larmes la faisant tomber prompte¬ 
ment ; enfin que le sang s’arrête toujours de lui -même avec une grande 
facilité. Celte saignée locale doit être répétée selon les effets produits, 
notamment si l’on emploie le premier mode. Cependant il ne faut ja¬ 
mais que l’émission sanguine soit considérable ; on affaiblirait ainsi, 
et souvent pour toujours , la puissance nerveuse de l’œil. Ceci n’est 
point un préjugé, comme on le croit ordinairement ; c’est une vérité 
médicale des plus positives , et sur laquelle je reviendrai un jour. 

Si, malgré l’emploi des moyens précédens, l’ophthalmie chronique 
persiste, mais avec diminution manifeste de l’irritabilité, c’est alors 
qu’on peut recourir à des stimulans actifs soit en collyre, soit en pom¬ 
made. Cette dernière forme me paraît préférable. Le corps gras, qui 
sert d’excipient, modère toujours l’action trop excitante des substances 
qui y sont contenues. Quant à la composition même de la pommade, la 
plupart des recettes indiquées dans les formulaires atteignent parfaite¬ 
ment le but. La pommade dite de Lyon, bien préparée, m’a paru 
néanmoins supérieure aux autres. L’essentiel est : 

i° D’employer une dose convenable et qu’on ne peut préciser ; en 
général, le cas individuel guidant le praticien j 


nant chaque malin à jeun, pendant plusieurs mois, un grand verre d’eau 
fraîche. On peut recourir à ce moyen plus laxatif qu’on ne croit, en y persévé¬ 
rant, pourvu que l’estomac puisse le supporter. 

TOME I. 12 e UV. 26 




( 38G ) 

■J° D'observer attentivement les effets produits , afin d’augmenter ou 
de diminuer cette dose ; 

3° De modérer l’action irritante et immc'diatc du médicament par 
des lotions calmantes et rafraîchissantes ; 

4° De ne jamais employer la pommade aux deux yeux à la fois; 

5° Enfin, de ne revenir à de nouvelles applications que quand l’ir¬ 
ritation produite par l’application précédente a tout-à-fait disparu. 

Si, malgré tous ces moyens, l’ophthalmie chronique persiste, sans 
pourtant qu’il y ait augmentation de sensibilité, on pourra appliquer 
légèrement, et à différentes reprises, sur la face oculaire de la pau¬ 
pière inférieure, la pointe d’un crayon de nitrate d’argent : ce moyen 
très-styptique réussit quelquefois quand les autres ont complètement 
échoué; il est même le seul auquel on puisse recourir lorsqu’il y a de 
petites ulcérations aux bulbes des cils, ulcérations qu’on découvre soit 
à l’œil nu, soit à l’aide d’une loupe. 

Remarquons bien que l’efficacité du traitement dont nous venons de 
parler dépend souvent aussi des précautions hygiéniques qu’on doit 
adopter et suivre avec la plus scrupuleuse attention. Les alimens de 
haut goût, les boissons spirilueuses, qui activent la circulation , déter¬ 
minant le sang à la tête, seront très-sévèrement proscrits. L’exercice du 
corps même doit être modéré; qu’il ne soit jamais ad ruborem, adsudo- 
rem. S’il est indispensable de ne pas priver les yeux de l’action d’une 
lumière douce, il l’est surtout de les soustraire à l’influence des corps 
vivement éclairés, particulièrement du soleil, du feu, de la neige, des 
couleurs éclatantes, etc. Un Voilé vert, une large visière, des verres 
colorés , mais d’une nuance légère , et surtout qui ne soient pas garnis 
dé goussets de taffetas ( i) ; l’habitude de rafraîchir les yeux chaque fois 
qu’on y sent un surcroît de chaleur et d’irritation: tels sont les soins 
qu’on ne doit pas négliger. Mais de tous, le plus important, le plus 
direct, et le plus difficile à obtenir, est que les malades s’abstiennent 
de lire, d’ccrirc, de dessiner, etc. Sachez vous ennuyer , et vous 
guérirez plus tôt ; ce sont les premiers mots que j’adresse et que je ré¬ 
pète aux malades atteints de l’affection dont il s’agit. 

Il est pourtant vrai de dire que, malgré les moyens les mieux conçus, 
les plus méthodiques, malgré la longue résignation des malades, on voit 
des ophtlialmics chroniques tout-à-fait incurables ; la fatale sensibilité 
de l’œil persiste, et avec elle la rougeur, le larmoiement, la faiblesse 
de la vue. Les précautions hygiéniques dont j’ai parlé sont alorsla seule 


(t) Voyez, pour plus de détails, mon Hygiène oculaire, avec do nouvelles 
recherches sur les causes de la myopie , 2* édition. 



C 38-7 ) 

ressource qui existe, si l’on veut conserver encore sa vue, quoique dé¬ 
licate. De graves accidens avertiraient bientôt l’imprudent qu’on n’en¬ 
freint pas impunément des préceptes fondés sur une expérience con¬ 
stante , et par conséquent décisive. Reveille Pari se. 


VACCINE. 

SI LA VACCINE QUI MARCHE SUB UN SUJET ATTEINT DE PETITE- 
VÉROLE A QUELQUE INFLUENCE SUB ELLE. 

Il n’est pas rare que, dans le cours d’une épidémie de variole , on 
vaccine des sujets qui portent déjà sur eux le germe de la maladie ré¬ 
gnante. J’en ai deux exemples sous les yeux dans ce moment. Ce sont 
deux frères de treize à quatorze aos que leur mère n’avait pas fait vac¬ 
ciner , pour leur laisser le mérite de se décider eux-mêmes quand ils 
auraient atteint l’âge de raison. En attendant, là petite-vérole est entrée 
dans la maison; elle a d’abord attaqué la fille, enfant de neuf à dix 
ans. Ses frères, effrayés, sont venus me demander de les vacciner; niais 
ils étaient déjà frappés, quoique depuis peu , puisque la petite-vérole 
marche à côté de la vaccine la plus régulière. 

Ces deux petites-ve'rolcs sont assez bénignes, quoique celle de la pe¬ 
tite fille fût très-conflucntc. Certains vaccinateurs y verront, je n’en 
doute pas, l’heureuse influence de la vaccine, qui , d’après eux, doit 
adoucir la variole lorsqu’elle arrive trop tard pour la prévenir. Mais 
c’est là précisément le point de la question que nous avons en vue dans 
cet article. 

Ici les laits ne manquent à personne, quelque parti qu’on prenne. 

Toute grave qu’elle est, la petite-vérole ne tue cependant que la neu¬ 
vième ou la dixième partie de ceux qu’elle attaque. La vaccine qui 
l’accompagne a donc beau jeu huit ou neuf fois sur dix. A la vérité, 
elle peut être très-grave sans être mortelle ; mais enfin elle est souvent 
bénigne, et certainement il est bien permis de supposer qu’elle dût se 
rencontrer telle chez la plupart de ceux où elle marche avec la vac¬ 
cine, puisqu’il y a huit ou neuf chances contre une pour cela. 

Encore si cette bénignité reparaissait toutes les fois que les deux 
éruptions se rencontrent ensemble; mais il s’en faut bien : on connaît 
bon nombre d’exemples où la variole a tué sa victime sous les yeux 
mêmes de la vactine, s’il est permis de parler ainsi. Un de nos hono¬ 
rables collègues à l’Académie en a fait la triste expérience sur un 
de ses enfans. A Marseille, dans le seul mois de juin, neuf individus 
26. 



( 388 ) 

ont succombé à la variole pendant le développement de la vaccine, 
Trois antres avaient déjà subi lemêmesort dans les mêmes conditions. 
En août deux autres ; en septembre encore deux autres, en tout seize. 

Voilà donc seize sujets qui, dans l’espace de quelques mois, périsseut 
tous de la petite-vérole, malgré la vaccine qui l’accompagne. Et remar¬ 
quez, je vous prie, que je ne vais pas chercher les faits dispersés çà et 
là pour les faire paraître plus, communs qu’ils ne sont; c’est une faute 
de logique que nous soupçonnons dans nos adversaires et que nous ne 
voulons pas imiter : nous ne sortons pas de la même épidémie. Il est 
bien remarquable que, dans le nombre de ces sujets, plusieurs avaient 
été vaccinés deux ou trois fois sans succès, ce qui semblait annoncer 
peu de dispositions à la variole; mais l’épidémie triompha de toutes 
les résistances ; et, quand elles furent vaincues, le vaccine qui avait 
échoué jusque là se développa librement sur les traces et à l’exemple 
de la petite-vérole. 

Poursuivons. S’il est vrai que la petite-vérole soit si souvent bénigne 
de sa nature, il'faut donc commencer parfaire la part de cette béni¬ 
gnité naturelle. Or, cette déduction faite, je doute fort que, dans l’hy¬ 
pothèse, l’influence de la vaccine se montre sous un jour aussi favora¬ 
ble qu’on le_croit. Au reste, si le problème est difficile à résoudre, il est 
du moins bien simple. Il faut prendre un égal nombre de faits de va¬ 
riole simple et de variole compliquée de vaccine, et voir de quel côté 
est l’avantage, en tenant compte des circonstances atmosphériques et de 
tout ce qui peut rompre l’équilibre, soit dans un sens, soit dans un 

On n’a pas pris tant de peine. On a vu quelques exemples heureux 
de cette coïncidence. et sans plus de réflexion on en a fait honneur à la 
vaccine. Comment un moyen assez puissant pour prévenir une maladie 
ne le serait-il pas assez pour arrêter ou du moins pour tempérer cette 
même maladie? 

Cette réflexion peut paraître fort naturelle ; elle n’en dénote pas 
moins une très-fausse idée de la vaccine dans ceux qui la font. En effet, 
dans ce système on croit donc que la vaccine corrige, détruit l’aptitude 
des hommes à la variole en imprimant à l’économie une modification 
en sens inverse de cette aptitude ; on croit donc qu’il existe entre les 
deux éruptions précisément la même.opposition de nature, qu’on admet 
en chimie entre deux corps qui se neutralisent, ou le même antagonisme 
qu’on suppose en médecine entre une maladie et son spécifique. Consi¬ 
dérés en eux-mêmes, le virus vaccin et le virus varioleux se détruisent 
si peu que, si on les mêle ensemble, et qu’on inocule ensuite ce mé¬ 
lange , il vient deux éruptions parfaitement distinctes et répondant à 
leur double origine. J’ai fait l’expérience. 



( 38g ) 

Considérées dans leurs effets, on ne peut pas dire, rigoureusement 
parlant, que la vaccine prévienne la petite-ve'role. Mais elle en prend 
la place ; l’une se substitue à l’autre, en vertu du droit qu’elle en a. 

Aussi, loin de m’expliquer les effets de la vaccine par l’opposition 
qu’on lui suppose avec la petite-vérole, je les explique au contraire par 
l’analogie qui les unit et par la solidarité qui fait que tout est récipro¬ 
que entre elles. 

De celte réciprocité d’action je tire une nouvelle présomption, ou 
plutôt une preuve irrécusable en faveur de la thèse que je soutiens. En 
effet, s’il est vrai que la vaccine exerce réellement une influence quel¬ 
conque sur la variole concomitante, la-variole exercera nécessairement 
la même influence sur la vaccine et par la même raison ; car, encore 
une fois, tout est réciproque entre elles : je veux dire que le variolé 
n’est pas plus sujet à la vaccine que le vacciné n’est sujet à la variole.. 
Or, on n’a jamais dit, que je sache, que la petite-vérole, marchant 
à côté de la vaccine, en ait modéré, réprimé les symptômes. Pour¬ 
quoi? Parce que le fait est ici trop facile à vérifier ; parce que la vac¬ 
cine étant essentiellement bénigne, quoiqu’elle ait aussi son échelle 
d’intensité, on a senti qu’il serait ridicule d’invoquer la variole qui 
l’accompagne pour expliquer une bénignité qui n’a pas besoin d’expli¬ 
cation. 

La petitc-vérolc, au contraire, se prêtait mcrvcilleusemcnt.à cette hy¬ 
pothèse, à cause des variétés mêmes de son caractère, et elle a été 
adoptée avec d’autant plus d’ardeur qu’on y a vu un moyen de rehausser 
les avantages de la vaccine. 

Je sais bien qu’il existe des exemples, à la vérité fort rares, où la vac¬ 
cine a suspendu momentanément la marche de la petite vérole, et ré¬ 
ciproquement des exemples beaucoup plus communs où la variole a 
arrêté brusquement la vaccine ; mais cette suspension ne dure pas : à 
peine une éruption a-t-elle terminé son cours que l’autre reprend le 
sien, et cela précisément au point où elle l’a laissé ; en sorte que la 
durée est toujours la même : seulement elle se fait en deux temps au 
lieu de se faire en un seul. Quant à l’intensité des symptômes , si la 
vaccine traversée dans sa marche par la petite-vérole n’est, je le ré¬ 
pète, ni plus ni moins grave, ni plus ni moins bénigne que celle qui 
n’éprouve aucune espèce d’aefident ; parla même raison, la variole, 
traversée par la vaccine, restera ce qu’elle devait être, discrète ou 
confluente, suivant le cas. Soutenir le contraire, c’est méconnaître la 
réciprocité d’action des deux éruptions „ réciprocité dans laquelle se 
résument toutes les propriétés de la vaccine. Bousquet. 



( 3go ) 

CHIMIE ET PHARMACIE. 


NOTE SUR LA PRÉPARATION BT LES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET 

CHIMIQUES DES PHlNCIPAtX IODURES EMPLOYÉS EN MÉDECINE. 

La médecine tire un parti si puissant de l’iode et de quelques-uns 
de ses composés, depuis plusieurs années, qu’on ne lira peut-être pas 
sans intérêt, dans le Bulletin général de Thérapeutique , une petite 
notice chimico-pharmaceutique relative à ces utiles préparations médi 
camenteuses. 

Les iodures peuvent être divisés en deux classes, eu égard à la ma¬ 
nière dont ils se comportent avec l’eau. La première classe comprend 
les iodures solubles en proportions notables dans ce liquide ; et ceux qui 
y sont très-peu ou point solubles sont compris dans la deuxième classe. 

En général les iodures présentent les caractères chimiques suivans : 
ils dégagent de T iode lorsqu’on les traite par l'acide sulfurique, 
l'acide nitrique ou le cblore; ils produisent (les iodures solubles) un 
précipité verdâtre dans les sels de mercure protoxidés, un précipité 
rouge dans les sels de mercure deutoxide's, un précipité jaune dans 
les sels de plomb ; ils produisent aussi un précipité blanc avec le nitrate 
d’argent ; mais ce précipité, insoluble dans l’acide nitrique comme le 
chlorure d’argent, diflère de ce dernier en ce qu’il est insoluble dans 
l’ammoniaque. 

Ce dernier caractère chimique est excellent pour s’assurer qu’un 
iodure de potassium, par exemple, est tout-à-fait exempt de chlorure 
de sodium ou de potassium, que la fraude emploie souvent pour so¬ 
phistiquer le premier, et le donner à meilleur marché dans le com¬ 
merce. 

Iodure de potassium ( hydriodate de potasse ). 

Cet iodure est le plus répandu dans le commerce, parce qu’il est le 
plus employé. Il est blanc, cristallisé en cubes bien nets lorsqu’on l’a 
obtenu par une lente évaporation; il est un peu déliquescent; il est vo¬ 
latil à une chaleur rouge sans décomposition. 

Un procédé exact et en même temps commode a été indiqué par 
M„ Caillot pour obtenir cet iodure, procédé applicable à la préparation 
de tous les iodures alcalins. 

Il consiste à chauffer légèrement ud mélange d’iode, d’eau et de 
tournure de fer en excès dans un vase de porcelaine. La réaction chi¬ 
mique a lieu immédiatement, l’iode est dissous à l’état d’iodure de fer ; 
on filtre la liqueur et on y verse une dissolution aqueuse de potasse 



( 3 9 . ) 

pure, jusqu’à cessation de précipite' d’oxide de fer ; on filtre encore , 
et la liqueur e'vaporée donne par le refroidissement l’iodure de potas¬ 
sium cristallisé. 

Pour être plus certain de sa pureté, il est nécessaire de le faire re¬ 
dissoudre dans l’eau pure et de filtrer la dissolution que l’on fait éva¬ 
porer et cristalliser comme on vient de le dire. 

L’iodure de potassium ou Phydriodate de potasse, car on applique 
plus particulièrement le nom d’hydriodate aux iodures de la pre¬ 
mière classe, est susceptible de se combiner avec une proportion d’iode 
égale'à celle qu’il contient déjà ; on forme alors Yhydriodate de po¬ 
tasse ioduré. C’est sur cette propriété importante de l’hydriodatc de 
potasse qu’est fondé le moyen d’administrer efficacement l’iode en bains 
généraux et locaux. C’est à l’aide de l’iodure de potassium que l’on 
peut dissoudre dans l’eau de grandes masses d’iode. Le docteur Lugol 
a tiré un grand parti de cette propriété chimique dans ses expériences 
thérapeutiques avec l’iode. 

La préparation connue sous le nom de liqueur de Coindet n’était 
qu’une dissolution à proportions fixes d’hydriodate ioduré de potasse 
dans l’eau pure. 

Ioduré de soufre. 

La composition chimique proportionnelle de cet ioduré n’est point 
encore connue ; cependant les médecins font fréquemment usage de ce 
médicament. Le procédé indiqué dans le temps par notre honorable 
collègue M. Henri père, pour la préparation de cet ioduré employé en 
médecine , consiste à faire fondre au bain de sable un mélange 
très-exact d’une partie de soufre et de huit parties d’iode que l’on a in¬ 
troduit dans une fiole de verre. Lorsque la fusion est complète, on 
laisse refroidir, et on conserve le produit dans un flacon bouché à l’é¬ 
meri. Ce produit est en masse brune, rayonnée comme le sulfure d’an¬ 
timoine. 

Il est essentiel de ne point trop chauffer, car à une température su¬ 
périeure à sa formation ce produit se décompose et laisse dégager l’iode. 

Proto-iodure de fer. 

En parlant de l’iodurc de potassium, nous avons déjà dit comment 
on préparait l’iodure de fer; si on a mis un grand excès de tournure 
de fer par rapport à l’iode, la dissolution est incolore ; on la filtre et 
on la fait évaporer à siccité. Le produit est le proto-iodure de fer, que 
l’on conserve dans des flacons bien bouchés. 

Cet ioduré est très-soluble dans l’eau, mais il faut avoir soin, si l’on 
devait faire usage d’une telle liqueur comme médicament, de la tenir 



( 3 9 2 ) 

à l’abri du contact de l'air, car elle en attirerait l’oxigène, qui change¬ 
rait le me'dicament en précipitant une portion de fer à l’état de peroxide. 

Nous ne parlerons pas des autres iodures solubles qui sont peu ou 
point employés ; nous allons terminer cette notice en traitant des iodu¬ 
res de plomb et de mercure. 

Mure de plomb. 

L’emploi de Piodure de-plomb a été dernièrement préconisé par les 
docteurs Cottereau et Verdet de l’Isle dans plusieurs cas de médecine 
remarquables; aussi dès ce moment l’iodure de plomb prit-il rang dans 
le vaste domaine médical comme un bon médicament. 

On le prépare facilement en mêlant ensemble une dissolution conte¬ 
nant cent parties d’iodure de potassium et une dissolution contenant 
soixante-quinze parties d’ace'tatc de plomb (sel de Saturne). A l’instant 
même il se fait un abondant précipité d’un jaune magnifique ; on le lave 
à l’eau froide, sur un filtre ; on le fait sécher, et on le conserve dans un 
flacon bien bouché. C’est l’iodure de plomb. 

Get ioduré est soluble dans. l’eau en proportion capable de le faire 
obtenir cristallisé. 11 suffit de le traiter par l’eau bouillante , et de fil¬ 
trer immcdiatcment.On voit par le refroidissement l’iodure de plomb se 
séparer sous forme de belles paillettes d’une couleur d’or magnifique. 

Cette combinaison n’est pas très-stable, car il suffît de la laisser ex¬ 
posée à l’air pour sentir qu’une portion de l’iode s’èn sépare à l’état de 
vapeur. 

On l’emploie à l’intérieur sous forme pilulairc, et à l’extérieur sous 
forme de pommade. 

Iodures de mercure. 

11 en existe deux; l’un est l e proto-iodure de mercure, et l’autre le 
deuto-iodure du même métal. ; par leurs proportions chimiques, le 
premier correspond aux sels de mercure au minimum, et le second aux 
sels de mercure au maximum d’oxidation. 

On les obtient tous les deux par double décomposition au moyen 
d’un iodnre soluble, et d’un sel mercuriel également dissous dans 
l’eau. 

Proto-iodure de mercure. On prend' une partie d’iodure de potas¬ 
sium, et deux parties de proto-nitrate de mercure, on fait dissoudre sé¬ 
parément ces deux sels dans de l’eau distillée, on filtre et on mêle les 
deux liqueurs : à l’instant même il se fait un précipité verdâtre, qui 
est le proto-iodure de mercure. On le reçoit sur un filtre, on le lave à 
l’eau pure, et on le fait sécher pour le conserver dans le flacon. 

Cet iodurc a une assez belle couleur lorsqu’il est encore humide, 



( 3 9 3 ) 

mais à l’ctat scc il est devenu d’un jaune verdâtre; chauffé brusquement 
il se fond et se sublime sans altération, tandis que , quand la chaleur est 
appliquée graduellement, il se décompose, une partie se sublime à l’état 
de deuto-iodure, et il reste du mercure coulant pour résidu. 

Deulo-iodure de mercure. On mêle deux dissolutions aqueuses étem 
dues, dont l’une contient cent parties d’iodure de potassium, et l’autre 
quatre-vingt-dix parties de deuto-cblorure de potassium ( sublimé cor¬ 
rosif) : le deuto-iodure se forme à l’instant et se précipite sous forme 
d’une poudre rouge. On le reçoit sur un filtre, on le lave et on le fait 
sécher. 

Il est d’un beau rouge ; lorsqu’on le chauffe, il présente des phéno¬ 
mènes assez remarquables ; il jaunit, fond, se volatilise et se dépose en 
belles lames rhomboïdales d’un jaune d’or, qui deviennent très-rouges 
et très-e'clatantes par le refroidissement. 

Il est soluble dans l’alcool, les acides et l’iodure de potassium; aussi 
faut-il avoir soin en le préparant de ne pas mettre un excès de la li¬ 
queur contenant l’iodure alcalin, qui ne manquerait pas de retenir en 
dissolution une partie de l’iodure rouge. J. B. Caventou. 

CHOLÉRA-MORBUS. 

INSTRUCTION POPULAIRE SUR LES PRINCIPAUX MOYENS A EM¬ 
PLOYER POUR SK GARANTIR DU CHOLÉRA-MORBUS (l). 

Le choléra-morbus est une maladie grave. Cependant il est plus ef¬ 
frayant quand on l’attend, qu’il n’est dangereux lorsqu’il existe. D’au¬ 
tres maladies épidémiques, telles que la petite-vérole, la scarlatine, 
certaines fièvres nerveuses, ont fait beaucoup plus de ravages, puisque, 
dans les contrées de l'Europe où il a régné, et où il a rencontré le plus 
de circonstances favorables à sa propagation, il n’a guère attaqué qu’un 
individu sur ^5; et que, dans quelques villes même, ses atteintes n’ont 
pas jusqu’alors dépassé la proportion d’un individu sur 200. 

Voici quelques règles de conduite pour se préserver de la maladie : 


(I) Cette instruction a été publiée par la commission centrale de salubrité. La 
rédaction en a été confiée à plusieurs membres pris dans son sein ; ces membres 
sont : MM. Chevallier, Dcsgenettcs, Esquirol, Juge, Legrand, Leroux, Parisct 
et Marc, rapporteur. Nous faisons connaître aujourd’hui la première partie de ce 
travail ; dans un numéro prochain , l’on verra quelle rst la conduite que conseille 
de tenir la commission de salubrité lorsque le choléra sc manifeste chez un indi¬ 
vidu. ( Note du Rddactetir. ) 






( 3g4 ) 

i° Le peu de danger, que l’on court d’être atteint du choiera doit 
rassurer les esprits. Il faut donc ne pas s’inquiéter et ne penser autre¬ 
ment à la maladie que pour exécuter les précautions propres à s’en ga¬ 
rantir. Moins on a peur et moins on risque; mais comme la tranquillité 
de l’ame est un grand préservatif, il faut en même temps éviter tout ce 
qui peut exciter des émotions fortes, telles que la colère, la frayeur, 
les plaisirs trop vils , etc. 

a 0 II est d’observation que plus l’air dans lequel on habite est pur 
et moins on est exposé au choléra. 

On ne saurait donc trop faire attention à la salubrité des habitations. 
Ainsi il faut avoir soin de ne pas habiter, et plus encore de ne pas cou¬ 
cher en trop grand nombre dans la même pièce, de l’aérer le matin et 
encore dans la journée, en ouvrant le plus long-temps et le plus sou¬ 
vent possible les portes et les fenêtres. Il conviendx-a aussi de placer 
dans les pièces habitées un large vase contenant de l’eau chlorurée (i). 
On peut enfin favoriser le renouvellement de l’air, en faisant pendant 
quelques minutes un feu bien clair et flamboyant dans la cheminée. 

Il faut faire attention que l’ouverture des portes et fenêtres n’ait beu 
qu’après qu’on sera entièrement vêtu , afin de ne pas s’exposer au re¬ 
froidissement. Il est bon, lorsqu’on le peut, de passer dans une autre 
pièce pendant cette opération. 

Enfin, sous le rapport des chambres à coucher, il faudra se servir 
de lits sans rideaux, ne jamais laisser séjourner l’urine ou les matières 
fécales dans les vases de nuit, qui devront être nettoyés promptement, 
et toujours contenir un peu d’eau. 

L’air humide des habitations, malsain en tout temps, devient très- 
dangereux lorsque le choléra règne. Il faut donc s’abstenir do faire sé¬ 
cher le linge dans la chambre qu’on habite, surtout si on y couche. 

Il faut non-seulement songer à aérer les chambres à coucher, mais 
maintenir encore dans le meilleur état possible de salubrité les maisons 
et leurs dépendances. 

Ainsi, il faut avoir grand soin des plombs et des latrines, qu’on net¬ 
toiera au moins une fois par jour avec de l’eau chlorurée, ou au moins 
avec de l’eau. On fera bien de tenir constamment bouchées par un 
tampon les ouvertures des tuyaux en plomb ou en fonte qui communi- 


(t) Eau chlorurée. 

Chlorure de chaux sec, une once. 

Eau, un litre. 

Voyca, pour composer l’eau chlorurée et s’en servir, la page 198 du tome 1. 
Au Bulletin de Thérapeutique. 



( 396 ) 

quent aux pierres à laver ou aux cuvettes extérieures, et de ne 1rs dé¬ 
boucher qu’au moment de s’en servir. 

Chacun devra veiller k ce que les eaux ménagères soient vidées au 
fur et h mesuro de leur production, qu’on ne laisse pas séjourner en¬ 
tre les pavés des cours ou allées, et qu’elles s’écoulent rapidement par 
le ruisseau ou la gargouille qui les conduit dans la rue. Il faudrait 
même favoriser cct écoulement par un lavage à grande eau, si la pente 
n’était pas assez rapide. 

Le vitres devront être nettoyées au moins une fois par semaine ; car 
l’action de la lumière est necessaire à la santé de l’homme. 

Les fumiers, les excrémens, les débris d’animaux et de végétaux 
réclament beaucoup d’attention. Ou devra en conséquence empêcher 
leur accumulation en les faisant enlever le plus souvent possible. 

On se débarrassera des animaux domestiques inutiles. On s’abstien- 
dre d’élever des porcs , des lapins, des poules, ou de nourrir des pi¬ 
geons, etc., dans des lieux resserrés ou dans des cours peu spacieuses 
et qui n’ont pas d’air. 

Les habitons des maisons, particulièrement dans les quartiers popu¬ 
leux, devraient à cct égard se surveiller mutuellement; ils devraient 
en outre contribuer, chacun pour sa part, à la propreté des rues, sur¬ 
tout lorsqu’elles sont étroites. Il y va de l’intérêt de tous. 

3° Le refroidissement est placé, par ceux qui ont observé le choléra, 
au nombre des causes les plus propres à favoriser le développement de 
ccttcmaladic.il est donc nécessaire d’éviter cetlo cause én se vêtant 
chaudement, et en sc garantissant particulièrement le bas-ventre et les 
pieds de l’action du froid. 

A cet effet, il est bon d’entourer le ventre nu d’une ceinture de laine, 
de porter sur la peau des camisoles de triept de laine ou de flanelle , 
de faire usage de chaussons de laine. Ces vêtemens seront changes et 
lavés quand ils seront humides ou salis. On se lavera souvent les pieds 
à l’eau chaude; on portera des sabots ou des galoches lorsqu’on sera 
obligé de séjourner dans le froid et l’humidité ; en un mot, on sc 
chaussera avec propreté et de manière que les pieds soient à l’abri du 
froid et de l’humidité. 

Beaucoup de personnes, surtout parmi la classe peu fortunée , ont la 
très-mauvaise habitude en se couchant, et plus encore en se levant, de 
poser les pieds nus sur le sol froid, et même d’y marcher. On ne sau¬ 
rait trop blâmer cet usage, qui deviendrait particulièrement dangereux 
pendant que le choléra régnerait. 

C’est encore dans la crainte du refroidissement qu’en été même il 
faudra s’abstenir de coucher les croisées ouvertes. Il faudra aussi main- 



( 3 9 0 ) 

tenir- dans les habitations une chaleur tempérée ; car les cliainbres trop 
chaudes rendent les individus qui les habitent plus impressionnables, 
au froid auquel ils peuvent être exposés en sortant. 

C’est par la même raison qu’il faudra, autant que possible, rentrer 
chez soi de bonne heure, ne pas passer une partie de la nuit dans les 
assemblées , dans les cafés, les estaminets, les cabarets, etc., sut tout 
lorsque les nuits sont froides et humides. 

4° S’occuper, mener une vie active, en évitant autant que possible 
les excès de fatigue, est un des meilleurs moyens de faire divérsion à 
l’inquiétude. Les occupations qui exigent de la contention d’esprit ne 
conviennent pas. Il en est de même des travaux qui entraînent une pri¬ 
vation inaccoutumé de sommeil pendant la nuit. 

5° Il a déjà été parlé de Futilité des ceintures et des chaussons de 
laine ; mais il faut que ces vêtemens soient tenus proprement. La pro¬ 
preté est toujours trcs-nécessaire à la santé. Ceux qui ont le moyen de 
prendre de temps en temps des bains d’une chaleur agréable feront bien 
d’en faire usage; mais il ne faudra y rester que lè temps nécessaire 
pour nettoyer le corps, il faudra avoir soin de se bien essuyer avec du 
linge chaud, et ne pas s’exposer'immédiatement à l’air extérieur en sor- 
tantdu bain. Cette précaution est surtout utile lorsque la saison est froide. ■ 

Les frictions sèches conviennent beaucoup. Il est facile de les admi¬ 
nistrer en se frottant ou se faisant frotter le soir, ou mieux encore le 
matin et le soir, le tronc, les bras, les cuisses et les jambes , pendant 
un quart-d’beurc, avec une brosse douce ou avec une étoffe de laine. 

On conçoit du reste que, pour ce qui concerne en général la manière 
de se vêtir, il faudra se régler selon la saison; mais dans aucun cas on 
ne devra se vêtir trop légèremeut. 

6° Lorsque le choléra règne, la manière de se nourrir est un point 
fort important. La sobriété ne saurait être trop recommandée. On con¬ 
naît un grand nombre d’exemples où le choléra s’est déclarée après des 
excès de table, et il est prouvé que les ivrognes sont plus particulière¬ 
ment exposés à cette mafadie. 

Les viandes bien cuites ou bien rôties et pas trop grasses, ainsi que 
les poissons frais et d’une digestion facile, les œufs, du pain bien levé 
et bien cuit, devront former la nourriture principale. Les viandes sa¬ 
lées et les poissons salés ne conviennent pas; on usera le moins possible 
de charcuterie, et l’on s’abstiendra des pâtisseries lourdes et grasses. 

Parmi lès légumes, il faudra , autant que possible, s’en tenir aux 
moins aqueux, aux plus légers (i). Nous ne pensons pas devoir ex- 


(t)On doit entendre par légumes aqueux ceux qui contiennent beaucoup 



( 397 ) 

dure de ces derniers les pommes de terre de bonne qualité. Nous ap¬ 
prouvons même l’usage de haricots secs, de lentilles, de pois et de 
fèves pris ni purée (i). Les crudités, telles que les salades, les ra¬ 
dis , etc., ne conviennent pas. 

Dans la saison des fruits, il faut être très-réservé dans l’usage qu’on 
en fait, surtout lorsqu’ils ne sont pas parfaitement mûrs ; car alors ils 
peuvent devenir très-dangereux. Les fruits cuits offrent moins d’incon¬ 
vénient; mais ils ne devront jamais être mangés en grande quantité ; 
encore moins devront-ils former le fond du repas. 

. Il est des alimcns généralement sains, mais que, par une disposition 
particulière de l’estomac, certains indi vidus digèrent difficilement. Ces 
alimcns devront, comme de raison, être évités par eux. Chacun doit, 
à cet égard, étudier son estomac. 

Il faut, en temps de choléra , manger moins à la fois qu’à l’ordi¬ 
naire , sauf à faire un repas de plus, mais toujours léger. 

Les boissons exigent la plus grande attention. Toute boisson froide 
prise quand on a chaud est dangereuse. Ilne faut se désaltérer que lors¬ 
qu’on a cessé de transpirer; c’est-à-dire qu’il ne faut pas boire froid 
lorsqu’on est en sueur. Les suites de cet abus sont d’autant plus fu¬ 
nestes que la boisson est plus froide et qu’on a.plus chaud'. L’eau devra 
être claire ; l’eau filtrée est préférable à toute autre. Il faut l’aiguiser 
avec très-peu de vinaigre ou d’eau-de-vie lorsqu’on veut la boire pure 
(deux cuillerées à bouche d’eau-de-vie, ou une cuillerée à bouche de 
vinaigre pour une pinte d’eau ), surtout si la saison est chaude, et 
qu’on soit obligé de se livrer à un travail corporel qui, en excitant la 
transpiration, provoque la soif et oblige par conséquent de boire sou¬ 
vent. Il faut alors boire peu à la fois. L’eau rougie , c’est-à-dire l’eau 
à laquelle on aura ajouté un peu de bon vin , convient également. En¬ 
fin on peut faire avec succès usage d’une eau légèrement aromatisée 
avec une infusion stimulante , comme par exemple avec une infusion de 
menthe poivrée ou de camomille ( une pincée de menthe ou six tcles de 
camomille pour une cliopinc d’eau bouillante, à laquelle on ajoutera 
après le refroidissement une chopine d’eau froide ). 

Bien n’est pernicieux comme l’abus des liqueurs fortes, et ceux même 
qui, sans en faire un abus habituel, commettent par occasion , par en¬ 
traînement , un seul excès de ce genre, s’exposent à être pris du choléra. 


d'eau de végétation, comme par exemple les concombres, les betteraves, la 
laitue, etc. 

(t ) La robe ou pellicule de ces légumes sers ou verts ne contribue en rien à la 
nutrition, et clic a l’inconvénient de ne pouvoir être digérée. 



L’tisage de l’eau-dê-vie prise seule et à jeun , usage si répandu dans 
la classe ouvrière , èl si nuisible en tout temps , devient particulière¬ 
ment funeste lorsque le choléra règne. Les personnes qui ont cette habi¬ 
tude devraient manger quelque chose, au moins un morceau de pain , 
avant d’avaler le petit verre d’eau-de-vie. Le vin blanc ne sera pas non 
plus pris à jeun sans la même précaution ; et il ne le faudra prendre 
qu’en petite quantité. 

En temps de choléra, l’eau-dc-vie amère, c’est-à-dire l’eau-de-vic 
dans laquelle on aura fait infuser des plantes amères et aromatiques , ou 
encore l’eau-de-vie d’absinthe, est préférable à l’eau-de-vie ordinaire. 

Le vin , pris en quantité modérée, est une boisson convenable pen¬ 
dant le repas et à la fin du repas > mais il doit être de bonne qualité. 
Il vaut mieux boire moitié moins de vin et le choisir de qualité supé¬ 
rieure. Les vins jeunes et aigres sont plus nuisibles qu’utiles. Le vin 
rouge est préférable au blanc. Ceux qui ont le moyen de le mélanger 
avec une eau gazeuse , telle que l’eau de Sellz naturelle ou factice, fe¬ 
ront très-bien de se servir de celte boisson salubre et agréable. 

La bière et le cidre, surtout lorsque ces boissons sont trop jeunes ,' 
qu’elles n’ont pas bien fermenté, ou qu’elles sont aigres, disposent aux 
coliques, à la diarrhée, et deviennent ainsi très-dangereuses. Ce qui 
vient d’être dit s’applique à plus forte raison au vin doux ou moût. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


Trachéotomie faite avec succès. —- Voici un Succès remarquable 
auquel les praticiens ne sauraient trop faire attention. Un enfant de 
six ans et demi atteint de croup était sur le point d’expirer ; la ma¬ 
ladie , qui durait depuis deux jours, n’avait pu être enrayée par au¬ 
cun traitement; une consultation de plusieurs médecins venait de décla¬ 
rer la mort imminente. M. Trousseau, préférant employer un moyen 
douteux que de ne rien faire et être le témoin impuissant de la catas¬ 
trophe , a proposé l’opération de la trachéotomie et l’a pratiquée avec le 
plus grand bonheur. Aussitôt après l’incision de la trachée quelques 
gouttes de sang qui pénétraient dans son intérieur ont déterminé des 
quintes de toux qui ont amené par la plaie des lambeaux considérables 
de fausses membranes. Une large canule d’argeDt a été placée, et pen¬ 
dant trois jours, on a instillé par cette voie, dans les bronches, chaque 
deux heures, quelques gouttes d’une solution d’un gros de nitrate d’ar¬ 
gent pour deux gros d’eau. La dose du nitrate d’argent employé dans 
les trois jours a été d’un gros et demi. Aussitôt après l’instillation du 



( 3 9 9 ) 

médicament, il se déclarait une toux qui faisait sortir par la canule de 
nombreux fragmens de fausses membranes ; ce ne fut qu’au commence¬ 
ment du quatrième jour que cette expulsion cessa. Alors la' respiration, 
qui s’était jusque-là uniquement opére'e par la canule, commença à se 
faire un peu par la bouche; cependant ce ne fut que le onzième joue 
que le larynx fut complétement_débarrassé, et le douzième seulement 
l’on put retirer la canule et rapprocher les bords de la plaie. Celle-ci 
est aujourd’hui presque entièrement cicatrisée, et l’enfant, que nous ve¬ 
nons de voir, est en parfaite santé. 

M. Bretonneau, de Tours, a déjà pratiqué trois fois avec succès la tra¬ 
chéotomie sur des enfans attaqués du croup.Cette opération est grave sans 
doute; mais il faut avoir le courage de l’entreprendre lorsque la mort est 
imminente et qu’il n’y a que ce seul moyen de sauver la vie du malade. 
Nous donnerons bientôt des détails plus étendus sur cette opération. 

— Huile de croton tigliurn. — M. Andral a fait, dans ces der¬ 
niers temps, des expériences nombreuses, à la Pitié, poür constater 
les effets de l’huile de croton tiglium. Ce puissant purgatif, qui, ad¬ 
ministré à une seule goutte, suffit pour déterminer souvent des super- 
purgations , a été donné à un grand nombre de malades, filons publie¬ 
rons prochainement un article sur ce sujet. Mais ce n’est pas seulement 
comme*purgatif qu’il est proposé par M. Andral; quelques essais lui 
permettent de le conseiller en frictions sur la peau dans certaines né¬ 
vralgies , telles que les névralgies sciatiques, et dans certains engour- 
dissemens résultant de l’influx nerveux dans la partie qui en est le 
siège. C’est ainsi que dans ses salles, un homme qui depuis long-temps 
avait perdu la sensibilité' de tout un côté de sa face l’a recouvrée par 
des frictions avec l’huile de croton. 

— Hydrophobie. Mort subite. — Le 1 1 décembre dernier, il a été 
amené à l’Hôtel-Dieu un jeune peintre, âgé de seize ans, qui avait été 
mordu, quarante-huit jours auparavant, à Vincennes, par un chien 
enragé, à la face dorsale du poignet gauche. Ce malheureux jeune 
homme était hydrophobe depuis la veille et avait de fre'quens accès de 
convulsions. A son entrée, l’on constata son horreur pour les liquides 
et surtout pour l’eau. Pressé de boire, il demanda instamment que ce 
ne fût pas au moins fie l’eau pure. On lui offrit alors un verre d’eau et 
de vin ; il en but quelques gorgées, mais avec une grande difficulté. 
Quelques minutes après il expira dans l’état d’un homme asphyxié : il 
n’était dans l’hôpital que depuis vingt-cinq minutes. A une mort si 
prompte, on aurait pu croire que le liquide était passé dans la tranchée ; 



( 4 °° ï 

l’autopsie a montré qu’il n’en était rien. On n’a trouvé qu’une rougeur 
assez vive à l’orifice cardiaque de l’estomac. Le cliien qui avait mordu 
ce malheureux jeune homme avait également atteint un enfant ; mais 
chez celui-ci la morsure ayant été cautérisée aussitôt, la rage ne s’est 
point développée. 


VARIÉTÉS. 


— Nouveau procédé pour amener la transpiration dans le cas 
de choléra-morbus. — Il a été fait à Berne des essais sur les moyens 
les plus prompts d’amener la transpiration. Le docteur Tribolet a trouvé 
que le meilleur moyen d’obtenir ce résultat était de placer le malade 
dans une baignoire vide dans laquelle on fait brûler une lampe à es¬ 
prit de vin. La baignoire est recouverte d’un tapis de manière à con¬ 
centrer la vapeur qui vient de la combustion; de sorte qu’en peu d’in- 
stans tout l’air qui y est contenu atteint une température très-élevée. 
Il en résulte pour la personne qui est placée dans la baignoire une 
sueur abondante en quelques minutes. Ces essais ont été répétés à Ge¬ 
nève avec des résultats exactement semblables à ceux obtenus par le 
médecin bernois. 

— Procédé fort simple pour découvrir la présence du sulfate de 
cuivre ■dans le pain. — Les boulangers mêlent du sulfate de cuivre 
dans le pain pour lui donner plus d’éclat ; cette fraude, pratiquée de¬ 
puis long-temps, a été récemment découverte. 

Voici un moyen fort simple du s’assurer de l’altération du pain ; il 
est dû à MM. Meylinck et Hensmans. On laisse tomber une goutte de 
ferro-prussiate de potasse sur un tranche du pain suspect; qu’il y ait 
ou non du sulfate de cuivre dans le pain, cette goutte formera une tache 
rouge si le pain est frais, bleue s’il ne l’est pas.On plonge alors le pain 
dans de l’eau de chaux. S’il n’y a point de sulfate de cuivre, la tache 
ne changera pas; mais elle deviendra verdâtre si le pain contient du sel 
métallique. Dans ce cas, si l’on expose le pain à l’action du gaz ammo¬ 
niac , la tache deviendra rouge, puis jaune ; puis on la fera revenir au 
rouge en volatisant l’ammoniaque, ou en l’exposant à la vapeur de l’a¬ 
cide muriatique. Lorsque la présence du sulfate de cuivre est ainsi 
constatée, on peut en déterminer la quantité par les procédés ordinaires. 


FIN DU PREMIER VOLUME. 



TABLE DES MATIÈRES 


DU PREMIER VOLUME. 


Académie de Médecine. Analyse du rapport de M. Double sur le choléra-mor- 
bus, page 79. 

- Instruction générale relative au choléra-morbus, SOI. 

- Nomination à une place de titulaire ,136. 

Accouchemens. Il faut percer le placenta quand il est implanté sur le col ; par 
M. Halma- Grand, 28. 

- Emploi simultané du seigle ergoté et de l’injection du placenta, 287. 

Acétate de morphine. Ses bons effets par la méthode endermique dans le rhu¬ 
matisme et les névralgies, 86. 

Acide hydro-cyanique. Essai dans les affections chroniques de la poitrine, 38. 

- ( Action délétère de 1’ ), 38. Sa préparation ,362. 

Agens thérapeutiques ( des ) en général, 8. 

Alumine, (sulfate d’) dans le traitement des affections de l’organe de la voix; 
par M. Bennati, 265. 

Amygdales. ( du traitement de la suppuration et de l’induration des ), 119. 

Antispasmodiques. 327. 

Anus (fistules à 1’); leur traitement sans opération; parM. Paillard, 186. 

Aphonie chronique ( du traitement de 1’), par l’application du traitement du ni¬ 
trate d’argent sur la membrane muqueuse du larynx ; par M. Trous¬ 
seau, 163, 376. 

Arsenic (de 1’), et des préparations arsénicales; par MM. Chevallier et Cot- 
tereau, 156. 

Asperges (sirop de pointes d’), 39,162. 





( 402 ) 


b; 

Bandelettes agglutinatives ( traitement des ulcères et plaies anciennes par les ), 
par TVJ. Velpeau, 62. 

Bégaiement ( traitement du) par les méthodes nouvelles, par M. Tavcrnier, 297. 

Belladone (empoisonnement par la), 102. 

Bismuth (sous-nitrate de), 59. Traitement employé par M. Léo dans le cho¬ 
léra , 72 . 

Blessure de l’iliaque externe, ligature, 293. 

Brérnure de fer dans les scrofules, 38. 

Brûlures (traitement des) par le typha et le coton écru,56, 230,293; par 
l’eau froide, le coton écru et le Uniment oléo-calcairc, 247. 

c. 

Calamine (emploi de la), pour prévenir les cicatrices de la petite-vérole, 368. 

Carie dentaire (traitement delà) par la cautérisation avec l’acide nitrique, par 
M. Tavernier, 89. 

Catharres de la vessie , leur traitement à l’Hdlel-Dicu, 292. 

Cautérisation, avec le nitrate d’argent, de la partie supérieure du larynx dans 
l’aphonie, par M. Trousseau, 163,276. 

-- (Nouveau procédé pour la) des ulcères de la cornée, 188. 

- circulaire de la cornée, 291. 

Céphalalgies (cyanure de potassium dans les), 329. 

Chirurgie (un mot sur le plan des articles de), par M. Tavernier, 18. 

Chlore à l’intérieur dans la phthisie, 38. 

- (manière simple d’utiliser le) dans le choléra , 198. 

Cholc'ra-morbus. Traitement de M. Ranquc, 10. Est-il contagieux ? expérien¬ 
ces proposées, 71. Nitrate de bismuth, 72. Analyse du rapport de 
l’Académie, 79. Gholéra-raorb.us do Russie, 103. Mortalité en Russie 
en 1830, 104. Choléra sporadique à Paris,, 131, Choléra-morbus 
de Pologne, 132. Huile decêjcput, 134, 188, 228. Choléra à Berlin 
165. Choléra considéré comme un accès de lièvre intermittente per¬ 
nicieuse, 165. Vésications et cautérisations par l’eau bouillante, 
lt;ft. Sur le traitement du choléra-morbus en Pologne, parM.Brierrc 
de Boismont, 175. Manière simple d’utiliser le chlore dans le cho¬ 
léra, 198, Choléra de la Mecque, 200. Instruction générale de 
l’Académie royale de Médecine relative au choléra , 201. Cholérà- 
morhus de Russie; choléra-morbus de Pologne; traitement conseillé 
par la commission médicale de Berlin, 263. Tableau de la diminu- 



( 4°3 ) 

lion d’intensité du choléra, 293. Est-il contagieux? Lettre de 
- M. Gaymard; opinion de la commission médicale de Berlin, 294. 
Analyse de l’ouvrage de M. Brierre de Boismont, 323. Clioléra- 
morbus de Moscou, de Hambourg, de Sunderland, 325. De Hol¬ 
lande, 326. Note sur le traitement par l’huile de cajcput, par 
M. Chautourelle, 364. Instruction populaire sur les principaux 
moyens de se garantir du choléra, 395. Nouveau procédé pour dé¬ 
terminer la transpiration dans le choléra, 400. 

Cholériques (précautions à prendre dans les autopsies des), 296. 

Cicatrisation des plaies artificielles sous l’influence du liquide hémostatique do 
MM. Talrich et Halma-Grand, 249. 

Cinchoninc, moyen de la rendre fébrifuge, 14. Relation de la découverte de 
la cinchonine, 68. 

Commissions médicales de Russie et de Pologne, 39. Commission médicale de 
Russie, 103. Commissions sanitaires créées à Paris, 134. Com¬ 
mission médicale de Pologtté (retour do la), 164. Commissions 
sanitaires de Paris (personnel médical dès), 167. 

Concours (btuits sur l’abolition des), 40. 

Conseil supérieur de santé ( adjonctions âtt ), 103. 

Contre-poisons en général, parM. Chevallier, 34. 

Coton ccru dans les brûlures, 56, 230,247. 

Courans d’eau tiède (traitement de la gonorrhée par les), méthode de M. Ser¬ 
res d’Alais, 54, 125. 

Croup, 40. —(Tr&chéotomie faite avec succès dans le), 398. 

Croton tiglium (huile de), 398. 

Cuivre (empoisonnement par le), par MM. Chevallier et Cotlereau, 314. — 
Sulfate de cuivre, moyen de le reconnaître dans le pain , 400. 

Cyanure de potassium à l’extérieur dans les névralgies faciales, 117, 228. — A 
l’intérieur, 229. Recherches sur son application extérieure dans les 
céphalalgies et les névralgies faciales, par MM. Trousseau et Bon¬ 
net, 329. Préparation du cyanure de potassium, 362. 

D. 

Datera stramonium (extrait de ) dans les sciatiques et les névralgies, 292. 

E. 

Eaux sulfureuses, nouvelles formules pour leur préparation, 100. 

Eaux (découverte de l'iode dans les) d’une vallée du Piémont, 53. 

Eau bouillante (vésication et cautérisation par 1’) dans le choléra, 166. 

Z.'au/>'OK/e(thi tràltciticht de l’entorse parles applications d’), parM. Bidou,245. 

Èléphantiasis . Lettre de M. Delpech à sir AstlCy Cooper, 39. 




( 4«4 ) 

Empoisonnement par la balladonc, 10$. — Par le vert-de-gris, toi. 

Entorse ( traitement de P ), 843. — Mort subite, 399. 

Érysipèle épidémique dans les hôpitaux, 108. 

Examens dans les Facultés de Médecine, 165 , 264. 

Extrait de datura stramonium dans les sriatiques et les névralgies, 292. 

F. 

Faculté de Médecine ( examen dans les), 465, 264. 

Fer (nouvelle préparation de pilules de sous-carbonate de), par M. Cottc- 
reau, 290. — (Hydriodatede), 36. 

Ferrugineux. Formule de plusieurs préparations ferrugineuses, 259. 

Fièvres intermittentes. Moyens de rendre la cinchonine fébrifuge, 44. Feuilles 
de houx dans le traitement des —, 45. Phosphate acide de quinine 
dans les —, 360. 

Fissures d l’anus , leur traitement sans opération, par M. Paillard , 486. 

G. 

Gale ( un mot sur le diagnostic et le traitement de la ), par M. Cazenave, 352- 
Goitre ( bons effets de la poudre de Sancy dans le traitement du) 375. 

Gomme adragant (meilleure préparation de la pâte de), 4 64. 

Gonorrhée (traitement de la) par les courans d’eau tiède, 54, 425. Injections 
astringentes, 428. Traitement du docteur Eiscnmann, 357. 

h: 

Héméralopie et nyctalopie sur le même sujet , 455. 

Hémorrhagies (torsion des artères dans les), 20. Nouveau moyen d'arrêter 
les—, 435. Effets remarquables du liquide hémostatique de 
MM. Talrich et Halma-Grand, 497. 

Hernies étranglées. Récidives, 432. 

Hôpitaux ( surveillance sanitaire des), 200. 

Hôtel-Dieu (service de P), 465. 

Houx (feuilles de) ; leur vertu fébrifuge, 45. 

Huile essentielle de moutarde,37. 

Huile de Cajepul dans le choléra (note sur P ), par M. Guibourt, 4 88, 228. 
Hydriodate de fer. Formules diverses, 36. 



( 4o5 ) 

Hydrophobie, 38. Injection d’eau dans les veines , dans 1’—, 60. 
- causée par la morsure d’un cliat, 163. — Mort subito, 399. 


Ilicine, sa préparation, 223. 

Injections astringentes dans la gonorrhée, 128. — d’eau dans les veines, dans 
l’hydrophobie, 60. — du placenta dans les accouchemens, 287. 

Intendances sanitaires dans les départemens limitrophes, 134. 

Iode ( découverte de F ) dans les sources d’une vallée du Piémont. 53.—associé 
à l’opium dans le traitement des scrofules, 142. De l’iode et de 
ses effets thérapeutiques, parM. Dubois, 238. Iode; question de 
prix, 526. 

lodure de plomb, sa préparation , 35. 

lodures. Note sur la préparation des iodures de potassium, de soufre, de fer, 
de plomb, de mercure; parM. Cavcnton, 390. 

lodure defer, 229. 


L. 


Legallois (retour de Pologne de M. ), 264. Sa mort, 296. 

Lichen <F Islande. Extraction de son principe gélatineux ; formules ,67. 
Ligature de l’artère iliaque externe , 293. 

Liniment oléo-calcaire dans le traitement des brûlures, 247. 

Liriodendrine, principe extrait du tulipier, 68. 

Liquide hémostatique, 135, 197. Cicatrisation des plaies artérielles sous son 
influence, 249. 

Luxation de l’humérus onze fois répétée, 132. 

M. 


Mannile et acide gallique, 37. 

Magnétisme animal. Rapport de l’Académie de Médecine, 9. 

Mercure ( proto-iodure de), son emploi dans le traitement des syphilidcs, par 
M.Biett, 369. 

Morphine (réactif pour reconnaître la), 130. 

N. 


Narines (occlusion des), traitement, 230. 




( 4o6 ) 

Névralgies, leur traitement par l’acétate de morphine introduit par le derme 
dénudé, 86. 

Nitrate d’argent. De son application sur la membrane muqueuse du larynx 
dans l’aphonie chronique, par M. Trousseau, 163, 276. 

- De son emploi dans les ophtalmies, 269, 282. 

-en dissolution j son emploi dans les plaies, 286. 

O. 

Occlusion des narines (traitement de 1’), 230. 

Odontalgie (traitement de 1’) par la cautérisation avec l’acide nitrique, par 
M. Tavernier, 89. 

Ophtalmies aiguës et chroniques (sangsues appliquées sur la conjonctive pal¬ 
pébrale dans les), 22. 

-(de l’emploi du nitrate d’argent dans les), 269,282. Remarques pra¬ 
tiques dans l’ophtalmie aiguë, par M. Réveillé-Parise, 309. Sur 
l’ophtalmie chronique, 281. 

P. 


Pain (procédé pour reconnaître le sulfate de cuivre dans le), 400. 

Paralysies (de la strychnine et de son emploi thérapeutique dans les ), 111. 
PJte de gomme adragant ( meilleure préparation de la), 161. 

Pcdiluvcs mercuriels, 361. 

Peau (quelques mots sur la thérapeutique des maladies de la), parM. Cazc- 
nave, 30. 

Pharmaciens (lettre de M. Chevallier h MM. les), 136. 

Phimosis ( nouveau procédé pour l’opération du ), par M. Tavernier ,147. 
Phthisie ( essai du chlore liquide à l’intérieur dans la ) 38. 

Pince à deux branches avec foret cxfoliatif pour briser les séquestrés osseux, 65. 
Plaies anciennes. Traitement par la compression et les bandelettes aggluti- 

- ( de l’emploi du nitrate d’argent en dissolutibn dans lés), 286. 

Pneumonie (tartre stibié à haute dose dans le traitement delà), 48. 
Précautions sanitaires prises aux frontières, 134. 

Purgatifs (des) dans les maladies de la peau, par M. Cazenave , 94. 

Q- 

Quinine (phosphate acide de) dans les fièvres intermittentes, 360. 




( 4o? ) 


R. 

Rage (enfant mort de la ) à l’Hôlcl-Dieu , 38,6Q ;— déterminée par la morsure 
d’un chat, 163. 


Résorption purulente. Bons effets du tartre stibic à haute dose, 16. 

Rétine ( de l’inilammation de la); son traitement, par M. Paillard, 340. 
Rétraction permanente des doigts par la crispation de l’aponévrose palmaire ; 

nouveau traitement, de M. Dupuytren, 343. 

Rhinoplastique, 232. 

Rhumatisme ( traitement du ) par l’açétatc de morphine, introduit par le derme 
dénudé, 86. 

S. 

Salicine obtenue sans alcool, 38. — Découverte dans l’écorce du tremble et du 
peuplier, 129. —(Questions de prix sur lp), 327. 

Sangsues appliquées sur la conjonctive palpébrale dans les cas d’ophthal- 
mie, 22. 

Scrofules (iodeassocié à l’opium dans le traitement des), 142. 

Seigle ergoté. De son emploi, conjointement avec l’injection du placenta, 287. 
Seringue à pompe, 194. 

Séquestres ( nouveau procédé pour briser les), 65. 

Sinapismes. Meilleure manière de les pYéparcr, 37. 

Sirop de pointes d’asperges , 39, 162. 

Sirops (nouvelle matière charbonneuse pour décolorer les), 227. 
Sous-carbonate de fer (nouvelle préparation de pilules de), 290. 

Sulfate de cuivre dans le pain, 400. 

Sulfate de quinine (exposé de la découverte du), 68. 

Strichnine Son emploi thérapeutique dans les paralysies ; 1 U . 

Syphilides. Considérations pratiques sur l'emploi du proto-iodure de mercure 
dans leur traitement, par M. Biett, 369. 


Tartre stibié. Son emploi dans les rë|£tpffbq^pqru(tibles, 16. —Dans le traite¬ 
ment de la pneumonie, 4&:^Suj<?d Q ^ix,327. 

Thérapeutique. Considérations su't-jl mportafice efrlétat actuel de la théra¬ 
peutique, par M. Réveill^’PïlHço^’S. fl , 73 , 105. 



( 4o8 ) 

Thérapeutique (de l’appréciation des faits en), par M. Trousseau, 137. — 
Par M. Bousquet, 169. 

-(de l’anatomie pathologique dans scs rapports avec la), parM. Fus- 

ter, 233. Agens thérapeutiques en général, 8. 

Torsion des artères dans les hémorrhagies , 20. 

Toxicologie. Des contre-poisons en général, 34. —De l’arsenic et des prépara¬ 
tions arsenicales, 156. — Du cuivre et des préparations de cuivre, 
par MM. Chevallier et Cottereau, 314. 

Trachéotomie faite avec succès dans le croup, 398. 

Transfusion pratiquée à l’Hétel-Dieu, 164. —Question de prix, 326. 

Transpiration (nouveau procédé pour déterminer la), 400. 

Typha (traitement des brûlures par le) , 56. 

U. 

Ulcères. Traitement par la compression et les bandelettes agglutinatives, par 
M. Velpeau, 62. 

- de la cornée ( nouveau procédé pour la cautérisation des ), 188. 

Y. 

Vaccine. Qualités d’un bon vaccin, 24. —V a-t-il plusieurs qualités de vac¬ 
cin? 98.—Le virus vaccin a-t-il dégénéré?—Si la vaccine qui 
marche sur un sujet atteint de petite-vérole a quelque influence sur 
elle , 253, par M. Bousquet. 

Vauquelin (fragment do l’éloge de ), par M. Pariset, 68. 

Voix (nouveau traitement de quelques affections de l’organe de la), par 
M. Bcnnati, 265.